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03 février 2019

Violence et religions : Hervé élie Bokobza sera mon invité le 10 février


Mon invité dimanche prochain sera mon ami Hervé élie Bokobza. Il a reçu une formation supérieure rabbinique en France et aux Etats-Unis, et a publié quatre ouvrages en hébreu consacrés au Talmud et aux Sages d’Israël ; il est enseignant auprès de plusieurs centres d’études juives, chrétiennes et universitaires, en particulier au Collège des Bernardins ; et il s’investit beaucoup dans le dialogue interreligieux. Le rapport du peuple juif aux autres nations est un fil rouge dans son travail, je cite en particulier deux ouvrages, « Israël-Palestine, la paix à la lumière de la Torah », et « L’autre, l’image de l’étranger dans le Judaïsme », pour lesquels j’avais eu le plaisir de le recevoir il y a plusieurs années. Il vient de publier un nouveau livre, « De la violence juive », aux éditions Saint-Léger, collection « Les acteurs du savoir », où il s’interroge sur ce qui pourrait justifier la violence si on faisait une lecture littérale de la Torah. Alors quel rapport avec le monde musulman, qui est la thématique de cette émission ? Et bien d’abord un rapport politique immédiat, car certains extrémistes en Israël prétendent s’appuyer sur des textes sacrés pour justifier une violence gratuite contre les Arabes. Mais aussi une réflexion à élargir à l’islam, car de nos jours, et on le sait bien, la violence religieuse et souvent terroriste est davantage le fait de dérives islamiques.

Parmi les questions que je poserai à Hervé élie Bokobza :

-          Dès ton premier chapitre tu donnes deux exemples de commandements du Deutéronome – celui relatif au « fils rebelle » que l’on doit conduire au Temple pour qu’il soit lapidé, et celui de la « ville séduite », pratiquant l’idolâtrie et qui doit être entièrement exterminée. Tu présentes les commentaires annulant ces décrets et qui existent à leur sujet dans le Talmud.  Qu’est-ce ce qui fait autorité dans le Judaïsme : est-ce la Torah ou est-ce le Talmud, ou les deux ? Et pourquoi ?
-       Jean-Marie Muller, philosophe français non juif, dit qu’un Dieu d’amour ne peut avoir formulé des commandements meurtriers, et donc que les passages correspondants des textes sacrés ont été écrits par des hommes : or c’est impossible à accepter par un croyant juif ou musulman. D’où la notion de « transgression » si on n’applique pas tous les commandements : est-ce un sujet abordé, aussi bien dans la Torah que dans le Talmud ?
-          Ton raisonnement s’appuie sur un fait précis : la destruction du Temple de Jérusalem, et donc la disparition du Sanhédrin chargé d’appliquer les lois religieuses, rendent impossible l’application des lois de la Torah qui ont un lien avec la violence. Quelles sont ces lois ? Ne peut-on pas objecter – et c’est ce que disent les extrémistes nationalistes – que c’est différent, car une souveraineté juive a été rétablie en Eretz Israël ?
-          Un sujet particulièrement explosif, qui risquerait de déclencher une guerre de religion absolument impossible à gérer, est la question du Temple et de sa reconstruction. Tu le dis dans plusieurs endroits du livre, la nostalgie du Temple détruit, les prières quotidiennes évoquant le retour du peuple d’Israël dispersé, et qui remontera à Jérusalem aux temps messianiques pour voir le Temple reconstruit, est vraiment au cœur de la foi juive. Mais alors que répondre à ceux qui disent que c’est un devoir religieux que de le rebâtir, après avoir rasé les Mosquées qui ont été construites dessus ?
-          Une femme palestinienne, mère de famille, circulant en voiture avec son mari a été atteinte par des jets de pierre et a succombé à ses blessures. Cinq étudiants d'un établissement religieux juif situé dans une implantation israélienne ont été arrêtés. Comparé aux innombrables actes terroristes palestiniens, cela reste heureusement très limité. Que dit la tradition juive pour le cas où un non juif est dans son bon droit contre un juif ?  Que faut-il faire avec de tels enseignants extrémistes ?
-          Tu fais, dans plusieurs passages du livre un éloge de la Diaspora en disant que, par le contact forcé avec d’autres peuples et civilisations, les Juifs ont en quelque sorte « humanisé » leur conception des commandements divins écrits dans la Torah. Au fond, n’est-ce pas cela qui a manqué à l’Islam, cette expérience de religion minoritaire ? Mais d’autre part, est-ce que c’est vraiment transposable de nos jours aux Musulmans vivant en dehors des terres d’Islam ?

Un livre riche, mais exigeant et qui appelle à la réflexion : soyez nombreux à l’écoute !

J.C