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18 septembre 2006

Benoît XVI et l’islam, 2 : la réaction du Rabbin Gabriel Farhi sur Judaïques FM

Introduction :
Le Rabbin Gabriel Farhi lit son billet hebdomadaire le dimanche matin sur notre radio. Cette semaine, il a commenté les propos du Pape sur l’islam, d’une façon assez critique. Ci-dessous son intervention
J.C


Bonjour,
On ne s’était plus habitué, depuis bien longtemps, à ce que le scandale vienne du Saint Siège. Le pape Benoît XVI, en faisant un lien implicite entre l’islam et la violence, a mis, certainement bien malgré lui, le feu aux poudres.
Selon le pape : « La foi est le fruit de l’âme, pas du corps. Celui qui veut conduire quelqu’un à la foi a besoin de bien parler et de raisonner correctement au lieu (d’user) de violence et de menace ». Le décryptage de cette phrase, même si elle date du XIVème siècle à la faveur d’un dialogue entre un empereur byzantin et un « persan cultivé » pour développer ses arguments, reste compréhensible. A la différence de l’Eglise, l’islam, pour servir le prosélytisme, userait de force à défaut de raison. L’expression de l’islam serait dans la violence, la force et la contrainte, là où l’Eglise userait de foi, de raisonnement et de dialogue.
Il n’a échappé à personne que ces paroles ont été prononcées en Allemagne, à Ratisbonne, au lendemain de la commémoration du cinquième anniversaire des attentats du 11 septembre. Il n’en fallait pas plus pour finir d’enfoncer le clou et, plutôt que de dénoncer une fraction de l’islam radical et intégriste, stigmatiser la doctrine même de cette religion en l’isolant et en l’excommuniant presque des religions monothéistes fondées sur la raison et l’intelligence que sont le christianisme et ... le judaïsme.
On connaissait l’intransigeance du cardinal Joseph Ratzinger qui a toujours déclaré, avant d’être pape, qui n’y avait de vérité que dans l’Eglise. Mais l’on pouvait imaginer que sa nouvelle position le conduirait à un peu plus de modération en cette année qui marque le 20ème anniversaire des Rencontres d’Assise (centre d’Italie) et du dialogue interreligieux nourri voulu par son peut-être trop illustre prédécesseur, Jean-Paul II. Car la statue du Commandeur veille et Benoît XVI ne peut s’imposer que par des déclarations doctrinales fortes. Le pape est un homme de doctrine, il en était le Maître à penser pour son prédécesseur qui s’en inspirait sans pour autant le suivre pas à pas.
Alors il va falloir maintenant gérer les susceptibilités légitimes du monde musulman face à une telle offensive verbale. Un homme de religion n’est pas à sa place lorsqu’il se met en position d’attiser les haines. Seul un dialogue interreligieux fécond permet de s’échanger, les yeux dans les yeux, certaines vérités qui font la spécificité de chaque religion. Car au fond, espérer que l’autre adopte les mêmes doctrines, rites, codes que soi-même n’est rien d’autre que du prosélytisme qui, à défaut d’être « violent » ne l’est pas moins verbalement.
Un rabbin ne va pas critiquer le christianisme parce que celui-ci voit dans Jésus le fils de Dieu. C’est leur croyance, cela ne peut pas être la nôtre car si tel était le cas il n’y aurait qu’une religion monothéiste avec des courants en son sein.Il faut accepter les différences, essayer de les comprendre et surtout ne pas grossir le trait de ce qui pourrait ainsi nous séparer au niveau doctrinal.
Shavouah tov, bonne semaine à tous. J’aurai plaisir à vous retrouver le 1er octobre, veille de Kippour. D’ici là Shana Tova, bonne et heureuse année à tous.

Rabbin Gabriel Farhi
le 17 septembre 2006