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19 septembre 2006

Benoit XVI et l'islam, 4 : un vieux contentieux ?

Et si l'incendie qui vient de s'allumer suite aux propos du Pape n'était pas vraiment une surprise ?
Jean-Paul II fut le leader charismatique de la chrétienté qui sut dire aux Européens de l'Est - et en premier lieu à ses compatriotes polonais - "n'ayez pas peur". Pas peur de l'empire soviétique, pas peur de l'idéologie communiste et athée qui aurait du balayer définitivement toutes les religions. Une fois le "Mur de Berlin" tombé, un monde de Paix, de "fin de l'Histoire" semblait commencer. L'ennemi spirituel désigné devenait alors le "matérialisme", et les autres religions des partenaires pour ce nouveau combat ... Au delà donc de la réconciliation historique avec le judaïsme, Jean-Paul II fut aussi le Pape qui fit la promotion d'un dialogue largement œcuménique, englobant aussi l'islam. Infatigable voyageur malgré le poids terrible de la maladie, on le vit ainsi à un an d'intervalle s'incliner devant le Mur Occidental à Jérusalem, puis aller à Damas et écouter - sans broncher - une diatribe antisémite infecte d'El Assad junior ...
En lui succédant au printemps 2005, Benoît XVI allait introduire rapidement une démarche plus doctrinaire et moins charismatique : retour aux "fondamentaux", chers à l'ex-cardinal Ratzinger ! Henri Tincq, le chroniqueur des affaires religieuses au journal "Le Monde" parlait déjà de l'éloignement vis à vis de l'islam il y a plusieurs mois. Ci-dessous un extrait de l'article publié le 17 avril 2006.

" Aucun des grands dossiers n'a encore été traité sur le fond. La crise profonde des vocations sacerdotales et des ministères qui touche l’Église catholique a été quelque peu débattue au synode, mais rien ne laisse prévoir des prises de position nouvelles et spectaculaires. Tout au plus le pape a-t-il ouvert la voie, sans en dire davantage, à une "réflexion" sur la place de la femme dans l’Église. Le dialogue avec les autres religions a été aussi plus hiérarchisé. Avec, en priorité, l'orthodoxie européenne, en froid avec le Vatican depuis la chute du communisme ; avec les juifs ensuite, qu'à la synagogue de Cologne en août 2005 le pape allemand a salués comme ses "frères" ; bien après, viennent les musulmans, simplement qualifiés d'"amis", et enfin les autres sagesses asiatiques, ravalées au rang de "cultures", non de religions.
C'est l'un des rares acquis de cette première année, où se manifeste la "patte" du théologien Ratzinger qu'on savait déjà méfiant pour les rencontres interconfessionnelles d'Assise, aux résultats mitigés, voulues par son prédécesseur. Cette fermeté plus grande et cette volonté de renforcer d'abord l'identité catholique ont été illustrées par l'éviction du responsable du "dialogue interreligieux" à la Curie et le rattachement de son "ministère" à celui de la culture. Un spécialiste de la Curie la justifie : "L'islam n'est pas un monothéisme semblable au judaïsme et au christianisme. Ce n'est pas la même Révélation. Aucun dialogue religieux n'est possible avec l'islam, ni avec les sagesses d'Asie. Mais un dialogue culturel, oui."


Et si ce "raidissement" n'était pas seulement du au caractère propre du souverain pontife, à sa ligne doctrinale, mais aussi à la position défensive de l'église catholique, face à la montée de l'islam qui la déstabilise partout, en Afrique, en Asie mais aussi en Europe - où la pratique religieuse décline chez les populations autochtones, tandis que s'implantent des populations musulmanes travaillées par l'islam radical ? Ivan Rioufol, dans sa chronique hebdomadaire du journal "le Figaro" du 26 mai dernier, rappelait un certain nombre de faits inquiétants et rarement mis à la une des grands médias. J'en reproduis un extrait, avec une remarque personnelle : plutôt que de faire un discours de haute volée philosophique avec une allusion à un controverse historique passée - mais vécue comme très actuelle par des millions de Musulmans furieux -, le Pape aurait mieux fait de s'adresser en termes présents et précis aux Chrétiens de notre époque : et de les réveiller en évoquant les faits, réels et contemporains, énoncés dans cet extrait !

" Ce qui ne se dit pas : des chrétiens sont victimes de l’intolérance islamique. Or, cette christianophobie indiffère les gardiens des droits de l’homme et de l’antiracisme. En France, même les évêques préfèrent s’indigner du projet de loi sur l’immigration choisie plutôt que du sort des catholiques dans les pays musulmans. Tels sont les effets conjugués de l’angélisme, de l’ignorance et de la haine de soi.

Qui a entendu, la semaine dernière, l’inquiétude du Vatican devant la diminution des catholiques au Proche-Orient ? En Iran, leur nombre a été divisé par dix (0,01 % de la population) en trente ans. De semblables « nettoyages » s’observent en Irak, Syrie, Palestine, Egypte. Les chrétiens de Turquie, de Bosnie-Herzégovine, du Kosovo (150 églises et couvents détruits depuis 1999) subissent ces mêmes humiliations poussant au repliement.

« L’Arabie saoudite, qui finance les constructions de mosquées à travers le monde, ne permet pas chez elle la construction d’une chapelle », rappelle le rapport 2005 sur les « Persécutions antichrétiennes dans le monde ». Les émeutes antichrétiennes de février au Nigeria (16morts) ont été vite oubliées. L’Italie a sauvé l’honneur en accueillant, en mars, un Afghan condamné à mort pour s’être converti."

En Algérie, la loi du 1er mars 2006 punit de prison celui qui « incite, contraint ou utilise des moyens de séduction tendant à convertir un musulman à une autre religion » ou à « ébranler sa foi ». Le texte met sous la surveillance des autorités, l’exercice d’un autre culte. Autant d’atteintes à la liberté religieuse, inconcevables en France. Qui les dénonce ? "

J.C