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10 février 2011

Rumeurs tunisiennes, par Chaimae Bouazzaoui

Tunis, place de la victoire

Introduction :
J'ai eu le plaisir de publier dernièrement un reportage en trois parties de cette amie marocaine, étudiante en journalisme, qui a vécu la révolution tunisienne. Voici un nouvel article où elle évoque la période troublée que traverse ce pays, alors que les rumeurs entretiennent la peur ... Juste une remarque, cependant : la sécurité n'est pas rétablie partout, et il y a eu des troubles graves dans des villes de l'intérieur le week-end dernier : dans le sud, à Kébili, des groupes de manifestants ont tenté d'attaquer des postes de la garde nationale avant d'assiéger la résidence du gouverneur. Face à ces offensives, la police a riposté par des tirs de grenades lacrymogènes qui ont causé la mort d'une personnes touchée au visage. Le nord-ouest du pays a également été marqué par de violents incidents, notamment au Kef, où le siège de la police a été incendié par des manifestants.
J.C


Des rumeurs de toutes les couleurs ont implanté une graine de peur en Tunisie post Ben Ali. Ces rumeurs qui ont fait état de pillage, d’enlèvement et d’attaques ont colonisé les pages nationales jusqu’à remplir le fond des pages internationales. Et par ailleurs Mme MAM - la "femme diplomatique" qui soutenait le régime Ben Ali avec convoitise pour bénéficier de certaines largesses en contrepartie - a déclenché une série de débats : rumeurs à corroborer!

Des établissements de l’enseignement crient : « Au secours ! »
Les habitants de la Tunisie, notamment ceux de la capitale - Tunis - parlaient tous d’incidents dans les établissements d’enseignement primaire, secondaire et supérieur. On parlait d’inconnus armés de couteaux et de gourdins qui auraient envahi, mardi, ces établissements pour menacer élèves et étudiants et empêcher les professeurs d’enseigner avec pour seule fin de déstabiliser le pays à partir de ses institutions d’enseignement.  
Notre institut de presse et des sciences de l’information a eu, à son tour, sa part de « Tareterreur ». Alors que nous vidions nos sacs d’histoires et de témoignages à la cour de l’Institut, le Directeur provisoire M. Mohammed Ali Kembi est venu tout à coup nous informer que des inconnus, en provenance du quartier Oued El-Lil, allaient attaquer l’Institut et terroriser ses étudiants que nous sommes. « Je n’ai pas les moyens pour vous protéger du danger, s’il vous plait veuillez rentrer chez vous maintenant !» a-t-il poursuivi.
La sécurité universitaire n’a plus de place dans le campus parce qu’elle travaillait à l’époque pour le "Rassemblement Constitutionnel Démocratique" (RCD), parti du Président déchu Ben Ali, et le prévenait quand il y avait des manifestations en lui écrivant des rapports contenant des listes nominatives de certains étudiants qui ne faisaient à vrai dire, qu’exprimer leurs droits et critiquer le système frauduleux.
Le même mode opératoire fonctionne : on entend parler de certains jeunes - payés 20 dinars, soit environ 10 livres sterling, par des membres du RCD -, semant la terreur dans les écoles de la banlieue nord, comprendre : "ils tentaient de commettre un mauvais coup dans une école, alors que l'armée a saisi leur voiture recelant explosifs et armes".
Il en est de même avec les agressions devant les lycées en banlieue. Des témoins confirment des coups de feu tirés en l’air par l’armée près du lycée de Carthage par exemple. Au moment où d’autres rapportent des attaques au couteau dans au moins trois lycées : Khair Eddine Pacha (gouvernorat de l’Ariana au grand Tunis), lycées El Ak’ba et de la Manouba (gouvernorat de la Manouba au grand Tunis). Ailleurs, d’autres témoins affirment que des inconnus ont utilisé des bombes lacrymogènes dans des lycées. Exemple : lycée Khaznadar - Tunis. Mais à chaque fois personne n’est arrêté, interpellé ou blessé, ce qui est rend l'information douteuse, voire incompréhensible.
Dans tous les cas, la mission de ces malfaiteurs a été réussie : mardi dernier était une journée compliquée en Tunisie. Les écoles ont fermé l’après-midi sauf les écoles françaises de Tunis et de la Marsa. Tout le monde parle des attaques, les téléphones portables ont chauffé rude, bref du petit bois pour alimenter les peurs. L’information a très vite circulé. Certes les miliciens du chef mafieux Ben Ali, qui ont angoissé le peuple tunisien trois jours après le départ de ce président déchu, ont repris leur service. Eh oui ! A ce qu’il parait, c’est le seul métier qui leur reste en Tunisie de post-révolution. Dans ce contexte, l’Ambassade de France en Tunisie, en liaison permanente avec les services tunisiens compétents (notamment les ministères de l’Intérieur et de la Défense), a  affirmé sur son site qu’elle ne « (disposait) à ce stade d’aucune information qui conduirait à donner du crédit aux rumeurs ayant circulé (mardi) sur le réseau scolaire tunisien à Tunis » ajoutant que « comme dans toutes les situations de cette nature, des rumeurs circulent. Un incident isolé peut être amplifié au point de prendre une proportion inquiétante ». « En ce qui concerne le réseau scolaire français, dont la sécurisation a été renforcée depuis sa réouverture mardi dernier, je confirme qu’il n’a jamais fait l’objet d’aucun incident et d’aucune menace. Si cette situation venait à évoluer, l’Ambassade, en concertation avec la communauté éducative, prendrait évidemment immédiatement les mesures qui s’imposeraient » a poursuivi M. Michel Pinard, Consul général.
Entre infox et intox, les habitants de Tunis se sont retrouvés confus. Les mauvais vents annoncent le pire et l’inattendu. Entre réalité et utopie, ces habitants ne comprenaient plus rien de ce qui se passait réellement. Tantôt ils ont peur du proche avenir, tantôt ils attendent calmement leur destin. Un sentiment pour la plupart, une réalité pour certains.
S’agit-il vraiment de l’intox ? Oui et non. Une seule rumeur prélude le déclenchement d’une ribambelle de rumeurs maléfiques en un tournemain, ce qui cède l’occasion aux aberrations d’irriter le plexus humain. En outre, le refrain des rumeurs continue à circuler de façon à faire vivre les gens une vraie réalité un peu trop désinformée et il suffit de jouer au téléphone pour s’en rendre compte.

