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08 avril 2007

Des nouvelles du blog et de l'émission

Ce petit article pour informer les lecteurs fidèles de quelques perturbations bien indépendantes de ma volonté, et m’en excuser par avance ...

Tout d’abord, et je ne l’ai appris que vendredi dernier, la Direction de Judaïques FM a décidé de supprimer toutes les émissions d’information - donc également « Rencontre » - pour les jours d’élections. Le C.S.A sera en effet particulièrement vigilant cette année, aussi bien pour les chaînes de radio que de télévision. Et, même si on n’aurait parlé que de politique internationale ou d’autres sujets, l’islam est un sujet tellement polémique qu’il était difficile de ne pas se voir reprocher tel ou tel propos - même si ma série n’a jamais abordé, directement, les échéances électorales françaises !

Résultat, donc : pas d’émission les 22 avril et 6 mai, dates des présidentielles ; et le 17 juin, date du deuxième tour des législatives.
Maintenant et en ce qui concerne le blog, j’ai hélas constaté qu’il se remettait à « tousser » pour des raisons que seul un informaticien chevronné pourra aider à élucider : difficile de publier sur mon micro, il me faudra donc mettre en ligne sur d’autres postes, passer par des « brouillons » enregistrés sur des clés, etc. Une petite « galère » comme il y a six mois environ, en espérant qu’elle ne perturbera pas trop les mises à jour.
Par contre, bonne nouvelle (et nouveau mystère de la blogosphère), la mise en page qui était bancale en colonne droite depuis le passage sous "blogger 2" s'est à nouveau rétablie depuis quelques jours ...

Merci en attendant pour votre patience et pour votre fidélité !

J.C

07 avril 2007

Ces Musulmanes qui votent pour Jean-Marie Le Pen ...

« Et si la campagne changeait à la Gare du Nord ? » titrait le journal « Libération » le 30 mars. On devine le scénario : le mixte de casse et de pillage ayant suivi l’interpellation d’un fraudeur récidiviste a fait revivre, par écrans de télévision interposés, la grande peur de novembre 2005, peur d’autant plus profonde que l’on est loin du terrain (pour y passer quasi-quotidiennement, je peux attester que l’endroit n’avait rien, après coup, d’un champ de bataille après la tempête, à quelques carreaux de verre brisés près) ; on se souvient ainsi que ce fut dans des petits villages alsaciens, loin de toute population immigrée, que le Font National a dépassé les 40 % en avril 2002 ; au lendemain de son départ du Ministère de l’Intérieur, cet évènement décrédibilise le candidat Nicolas Sarkozy sur la maîtrise de l’insécurité et renforce, par un phénomène de vases communicants, Jean-Marie Le Pen à qui il avait raflé quelques pour cents d’électeurs. Cette analyse est d’ailleurs partagée par une majorité de Français, ce qui est d’autant plus inquiétant quant aux intentions de vote affirmées « en creux » ... Car là est l’inconnue principale : le leader du Front National peut affirmer tranquillement qu’il est en réalité à environ des 20 % d’intentions de vote, dans la mesure où les sondages ne peuvent que « manipuler » les opinions le concernant, ses électeurs camouflant leur choix et leurs intentions étant « remises à niveau » grâce à des fumeuses corrections mathématiques !

Au risque donc de me ridiculiser le 22 avril au soir (disons-le : je souhaiterais mille fois me tromper), je parie donc sur un Le Pen bien au-delà des 15 % au premier tour, dépassant peut-être François Bayrou. J’ai déjà évoqué sur le blog ses positions iconoclastes en politique étrangère, en phase avec une grande partie de l’opinion (voir en lien : "Le Pen candidat des Mollahs"). Aujourd’hui, avec cette petite vidéo, je vous invite à découvrir un autre tabou de ces élections présidentielles : celui des Musulmans qui vont voter pour lui. Entendons-les : il n’est question ni du Moyen Orient, ni des Juifs ; l’extrême droite a la côte chez ces « Beurettes » ; et puis, en se clamant plus français que les Français d’origine, ce prolétariat marginalisé exprime un vrai désarroi - à méditer !

J.C


06 avril 2007

Thérèse Delpech : une interview et un nouveau livre

Comme je vous l’avais déjà annoncé, c’est dimanche prochain que vous pourrez entendre l’émission qui n’avait pu être diffusée en direct le 25 mars : le 8 avril, donc, à 9h30, ne manquez pas cette interview exceptionnelle de Thérèse Delpech consacrée à la course de l’Iran vers l’arme nucléaire, interview dont on trouvera en lien la présentation sur le blog.

Chaque émission nécessite une longue préparation, surtout lorsqu’elle tourne autour d’un livre qu’il faut découvrir, analyser puis résumer pour les auditeurs : celui objet de l’émission (« l’Iran, la bombe et la démission des nations », Éditions Autrement) datait déjà d’il y a un an, et je n’ai donc pas eu le temps de lire le dernier ouvrage de Thérèse Delpech, « Le grand perturbateur, réflexions sur la question iranienne » (Éditions Grasset), sorti le 20 mars. Je reproduis ci-dessous la présentation de l’éditeur, présentation qui en dit long sur le diagnostic de cette chercheuse, expert en géostratégie : oui, la République Islamique représente un danger, un danger réel pour la Paix du Monde.
Quelques jours après la sortie de ce livre, et comme un sinistre bruit de bottes avant une vraie guerre, quinze marins britanniques étaient capturés par les Iraniens à la frontière avec l’Irak ...

" Contrairement à la plupart des pays qui cherchent à contrecarrer ses projets, l'Iran a une idée précise de ce qu'il souhaite : devenir la puissance majeure du Moyen-Orient au XXI ème siècle. Ce qui n'est pas un crime en soi. A chaque période de l'histoire, les rapports de pouvoir évoluent, et il est essentiel de savoir le comprendre pour que ces changements se produisent de façon pacifique. Mais pour parvenir à ses fins, Téhéran, dont le régime est aujourd'hui issu du cœur le plus dur des conservateurs iraniens, reprend le projet révolutionnaire de la fin des années 1970. Il compte à nouveau sur un bouleversement régional de grande ampleur qui dépasse les distinctions entre les Perses et les Arabes, ou entre les chiites et les sunnites ... Son influence régionale s’exerce au moyen de discours violemment anti-israéliens, dont s'abstenaient les capitales de la région depuis de nombreuses années, et qui auraient dû conduire les pays européens à rappeler leurs ambassadeurs à l'automne 2005. Téhéran compte aussi sur l'infiltration de ses agents dans l'ensemble de sa périphérie. Celle-ci est perceptible non seulement au Liban et en Irak, où la capacité de nuisance de l'Iran n'a plus besoin de démonstration, mais aussi en Asie centrale et au Caucase. Téhéran compte enfin sur une militarisation du régime, dont les manœuvres d'intimidation « Grand Prophète I et II » ont donné une illustration convaincante au printemps et à l'automne 2006, et sur son programme nucléaire et balistique. Ceux-ci connaissent une accélération au moment même où le Conseil de Sécurité demande enfin, avec la résolution 1696, une suspension complète de toute activité liée à l'enrichissement et au retraitement de l'uranium. La question posée par l'Iran à la communauté internationale est simple : les règles qui vont régir non seulement les rapports de force, mais aussi le nucléaire au XXIème siècle ne sont pas encore écrites. Veut-on qu'elles le soient par l'Iran ? "


J.C

05 avril 2007

La Fraternité d’Abraham a 40 ans

Mon ami Emile Moatti à la Grande Mosquée de Paris

Lectures et chants à l'Eglise Saint Sulpice
De gauche à droite : le représentant des Musulmans des Comores, Madame Nicole Guedj, ancien ministre, le Mufti de la Grande Mosquée de Paris, le Recteur Si Dalil Boubakeur, Gildas le Bideau président de la Fraternité d'Abraham, Jean Tibéri maire du 5 ème arrondissement,et Bernard Kanovitch représentant du Crif
La plaque commémorative, posée à la Grande Mosquée de Paris

Comme je vous le rapportais le soir même du 25 mars (lire ici), la Fraternité d’Abraham a célébré avec beaucoup d’éclat ses 40 ans, lors d’une « Journée internationale du dialogue ».

On en trouvera, d’abord et ci-dessus, un petit reportage photographique que je dois à mon ami Vincent Pilley, un infatigable militant du dialogue interreligieux, lui-même ... bouddhiste, et devenu un proche d’Emile Moatti, mon vieux complice de Judaïques FM et d’ailleurs !

