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25 février 2011

Le Printemps arabe, par Gérard Akoun


Le Printemps arabe continue, mais les dictateurs ont tiré les leçons de ce qui s’est passé en Tunisie et en Égypte. Ils ne cherchent plus d’accommodements avec les manifestants, ils ne  cèdent pas à leurs revendications  pour plus de démocratie, au contraire ils les répriment très durement quand ils ne les massacrent pas, comme le fait  Kadhafi en Libye. Il nous faut saluer le courage de ces jeunes, fer de lance de ces révoltes, qui n’hésitent pas à donner leur vie  pour la liberté et la dignité. Il nous faut aussi remarquer que ces peuples savent parfaitement qui sont leurs oppresseurs, ils ne se trompent pas de cible, ils ne se sont pas attaqués  à l’impérialisme américain, ou au sionisme qui jusqu’il y a peu  servaient d’exutoire aux frustrations sociopolitiques  de la rue arabe.
Mais la bataille n’est pas encore  gagnée en Libye, au Yémen, à Bahreïn en Algérie, en Iran aussi, où faut il le rappeler, en 2009, les jeunes  sont descendus dans la rue et ont affronté, à mains nues, les séides de Ahmadinedjad  pour protester contre la  fraude électorale  qui lui  avait  permis d’être réélu président de la République Islamique. Elle n’est qu’à moitié gagnée en Tunisie et en Égypte, les populations se sont débarrassés des dictateurs qui les gouvernaient, mais il leur reste à mener à bien une période de transition qui devrait leur permettre de progresser vers plus de démocratie.
C’est une étape, moins héroïque, mais dont va dépendre l’évolution, à court terme, de ces pays. Quelle sera celle de l’Égypte qui occupe dans la région une place stratégique et qui est officiellement en paix avec Israël ? Trois forces sont  en présence dont l’une, l’armée est prépondérante, elle s’est engagée à respecter un calendrier, qui doit permettre l’écriture d’une nouvelle constitution et l’élection d’un  nouveau Président ; les deux autres sont, d’une part  les Frères Musulmans qui font profil bas mais qui disposent d’une solide implantation, et d’autre part la  mouvance démocrate, libérale qui représente cette jeunesse, nourrie de numérique, qui a mis le feu aux poudres, et qui, maintenant tente de s’organiser politiquement.
L’armée laissera t-elle se dérouler le processus démocratique jusqu’à son terme, ou gardera t-elle le pouvoir, en le dotant d’une parure démocratique ? Selon le rapport des forces politiques issu d’élections démocratiques, s’alliera t-elle aux islamistes ou aux démocrates ?
Des réponses à ces questions dépendra l’avenir des relations israélo égyptiennes.
Benyamin Netanyahou a déclaré qu’il souhaitait je cite "une floraison de la liberté et de la démocratie dans le monde arabe (...) plus les fondements de la démocratie  sont solides, plus les fondements de la paix le sont aussi." "Nous ne voulons pas voir, a t-il ajouté, de dictateurs qui foulent aux pieds les droits de l’homme, freinent les réformes démocratiques et constituent une menace pour la paix". Il faisait allusion à Ahmadinedjad, mais ce costume pourrait habiller nombre de chefs d’États du Proche et du Moyen Orient.
Il est évident  qu’il est dans l’intérêt d’Israël de bénéficier d’un environnement démocratique, il peut  participer à sa naissance, en  mettant un terme par la négociation, au conflit israélo-palestinien ; non pas, comme le dit Avigdor Lieberman, parce que, je cite "le conflit israélo-palestinien  serait la raison principale qui se trouve au cœur des conflits et des problèmes du Moyen Orient", mais tout simplement parce que ce conflit est utilisé pour pallier les échecs des gouvernants et détourner l’attention des populations sur un problème extérieur. Ou encore augmenter son influence  politique dans la région: la flottille pour Gaza  a permis à la Turquie de regagner, à peu de frais, une partie du prestige qu’elle avait perdu dans le monde arabe à la fin de la Première Guerre Mondiale.
Un compromis qui mettrait fin au conflit entre  Israéliens et  Palestiniens serait une défaite pour les islamistes et pour l’Iran, qui, à terme, faute d’ancrage en Méditerranée, ne viendrait plus y roder.

PS :
Stéphane Hessel aurait-il épuisé  ses capacités d’indignation ? Lui si prompt à fustiger Israël, ne dit mot à propos de la répression qu’ont subie et que subissent encore ceux et celles qui luttent au péril de leur vie pour la liberté et la dignité. Son indignation est à géométrie variable !!!

Gérard Akoun   
Judaïques FM, 24 février 2011