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22 février 2011

Le pays sombre-t-il dans le néant ? « Lotf »* ! par Chaimae Bouazzaoui


Assassinat d’un prêtre, atteintes à la mosquée de Sidi El Bahri et à la synagogue de Sidi Laaribi et incidents antisémites devant la Grande Synagogue de Tunis, tel est le bilan d’une opération typiquement religieuse. Effectuée avant la fête du Saint Valentin et conclue trois jours après le Mouled juste avant le Shabbat, cette opération relève d’une irrévérence voire d’une goujaterie spectaculaires.
Une rupture est toujours douloureuse. Tellement exaspérants, ces incidents ont même irrité le nouvel Ambassadeur de la République française en Tunisie, au point de « banaliser » les propos des journalistes locaux.

Une conversion ne se fait pas de cette manière !

Quelque soient les motivations, attaquer un lieu religieux et saint, pour un ensemble ou une partie, est un acte infâme voire obscène, à condamner.

Les poches d'insécurité subsistent encore en Tunisie, les craintes d’instabilité s’instaurent davantage dans les esprits et une conversion ne se fait pas de cette manière. Je suis musulman, juif ou chrétien : je suis menacé ! A cette heure indue, le ressac se manifeste sur la Tunisie. Des incidents antisémites ont lancé l’onde de choc dans tout le territoire et les responsables de ces actes : extrémistes, mercenaires du RCD ou sbires de Leila qui a menacé de bruler la Tunisie et les Tunisiens, n’ont fait qu’aggraver la situation.

Le prêtre polonais Marek Rybinski a été retrouvé égorgé, après avoir été agressé, vendredi, dans le garage d’une école religieuse privée où il était chargé de la comptabilité. Il s’agit en effet du premier meurtre à la fois d'un religieux et d'un étranger depuis la chute du régime Ben Ali, il y a plus d’un mois.
Si certains faisaient circuler des rumeurs, fausses ou vraies, autour de ce prêtre, cela ne veut pas dire qu’il est légitime de l’agresser violemment et l’assassiner par la suite aussi farouchement.
Du sang et de la pierre, la mosquée de Sidi El Bahri, connue sous l’appellation de la "Mosquée des pêcheurs" a été détruite. Elle constitue un édifice de 3 siècles d’âge et se situe à Houmet Essouk, où vivent grand nombre de juifs, et ce à Djerba, "l’ile des rêves". Cela ne constitue pas la première tentative de la destruction de la mosquée historique parce qu’on a déjà voulu construire une nouvelle mosquée, en 2009, à la place de celle de Sidi El Bahri, mais la demande a été légalement gelée.

Aussi l’Institut national du patrimoine et l’Association pour la sauvegarde de l’île de Djerba ont mis en échec cette tentative et se sont opposés à cet acte, surtout que l’autorisation de démolition n’a pas été accordée aux responsables de cette action ni par la municipalité ni par le ministre des affaires religieuses. Dans ce cadre, une plainte serait déposée contre ces personnes par "l’Association de sauvegarde de l’Ile de Djerba".

La mosquée de Sidi El Bahri de l’ile de Jerba a été détruite pour des raisons "immobilières" au moment où d’autres lieux saints ont été détruits, vandalisés et saccagés pour des raisons "abstraites", exemple : la Synagogue de Rebbi Youssef el Maarabi à El Hamma près de Gabès.

Certains les ont qualifiées d’ "antisémites" alors que d’autres ont affirmé que les motivations étaient purement "révolutionnaires" et qu’elles n’avaient rien à voir avec le religieux ; aussi d’autres édifices ont été brulés et détruits. Une question : pourquoi l’affaire a été démentie au début et pourquoi le point n’a-t-il pas été clair là-dessus ?
La semaine dernière, la communauté juive de Tunisie a exprimé son inquiétude au gouvernement après des incidents antisémites devant la grande synagogue de Tunis.  "Là, nous sommes dans la vigilance", a répété vendredi le président de la communauté Roger Bismuth. Il ajoute que "c'est l’œuvre de salafistes, les plus extrémistes des islamistes formés par les wahhabites, mais il n'y a pas de terreau en Tunisie pour le développement du salafisme".
De Gabès à El-Hamma, et de ce dernier à l’Ile de Djerba, comment est-ce qu’on a pu alors arriver à la Manouba ? Le tragique n’a jamais été amusant : l’opération s’avère obscure et le "qui a fait quoi" et comment semble anonyme. Cela implante des graines de peur, d’angoisse et de terreur dans tout être sur cette terre surtout que l’on ne sait pas s’il s’agissait d’un fait divers ou d’une affaire tissée du passé récent.