Quelques mots, d’abord, des objectifs fixés il y a 40 ans par les fondateurs de la Fraternité d’Abraham, Si Hamza Boubakeur, le père du Recteur actuel de la Grande Mosquée de Paris, André Chouraqui, Jacques Nantet et le Révérend Père Riquet. Voici un extrait du manifeste fondateur, adopté très courageusement le 7 juin 1967, en pleine Guerre des Six Jours, alors que tout dialogue paraissait impossible entre Juifs et Musulmans !
« Apportant le témoignage que le monde attend d’eux, des Juifs, des Chrétiens et des Musulmans - dans le respect absolu de leurs religions et confessions - ont décidé de s’unir pour prendre conscience de tout ce qui, depuis Abraham, constitue leur commun patrimoine spirituel et culturel, mais aussi pour travailler ensemble à la réconciliation effective de tous les descendants d’Abraham et pour libérer le monde des méfaits de la haine, des violences fanatiques, des orgueils de la race et du sang, en lui révélant les sources authentiques et divines d’un humanisme fraternel ». 

Quel beau programme ! ... et qui n’a pas pris une ride, même si hélas on est encore très loin du compte 40 ans après. Plusieurs intervenants, lors des discours que j’ai entendus à la Grande Mosquée ou plus tard lors du colloque, ont rappelé qu’alors et en particulier pour deux des fondateurs disparus, le Révérend Père Riquet et Jacques Nantet, le souvenir encore vif de la Shoah, avait porté, par un sentiment d’urgence humanitaire, le dialogue entre les confessions monothéistes : il s’agissait en priorité d’en finir avec des siècles « d’enseignement du mépris » vis-à-vis des Juifs, et, pour l’Église Catholique d’après Vatican II, de renoncer définitivement à la conversion finale des fidèles des autres religions. Le chemin parcouru a depuis été immense entre Juifs et Chrétiens, mais malheureusement, entre l’islam et « les autres », l’après 11 septembre a rendu plus difficile le dialogue - depuis, plus précisément la révolution « khomeyniste » de 1979 qui a refait de cette religion un projet politique révolutionnaire.

Mais revenons à la journée du 25 mars : son programme a été d’un œcuménisme parfait : réception tôt le matin à la Grande Synagogue de la Victoire par le Grand Rabbin Gilles Bernheim ; puis à la Grande Mosquée de Paris, où une plaque fut apposée (la plupart des photos y ont été prises) ; puis il y eut un colloque à la Mairie du sixième arrondissement, sous la présidence du penseur et écrivain catholique René Guitton (visitez son site en lien : j’y ai découvert qu’il a consacré un livre à Abraham) ; ont pris la parole Antoine Sfeir, l’orientaliste bien connu qui s’est défini publiquement, lui le franco-libanais laïc et né maronite, comme un « fils d’Abraham » ; Gildas Le Bideau, président de la Fraternité ; Gérard Israël, historien et philosophe ; le Révérend Père Dericke, théologien ; le Pasteur Jean Arnold de Clermont, président de la Fédération Protestante de France ; Djelloul Seddiki, président de l’institut de théologie de la Grande Mosquée de Paris ; et Maurice Reuben Hayoun, écrivain et philosophe, qui a en conclusion rappelé la figure du Patriarche Abraham, le « père commun » aux trois grands monothéismes : un homme qui n’a rien écrit, par lui-même, mais dont la Bible nous a laissé le souvenir d’un dévouement exceptionnel à son Créateur et aux siens, et dont la « tente était ouverte à l’étranger » ; et il a cité Renan, parlant de l’Orient qui a enfanté les grandes religions et où « quelques lieues seulement séparent Jérusalem du Sinaï et le Sinaï de La Mecque » ; il est des raccourcis, à la fois historiques et géographiques, qu’il est bon de rappeler ! Celui-là m’inspire - de façon strictement personnelle et par un atavique sentiment de la fragilité juive - que ce genre de proximité peut à la fois construire une filiation et balayer dans les vents du désert les héritiers les plus faibles.

Enfin, en apothéose, la journée fut clôturée (voir photo), par des lecture et des chants de l’autre côté de la place, dans la magnifique Église Saint Sulpice avec les chorales des scouts musulmans, juive « Chiva ve Simha » et du Temple de Plaisance Ridder, ainsi que les voix de Marisa Berenson, Nadia Samir, Robert Hossein, Smaïn ; une journée magnifique s’achevait ainsi, alors que (mais cela est devenu une habitude), les grands média avaient boudé cette manifestation : les « Hommes de bonne volonté » font-ils moins recette que les fanatiques ? Ou alors - et plusieurs participants au colloque l’ont évoqué - les religions ont-elles mauvaise presse par les temps qui courent, où toute la société vit une crise des valeurs ? Et cela, même si (et ce fut rappelé, surtout avec brio par le R.P Dericke et par Gérard Israël) les plus lucides des Juifs, Chrétiens et Musulmans ont compris ce qu’ils doivent à la laïcité ; et assument parfaitement - c’était le titre du colloque - « la responsabilité des religions abrahamiques dans la cité ».

J.C

01 avril 2007

Pessah Sameah et Joyeuses Pâques !



Comme c’est souvent le cas, la fête juive de Pessah, qui commémore la sortie d’Égypte du peuple hébreu - un petit rappel à l’attention des internautes complètement ignares en matière de Religions, et hélas il doit y en avoir beaucoup - coïncide avec la Semaine Sainte pour les Catholiques - autre rappel pour « les mêmes », cette fois complètement déchristianisés - qui célèbre à la fois la crucifixion de Jésus Christ et sa résurrection.

Toujours pour les « ignorants », la majorité des Juifs - pas seulement les plus orthodoxes, car cette fête, symbole de liberté, est très populaire dans la majorité des communautés -, consomment du pain azyme (photo) pendant ces huit jours : allez sur le site http://www.consistoire.org/ qui rappelle toutes les obligations liées à Pessah, dans un dossier très complet. Dans un genre beaucoup plus "fun", et pour les amateurs d'humour juif New Yorkais, cliquer sur ce lien : Happy Passover ! ... et vous revivrez l'Exode, version dessin animé, et en musique.

Les jours de fête pour les Juifs pratiquants (commencer à chaque fois la veille au coucher du soleil) seront donc les 3, 4, 9 et 10 avril, le 9 étant par ailleurs le « Lundi de Pâques », jour férié ... et de fin de week-end (et début de vacances scolaires en région parisienne). Bref, vous serez sans doutes moins nombreux devant votre écran de micro, et - religieux ou pas - vous aurez bien raison !

Ce petit message, donc, pour remercier les amis qui m’ont envoyé par mail leurs vœux pour cette fête. Dire un message d’amitié pour les lecteurs chrétiens (qui doivent être nombreux sur ce blog, ouvert à l’image de « Rencontre »). Et vous signaler qu’il n’y aura pas de publications jusqu’au jeudi 5 avril, puis les 9 et 10. Bonnes fêtes à tous !

J.C

30 mars 2007

Hommage au judéo-espagnol

Il est impossible de finir ce "mois de la Turquie" sans rendre hommage aux Juifs de Turquie, à leur mémoire et à leur patrimoine.

Bien que certains soient d’origine ashkénaze, la grande majorité d’entre eux est de rite séfarade, dans le sens vraiment étymologique du mot : "originaire d’Espagne", comme leurs ancêtres aux patronymes espagnols, chassés par l’infâme édit de Philippe II et Isabelle la Catholique et généreusement accueillis dans l’Empire Ottoman.

Contrairement à leurs frères du Maghreb qui furent, plus ou moins rapidement, "arabisés" et perdirent leur langue d’origine, ceux de Turquie et des Balkans ont conservé jusqu’à il y a peu l’usage du dialecte judéo-espagnol (lire sur l'encyclopédie Wikipedia). Hélas, la Shoah, qui devait en particulier complètement détruire la Communauté de Salonique - et faucher au passage les Juifs de nationalité turque, grecque ou bulgare réfugiés en France au lendemain des guerres balkaniques -, et le départ vers Israël ou d’autres Diasporas ont contribué à éteindre ce patrimoine séculaire.

Mon amie Claudine Barouhiel, elle-même d’origine turque, a écrit pour le blog un reportage sans langue de bois sur la communauté juive d’Istanbul, qui s’inquiète pour son avenir (lire ici). Ici, en France, elle se bat avec l’association "Al Syete" pour la préservation de la vieille synagogue de la rue Popincourt (Paris, 11ème), fondée en 1910 par des Juifs d’origine turque ou de Salonique : ses adhérents veulent transformer le lieu en centre culturel, alors que, pour des raisons économiques, le Consistoire Israélite de Paris veut vendre le bâtiment ! Visitez le blog de l'association.

Enfin, comme tout patrimoine, celui des judéo-espagnols est aussi musical : en surfant, j’ai découvert cette adresse où vous pourrez entendre des tas de chansons traditionnelles ! 

J.C

29 mars 2007

Une bibliothèque turque



Etre producteur d’une émission de radio à vocation culturelle comme « Rencontre », c’est d’abord avoir le plaisir de recevoir des éditeurs d’innombrables ouvrages, plus ou moins volumineux et plus ou moins intéressants. C’est ensuite avoir le redoutable pouvoir de décider ce que l’on va lire en priorité, en fonction à la fois des impératifs de l’actualité, et du devoir de dépasser le présent en couvrant le maximum de sujets. Ces derniers temps, le centre névralgique du monde musulman s’est donc déplacé vers l’Iran et le Liban - d’où des émissions qu’il a fallu préparer un peu dans l’urgence et des lectures qui ont été ajournées.

