Rechercher dans ce blog

Affichage des articles dont le libellé est Fadela Amara. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Fadela Amara. Afficher tous les articles

25 mai 2012

Sarkozy, les Juifs et les Musulmans : une esquisse de bilan


Une dizaine de jours après le départ du précédent locataire de l'Elysée, il me semble que le délai de convenance est passé pour vous faire part, de la manière la plus synthétique et dépassionnée possible, du bilan que l'on pourrait faire de sa présidence - en se limitant bien sûr, au titre en objet !

Commençons par enfoncer une porte ouverte : le Chef de l'Etat d'une République laïque ne doit pas être jugé au regard unique de ses sympathies ou antipathies, réelles ou supposées, vis à vis de minorités, conséquente comme celle des Musulmans de France  - deuxième religion du pays - ou supposée à tort influente, comme celle des Juifs. Et pourtant, tous nos concitoyens, catholiques pratiquants y compris, ont été influencés par leur appartenance religieuse pour autant qu'elle importait pour eux : cet article du journal "La Croix", publié avant le premier tour, révélait déjà ce que l'analyse du vote réel allait amplement confirmer, un vote majoritaire pour Nicolas Sarkozy chez les Juifs, et un support massif à François Hollande côté musulman ... Sans faire de savants calculs statistiques, il suffisait pour un observateur de "terrain" comme je le suis, ayant un réseau de plusieurs centaines d'ami(e)s juifs et musulmans, de lire ce que les uns ou les autres publiaient sur leurs pages FaceBook : les premiers n'hésitaient pas, souvent, à agiter le chiffon rouge comme si le retour de la Gauche aux affaires allait être un désastre absolu, certains parlant même d'Alya forcée ; les seconds abreuvaient Sarkozy d'injures, l'accablant des sobriquets l'ayant escorté pendant tout son mandat ("le nabot", "le facho"), et le présentant comme une espèce de clone du Front National à éliminer d'urgence !

Méritait-il, vraiment, un tel acharnement ou - en creux, pour ceux qui redoutaient une défaite pourtant largement annoncée - de tels éloges ? La vérité est, comme toujours, moins manichéenne que les uns et les autres voulaient bien le penser. Parlons clair et direct.

1) La majorité des Juifs, traumatisés par les agressions antisémites de la dernière décennie, ont dans leur mémoire le laxisme des années Jospin au début de la seconde Intifada, et l'action de l'ancien Ministre de l'Intérieur au retour de la Droite aux affaires. Force est de constater que l'antisémitisme n'a pas reculé depuis, et qu'il s'est même développé dans des domaines difficilement maîtrisables, comme la haine sur l'Internet. Tous les grands partis démocratiques, Parti Socialiste compris, sont aujourd'hui conscients du fléau, et savent la part menaçante de l'islam radical dans sa propagation ... les procès d'intention sont donc mal venus. Reste - et là je rejoins la position du Président du CRIF, attaqué suite à une interview dans le journal "Haaretz" et sur lequel il a publié une mise au point (lire ici) - que si François Hollande ne doit pas faire l'objet de procès d'intention en la matière, les antisionistes radicaux, dont la propagande alimente l'antisémitisme, se trouvent maintenant dans le camp des vainqueurs du 6 mai ... et que cela n'est pas réjouissant.

2) La majorité des Juifs, également, redoutent ce qui apparait de manière objective comme une modification démographique en profondeur du pays - et beaucoup, vivant par exemple dans certains départements de l'Ile de France, appliquent un "effet loupe" à l'évolution réelle du pays, reprenant à leur compte les fantasmes sur "l'islamisation de la France", rhétorique hélas devenue dominante ... au Front National ! A cet égard, Sarkozy leur apparaissait comme un rempart, un "verrou" contre une immigration mal maitrisée ( environ 200.000 "réguliers" par an actuellement, dont une majorité du fait du "regroupement familial"). Qu'en sera-t-il avec François Hollande ? La Gauche de gouvernement s'annonce moins angélique que par le passé, avec deux engagements, celui de ne pas régulariser en masse les "sans papiers" et celui de maîtriser l'immigration : l'avenir nous dira ce que seront les actes au delà des promesses, mais les caricatures infâmes qui ont circulé et faisant du P.S le valet de l'islam radical, sont au mieux de la manipulation - et le candidat UMP en a usé largement, suivant la fameuse "ligne Buisson" dont on a largement parlé ! -, au pire un délire profond.

