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06 janvier 2013

L'antisémitisme dans les quartiers populaires : Didier Lapeyronnie sera mon invité le 13 janvier

Didier Lapeyronnie

Nous allons revenir en France pour cette première émission de la nouvelle année civile, et aborder un sujet qui inquiète énormément d'auditeurs de la fréquence juive, puisqu'il s'agit de l'antisémitisme. 2012 a été une très mauvaise année, on le sait avec le drame de l'école de Toulouse et la très forte hausse des agressions physiques qui ont suivi, mais il s'agit d'un phénomène qui remonte maintenant à longtemps, exactement depuis le début des années 2000 avec la seconde Intifada. Beaucoup ont établi une relation directe de cause à effet, on a parlé "d'importation du conflit israélo-palestinien", mais des spécialistes font une analyse plus profonde du phénomène, et nous donnent des clés peut-être encore plus inquiétantes. Parmi eux, le professeur Didier Lapeyronnie. Didier Lapeyronnie, est sociologue, professeur de sociologie à l'Université de Paris Sorbonne, et au delà de l'antisémitisme il s'intéresse depuis longtemps à la jeunesse issue de l'immigration, citons quelques uns de ses ouvrages : "Ghetto urbain, ségrégation, violence, pauvreté en France aujourd'hui" aux éditions Robert Laffont ; "L'individu et les minorités, la France et la Grande Bretagne face à leurs immigrés", aux Presses Universitaires de France. Il publie aussi ce mois de janvier un nouvel ouvrage avec Michel Kokoreff, intitulé "Refaire la cité - l'avenir des banlieues" (coédition Le Seuil - La République des idées). Le CRIF a publié, sous sa signature, une brochure très intéressante intitulée "La demande d'antisémitisme, antisémitisme, racisme et exclusion sociale". Alors disons-le tout de suite à mes lecteurs et auditeurs, à qui je recommande d'acquérir ce numéro 9 des études du CRIF, ce n'est pas une lecture très simple ; il refuse les raccourcis qui hélas, ont du succès dans la communauté juive ; mais en même temps il fait une analyse à la fois psychologique, sociologique et  culturelle de ces jeunes vivant dans les quartiers populaires, et parmi lesquels un antisémitisme profond semble s'êtres durablement installé.

Parmi les questions que je poserai à Didier Lapeyronnie :

-      Vous citez plusieurs reportages dans cette brochure, vous citez aussi souvent l'ouvrage qui a décrit en premier le phénomène, "les Territoires perdus de la République", mais les propos que vous rapportez, le vocabulaire de ces jeunes que vous décryptez, est-ce que c'est aussi le fruit d'entretiens avec eux ?

-      A vous lire on a l'impression que ce n'est pas finalement l'idéologie qui explique cette parole antisémite banalisée dans certaines banlieues et dans certaines cités : vous évoquez bien au début de votre étude ce qu'on appelle "la nouvelle judéophobie", vous parlez aussi, je vous cite, de la "conjonction politique entre certaines franges de l'extrême-gauche, de l'islamisme et de l'alter mondialisme qui associent le sionisme au racisme" ; mais vous démentez l'existence d'un "climat antisémite"  ; et surtout vous dites que ces jeunes sont peu politisés : sur quoi vous appuyez-vous pour dire cela car, vu par la majorité des Juifs, en fait on a bien un retour de l'antisémitisme ?

-         Vous dites que ces jeunes utilisent le mot "feuj" pour dire "mauvais", cela devient un code, dans lequel une catégorie de la population est enfermée dans "un cercle négatif", mais à un moment donné ce vocabulaire devient la norme ; si quelqu'un dans le groupe se révolte, alors il est exclus. Mais vous dites aussi que c'est toujours un "jeu à trois", parce que justement ces jeunes savent très bien que certains  peuvent être choqué par ces mots antisémites. A propos des médiateurs, responsables administratifs, associatifs et autres qui nient la réalité de cet antisémitisme : est-ce que ce déni vient de la peur de déplaire à ces jeunes et de perdre le contact avec eux ? Est-ce que le tabou de l'antisémitisme reste tellement fort que ces jeunes évitent de l'afficher devant des témoins gênants ? Ou est-ce encore de l'idéologie, le racisme dont sont victimes ces jeunes pour se faire une place dans la société étant considéré, par une certaine gauche, comme plus grave que leur antisémitisme ?

-    Vous dites en conclusion qu'il ne faut pas parler de "communautarisme" à propos de cet antisémitisme là, qui serait lui même l'expression d'un vide, dépourvu de sens, passif même s'il peut être source de violence. On a eu deux cas récents, en France d'antisémitisme conduisant à des assassinats : celui de Mohamed Merah cette année, lui clairement djihadiste et inspiré par l'islamisme radical ; et Youssouf Fofana et sa bande de Bagneux, conduisant au meurtre atroce d'Ilan Halimi, et là on était plutôt dans le cadre de votre étude. Les deux formes d'antisémitisme sont-elles porteuses des mêmes dangers ?

Un sujet grave pour commencer 2013, donc, et qui hélas reste d'actualité année après année depuis le début de notre siècle : soyez nombreux à l'écoute !

J.C