Il en est ainsi donc, du volumineux « La Turquie », une somme réalisée par Semih Vaner qui a déjà été mon invité à deux reprises et qui réunit les meilleurs chercheurs (la plupart turcs) sur le sujet. Sorti et reçu en septembre 2005, j’espère enfin l’avoir « digéré » ces prochains mois pour une future émission.

Toujours à propos de Semih Vaner, rappelons qu’il est chercheur au CERI (Centre d’Études et de Recherches Internationales) et directeur du CEMOTI (Cahiers d’Études sur la Méditerranée Orientale et le Monde Turco-Iranien). Le CEMOTI vient de publier un numéro spécial intitulé "Turquie, désir d'Europe" (voir en lien).

J'avais donc fait avec Semih Vaner une émission dans laquelle il défendait l'adhésion de la Turquie à l'Union Européenne, dont on peut entendre le podcast sur le blog. Redoutable adversaire de cette adhésion, Alexandre Del Valle a publié "La Turquie dans l'Europe, un cheval de Troie islamiste ?", qui a fait également l'objet d'une émission et d'un podcast.

La Turquie moderne reste l’héritage (même s’il est sérieusement écorné par les Islamistes) de Mustafa Kemal Atatürk. Un historien franco-turc, Georges Daniel, passionné et fasciné par ce personnage historique, lui a consacré deux ouvrages : un album richement illustré dans la collection « Chroniques de l’Histoire » ; et un livre de référence, « Atatürk, une certaine idée de la Turquie ». Georges Daniel a été mon invité à trois reprises, dans les premières années de l’émission (1999-2000).

Enfin, signalons (autre ouvrage resté en souffrance) « L’Histoire des Turcs » de Jean-Paul Roux, autre grand expert de cette civilisation.

Voici donc les références pour réunir une petite « bibliothèque turque » :
"La Turquie", sous la direction de Semih Vaner Éditions Fayard - CERI, 2005
"La Turquie dans l'Europe, un cheval de Troie islamiste ?", Alexandre Del Valle, Éditions des Syrtes, 2004
"Histoire des Turcs", Jean-Paul Roux, Éditions Fayard, 2000
"Atatürk, une certaine idée de la Turquie", Georges Daniel, Éditions l’Harmattan, 2000
"Atatürk", Georges Daniel, Édition Chronique, 1998

J.C

28 mars 2007

Quand la Pologne parle en hébreu ...

Introduction :
Merci à Irène Elster pour cette traduction. Irène a un atout bien précieux dans son curiculum vitae : celui de parler le Polonais, langue du pays d'origine d'une partie de sa famille ! Alors que - et cela se comprend pour la plupart des Juifs ashkénazes - le souvenir conservé de la Pologne et de ses habitants est "globalement négatif" depuis la Shoah, elle a (un peu à mon image, pour le versant "monde musulman"), tenté d'avoir une vision moins caricaturale des choses ... Il y a quelques semaines j'avais, déjà, publié une traduction qu'elle m'avait fait parvenir, il s'agissait alors de la République Tchèque. Aujourd'hui, il est question de la Pologne et d'Israël : une nouvelle passée complètement inaperçue, alors même que l'on avait (et c'était normal), largement parlé de la publication d'un ouvrage antisémite par un eurodéputé polonais, sur fonds du Parlement Européen.
J.C

Brève
Rzeczpospolita du 26.03.07 Nr 072

Émissions sur la Pologne - en hébreu

La Radio Polonaise a commencé à produire des émissions en hébreu - c’est une initiative commune de la Radio et du Ministère des Affaires Étrangères. Des séries de programmes d’une demi-heure doivent rapprocher notre pays avec les habitants d’Israël. Le rédacteur de la partie hébraïque sera Michael Hermon et la plupart des émissions seront consacrées à la vie de la communauté juive en Pologne et aux relations polono-juives. On pourra les écouter sur la fréquence 9695 kHz ainsi que par satellite aux heures matinales.


Traduction du polonais : Irène Elster

Un conte oriental

Introduction :
Isabelle-Yaël Rose, ma « correspondante » à Jérusalem, a conservé une forte nostalgie de son voyage en Jordanie, dont j’ai publié sur le blog les « carnets » si originaux (voir dans les archives, janvier 2007) ... Fascination orientale ? Syndrome de Lawrence d’Arabie ? En cliquant sur ces deux libellés en fin d’article, vous verrez que ces sujets m’intriguent, moi aussi, et j’y reviendrai certainement à l’avenir. En attendant, elle s’essaye à un nouveau genre - après les analyses politiques et le journalisme de terrain : voici donc un « conte oriental » à la symbolique bien transparente, pour qui saura reconnaître sous la parabole les jeux douteux des grandes puissances au Moyen Orient !
J.C

Il était une fois deux royaumes voisins dans le désert où le soleil ne se couche jamais. Leurs terres, balayées par le vent et la poussière, revêtaient par moment une douce couleur violette. Longeant la frontière, des montagnes aux couleurs multicolores, taillées dans des minéraux allant du noir, profond, à la douceur de l’ocre, se mélangeaient dans un ciel invariablement bleu sans qu’il soit possible de dire où se situait la séparation.
Le premier Royaume avait pour nom Royaume de Shabbat, du nom des sorcières qui s’y livraient à la divination et autres pratiques ancestrales transmises de génération en génération. Ce Royaume était le territoire des femmes aux yeux marron. Le second Royaume avait pour nom Royaume d’Hachem, du nom des hommes dont les yeux, noirs et vifs, parfois soulignés d’une ligne de khôl, aux visages indéchiffrables, tantôt impénétrables comme les montagnes des hauts plateaux, tantôt illuminés d’un sourire, savaient lire les traces laissées dans le sable par les scorpions, les chacals, les renards, les serpents, et toutes sortes d’animaux. Les hommes du Royaume d’Hachem, parce qu’ils avaient appris à dompter les chevaux, étaient devenus les maîtres du vent.
Ces deux royaumes, qui s’étaient fait la guerre pendant longtemps, vivaient désormais en paix. Cependant, elle restait menacée par les intrigues des géants venus du Pays du Froid, à l’ouest de la mer.

Le Royaume de Shabbat et le Royaume d’Hachem, comme tout royaume, échangeaient des Ambassadeurs : ces deux Royaumes, aux hommes et aux femmes fiers, susceptibles sur le protocole et les questions de préséance, comme tous les êtres du désert, étaient très attachés à la tradition. Il se trouvait aussi des Ambassadeurs et des conseillers envoyés par le Pays du Froid.
Au Royaume de Shabbat se trouvait un Ambassadeur du Pays du Froid profondément épris d’amour pour la région. C’est qu’il la connaissait bien, et depuis longtemps. En vérité, il aimait la paix et était venu au Royaume de Shabbat de sa propre décision : il ne s’agissait point d’une mutation aléatoire, qui conduisait indifféremment les diplomates dans des pays dans lesquels ils n’avaient aucune attache, transformant leur mission en calcul carriériste, nécessaire, où l’Ambassadeur n’avait point d’autre choix que d’attendre, sans rien faire, et d’en prendre son parti. Non, celui-ci pensait qu’il avait une mission, et il avait bien dans l’intention de faire bouger les choses. Ce qui est assez rare dans l’administration.
De l’autre côté, l’Ambassadeur du Pays du Froid au Royaume d’Hachem était animé des mêmes intentions.

Mais le Prince du Pays du Froid, de l’autre côté de la Mer, jaloux de ses prérogatives de Prince, se méfiait très fortement de ses Ambassadeurs. Il leur avait donc adjoint des conseillers dont la fonction était de les tenir sous surveillance : contrôler, rapporter, limiter leur marge d’action, et si nécessaire, utiliser ce qu’ils entendraient ou verraient - quitte à le déformer - de manière à les neutraliser. En un mot, leur travail consistait à espionner.