3) Mais justement, sur ce sujet de l'immigration, on peut dire que le discours de l'ancien Président a été plus que maladroit. Au lieu de braquer tous les projecteurs sur l'islam de France, au lieu de poser la question en termes identitaires, il aurait pu et du le centrer sur l'économie, et proposer au pays les décisions qu'imposent une situation économique et financière plus que critique : pour dire les choses brutalement, la France n'a plus les moyens "d'importer en masse de la pauvreté" et des travailleurs non qualifiés. Au lieu d'insulter une partie de la population, de la stigmatiser en associant l'immigration à des escroqueries aux aides sociales, il lui suffisait de tenir un discours ferme mais sans connotations racistes. Le résultat est venu comme un boomerang, avec plus de 90 % des Musulmans qui ont voté pour la Gauche - et des électeurs centristes effrayés vers la fin par la "droitisation" de sa campagne. D'où le désastre, au moins médiatique, du drapeau tricolore associé au camp vaincu ... et des drapeaux arabes brandis place de la Bastille, le 6 mai au soir.

4) Reste, aussi, que sa "politique musulmane" ne méritait ni un excès de louanges, ni un excès d'indignité. J'ai essayé de vous en rendre compte, ces dernières années, et vous retrouverez mes articles sous le libellé "Sarkozy et l'islam". Des erreurs il y en eut, comme l'espoir d'amadouer l'UOIF au moment de la création du CFCM, ou les éloges indécents faits à l'Arabie Saoudite lors d'un voyage officiel ; il y eut aussi - mais on en a parlé à mon micro dernièrement avec mon invité, Farid Hannache -, le poids exorbitant pris au cours de son mandat par l'Emirat du Qatar, base arrière des Frères Musulmans, devenu le grand allié régional de la France. Mais des gestes clairs et courageux, il y en a eu aussi, comme la loi interdisant le port de la Burqa en public, ou le refus de délivrer un visa au prêcheur de haine Youssouf al-Qaradawi, à quelques semaines des élections : on ne peut qu'espérer un courage analogue aux Socialistes, dont les alliés - Ecologistes comme Front de Gauche - sont plus que douteux en la matière.

5) Reste aussi, et enfin, le mauvais procès en racisme qu'on lui a fait : Nicolas Sarkozy, comme l'UMP, ont refusé toute alliance avec le Front National, largement responsable de leur défaite ; et c'est sous son mandat que l'on vit, enfin, des ministres musulmans à des postes de responsabilité comme Rachida Dati et Fadela Amara : en cliquant sur leur nom en libellé, on relira mes articles publiés à l'époque.

On remarquera, pour terminer, que je n'ai évoqué ni Israël, ni la "politique arabe de la France", faisons-le donc maintenant. Pour parler vite, je pense que la diplomatie française pèse de moins en moins dans la région, à l'image de la chute d'influence de l'Europe dans le Monde. Cette diplomatie a continué de suivre certains "fondamentaux" qui bougent peu sur le fond, depuis des décennies. Reste, cependant, une attitude certainement beaucoup plus chaleureuse du Président sortant vis à vis de l'état juif, en comparaison de celles de ses prédécesseurs ; et, pour parler toujours clairement et directement, un risque d'évolution négative en la matière, risque qui sera d'autant plus lourd que le Parti Socialiste aura besoin de ses alliés verts et du Front de Gauche, pour avoir la majorité à l'Assemblée Nationale ...