Les médias démentent…
Des attaques vraies ou fausses devant différentes institutions notamment les lycées de la capitale ont fait le sujet de nombreux journaux de la capitale mercredi 2 février.
Selon l’éditorialiste du journal "Le Quotidien", il s’agirait de manœuvres pour créer un sentiment d’insécurité alors que la transition démocratique est encore très fragile en Tunisie.
Aussi, l’affaire de l’adolescent de 16 ans, qui était le sujet d’une rumeur d’enlèvement ces derniers jours,  a été vérifiée. Le jeune a été retrouvé mardi soir dans le quartier de Souk Lahad à Sousse, a indiqué un communiqué du ministère de l’Intérieur, parvenu à l’Agence officielle Tunis Afrique Presse (TAP). « Les investigations des services de sécurité ont révélé que l’adolescent s’était rendu de Tunis tout seul à Sousse de son propre gré, ce qui dément les rumeurs d’enlèvement qui circulaient à son sujet », d’après la même source. Aussi, « Une source autorisée du ministère de l’Intérieur avait déjà affirmé, mardi, que la rumeur de kidnapping de cet adolescent était mensongère et infondée et qu’elle visait à effrayer les citoyens et à semer la panique » toujours d’après la même source. Le ministre de l’Intérieur, M. Farhat Rajhi, a confirmé le même  jour, sur le plateau de la chaine tunisienne Hannibal tv (voix du peuple), l’existence de tentatives de déstabilisation de la sécurité de l’État sans qu’il y ait des cas de kidnapping, ajoutant que lui-même et Rachid Ammar, tête de l’armée, ont été exposés à un grand danger au sein même du ministère de l’Intérieur et qu’ils ont été « sauvés par miracle ».

Mme MAM pas la bienvenue
"Le temps", journal indépendant, quant à lui, a dépassé les rumeurs « nationales » : ce périodique a « reproché » à Mme MAM « son geste généreux», et ce, dans un article intitulé : « Vous n’êtes pas la bienvenue en Tunisie, Mme la Ministre !». Ce quotidien a souligné que « les reproches doivent être adressés beaucoup plus à ceux qui incitent au mal qu’à ceux qui le font » et qu’« il s’agit là, d’une preuve tangible d’un cynisme sadique et de manque de pudeur et d’une faillite criarde de diplomatie d’une Ministre chargée des relations extérieures de la France, un pays qui a été à la base de la déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, suite à la révolution de 1789, mais qui a raté celle de notre glorieuse jeunesse ».
De nombreuses rumeurs, fausses ou vraies, circulent sur Internet, dernièrement, d’une façon impressionnante. Entre des rumeurs incessantes qui annoncent le pire (enlèvements, pillages, attaques...) dans la Tunisie post Ben Ali et d’autres suscitant la curiosité et le doute de certaines personnes qui volaient au support de l’une des grandes dictatures dans le monde, les jeunes Tunisiens, las, à peine ont pu savourer leur libération, ont fini par créer une page sur Facebook  “Tunisie : Contre les rumeurs post-révolution”. Les administrateurs y invitent leurs concitoyens à apporter des informations de sources officielles où du moins crédibles, qui, après corroboration, seront partagées.
Halte aux rumeurs ... !

Chaimae Bouazzaoui,
Tunis