Les conseillers étaient animés d’une très forte ambition : nommés au poste de second conseiller, partageant un mépris égal pour les hommes du Royaume de Shabbat et pour ceux du Royaume d’Hachem, ils étaient prêts à tout pour devenir premier conseiller, et un jour peut être Ambassadeur, mais dans une autre région du monde. Ils haïssaient en effet les manières des hommes de Shabbat et des hommes d’Hachem, quoiqu’ils le dissimulassent derrière des manières courtoises, aimables et avenantes : ils avaient appris dans leurs écoles l’art de dissimuler.
Un jour, le second conseiller s’avisa que l’Ambassadeur au Royaume de Shabbat commençait à trop aimer le Royaume et ses sujets. Ce qui contrariait les calculs du Prince de la Mer de l’Ouest. Il fut informé aussi du fait que l’Ambassadeur au Royaume d’Hachem commençait à souffrir du même mal que l’autre. Sans doute l’autre second conseiller lui passait-il les informations quand il venait en visite dans la capitale toute proche du Royaume. Les deux Ambassadeurs s’étaient manifestement attachés à la région et commençaient très sincèrement à souhaiter que la paix se consolide entre les hommes des deux Royaumes. Ce qui n’était pas dans l’intérêt du Prince du Pays du Froid. Les deux conseillers, aiguillonnés par l’ambition, attisés par une mutation ou par une promotion qui plairait davantage à leurs dispositions, inquiets aussi de la colère de leur hiérarchie qui menaçait de les tenir pour responsables de chaque chose, décidèrent un beau matin qu’il était grand temps d’agir. Dans leur intérêt réciproque. C’est pourquoi ils préparèrent de concert un plan.

D’abord, il fallait éloigner l’Ambassadeur au Royaume de Shabbat qui commençait à prendre trop d’influence. Au détriment de son second conseiller. Ensuite, il fallait transférer l’Ambassadeur au Royaume d’Hachem vers le Royaume de Shabbat. Cela avait plusieurs avantages : d’une part, à cause de la méfiance qui subsistait malgré tout entre les deux Royaumes, le transfert de l’Ambassadeur du Royaume d’Hachem au Royaume de Shabbat ne pourrait que réveiller la suspicion au sein de la population. Ce qui du même coup éviterait qu’il puisse prendre trop d’influence. Au profit du second conseiller qui avait réussi à se faire une bonne réputation en se présentant toujours comme l’ami de l’Ambassadeur au Royaume de Shabbat dont il venait d’obtenir la démission. A l’occasion, il pourrait toujours dire qu’il devait durcir sa politique sur instruction du nouvel Ambassadeur : ainsi, non seulement il se présentait comme le seul interlocuteur de confiance, mais il discréditait encore davantage l’Ambassadeur à qui il laisserait les miettes de la représentation. Ensuite, comme le second conseiller connaissait mieux le pays et était parvenu à se créer un réseau d’amitiés - grâce à l’Ambassadeur qu’il avait fait virer - il pourrait tenir plus facilement sous son contrôle le nouvel Ambassadeur déjà entouré d’une naturelle suspicion qu’il ne faisait que renforcer par ses insinuations. Enfin, le nouvel Ambassadeur au Royaume de Shabbat, qui venait de traverser la rivière, était évidemment moins au fait des réalités de ce nouveau royaume, ce qui l’exposait plus facilement aux opinions toutes personnelles du second conseiller qui s’empressa de l’encercler de ses relations les plus inoffensives, les moins influentes, et de lui bourrer le crâne avec ses propres divinations. Le second conseiller avait déjà réalisé l’un de ses premiers projets : le pouvoir. Restait le second : obtenir sa promotion sous la forme d’une mutation.

Mais comme le conte le dit dès le début, le Royaume de Shabbat est la propriété des sorcières qui se transmettent leurs dons de génération en génération. Aussi, leur présence contrariait fort le second conseiller qui craignait pour ses plans. Dans un premier temps, il essaya tout simplement de manipuler les sorcières. Dans un second temps, de les boycotter socialement et de les discréditer au regard des autres. Dans un troisième temps, de les casser spirituellement. Enfin, à cours d’idée, il ne lui restait plus qu’une seule voie : les supprimer d’une manière ou d’une autre. Mais ce que le second conseiller ne savait pas, c’est que les sorcières, quand elles boivent le poison, s’empressent, en cachette, de le cracher. A la gueule des seconds conseillers le plus souvent. Oh, certes, elles peuvent bien aussi se faire maltraiter. Il arrive aussi qu’elles aient des moments de faiblesse. C’est que les sorcières, justement à cause de la nature fragile de leur identité qui leur permet de prophétiser - c’est le revers de leur don de vision - sont des êtres particulièrement néfastes et entêtés. D’autant plus néfastes qu’elles n’ont aucune ambition, ce qui les met à l’abri des tentations, des tentatives de corruption, des tentatives de séduction, et de bien d’autres choses. Et puis surtout : les sorcières sont liées par un serment. Un serment qu’elles ont fait au Roi de ce monde. C’est leur seule foi, et leur seul engagement. Face à ce serment, que valent les intrigues des hommes ? Les sorcières aussi ont su apprivoiser les chevaux, c’est pourquoi aussi elles sont les maîtres du vent. Derrière leur apparence indolente.
Aussi, quand l’une des sorcières du pays de Shabbat compris les manigances du second conseiller du Pays du Froid - sans doute n’était-elle pas la seule : les hommes du Royaume d’Hachem savent lire les traces des serpents et des chacals - elle s’empressa de déposer une plainte devant le tribunal. Elle parla aussi du travail de cochon du second conseiller dans toutes les institutions qui dépendaient de l’autorité du Royaume du Froid. Sans doute avait-il pensé en faire porter la responsabilité aux Ambassadeurs, tandis que lui se présenterait comme le seul homme compétent. Utilisant pour cela le pouvoir de divination des sorcières qu’il tenta dans un premier temps d’exploiter.

La sorcière fut redevable d’au moins une chose au second conseiller du Royaume de Shabbat : il l’avait définitivement guérie de la peur. De la peur de la mort. C’est ainsi qu’elle devint une vraie sorcière. Et qu’elle apprit une très grande chose : faire la guerre aux ennemis du peuple de Shabbat et du peuple d’Hachem. Faire la guerre - sans pitié - aux conseillers envoyés par le Prince du Pays du Froid. Car si les sorcières ont besoin des hommes pour exercer leurs pouvoirs de divination - les sorcières ont besoin d’aimer pour avoir leurs visions - les hommes ont aussi besoin des sorcières : ce sont elles qui parlent dans les oreilles de leurs chevaux.

A mes maîtres cachés qui m’ont appris à lire les traces des scorpions dans le désert ...

Isabelle-Yaël Rose

26 mars 2007

Relations Turquie - Israël : un site de référence pour en savoir plus

Abdullah Gül et Tzipi Livni,
Ministres des Affaires Etrangères de Turquie et d'Israël

J'ai découvert par hasard et en surfant une adresse très intéressante, pour qui veut trouver des informations "pointues" sur les relations entre la Turquie et Israël : cliquer sur ce lien.
Vous découvrirez un site très complet, édité par un professeur de l'Université Hébraïque de Jérusalem, et qui (d'après son patronyme) doit être d'origine turque. Edité en anglais, mais avec aussi des versions en turc et en hébreu, cette adresse donne un point actualisé sur les relations - névralgiques - entre ces deux "géants" du Moyen Orient. Relations économiques, relations politiques, relations stratégiques, tous les sujets sont abordés y compris "ceux qui fachent" (comme le rapprochement du gouvernement '"islamiste modéré" de l'AKP avec les Palestiniens). Détail intéressant, le site publie des articles de journalistes et experts à la fois turcs et israéliens, et parmi ces derniers de deux "plumes" réputées du "Jerusalem Post" (en lien permanent sur le blog) : Efraim Inbar et Barry Rubin.

Enfin, dernier clin d’œil pour les lecteurs qui auraient remarqué mon "faible" pour la responsable de la diplomatie de Jérusalem - le dernier "homme fort" du gouvernement, un an après la victoire du parti Kadima et son cortège de déceptions - j'ai bien sûr trouvé à cette adresse une photo de cette grande voyageuse : celle-là a été prise en Turquie, à l'occasion de sa première visite officielle en mai 2006.

J.C

Nota de Jean Corcos (ajouté le 20/10/2007)
Il ne m’est pas possible, matériellement, d’assurer une « maintenance » en ligne du blog en supprimant au fur et à mesure les « liens morts ». Certains ne sont en effet plus actifs naturellement (sites d’actualité ou de journaux), les articles concernés devant être plutôt lus « à chaud ». D’autres liens devraient concerner en principe des sites pérennes, et cela aurait du être le cas du site mentionné ici.
Or je constate que l’adresse http://www.turkishisraeli.com/en/ n’est plus active ... tous mes regrets pour les Internautes intéressés par le sujet (et ils semblent nombreux !). D’autres adresses ajoutées donc ci-dessous, des « portails » pour ceux qui s’intéressent au sujet :
-http://gloria.idc.ac.il/tsi/relations/bibliography.html une page très académique du Gloria Center de Herzliya sur la question ;
-http://www.science.co.il/hi/Turkish/Links.asp une autre page portail, également mise en ligne en Israël et qui parle plus des Juifs de Turquie que des relations entre les deux pays.

25 mars 2007

Un dimanche bien rempli !

La chorale "la rose et l'olivier"
à la Grande Mosquée de Paris

Il y a des dimanche particulièrement bien remplis ... surtout lorsque l'on a des activités bénévoles !

