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12 juin 2008

« La visite de la fanfare », une fable chaleureuse pour une paix froide

Ronit Elkabetz et Sasson Gabai
dans "La visite de la fanfare"

« Un jour, il n’y a pas si longtemps, une petite fanfare de la police égyptienne vint en Israël. Elle était venue pour jouer lors de la cérémonie d’inauguration d’un centre culturel arabe. Seulement à cause de la bureaucratie, d’un manque de chance ou de tout autre concours de circonstance, personne ne vint les accueillir à l’aéroport. Ils tentèrent alors de se débrouiller seuls, pour finalement se retrouver au fin fond du désert israélien dans une petite ville oubliée du monde. Un groupe de musiciens perdus au beau milieu d’une ville perdue. Peu de gens s’en souviennent, cette histoire semblait sans importance »

La "Paix froide" israélo-égyptienne a trouvé il y a quelques mois sa plus belle expression symbolique au travers d’un film très réussi, "La visite de la fanfare" de l’israélien Eran Korilin. Metteur en scène né en 1973 - l’année de la dernière guerre entre les deux pays - ce réalisateur a su exprimer, sous forme d’une parabole mi-douce, mi amère, l’absence de véritables échanges entre les deux pays, due - ce que les critiques du film se sont bien gardé de rappeler - au boycott culturel complet de l’état juif pratiqué par les élites du Caire. Mais, et c’est aussi la leçon simple et efficace de "La visite de la fanfare", il a su démontrer la naissance irrésistible de liens, dès lors que des gens simples sont mis face à face, en dehors de tout contexte passionnel ou politique ... Ainsi Dina (Ronit Elkabetz), célibataire plutôt aigrie qui a raté sa vie, et arrive à "dégeler" le chef de la fanfare de la police d’Alexandrie, Tewfiq (Sasson Gabai) ; Tewfiq, qui en quelques mots dévoilera - tout à fait à la fin - le drame qui a marqué sa vie.
La force du film tient, justement, à ce qu’une collection d’humanité dans le fond assez misérable, arrivera à échanger, et dans des registres qui transcendent les frontières de peuples et de nationalités : Simon (Khalifa Natour), le policier copte qui raconte sa glorieuse et inachevée composition musicale ; Khaled (Saleh Bakri), le beau gosse qui donnera des leçons de drague à un jeune demeuré israélien ; Dina, qui lance avec délectation des mots arabes à son invité égyptien - traitant ainsi de "kelb" (chien) un amant croisé avec sa famille dans une cafétéria aussi sinistre que la ville où son existence s’est abîmée ...
Mais la symbolique ne s’arrête pas là, pour qui voudrait creuser un peu : ainsi, le fait que des acteurs arabes aient contribué à ce succès international du cinéma israélien comme ce fut déjà le cas dans "La fiancée syrienne" ; ainsi, dans le décor, cette triste cité HLM perdue dans le Néguev, qui évoque aussi l’actualité brûlante du moment avec les localités bombardées depuis Gaza ; ainsi, avec la figure inoubliable du chef de la fanfare, plus égyptien qu’un égyptien ... et joué par un Juif d’origine irakienne ! Qui a dit, aussi, qu’en réponse à une telle générosité, les pays arabes ont refusé toute diffusion du film chez eux ? Si, au moins, ces choses là se savaient un petit peu ! Et si un tel film, couvert d’honneurs (sélection officielle au festival de Cannes 2007, Prix de la jeunesse, Prix coup de cœur) était, au moins, repris sur une grande chaîne généraliste, cela ne serait que pure justice !

Je vous invite bien sûr à voir
où vous serez accueillis par sa bande originale, une chanson arabe sirupeuse à souhait.

Jean Corcos