Jean Corcos 

12 février 2008

Adresse à Nicolas Sarkozy à propos d’Ayaan Hirsi Ali, par Bernard-Henri Lévy

Ayaan Hirsi Ali
(photo Tweede Kamer)

Introduction :
Menacée de mort en raison de ses positions sur l’islam, l’ex-députée néerlandaise d’origine somalienne Ayaan Hirsi Ali était à Paris dimanche 10 février. Dans les locaux de l’École normale supérieure, un meeting de soutien était organisé par la revue ProChoix, la Règle du jeu, Charlie Hebdo, Libération et SOS Racisme. Le prix Simone de Beauvoir lui a été remis par Claude Lanzmann et Bernard-Henri Lévy, qui a prononcé en ouverture de la soirée un discours en forme d’appel. J'en reproduis avec grand plaisir le texte, publié le 11 février dans le quotidien Libération. A propos de Ayaan Hirsi Ali, quelques rappels et précisions :
- on pourra relire à partir de son nom en libellé l'article que j'avais publié sur le blog en 2006, alors qu'elle était quasiment ignorée en France ;
- cette ex-députée a renié l'islam, et elle a eu vis à vis de cette religion des propos définitifs que l'on n'est pas obligé de partager ; mais la défendre alors qu'elle est menacée de mort par des fanatiques ne signifie pas s'aligner sur toutes ses positions ; ainsi, deux secrétaires d'état musulmanes - Rama Yade et Fadela Amara - ont appuyé sa demande de naturalisation française ;
- au delà de sa propre survie, la cause d'Ayaan Hirsi Ali, militante de la laïcité, pose des questions très graves aux gouvernements européens, et B.H.L a su remarquablement poser le problème. Bonne lecture !
J.C

Pardonnez-moi, chers amis. Mais par-delà ceux qui sont ici, par-delà celles et ceux qui sont venus, en si grand nombre, témoigner à Ayaan Hirsi Ali de leur fervente solidarité, je voudrais m’adresser, ce soir, au Président Nicolas Sarkozy. Je n’ai pas voté pour lui. Mais je l’ai écouté. Et, comme tous ceux qui sont ici, j’ai entendu l’engagement qu’il a pris lorsqu’il a déclaré, pendant sa campagne, que «chaque fois qu’une femme est martyrisée dans le monde, la France doit se porter à ses côtés». Je suis là parce que j’ai pris, ce jour-là, le Président de la République au mot. Je suis là, nous sommes tous là, pour lui dire que cette promesse nous est allée au coeur et que nous souhaitons, aujourd’hui, plus que jamais, la lui rappeler.

Car, outre le respect de la parole donnée, il y a plusieurs vraies raisons, pour la France, de se «porter aux côtés» d’Ayaan Hirsi Ali.

La première c’est qu’Ayaan Hirsi Ali est un peu plus que «martyrisée» : la lâcheté du gouvernement hollandais, la veulerie de l’opinion publique dans son pays, la décision récente, surtout, de ne plus assurer sa protection lors de ses déplacements hors des frontières des Pays-Bas, font qu’elle ne peut plus vivre ni en Hollande (où elle risque, à tout instant, d’être poignardée comme le fut Théo Van Gogh), ni hors de Hollande (où elle n’est plus protégée que par la grâce d’une poignée de donateurs privés et de militants) - pire que Salman Rushdie qui, lui au moins, avait la redoutable chance, où qu’il aille, de n’être jamais lâché par Scotland Yard, elle est condamnée, elle, au sens propre, à une impossible vie.

La seconde c’est que la recueillir, lui accorder soit l’asile, soit la nationalité française, soit un statut à inventer pour elle et pour toutes celles et ceux qui se trouvent, et se trouveront, dans la même situation qu’elle, bref, adopter d’une manière ou d’une autre celle que la Hollande a laissée tomber, serait fidélité, en effet, à ce que la France a eu de meilleur et de plus grand : la France qui accueillit les exilés de Pologne et les garibaldiens d’après l’unité italienne ; la France, pays refuge des Russes d’avant et après octobre 1917 ; la France qui abrita Trotski, les antifascistes italiens et les premiers antinazis ; la France accueillante, jusqu’aux dissidents soviétiques compris, à tous les proscrits d’Europe, d’Amérique latine et d’ailleurs ; c’est cette France-là qui reviendrait si nous tendions la main à Ayaan Hirsi Ali ; la France serait, ô combien, dans sa vocation si elle donnait asile à cette grande dame, cette insoumise, condamnée à mort pour avoir défendu les valeurs de la liberté de l’esprit.