Ainsi pour ce 25 mars, riche en émotions :

- tôt ce matin (nouvel horaire d'été oblige), je suis donc allé à notre radio Judaïques FM où je devais avoir un direct par téléphone avec mon invitée, Thérèse Delpech (voir post du 18 mars) : hélas, mauvaise pioche, l'émetteur a été hors service pendant un long moment. Nous avons quand même fait l'enregistrement, qui sera donc diffusé le dimanche 8 avril (je vous rappellerai ce rendez-vous plus tard).

- ensuite (mais là c'était prévu), je suis allé à deux des quatre manifestations prévues pour célébrer les 40 ans de la "Fraternité d'Abraham", instance de dialogue interrreligieux entre Juifs, Chrétiens et Musulmans : d'abord à la Grande Mosquée de Paris, où fut apposée une plaque commémorative, et où nous avons eu le bonheur d'entendre une chorale judéo-arabe, "La rose et l'olivier" (photo) ; ensuite, à la Mairie du VIème arrondissement, où s'est tenu un colloque. Le monde étant bien petit, j'ai reconnu parmi les intervenants des anciens invités de "Rencontre", Djelloul Seddiki, Antoine Sfeir et Maurice Reuben Hayoun. J'espère publier très bientôt un reportage photographique beaucoup plus complet de cet anniversaire, et vous en rendre compte en détails ; et je peux vous annoncer d'ores et déjà une émission spéciale sur cet évènement, avec bien sûr mon ami Emile Moatti, délégué général de la Fraternité, et probablement un autre invité.

J.C

23 mars 2007

La Belle Epoque sur le Bosphore

Illustrations tirées de l'ouvrage "Deri Se'adet",
"Stamboul, porte du bonheur"
d'Adolphe Thalasso, oeuvres de Fausto Zonaro

Une toile sur la Toile
- mars 2007 (2)

Allez, on va se faire un dernier plaisir en rêvant d'Istanbul la magnifique !
Encore des illustrations vieilles d'un petit siècle ... Voir le "post" du 7 mars pour des informations sur les artistes cités.
Je trouve beaucoup de charme à cette dame turque, à la voilette si légère et qui n'aurait pas choqué au milieu de ses contemporaines de la "Belle Époque", à chapeau et gaze si évocateurs d'érotisme discret. Rien à voir avec les sacs à patate de couleur noire, devenus l'uniforme du totalitarisme envahissant de notre siècle. Quand aux petits garçons à fez et aux petites filles portant une sorte de hijab, ils m'évoquent irrésistiblement des photos exotiques d'autres enfants, ceux-là des petits Juifs vivant au bord du bassin méditerranéen aux beaux temps des colonies : pas encore vêtus à l'occidentale, ils étaient de la génération ... de mes grands-parents !

J.C

22 mars 2007

Darfour : et si la France se réveillait ?



Enfin ! Après des années d’appels à manifester, de meetings, de tribunes libres dans la presse et d’innombrables reportages ; alors même que les Nations Unies ont reconnu le massacre de centaines de milliers de civils et qu’une résolution du Conseil de Sécurité l’été dernier envisageait - oh combien timidement - l’envoi de Casques Bleus, il semble que l’opinion française commence à se réveiller, et les responsables politiques à s’engager.

Mardi 20 mars, le Collectif « Urgence Darfour » (visiter le site en lien) appelait à un grand meeting, en ayant aussi et surtout convié les candidats à l’élection présidentielle. Ceux-ci étaient invités à s’engager sur les résolutions suivantes :

« Candidat(e) à la présidence de la République française, horrifié(e) par le sort réservé aux populations du Darfour, je m'engage :
1. A agir en sorte que la France use de tout son poids auprès du Conseil de sécurité des Nations unies pour y faire adopter des résolutions au titre du chapitre VII de la charte pour la protection effective des populations du Darfour.
2. A mettre en œuvre au niveau approprié, tant que dureront les crimes contre l'humanité, des sanctions économiques contre le Soudan : gel des avoirs, refus de visas pour les dirigeants soudanais impliqués dans les massacres, embargo sur les exportations de pétrole soudanais.
3. A m'abstenir de recevoir en France les membres du gouvernement de Khartoum.
4. A mettre à la disposition de la Cour pénale internationale tous les moyens utiles à sa mission, notamment en ce qui concerne l'établissement et la conservation des preuves, la protection des victimes, des témoins et des enquêteurs.
5. En liaison avec les États concernés, à donner mandat aux forces françaises stationnées au Tchad et en Centrafrique de protéger effectivement les réfugiés, les personnes déplacées et les membres des organisations humanitaires opérant dans ces pays.
6. A mettre en place les moyens d'une surveillance de l'espace aérien du Darfour et à en communiquer les informations aux États et institutions intéressés.
7. A dénoncer avec énergie tout pays qui s'opposerait aux sanctions prises à l'encontre du Soudan fondées sur les crimes contre l'humanité commis par son gouvernement.
8. A user de toute mon influence pour rendre possible une action européenne de protection des populations civiles du Darfour, notamment à mettre en place des corridors humanitaires.
A Paris, maison de la Mutualité, le 20 mars 2007 »


Cet appel a été publié, notamment, par le journal « Libération » qui a eu le grand mérite de publier, le même jour, un dossier de 5 pleines pages sur cette tragédie qui se déroule depuis maintenant 4 ans, dans une immense état africain, membre de la Ligue Arabe et à la population majoritairement musulmane (en lien le dossier sur le site du journal, moins complet malheureusement) Petit rappel, toutes les victimes sont musulmanes au Darfour : mais cela n’intéresse guère « les belles âmes » : des « altermondialistes » à la sauce José Bové en passant par les trotskystes (dont trois branches participent à la course présidentielle), elles ne sont pas venues à la Mutualité ; pour ces hémiplégiques de l’indignation, seules comptent en effet 1) les victimes musulmanes, certes ; 2) mais uniquement victimes de non musulmans, par exemple de dommages collatéraux en Afghanistan, en Irak ou à Gaza ... il ne fallait donc pas compter sur eux à la Mutualité, pleine à craquer ce 20 mars

... mais franchement ce ne fut pas une perte ! Trois candidats à l’élection présidentielle sont venus parler à la tribune, dont deux « grands » : Ségolène Royal, François Bayrou et Dominique Voynet. Nicolas Sarkozy (qui avait signé les résolutions, comme les autres candidats présents), a fait lire par sa représentante, Nicole Guedj, un message où il s’engageait à prendre des sanctions unilatérales contre le Soudan. Mais le « clou » de ce meeting fut la lecture par Bernard-Henri Lévy, d’un message de soutien de Jacques Chirac, menaçant lui aussi le gouvernement de Khartoum (voir en lien). Ségolène Royal et François Bayrou, quant à eux, ont pris l’engagement de boycotter les Jeux Olympiques de Pékin, en 2008, en raison de l’obstruction chinoise à toute résolution contraignante à l’ONU sur le Soudan !

Deux remarques, pour finir.

D’abord ces prises de position montrent que, lentement, à propos du Darfour comme du nucléaire iranien, le leadership politique français se réveille. Mais il est bien dommage que le « grand public », celui qui ne lit que des « gratuits » ou ne suit que les actualités à la télé, reste à la traîne de l’info, car sur ce genre de médias le Darfour reste traité bien furtivement. Il est heureux que Chirac - le support le plus fidèle des pires régimes du monde arabe - ait pris, tardivement, cette position ; mais le « grand public » donc, celui qui ne voit le Monde extérieur qu’au travers des froncements de sourcils à la télévision de son Président de la République (froncements de sourcil qui encouragent à désigner, par 66 % des Français, Israël comme le pays ayant l’influence la plus négative sur les affaires internationales, selon une enquête fameuse de BBC World), le grand public donc qui, toujours d’après ce sondage, a une meilleure opinion de la Chine que des États-Unis, ne sait strictement rien du trouble jeu chinois en Afrique. Il faudra donc lui expliquer, et cela sera très, très long !

Ensuite, je voudrais donner un grand coup de chapeau à Jacky Mamou, le président du collectif « Urgence Darfour ». Ancien responsable de « Médecins du Monde », spécialiste des ONG de terrains, il leur consacre une émission spéciale tous les quinze jours ... sur notre radio, Judaïques FM ! J’ai consacré une émission au Darfour, c’était il y a déjà deux ans (voir en libellé ci-dessous, ainsi que tous les articles déjà publiés sur le sujet). Il sera temps, aussi, d’en reparler et je serais très heureux de le recevoir dans ma série.

J.C

21 mars 2007

Sarkozy et l'islam : feu à volonté !


