Notre radio

Notre radio

15 janvier 2015

L'islam de France mobilisé contre «la radicalisation»



 Afin d'éviter «l'amalgame» et «la stigmatisation», tous les courants de l'islam de France se réunissent mercredi au CFCM afin d'entreprendre une lutte collective contre la «radicalisation», et tout particulièrement celle des jeunes.

Les musulmans de France sont au pied du mur. Après le prône antiviolence décrété par le Conseil français du culte musulman1 (CFCM) pour toutes les mosquées, à l'occasion de la prière de vendredi dernier, après l'appel à une participation «massive» des musulmans aux manifestations de ce week-end, la réalité, aussi douloureuse que têtue, s'impose comme un terrible point d'interrogation en ce début de semaine: c'est bien au nom de l'islam que des assassinats iniques de femmes et d'hommes sans défense ont été froidement exécutés.
Ce marqueur-là semble désormais indélébile, même si l'écrasante majorité des musulmans récuse «l'islamisme et le djihadisme» et le considère comme le cancer de leur religion. L'effacer s'avère impossible après le dimanche historique de réaction d'une France qui s'est levée. Le corriger est plutôt l'urgence impérieuse pour éviter «l'amalgame» et «la stigmatisation», deux concepts qui reviennent à tous niveaux et dans toutes les conversations des musulmans, ces derniers jours.

C'est ainsi que mercredi, tous les responsables de l'islam de France enterreront leurs querelles intestines et leurs rivalités de personnes2 pour se réunir au CFCM afin de mettre ces questions sur la table et d'entreprendre une lutte collective contre la «radicalisation». Celle des jeunes musulmans en particulier. Ils sont très éloignés des instances officielles de cette religion qu'ils méprisent allégrement, les considérant comme «vendues» à l'Occident ou à la France…
Toutes les fédérations se sont déjà lancées, individuellement dans cette lutte, ces derniers mois, mais c'est la première fois que le CFCM, censé représenter les cinq millions de musulmans de France, entend prendre les choses en main. «Le CFCM est très conscient des risques et des enjeux actuels, assure Anouar Kbibech, vice-président de cette instance, il s'agit pour nous de prendre les choses à bras-le-corps.»

Cinq initiatives lancées

Première initiative donc, la création d'une association nationale musulmane qui sera chargée d'encourager et de coordonner toutes les actions de prévention contre le radicalisme musulman dans les mosquées et avec toutes les associations qui gravitent autour. Elle s'appelle «Association de prévention de la violence et du radicalisme». Elle a un sigle: l'Apur. Elle avait été lancée sur le plan administratif en juillet dernier mais elle doit prendre, cette fois, son envol.
Deuxième initiative, lancer un colloque national qui réunira d'ici mars ou avril tout ce que compte le monde musulman français d'autorités religieuses, de spécialistes et d'experts, toutes obédiences ou fédérations confondues et au plus haut niveau, «pour mettre en place un vrai plan de lutte contre la radicalisation», explique encore Anouar Kbibech.
Troisième axe: développer des «moyens de communications sur Internet en particulier», aptes à rivaliser avec l'attrait de ceux que les jeunes en mal d'extrémisme fréquentent sur la Toile. «Pourquoi, se demande ce responsable du CFCM, Daech arrive à toucher et à séduire ces jeunes par ses sites de recrutement et de propagande?»
Quatrième décision: lancer un «numéro vert» qui complétera celui que le ministère de l'Intérieur a déjà mis en place3, notamment pour signaler des dérives radicales islamistes mais cette fois, dans l'optique d'aider des familles confrontées à ce problème de radicalisation.
Cinquième action: lancer un tissu de «formations continues, courtes et ciblées pour aider des imams et des aumôniers de prisons en particulier, à repérer et à traiter le plus en amont possible des cas de dérives radicales», détaille Anouar Kbibech.
Certes, ce responsable sait que les «éléments radicaux se tiennent souvent loin des mosquées» mais, affirme-t-il, «ce n'est plus aujourd'hui une raison pour ne pas agir».

Le Figaro, 12 janvier 2015