La troisième c’est qu’Ayaan Hirsi Ali est déjà française (mais oui !) par le coeur, les valeurs et, justement, l’esprit : car enfin que dit-elle d’autre quand, interrogée sur le sens qu’elle donnait, et qu’elle donne encore, au combat qui lui a valu de quitter la Hollande sous les injures, elle dit et répète, partout, avec une insistance magnifique, qu’elle luttait, et qu’elle lutte, pour le triomphe, non seulement de la laïcité, mais de la laïcité à la française ? N’est-ce pas ce qu’elle exprime quand la vraie intellectuelle qu’elle est aussi dit et répète, partout, qu’elle n’est évidemment pas Voltaire mais qu’elle se réclame de Voltaire, qu’elle plaide pour les mêmes valeurs de tolérance que Voltaire et que le modèle qu’elle veut voir opposer à celui du communautarisme qui, partout en Europe, a fait faillite c’est le modèle de citoyenneté tel que l’ont inventé, avec Voltaire, les promoteurs des Lumières françaises ?

La quatrième c’est qu’elle est européenne, si j’ose dire, par excellence et quintessence : car que dit-elle d’autre, là encore, quand elle se bat pour cette liberté de penser, de juger, de croire ou de ne pas croire, d’avoir la foi ou de ne pas l’avoir ? N’est-ce pas l’âme de l’Europe, son identité profonde, son héritage, qui sont en jeu quand elle plaide, après Voltaire, après son compatriote Spinoza, après d’autres, pour une société où serait vraiment rompu, pour de bon, ce lien théologico politique contre lequel l’Europe moderne s’est jadis construite ? Il est difficile de trouver plus Européen, aujourd’hui, qu’Ayaan Hirsi Ali. Et il est difficile, encore plus difficile, de se faire à l’idée de cette grande Européenne définitivement reniée par sa patrie spirituelle : voir cette Européenne qui entend poursuivre, en Europe, le combat pour les valeurs fondatrices de l’Europe contrainte de quitter l’Europe et de s’exiler, pour toujours, aux Etats-Unis, cela serait, plus que paradoxal, absurde - et, plus qu’absurde, de bien mauvais augure.

Et puis la cinquième raison, Monsieur le Président, c’est que le cas d’Ayaan Hirsi Ali soulève une question que posent ou, plus exactement, que n’osent poser un nombre grandissant de nos concitoyens - je pense à ceux d’entre eux que l’on dit, pour aller vite, trop vite, «d’origine musulmane». Car quel est, encore une fois, son crime ? Son crime, son vrai crime, celui qui lui vaut d’avoir la mort aux trousses, c’est d’avoir dit qu’elle est née dans l’islam mais qu’elle ne souhaite pas y demeurer - le geste décisif, celui qui ne lui est pas pardonné et qui ne lui sera jamais pardonné si un pays européen, un au moins, ne lui manifeste pas très vite une solidarité sans faille, c’est d’avoir affirmé qu’être musulman est un choix, pas un destin et que, de toute façon, tout homme et, en l’occurrence, toute femme a droit à la libre maîtrise de son destin. C’est ce droit, Monsieur le Président, qui se voit mis en question par ceux qui la pourchassent.