Cette illustration assez explicite se trouve à cette adresse sur le site « Liberty Vox ». Dans une « lettre ouverte » au Ministre de l’Intérieur, François Eiffel (alias « FFL ») lui reproche sa mollesse dans l’affaire Redeker, le traitant en gros de lâche. Même si je soutiens la suggestion d’inculper pour incitation au meurtre l’horrible Youssouf al-Qaradawi - ce prédicateur vedette de la chaîne Al-Jazeera qui n’en était pas avec Redeker à son coup d’essai -, je trouve naturellement inadmissible l’outrance d’une telle charge : question courage vis-à-vis des menaces islamistes, Nicolas Sarkozy en a témoigné à deux reprises, avant cette affaire à propos de l’affaire des caricatures de Mahomet et après, en venant il y a quelques semaines témoigner au procès de « Charlie Hebdo ». Mais sur le fond, bien entendu, il ne lui est pas pardonné d’avoir tenté d’aider l’islam de France à s’organiser, et les Musulmans à pratiquer leur religion dans des conditions dignes : à partir du moment où la ligne générale est « pas de différence entre islam politique et islam tout court », tout candidat aux élections présidentielles qui ne considèrerait pas toutes les mosquées de France comme des repères de terroristes serait un complice des islamistes : sic. On aura compris que, à sa droite, Nicolas Sarkozy reçoit les bordées d’injures de ceux qui ne lui pardonnent ni la mise sur pied du C.F.C.M (Conseil Français du Culte Musulman), ni son idée (sur laquelle il est devenu bien silencieux) de revoir la Loi de 1905 pour aider au financement du culte musulman - et le soustraire ainsi aux dollars « wahhabites » en provenance du Golfe. Fausse bonne idée est-on en droit de penser, mais de là à le caricaturer comme dans cet article ... Pendant ce temps, Jean-Marie Le Pen - qui godille maintenant entre deux eaux : essayer de récupérer des voix musulmanes dans les banlieues en tapant contre les États-Unis et en racolant des antisémites comme Dieudonné ; consolider son fond de commerce xénophobe et raciste en tapant contre les « étrangers », immigrés ou enfants d’immigrés -, vient d’en rajouter une louche contre son concurrent (lire ici). D’après une dépêche Reuters, il a au cours de son meeting à Marseille « multiplié les banderilles à l'encontre du « promoteur de la discrimination positive » et de « l'immigration positive », de celui qui a « institutionnalisé l'Islam de France » et aidé à la « construction des mosquées » en France. »

Et pendant ce temps-là, à gauche, on reprend, en gros, le discours caricature de Laurent Fabius : Sarkozy c’est le candidat « atlantiste » (autre sujet, qui mérite un article à part), « libéral » (idem) et « communautariste » (comprendre : qui veut réorganiser la société sur la base de communautés religieuses). Sur le fond de cette troisième accusation, n’ayant ni ma carte de l’UMP ni le pouvoir de sonder les intentions profondes du candidat, je ne vais pas jouer les avocats. Mais je trouve particulièrement injuste le fait qu’on lui balance à la figure, sans arrêt, cette mise sur pied du C.F.C.M sur laquelle avaient déjà « planché » des Ministres de l’Intérieur de droite (Pasqua) ou de gauche (Chevènement). Que le culte musulman soit doté, comme par exemple le Judaïsme d’une sorte de Consistoire, n’a rien de répréhensible et n’interdit pas aux « laïcs » parmi eux de s’organiser en associations ou en fédération d’associations - car le C.F.C.M ne les force pas plus à devenir pratiquants que le Consistoire ne force tous les Juifs à respecter les commandements de leur religion ! En tout cas, je trouve particulièrement instructif cet extrait d’un article récent de « Libération », où - tout en dénonçant sa « chasse aux voix musulmanes » qui est incontestable - les journalistes ne lui font pas « porter le chapeau » du cafouillage actuel du C.F.C.M ...

Libération, le 26 février 2007
Sarkozy, ou la grande récup’ des voix de l’islam
Christophe Boltanski et Catherine Coroller

« Rivalités et contraintes
En mai 2002, Nicolas Sarkozy arrive au ministère de l'Intérieur sans grande connaissance du dossier. Que faire de l'épineuse consultation sur l'islam initiée par la gauche, en 2000, en vue de l'élection d'une instance représentative du culte musulman. Les grandes associations, Grande Mosquée de Paris (proche de l'Algérie), Union des organisations islamiques de France (UOIF, proche des Frères musulmans), Fédération nationale des musulmans de France (FNMF, proche du Maroc), y sont associées. Sarkozy se donne le temps de la réflexion. Le dossier piétine. Les rivalités entre les tendances de l'islam empêchent tout accord sur le mode d'élection. Mais le climat se dégrade avec une forte augmentation des actes antisémites. La question de la création d'une instance musulmane censée prêcher le calme dans les quartiers apparaît plus urgente. Sarkozy prend le dossier en main. Se dépensant sans compter là où ses prédécesseurs ont délégué à leurs conseillers, allant jusqu'à «séquestrer» les associations musulmanes tout un week-end dans un château appartenant au ministère de l'Intérieur, il les contraint à se mettre d'accord. Les trois principales fédérations se répartissent la direction du futur CFCM. En avril 2003, le tout premier Conseil français du culte musulman est élu.
Peau de banane de Chirac et Villepin
Une semaine plus tard, Sarkozy est l'invité d'honneur de la 20e rencontre annuelle de l'UOIF au Bourget. Soudain, alors qu'il a été accueilli en «ami», le ministre de l'Intérieur durcit le ton. Devant une salle bondée, hommes et femmes séparés, ces dernières pour la plupart voilées, il rappelle l'obligation pour tous les Français, y compris les «musulmanes», de poser tête nue sur la photo figurant sur la carte d'identité. Bronca, sifflets. Fin de la lune de miel ? En réalité, le ministre marche sur des œufs. Ses «amis» politiques de droite lui reprochent d'avoir fait le jeu des «intégristes» ­ l'UOIF ­ en leur ouvrant la porte du CFCM. Par son coup de gueule du Bourget, Sarkozy entend montrer sa fermeté envers les fondamentalistes. Le CFCM fonctionne mal. Les fédérations qui le composent continuent à s'entre-déchirer. Pour qu'il n'implose pas, Sarkozy doit le porter à bout de bras. A intervalles réguliers, il reçoit les frères ennemis musulmans en tête à tête place Beauvau et se bat pied à pied pour les convaincre de ne pas démissionner. Du coup, les dossiers dont le CFCM est censé s'occuper, dont la formation des imams, n'avancent pas.
A partir de 2003, Chirac et Villepin glissent une peau de banane sous le pied de Sarkozy en agitant de nouveau la question du voile. Le président de la République et le Premier ministre veulent une loi interdisant le port du foulard à l'école. Le ministre de l'Intérieur est contre. Le texte sera voté en mars 2004, juste avant le départ de Sarkozy pour le ministère de l'Economie.
A son retour place Beauvau, le 2 juin 2005, Sarkozy retrouve un CFCM toujours divisé. Entre-temps, une forte personnalité en a claqué la porte avec fracas. Dounia Bouzar incarnait un islam féminin et moderne. «Sarkozy me parlait de Boubakeur [recteur de la Mosquée de Paris et président depuis l'origine du CFCM, ndlr] comme de mon chef de troupe. « Ecoutez votre chef de troupe », me disait-il. C'était le Concordat revu par la vieille gestion coloniale, sur le mode : les Arabes parlent aux Arabes.» Aucune réunion ne se déroulait sans la présence d'un représentant du ministère de l'Intérieur. Les consignes étaient données le matin lors d'un petit-déjeuner avec Sarkozy lui-même.
Mais, entre le ministre de l'Intérieur et le CFCM, le désamour va croissant. En mars 2006, Sarkozy clôt une énième brouille entre les organisations musulmanes sur un tonitruant : «Démerdez-vous !» En janvier, lorsqu'il vante à la presse son bilan, il ne fait aucune allusion à l'instance représentative musulmane. Coup de grâce : le 8 février, il prend position pour Charlie Hebdo, contre la Mosquée de Paris et l'UOIF, qui poursuivent le magazine devant les tribunaux pour avoir publié les caricatures de Mahomet. «L'électorat musulman ne compte pas de manière significative dans sa campagne», conclut alors Fouad Alaoui, secrétaire général de l'UOIF. »

Enfin, le candidat UMP a été épinglé par Caroline Fourest sur son blog (en lien permanent ici). Nicolas Sarkozy en flagrant délit d'incompétence à propos d'Al-Qaïda, tel est le titre du « post » que vous trouverez en lien. Ceci à propos d’une interview sur RMC le 26 février (vous en trouverez le podcast sur cet article), où le Ministre de l’Intérieur (qui devrait pourtant être parfaitement au clair sur le sujet) s’est « emmêlé les pinceaux » en ne sachant pas précisément si la mouvance de Ben Laden était sunnite ou chiite ... Bien étrange réponse ! Ignore-t-il que ce Saoudien, issu d’une richissime famille, ne pouvait être issu de la minorité chiite, méprisée dans son pays ? Qu’il a eu comme professeurs des frères musulmans expulsés par Nasser, donc sunnites purs sucre ? Qu’en Afghanistan son organisation avait été protégée par les Talibans, eux-mêmes des Sunnites persécuteurs de leur propre minorité chiite, dans l’Ouest du pays ? Mais enfin - et surtout - que feu Al-Zarkaoui, ex chef d’Al-Qaïda en Irak et grand massacreur de Chiites, a tenu des propos carrément génocidaires à leur égard ? Si Sarkozy pense que l’extrémisme terroriste pouvait se trouver chez l’une comme l’autre des branches de l’islam, alors là il n’y a rien à dire. Mais Al-Qaïda est sunnite, et il n’a pas bien répondu à la question !

