Notre radio

Notre radio

10 octobre 2011

Tunisie : Ennahda veut une démocratie à la sauce islamique

Devant plus d'un millier de personnes réunies au palais des Congrès, la direction du mouvement islamiste tunisien Ennahda a présenté cette semaine  son programme. Le mouvement veut construire "un régime démocratique basé sur les valeurs de l'islam", a déclaré mercredi son président Rached Ghannouchi lors d'un congrès de présentation de son programme à Tunis.
Le mouvement s'est prononcé pour un système politique basé sur l'Islam en estimant que le peuple est attaché à son identité musulmane. "La Tunisie d'aujourd'hui et de demain doit s'appuyer sur son identité arabo-musulmane", a déclaré M. Ghannouchi. Rached Ghannouchi, chef de file du mouvement islamiste Ennahda («Renaissance» en arabe) n’a fait aucune référence à l’identité berbère  que portent une partie des tunisiens.
Dans le volet consacré à la famille, il prévoit "de remédier au problème des mariages tardifs et endiguer les causes du divorce", sans plus de précisions. On devrait par ailleurs mentionner que Rached est polygame, sa deuxième femme est la sœur du  chef fondamentaliste soudanais Hassan At-turabb. Le parti  de Rached Ghannouchi, qui récolte des fonds provenant des pays du Golfe,  entend renforcer les liens avec les pays arabes et notamment le Qatar.
"Notre programme vise à mettre en place un modèle de développement national ayant comme points de repère les valeurs islamiques", ajoute Ennahda.
D’ores et déjà, le mouvement islamiste tunisien Ennahda, grand favori de l'élection du 23 octobre, vise  à imposer un diktat islamiste. Ce parti islamique,  contribue à augmenter et mettre de plus en plus sur la place publique, une intolérance latente chez bon nombre de tunisiens, qui aura forcement pour conséquence une diminution du champ des libertés. C'est déjà ce qu'on commence à observer en Tunisie.
Si les islamistes gagnent la majorité des sièges à la prochaine constituante, on peut dire adieu à  tous les rêves de la  démocratie  qu’a amenés la révolution tunisienne : car la démocratie (pouvoir du peuple sans influence externe) est par essence laïque. L’islam politique par contre est le  pire des  régimes. Il mène à la pire des dictatures. L’islam est  le premier ennemi de la démocratie, principalement l'acceptation de l’idée de l'alternance des pouvoirs non violente. Par ailleurs, en parlant de la Turquie comme modèle à suivre et prenant l'AKP turc comme une référence, les militants islamistes  tunisiens d’ Ennahda  oublient volontairement que la laïcité en Turquie date déjà de plus d'un siècle. Au  pays de Kamel Atatürk, l'armée est en outre le gardien de la constitution. Nous autres pauvres tunisiens sommes loin, très loin de cet état de fait. Construisons d'abord un État moderne garantissant la séparation des pouvoirs, garantissant les libertés individuelles, la liberté de la presse, les droits de l'homme, ... Ce n'est pas un parti islamiste qui va le faire !
 D’autre part l’appel de Rached Ghannouchi pour "une Tunisie qui s'appuie sur son identité arabo-musulmane", constitue une supercherie inutile .L’islam est  déjà une religion d’État en Tunisie (il existe même une «moquée présidentielle»), et ses fidèles constituent la quasi-totalité de la population. Il existe aussi des juifs, environ 3000 (selon les autorités tunisiennes). Certains parlent le yiddish mais ils parlent tous l'arabe tunisien, souvent le français, parfois l'hébreu.

La supercherie du mouvement islamiste tunisien Ennahda va plus loin, en tentant de faire croire aux Tunisiens qu’ils sont des « Arabes » et que leur histoire ne commence qu’avec l’événement de l’Islam ignorant tout une histoire millénaire des habitants de l’Afrique du Nord.
La Tunisie fut  tristement envahie par les Arabes musulmans au VIIe siècle qui ont détruit  la culture chrétienne byzantine. Les habitants latinisés et christianisés des anciennes villes adoptèrent la religion et la nouvelle langue dominante : l'arabe. Celui-ci s'est imposé rapidement avec la force et le sang. Les conquérants arabes se heurtèrent aux Berbères qui résistèrent. Mais la majorité des Berbères finirent par abandonner leur langue et leurs coutumes. Seuls ceux qui se réfugièrent dans les montagnes ou dans le désert ne s'arabisèrent jamais. Le pays des Berbères devint musulman. Les Arabes contrôlaient sans partage le pouvoir politique et la religion. Les Berbères (appelés «Amazighs») représenteraient 5 % de la population totale évaluée à 11 millions d’habitants en Tunisie, ce qui signifierait plus de 500 000 personnes. (1) l'État tunisien  n’admet  pas l’existence de berbérophones (2). Ainsi, l’histoire officielle et l’État tunisien n’accordent aucune importance aux grandes figures historiques amazighs de l’époque phénicienne, romaine ni maures. L’État tunisien interdit l’enseignement du berbère dans les écoles et les universités. Même après la Révolution les Amazighs ne  peuvent pas disposer de formations politiques reconnues légalement, qui se basent sur la défense de leurs  droits des citoyens  amazighs.

Ftouh Souhail
Tunis, 16 septembre 2011

 (1) Le CMA, le Congrès mondial amazigh, estime pour sa part les populations berbères à un minimum d'un million de personnes, soit 10 % des Tunisiens.
(2) Les Berbères sont principalement regroupés dans le sud de la Tunisie, notamment à Djerba, Matmata (Zraoua et Taouedjout), Tataouine (Chenini et Douirat), Médenine, Kebili et Tozeur, mais il existe aussi plusieurs groupes formant des villages de quelques centaines de personnes à plusieurs milliers de personnes sur la côte méditerranéenne et à l'ouest, le long de la frontière avec l'Algérie ainsi que dans la région de Gafsa, soit Tamagourt et Senned.