C’est ce droit que, de facto, vous reconnaîtrez à toutes les femmes de France en accordant la protection de la République à Ayaan Hirsi Ali.
Ni putes ni soumises, libres citoyennes. Musulmanes si elles le veulent, pas parce que les frères, les pères, la tradition, les caïds, en ont décidé à leur place. L’islam, pas plus que les autres religions, n’est une prison, c’est une option et, de même qu’il est possible d’y entrer, il doit être possible d’en sortir : voilà le message que, au-delà même de la France, vous enverriez à toutes les jeunes Européennes qui vivent leur incroyance dans la honte, le non-dit, le double discours, la terreur ; voilà le message d’espérance que vous adresseriez à celles qui, dans les banlieues des villes d’Europe, n’ont ni la science, ni les moyens, ni la combativité d’Ayaan Hirsi Ali et n’ont d’autre recours, parfois, que la défenestration et la mort.
La France, dans quelques mois maintenant, prendra la présidence de l’Union européenne.
Quel beau symbole ce serait si vous inauguriez cette autre présidence en rappelant à l’Europe ces clauses constitutives de notre pacte citoyen !

Quelle fierté ce serait si, à la façon de la Hollande abritant, il y a trois siècles, le Français René Descartes, la France du XXIe siècle venait en aide à Ayaan Hirsi Ali ! En vérité, nous n’avons pas vraiment le choix : ne pas lui ouvrir les portes de notre pays ce serait, non seulement la renier, mais nous renier nous-mêmes.

Bernard-Henri Lévy
Libération, 11 février 2008

20 juin 2007

Fadela Amara, une promotion bien méritée

Avec la nomination de la Présidente fondatrice de « Ni putes ni soumises » comme Secrétaire d’État à la Ville dans le gouvernement « Fillon 2 », Nicolas Sarkozy a probablement fait d’une pierre plusieurs coups : nommer trois représentantes des « minorités visibles » (avec Rachida Dati et Rama Yade) ; féminiser d’avantage encore son équipe ; faire entrer une nouvelle « personnalité de la société civile », après Bernard Kouchner ; poser clairement la priorité des banlieues et de l’avenir des jeunes issus de l’immigration, après les émeutes de novembre 2005 ; et enfin, porter un nouveau coup de canif à l’opposition en faisant entrer une nouvelle personnalité notoirement de gauche.

Avec autant de risques d’être « instrumentalisée », Fadela Amara affirme qu'elle ne servira pas d'alibi. Mais sa défection à la gauche traduit, aussi et au niveau de beaucoup de « Beurs » longtemps compagnons de route du Parti Socialiste, la grande amertume face au manque de reconnaissance des anciens « parrains » ... Pour ne prendre qu’un exemple, Malek Boutih, ancien Président de SOS Racisme où il forma au militantisme notre nouvelle Secrétaire d’État, n’a eu droit pour les dernières législatives qu’à un misérable « parachutage » dans une circonscription de Province, où par manque de soutien, il fut logiquement éliminé au premier tour. Pour être tout à fait juste, il faut aussi dire que les électeurs n’ont pas, non plus, montré beaucoup d’enthousiasme à soutenir des candidats issus de l’immigration et soutenus par la droite, comme par exemple Lynda Asmani et Jeannette Bougrab à Paris.

Mais je voudrais, ici, évoquer quelques souvenirs personnels concernant Fadela Amara. D’abord dire combien je regrette de l’avoir « ratée » lors d’une émission consacrée à « Ni putes ni soumises » il y a deux ans et demi : fortement grippée, elle fut remplacée alors au pied levé par sa Vice Présidente, Safia Lebdi (lire en lien). Et évoquer son audition par la « Commission pour les relations avec les Musulmans » du CRIF en janvier 2004, réunion passionnante où j’ai noirci trois pages de notes que je viens de relire.
Elle nous avait d’abord exposé, très clairement les trois paramètres qui expliquent la montée de l’intégrisme : échec de l’intégration et racisme ; chômage de masse dans les cités, avec perte de prestige et d’autorité des chefs de famille, remis en cause par les « fils aînés » jouant la carte de l’économie parallèle ; montée de la mouvance intégriste, qui a semblé au départ redonner un sentiment de dignité. Elle avait évoqué, ensuite, la problématique des intellectuels rejetés par la société, ces « Bac + 5 » devenant les vecteurs du « fascisme vert » et qui professent un antisémitisme structuré : elle avait témoigné avoir entendu des prêches en français d’imams salafistes venus du Pakistan, et avoué sa peur devant une telle propagande. Fadela Amara avait évoqué, enfin, les « fatwas » lancées contre elle et sa famille, les menaces lors de meetings en banlieue, parce que l’on reprochait à son mouvement d’avoir pris position à la fois contre les intégristes en Algérie et pour la Paix au Proche Orient, une Paix fondée sur la reconnaissance mutuelle. A l’époque, elle se disait fâchée contre Sarkozy que l’on disait « communautariste » et favorisant l’U.O.I.F ... décidément, bien des choses peuvent changer en trois ans !