Deux dernières notes, à propos du C.F.C.M : d’abord le souvenir de mon interview, très instructive, de Didier Leschi, le Directeur du Bureau des Cultes au Ministère de l’Intérieur en juillet dernier. Et puis à propos de Dounia Bouzar, citée dans l’article de « Libé » et dont j’ai eu le plaisir de faire la connaissance l’année dernière, vous annoncer qu’elle fera partie de mes prochains invités !

J.C

19 mars 2007

Ankara s’éloigne, par Michel Gurfinkiel

Michel Gurfinkiel
Introduction :
Après Besnainou l’optimiste, voici Gurfinkiel le pessimiste ! Dans cet article publié en 2005 dans « Valeurs actuelles », l’hebdomadaire dont il est rédacteur en chef, ce brillant analyste tirait la sonnette d’alarme sur la dérive de l’opinion publique en Turquie : dans ce pays, réputé proche de l’Europe et pro-occidental, « Mein Kampf » est devenu un best-seller, et un ouvrage de fiction à succès imagine l’invasion américaine de la mère patrie !
Merci à Albert Soued d’avoir signalé cet article dans le site richement documenté « nuitdorient.com », et de permettre sa reproduction ici. Même s’il date un peu, ce papier révèle une tendance de fond qui, hélas, inquiète la communauté juive du pays (relire ou lire à ce sujet le reportage en exclusivité de Claudine Barouhiel publié en février 2006 sur le blog). 
J.C

Kavgam, alias Mein Kampf, est en vente partout en Turquie. Dans les boutiques des aéroports. Dans les librairies universitaires. Au supermarché. Dans les musées, à côté des ouvrages consacrés à Topkapi et Sainte-Sophie. Et il se vend bien. Aux exemplaires exposés en devanture ou à côté de la caisse s’ajoutent, au bas des rayons, les piles en attente. Chose curieuse, cette diffusion massive est le fait de plusieurs éditeurs à la fois. Chose plus curieuse encore, l’ouvrage - broché - ne coûte que 5 ou 10 nouvelles livres turques, alors que le prix moyen d’un livre de cette catégorie se situe au-dessus de 20 livres. Selon certaines sources, plus de cinquante mille exemplaires avaient déjà été diffusés début mars. Le cap des cent mille exemplaires serait largement dépassé aujourd’hui. On imagine le scandale qu’une vente aussi "commerciale" de Mein Kampf susciterait dans un pays de l’Union européenne. Mais les Turcs, candidats à l’Union, n’y trouvent rien à redire. Une "mode passagère", affirme-t-on en chœur dans les élites ou dans la société civile. En fait, Mein Kampf semble répondre à une montée générale des sentiments nationalistes - et antiaméricains. Un rapprochement s’impose avec un autre ouvrage, lancé dans les mêmes conditions et rencontrant un succès analogue : Metal Firtina ("Tempête métallique"). Ce récit de politique-fiction est basé sur un scénario très simple : la guerre d’Irak de 2003 transposée en Turquie. Les Américains détruisent le mausolée d’Atatürk à Ankara lors d’une première frappe. Des colonnes blindées envahissent l’Anatolie. Mais les Turcs, d’abord K-O, organisent la résistance ...
Rien ne va plus entre Washington et Ankara : le 1er mars 2003, le Parlement turc votait contre la participation du pays à la guerre contre l’Irak de Saddam Hussein. Stupéfaction en Amérique, où l’on considérait la Turquie comme le membre le plus fidèle de l’Otan. La Maison-Blanche et le Département d’État, soucieux de "dissiper les malentendus", envoient à Ankara un ambassadeur hors pair en juillet 2003 : Eric Edelman. Ce spécialiste de l’ancien bloc soviétique, de la Russie et de l’Asie centrale est très proche de Bush sur le plan personnel. De plus, il a des attaches avec la Turquie : une partie de sa famille y a vécu dans les années 1920 et 1930. Sa grand-mère maternelle, d’origine russe, s’y était réfugiée après la révolution bolchevique ; sa mère y est née ; un de ses grands-oncles avait été professeur à l’université d’Ankara.Edelman a pour mission de rassurer les Turcs. Et notamment de convaincre Erdogan que Washington n’est pas hostile par principe à ses orientations islamiques. Peine perdue. Demande-t-il un entretien au premier ministre ou au ministre des Affaires étrangères, Abdullah Gül ? On le fait patienter plusieurs semaines, sous prétexte que d’autres diplomates - l’ambassadeur de Suède, celui du Pakistan - se sont inscrits avant lui. Multiplie-t-il ses contacts avec la société civile ? On l’accuse d’"ingérence" dans les affaires intérieures turques. La presse se déchaîne contre lui. Ibrahim Karagul, un éditorialiste du journal Yeni Safak ("Nouvelle Aurore"), proche de l’AKP, l’accuse de se comporter en « gouverneur colonial ». Dans le journal laïc Milliyet ("Nation"), Can Dsündar renchérit : "Eric Edelman est persona non grata ... Si la Turquie est aujourd’hui en tête du peloton des pays qui haïssent l’Amérique, c’est largement à cause de lui." Au bout de dix-huit mois, en janvier dernier, Eric Edelman tire la conclusion logique de cette expérience : il démissionne. Un départ qui a pris effet à la fin du mois de juin. Commentaire officieux des Américains : "De deux choses l’une. Ou bien les dirigeants turcs actuels n’ont pas eu conscience du caractère extrêmement inamical de leur comportement, ce qui est grave en soi. Ou bien ils ont agi délibérément, ce qui est encore plus grave. "
Au début de l’année, Erdogan a demandé à être reçu par Bush à la Maison-Blanche. On l’a fait patienter à son tour, jusqu’au 9 juin. Lors de cette visite, les deux parties sont tombées d’accord pour ne pas étaler leurs dissensions en public. Mais en privé, il en est allé différemment. Bush a demandé des explications sur tout ce qui s’est passé depuis deux ans. Et sur le concept de "profondeur stratégique" mis en avant par l’un des principaux conseillers du gouvernement turc, Ahmet Davutoglu.
J’ai rencontré Davutoglu à Ankara dans le cadre d’un "atelier de travail" entre Turcs, Européens et Américains organisé par une fondation américaine, le Nixon Center. C’est un universitaire courtois et subtil. La "profondeur stratégique" consiste à s’affranchir de l’Occident. Selon Davutoglu, la Turquie a sans doute des liens avec l’Europe et les États-Unis, mais aussi une proximité "naturelle" avec son environnement méditerranéen, les pays de la mer Noire, le Caucase, l’Asie centrale, le Moyen-Orient islamique, et enfin des "potentialités" encore inexploitées dans le reste du monde.Davutoglu recourt parfois à des arguments surprenants. Selon lui, une guerre mondiale se termine par une "conférence de paix", c’est-à-dire un partage des dépouilles au profit exclusif des vainqueurs. En 1918, l’Empire ottoman était l’un des vaincus de la Première Guerre mondiale : il avait été dépecé. Pendant la Seconde Guerre mondiale, la Turquie était restée neutre : en 1945, elle ne perdit rien mais ne gagna rien non plus. Pendant la guerre froide - "qui était en fait une troisième guerre mondiale" -, elle a fait partie de l’Otan : mais après la victoire finale des Occidentaux, en 1991, "elle n’a rien obtenu". Elle ne doit donc plus rien à ses anciens alliés.On peut contester cette analyse sur le fond. En est-on encore, en ce début du XXIe siècle, à des logiques mécanistes, où les "vainqueurs" dévorent les "vaincus" ? On peut la contester dans son application : loin d’avoir été ignorée par les Occidentaux après 1991, la Turquie a au contraire "tout obtenu". Sa candidature à l’Union européenne a été entérinée. Les États-Unis l’ont aidée à étendre son influence dans les régions turcophones de l’ex-URSS et à devenir la plaque tournante des oléoducs de la Caspienne. C’est en partie pour lui plaire - et pour protéger des populations musulmanes ex-ottomanes - que l’Europe et l’Amérique ont fait par deux fois la guerre dans les Balkans, en Bosnie en 1995 et au Kosovo en 1999. Enfin, les Occidentaux ont fait en sorte que les institutions financières internationales interviennent en sa faveur dans les années 1990, lui épargnant ainsi le sort de l’Argentine. Mais il importe peu que Davutoglu ait tort ou raison. L’important, c’est que ses idées sont au pouvoir. Dans bien des domaines, elles conduisent à des initiatives heureuses. La Turquie d’Erdogan entretient des relations amicales, presque chaleureuses, avec la Grèce de Costas Karamanlis. Elle est disposée à débloquer le dossier chypriote. Elle a engagé un rapprochement avec l’Arménie. Sur l’essentiel, cependant, le doute n’est pas permis : la Turquie revendique son identité propre, ce qui est son droit le plus strict, et s’éloigne, "avec le sourire" - "güle, güle" -, de l’ensemble du monde euro-américain.
L’AKP n’est pas monolithique.Ces choix ne font-ils que refléter l’arrière-plan islamique de l’AKP ? Ce n’est pas sûr. L’AKP n’est pas un parti monolithique. Son noyau - le groupe auxquels appartiennent Erdogan ou Gül - est issu de l’ancien parti islamiste Refah (parti de la Prospérité), qui fut brièvement au pouvoir à la fin des années 1990. Une formation proche de l’intégrisme, anti-américaine, anti-européenne et passablement antisémite. Mais l’échec de cette expérience a amené Erdogan et Gül à lancer une formation plus ouverte.À ce noyau ex-islamiste se sont adjoints des hommes politiques conservateurs de toutes tendances, à commencer par d’anciens membres des partis Anavatan et DYP, au pouvoir dans les années 1990. Ce milieu est de sensibilité musulmane, mais pro-occidentale. L’un de ses porte-parole les plus éloquents est Turhan Cömez, un jeune député de Balikesir.En outre, les milieux qui se réclament du laïcisme de Mustafa Kemal Atatürk (les "kémalistes") ne sont pas toujours aussi pro-occidentaux qu’on aurait pu le croire. Une partie de ces milieux le sont, bien entendu : qu’il s’agisse de diplomates chevronnés, comme l’ancien ministre des Affaires étrangères Emre Gönensay, des fondateurs de la Tüsiad (le Medef turc) ou de militants libéraux comme Kemal Köprülü, le fondateur de la revue Turkish Policy Quarterly (www.turkishpolicy.com).
Complots, scénarios et hypothèses. D’autres ont opéré un virage à 180 degrés. Le principal parti laïc d’opposition, le CHP de Deniz Baykal, milite contre les "capitulations" d’Erdogan devant l’Union européenne sur les questions arménienne, chypriote et kurde. La droite nationaliste et une partie de l’armée voient dans la consolidation d’un "pouvoir kurde" dans l’Irak post-baasiste un "complot" américain contre la Turquie, menant à terme à la création d’un Grand Kurdistan indépendant.Trois hypothèses ont cours à ce sujet à Ankara et chez les quelques experts occidentaux qui savent déchiffrer la culture politique turque. Selon la première, l’anti-occidentalisme actuel de l’aile dure kémaliste serait purement conjoncturel : il s’agirait de mettre Erdogan et l’AKP en porte-à-faux avec leur propre électorat. Puis de favoriser une scission au sein de l’AKP.Selon une seconde hypothèse, on assisterait à une fusion progressive entre l’ancien establishment kémaliste et les nouvelles classes dirigeantes AKP. Un peu comme les classes dirigeantes françaises du XIXe siècle - de la noblesse légitimiste aux élites républicaines en passant par les notables d’Empire - ont fini par se regrouper au XXe. L’anti-occidentalisme servirait de ciment à cette nouvelle alliance.Troisième hypothèse : les ultras du kémalisme voudraient éliminer Erdogan avant que celui-ci ne les élimine. Selon ce scénario, Erdogan s’apprêterait à dissoudre le Parlement à l’automne prochain, après le début officiel des négociations Bruxelles-Ankara sur l’adhésion de la Turquie à l’UE. Et tout indique que l’AKP bénéficierait alors d’un raz de marée en sa faveur. Pourvu d’une "Chambre introuvable", Erdogan ferait élire un président de la République islamiste et abolirait ou réformerait les institutions clés de la laïcité, comme le Conseil national de sécurité (MGK). Comment bloquer ce processus ? Un coup d’État à l’ancienne n’est plus possible. Resterait cependant la carte de l’état d’urgence, pour faire face à "de graves menaces contre la sécurité nationale". Par exemple une recrudescence du terrorisme kurde à partir d’un Irak protégé par les Américains ... La campagne contre l’ambassadeur Edelman ou la diffusion de livres tels que Mein Kampf et Metal Firtina serviraient à conditionner l’opinion dans ce sens.

