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12 février 2011

Exit Moubarak ... et quelques réflexions non conformistes !

L'ex-Président Hosni Moubarak


Et de deux ... quatre semaines, exactement, après la fuite honteuse de l'ex-Président tunisien Ben Ali, c'est le tour de Hosni Moubarak, "Raïs" de l'Egypte depuis près de trente ans, de succomber à une révolte populaire. Jamais, et c'est remarquable, nos journaux, radios et télés n'auront autant disserté sur l'absence de liberté dans le monde arabe - une drôle de découverte, quand même, mais c'est ainsi : il y a des sujets qui ne sont pas "politiquement corrects" pendant des décennies, et qui deviennent à la mode, actualité oblige.

D'où ma première "réflexion non conformiste" : jamais, au grand jamais, l'incroyable anomalie qu'était l'absence de démocraties - à des degrés variables selon les pays - chez nos voisins du Sud de la Méditerranée ou du Moyen-Orient, n'avait suscité de réflexions. Alors qu'aujourd'hui une campagne médiatique fait porter toute la honte sur notre gouvernement actuel - entre les vacances tunisiennes mal venues de "Mam" en pleine "révolution du jasmin", et l'hospitalité généreuse du régime égyptien lors de celles de François Fillon - alors même qu'aucun journaliste n'avait songé à réclamer les notes de séjour de feu-Mitterrand habitué des palaces de Louxor, ou de Jacques Chirac habitué de "La Gazelle d'or" à Taroudant dans le Sud Marocain ; et alors même que l'on reproche à Sarkozy d'avoir été trop timoré lors de ces deux révolutions, personne n'a reproché au même Chirac ses propos lors d'une visite en Tunisie, où il affirma que "le premier des droits de l'homme, c'est de manger à sa faim" !

Deuxième réflexion non conformiste, on fait semblant de croire que jamais, au grand jamais, la question de l'évolution des société arabes vers un modèle plus démocratique - osons le rapprochement : ressemblant à nos sociétés - n'aurait été proposé ... Or il a été envisagé, mais par un courant de pensée et une administration qui font horreur, aujourd'hui, des deux côtés de l'Atlantique : les "néo-conservateurs" américains, pour qui le renversement de Saddam Hussein devait être la première étape d'un "Grand Moyen-Orient" faisant exploser les carcans autoritaires, archaïques et xénophobes des société arabes. On connait la suite, l'échec irakien, le refus des alliés arabes des États-Unis d'évoluer pacifiquement, et finalement le repli piteux de l'administration de Georges W. Bush s abandonnant ce programme utopique. Mais qui se souvient que, parmi les plus rétifs à cette évolution, on entendit Hosni Moubarak ? Qui se souvient du rejet dédaigneux à la fois du Quai d'Orsay et de tous les "experts" s'exprimant sur les plateaux télés ou dans les tribunes des journaux ? Quasiment les mêmes, aujourd'hui, reprochent donc aux gouvernements occidentaux leur longue complaisance envers les dictateurs ; tandis que les nostalgiques de l'administration républicaine nous présentent maintenant le renversement du régime égyptien comme une catastrophe, et je pense naturellement à Guy Millière - ami sincère d'Israël qui s'inquiète, à juste titre, de la nouvelle situation géopolitique, mais dont la haine d'Obama aveugle souvent le jugement !

Troisième réflexion non conformiste, je croyais que les Juifs en général et les Israéliens en particulier étaient plus fins analystes que la majorité des nations, non pas en raison d'un don inné mais parce que, se sentant toujours menacés, ils essayait de décrypter l'actualité plus en profondeur. Mais j'avoue ma déception en lisant, ici les réactions d'amis de mon réseau sur FaceBook, là des articles sur des sites Internet. La "théorie du complot" a beaucoup de succès, et on voit partout soit la main des "Frères Musulmans", soit celle de l'Iran, soit celle de l'administration Obama - Guy Millère, encore voir son article sur le site de la "Metula News Agency" (texte complet pour les abonnés) , mais aussi hélas le site "iran-resist" qui voit des funestes projets pétroliers partout, lire ici. Un mauvais esprit rappellerait d'autres théories du complot, celles qui attribuaient aux Francs-Maçons la révolution française, ou à une sinistre internationale juive la révolution bolchévique : et il est bien décevant que des Juifs donnent du crédit à une approche profondément réactionnaire de l'Histoire en marche ... D'autres encore - et j'avoue partager leurs craintes - agitent le spectre d'une nouvelle révolution islamiste, mais avec la ferme conviction qu'elle aura bien lieu, tandis que l'on peut espérer que rien n'est joué. Or, à nouveau, c'est voir les évènements avec les lunettes du passé : sous prétexte que l'on avait cru en un 1789 à Téhéran en 1979, on ne veut voir qu'un remake d'il y a 30 ans dans les révolutions de 2011. Et ceci, sans parler de réflexions à la fois bêtes et racistes, comme celles qui ne voient dans la foule de la place Tahrir au Caire qu'une meute d'analphabètes ; alors même que c'est la jeunesse la plus éduquée, surfant sur Internet, connaissant le monde et révoltée par le retard de leur pays qui a été le moteur de cette révolution !

Voilà donc quelques éléments de réflexion, qui ne seront pas les derniers ... et que je partagerai, je l'espère, avec les prochains invités de mon émission pour parler de cette passionnante actualité.

Jean Corcos