Pour en savoir plus : aller sur le site de « Ni putes ni soumises », en lien permanent.
Lire aussi le très bel article sous sa signature et celle de Mohamed Abdi, repris sur le blog le 7 février dernier.

J.C

08 février 2007

Au nom de Dieu, on voile, on tue, on brûle, on lapide – Fadela Amara et Mohamed Abdi

Fadela Amara
Introduction :
Voici que l’on reparle de l’affaire des caricatures de Mahomet, à l’occasion du procès intenté contre « Charlie Hebdo » par la Grande Mosquée de Paris et l’UOIF. Les deux dirigeants de « Ni putes ni soumises », la présidente Fadela Amara et le secrétaire général Mohamed Abdi, ont exprimé très clairement leur soutien à l’hebdomadaire, dans un « Rebond » publié dans le journal « Libération ». Vous en trouverez ci-dessous le texte intégral. A noter que ce quotidien a sorti un numéro spécial en soutien lui aussi à son confrère, et abondamment illustré ... j’y reviendrai plus tard, car il est riche en informations !
J.C

Les violences faites aux
femmes sont l'un des aspects les plus criants de ce que notre société peut produire de pire. C'est pour dire non à la dégradation lancinante que subissaient les filles des quartiers que nous avons lancé ce cri de colère «Ni putes ni soumises». Qu'est ce donc ce cri si ce n'est le combat pour la liberté et l'émancipation de tous. Ici et là-bas. Comment notre société peut-elle tolérer que Sohanne ou Chahrazad soient brûlées par un garçon en plein coeur de leur quartier ? Au nom de qui ?
Que dire de cette cohorte de jeunes filles mariées de force ou menacées de mariages que nous accueillons dans nos permanences tous les jours. Au nom de qui ?
Comment ne rien dire face à ces attaques de clinique qui pratiquent les IVG aux Etats-Unis ou en Pologne ? Au nom de qui ?
Comment accepter que des femmes tadjiks aient recours a l'immolation pour échapper à un quotidien, à une oppression et des violences quelles ne supportent plus. Au nom de qui ?
Comment tolérer que des femmes au Moyen Orient soient lapidées ou pendues parce qu'elles auraient enfreint la loi des hommes. Au nom de qui ?
Comment pouvons-nous dormir avec l'idée que des femmes soient gavées tel des oies de Noël, en Mauritanie, parce que, plus elles sont grosses, plus la dote de mariage sera importante ? Au nom de qui?
Comment pouvons-nous accepter qu'Hina en Italie ou Padima en Suède soient victimes d'un crime d'honneur de la part de leur père parce qu'elles fréquentaient un jeune d'une autre confession. Au nom de qui ?
La liste est longue. Nous pourrions aussi parler de la Chine, de l'Amérique latine , de l'Inde, de l'Europe de l'Afrique mais aussi de la France. Autant de pays et continents où la femme peut être battue, brûlée excisée, vendue tuée dès la naissance.
Alors oui ! la question est posée. Au nom de qui s'arroge-t-on le droit de disposer de la vie des femmes ou de les maintenir dans un statut de perpétuelle mineure.
Au nom de la tradition, certes. Mais derrière cela, et souvent de manière fort, hypocrite se cache le véritable «au nom de qui». Au nom de Dieu !
Oui, aujourd'hui au nom de Dieu, on voile, on tue, on brûle, on lapide des femmes ! Au nom de Dieu, on dicte un mode de vie, on dévoie la culture, on légitime la régression.
Ce «on» n'est autre que les sinistres «apôtres» des mouvances intégristes qui ont décidé de mettre nos sociétés en coupe pour mieux les contrôler, pour imposer des diktats religieux qui n'ont d'ailleurs rien à voir avec les préceptes des religions qu'ils entendent défendre et dont ils sont pour la plupart ignares. Ces gens-là ne sont pas des religieux. Ce sont des militants politiques qui entendent nous imposer un modèle totalitaire en instrumentalisant les institutions démocratiques. Que s'est-il passé pour que certains connus et reconnus pour leur engagement démocratique cèdent à cette tentation ?
On ne peut que s'étonner donc du procès inique fait à Charlie Hebdo. Ce journal a été à tous les rendez-vous pour soutenir la justice, la liberté, l'émancipation et la lutte contre le racisme et l'antisémitisme. Il a hissé le combat pour le progrès de l'humanité au-dessus de toute autre considération.
Charlie est provocateur et populaire. C'est un poil à gratter. Tant mieux ! Ce sont la non-critique, le non-dit, le non-débat qui sont source de confusion. Sans aucune hésitation, Ni putes ni soumises soutient Charlie Hebdo. Au nom de qui ? Au nom du vivre ensemble et la démocratie !

