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23 octobre 2011

Kadhafi, mort d'un antisémite

Kadhafi et Chavez
(photo Reuters)


Ainsi va l'actualité : les évènements historiques ne choisissent pas les dates où ils arrivent, ou alors il faudrait y voir une main divine ... Ce blog était en mode "pause" lorsque nous avons appris la fin brutale de Kadhafi, car comme je vous l'avais expliqué c'était une fête religieuse du calendrier hébraïque : deux jours plus précisément, clôturant la période de Souccot, avec une liesse particulière le vendredi, "Simhat Torah", "joie de la Torah" !
Ainsi donc, c'est alors que les Juifs pratiquants du monde entier chantaient et dansaient dans les synagogues - loin de la Libye ravagée par huit mois de guerre civile -, que des foules faisaient la queue dans la chambre froide d'un centre commercial de Misrata, pour voir et photographier la dépouille d'un dictateur ayant terrorisé son pays pendant 42 ans.

On lira sur le prochain article une synthèse historique très percutante écrite par Pierre Prier dans "Le Figaro", et qui résume l'essentiel : mais je voudrais insister ici sur le rapport de haine particulière qu'entretenait Mouamar el Kadhafi vis à vis des Juifs, un rapport obsessionnel qui est hélas la marque de plusieurs autres leaders du Tiers-Monde - le choix de cette photo avec Hugo Chavez n'est pas le fruit du hasard : allié d'Ahmadinejad, le "petit Hitler de Téhéran", le leader vénézuélien aura soutenu son ami jusqu'au bout !

Nasserien plus zélé que Nasser, lors de sa prise de pouvoir, il aura imité son maître spirituel d'abord en éliminant totalement la petite communauté juive qui vivait en Libye lors de son coup d'état, en 1969 : il n'en reste plus aucun, et Kadhafi a inoculé une telle haine antisémite dans son peuple que lorsque David Gerbi, Juif originaire du pays est venu récemment à Tripoli pour tenter de restaurer la synagogue, il a du fuir sous la menace des armes. De même et comme je vous en avais parlé, la rumeur sur les origines juives du dictateur aura décuplé la fureur des rebelles( lire ici).

Ensuite, il a été à deux doigts de commettre le pire attentat antisémite des dernières décennies, en faisant couler un grand paquebot à destination d'Israël : tout le monde l'a oublié, c'était en 1973 et le Yediot Aharonot le rappelle dans cet article.

La destruction rêvée, réclamée et considérée comme inéluctable de l’État juif sera restée quasiment la seule ligne dont le dictateur libyen n'aura jamais dévié, lui qui fut successivement l'ennemi puis l'allié de l'Occident ; et ce, alors que la plupart des dirigeant arabes continuent - sans doutes et dans le fond -, de penser comme lui tout en ne l'avouant pas. Une position, aussi, qui lui aura valu le soutien convaincu de tous les antisionistes radicaux, à commencer par Thierry Meyssan, qui dut fuir Tripoli au moment de l'entrée des rebelles il y a quelques semaines.

Une haine antisémite qui explique, aussi, l'horrible procès en sorcellerie fait aux malheureuses infirmières bulgares, torturées et retenues en otages pendant de nombreuses années sous le prétexte d'avoir inoculé volontairement le virus du Sida pour le compte du Mossad : mais les lecteurs fidèles savent combien cette affaire, à laquelle j'ai consacré une émission, m'avait marqué - lire sur mon blog. De ces années 2005-2007 date, je dois l'avouer, ma prise de conscience que ce faux bouffon qui aimait tant se déguiser était, d'abord, un antisémite dangereux et sanguinaire.

La mort de Kadhafi, lynché par la foule, aura été atroce, mais elle est aussi à la mesure du mal qu'il aura fait : dernier clin d'œil du destin, lui qui proclamait au début de la révolution son projet de tuer "comme des rats" son propre peuple révolté, aura été débusqué ... comme un rat, à la sortir d'une canalisation !

Jean Corcos