Michel Gurfinkiel« Valeurs actuelles », 1er juillet 2005

18 mars 2007

L'Iran, la bombe et la démission des nations : Thérèse Delpech sera mon invitée le 25 mars

C’est une émission assez exceptionnelle que je vous proposerai dimanche prochain, en raison de la qualité de mon invitée, puisque je recevrai Mme Thérèse Delpech. Thérèse Delpech est chercheur au Centre d’Etudes et de Recherches Internationales (lire sa présentation sur le site du C.E.R.I), et elle est également Directeur des Affaires Stratégiques au Commissariat à l’Energie Atomique depuis 1997. Nous allons parler de son ouvrage « L’Iran, la bombe et la démission des nations », (Editions « Autrement », prix : 15 E). C’est un livre extrêmement concentré puisqu’il tient en à peu près 130 pages, mais qui donne les informations les plus complètes et les plus à jour, en tout cas à la date de sa publication c'est-à-dire en avril dernier, sur ce sujet absolument angoissant de la course de l’Iran vers l’arme nucléaire.

Je serai particulièrement heureux de recevoir Thérèse Delpech sur le plateau de Judaïques FM: d’abord parce qu’elle fait partie des meilleurs experts sur le sujet ; elle participe à un très grand nombre d’instances internationales, comme l’A.I.E.A (Agence Internationale de l’Energie Atomique), l’Institut International d’Etudes Stratégiques de Londres, des commissions des Nations Unies, et on le voit bien en suivant sur son livre les réunions de ces instances. Et puis, aussi, je serai heureux de la recevoir parce qu’elle n’est pas uniquement un expert froid de ces questions. Ancienne élève de l’École Normale Supérieure, agrégée de Philosophie, elle a obtenu en 2005 le prix Fémina de l’essai pour un autre livre,"L’ensauvagement" (Éditions Grasset) où elle a aussi parlé de la montée des risques de guerre dans le monde entier : nous évoquerons aussi l’enjeu éthique du nucléaire iranien, et de la « démission des nations » pour reprendre son titre, avec les menaces de destruction de l’état d’Israël. 

A noter que, contrairement à une majorité d’experts qui se disputent les tribunes des journaux pour expliquer que, face à l’Iran, il est urgent de ne rien faire - et qui prennent un malin plaisir à démontrer qu’aucune sanction ne saurait être efficace -, mon invitée s’est courageusement engagée : elle est signataire de la pétition "appel aux dirigeants européens pour la fermeté face à l'Iran", dont nous avons souvent parlé sur le blog (cliquer sur le libellé en fin d'article).

J.C

17 mars 2007

Fayce, « le je de la paix »

Un livre, d’abord, et un jeu de mot en guise de titre. G. Fayçal (qui avait pris le nom de « Fayce », plus passe partout), est un jeune Marocain dont l’histoire n’est pas banale : venu à l’âge de 18 ans en Israël, à la fin des années 90 et au moment où les deux pays avaient noué des quasi relations diplomatiques à la faveur des accords d’Oslo, il avait décidé de mieux connaître « l’ennemi » en venant y vivre. Etudiant en informatique, puis ayant trouvé en emploi dans une entreprise du « High Tech », il s’est même fiancé à une jeune israélienne.

Son expérience, il l’a racontée dans un livre autobiographique « Fayce, le je de la Paix », préfacé par Shimon Peres et publié aux Editions Ram, collection témoignage (voir présentation en lien). Il compte sur ce livre pour être autorisé à rester dans le pays, car son visa arrive à expiration. On peut vraiment s’interroger sur le racisme (il n’y a pas d’autre mot) de certains fonctionnaires israéliens qui voudraient voir expulser cet Arabe tellement ouvert, et dont le témoignage sur la vie réelle à Tel Aviv pourrait fortement aider à « dédiaboliser » leur pays !

Car il faut, aussi, voir et entendre Fayce : merci à Infolivetv (en lien permanent sur le blog) qui a réalisé hier 16 mars une interview que vous pouvez visionner en cliquant ici !

Là-dessus, la trajectoire du jeune Marocain musulman venu vivre dans l’état juif a fait beaucoup de bruit dans son pays natal ... Le site Meknesjeunes.info a ainsi publié le 10 mars un article très complet sur les relations, ouvertes ou fantasmées, qui existent entre les deux pays : le jeune G. Fayçal ne serait pas le seul musulman marocain à vivre en Israël aujourd’hui ! A noter, enfin, que ce sujet des relations secrètes israélo-marocaines avait fait l’objet d’une émission de la série « Rencontre », avec l’historien Ygal Bin-Nun (lire ici).

J.C