Boris entre sur scène avec boras

A peine arrivé à Tunis, M. Boris Boillon, nouvel ambassadeur de France en Tunisie, semble avoir oublié sa valise diplomatique ailleurs…
"Je suis ici pour écrire une nouvelle page des relations bilatérales, ce qui suppose un autre style, une autre approche. Je suis ici pour découvrir ce qu’on n’a pas eu l’occasion de connaître, découvrir la société civile ", tels étaient ses propos.
Lors de sa première conférence avec les journalistes locaux, il a insisté : "on est vraiment ici pour ouvrir une nouvelle page entre nos deux pays et ça implique un autre style. Je veux découvrir la Tunisie et pas seulement la Tunisie de la capitale".
Question "débile" : est-ce un style de paradoxe ?
Le style s’est éclipsé juste après la conférence. Lors du repas, une question sur Michèle Alliot Marie a irrité son esprit jusqu’à dire : "Franchement, vous croyez que je suis de ce niveau là ! N’essayez pas de me faire tomber dans des petits trucs débiles ! Vous croyez que je suis dans la petite phrase !", "Je suis là pour exposer une philosophie. Vous croyez que moi, ambassadeur de France en Tunisie, je vais répondre à cette question. Madame Alliot Marie, c’est ma Ministre, elle a dit ce qu’elle avait à dire, et je n’ai rien à dire de plus que ça !", leur a-t-il adressé. Puis, lors des entretiens individuels, une journaliste de la radio Mosaïque FM lui a posé la question : "est ce que vous avez peur d’échouer dans votre mission, vous êtes jeune, il y a une certaine pression par rapport au contexte, les Tunisiens expriment des craintes ?"
L’ambassadeur a "répondu" alors : "ce ne sont pas des craintes, ce sont des jugements que l’on porte sur moi, c’est une insulte. C’est nul. Laissez-moi débuter ma mission ! Je suis un ambassadeur. Stop. C'est fini…( ?) C’est lamentable ! Je ne réponds pas à votre question !", a-t-il ajouté.

Résultat : De vives réactions ont été déclenchées sur les blogs, les sites de presse et les réseaux sociaux. Sur Faceboook, la page « Boris Boillon dégage » compte aujourd’hui 5847 personnes.
Sur le même réseau, on nous apprend que Mmes Wejdane Majeri, Afef Hagi et Shiran Ben Abderrazak - respectivement professeur universitaire, psychologue et chercheur en sciences politiques, basées à Tunis, au Milan et à Paris- n’ont pas pu rester inertes devant la position de la France et de son ambassadeur, et ont adressé alors une lettre ouverte à M. Boillon et qui sera publiée dans un magazine français. Dans cette lettre, elles lui affirment  que son "attitude, pleine de mépris et d'arrogance, lui  donne l'outrecuidance de parler ainsi à une journaliste tunisienne". Elles lui disent aussi que contrairement à ce que lui et ses maitres semblent  en droit de penser", la question était claire et nette. De surcroit, le peuple tunisien a besoin de savoir le rapport du nouvel ambassadeur. "Vous avez oublié votre fonction et avez répondu que cette question était un préjudice. Vous vous êtes même permis de traiter la question de "débile", ont-elles affirmé. "Sachez, cher monsieur, que la France, que vous représentez ici, à Tunis, a beaucoup à faire pour faire oublier, d'une part, son soutien inconditionnel à son ami Ben Ali pendant toutes ces années, mais, surtout, la position politique inadmissible qu'elle a soutenu pendant que nos jeunes mourraient et se battaient pour la liberté, l'une des valeurs pourtant inscrite dans la devise de votre patrie, monsieur"  lui ont-elles adressé.

"Ainsi nos préoccupations vous semblent déplacées ? Et bien, c'est que nous allons avoir un problème, cher monsieur  (…) Sachez que la volonté du peuple, aujourd'hui, Monsieur l’ambassadeur, est de vous dire, tout simplement, "dégage". Vous avez réussi avec votre comportement dédaigneux à tirer le pire du peuple tunisien, connu pourtant pour son accueil légendaire et sa générosité " ont-elles poursuivi.

Boris Boillon, le nouvel ambassadeur de France en Tunisie, a fait une entrée très remarquable sur la scène post Ben Ali. "Ouvert" dans un premier temps, il devient d’un seul coup "relativement agressif", et ce, lors de sa première conférence avec les journalistes locaux. Cela constitue une première prise de contact pas vraiment intelligente dans la diplomatie de l’ouverture.

*Interjection tuniso-tunisienne signifiant : on ne l’espère pas.

Chaimae Bouazzaoui
Tunis