Fadela Amara et Mohamed Abdi
« Libération », le 7 février 2007

27 août 2005

Des femmes courageuses


Le 30 janvier dernier mon invitée fut Safia Lebdi, vice-présidente de l’association « Ni putes ni soumises ». Une manière pour « Rencontre » de rendre hommage à ces femmes courageuses (ce fut d’ailleurs le titre choisi pour présenter ce numéro).

Le combat pacifique de "ni putes ni soumises" (voir le site en lien permanent) a brisé le mur de silence qui recouvrait la condition d’un grand nombre de femmes musulmanes des cités, victimes de violences morales et physiques. Après la mort atroce de la jeune Sohane, brûlée vive à Vitry en 2002 parce qu’elle refusait de se soumettre à la loi d’un petit caïd de banlieue, cette association a posé sur la place publique ce problème refoulé par la République, en organisant une grande marche à travers toute la France en février-mars 2003, marche constitutive du mouvement. Organisation sœur d’« SOS Racisme », elle a aussi travaillé et lutté pour l’intégration des jeunes d’origine maghrébine ou africaine, une intégration non encore pleinement réalisée, ce que comprend enfin notre pays après hélas une longue période de déni. Du courage, il leur en a fallu aussi beaucoup, pour dénoncer de façon extrêmement claire la montée en France d’un antisémitisme nouveau, véhiculé par un islamisme, minoritaire mais très dangereux qui manipule une partie des jeunes d’origine maghrébine. Et enfin, femmes courageuses elles le sont aussi, en étant membres d’une association qui soutient une paix de compromis entre Israéliens et Palestiniens, paix fondée sur la coexistence de deux états viables (voir également en lien le site du collectif "deux peuples - deux états" dont « ni putes ni soumises » fait partie des membres fondateurs).

J’avais eu la chance l’année précédente d’écouter Fadela Amara, leur présidente, présenter ses analyses devant la « commission pour les relations avec les Musulmans » du CRIF, à laquelle j’ai le plaisir de participer. Grippée, elle fut remplacée avec brio par sa jeune vice-présidente que j’ai reçue à Judaïques F.M, et avec laquelle nous avons eu une discussion passionnante en abordant presque tous les sujets, du « foulard islamique » au personnage du « grand frère » dans les cités, en passant par la fracture du front antiraciste depuis le retour des violences entre Juifs et Arabes.

J.C