Notre radio

Notre radio

20 janvier 2008

Discours de Riyad : avalanche de critiques contre Nicolas Sarkozy

Nicolas Sarkozy reçu à la Grande Mosquée de Paris
(photo copyright Pierre Payan)

Introduction :
D'abord un petit rappel : un blog n'est pas un journal, et je n'ai ni le temps ni l'outrecuidance de donner ici des commentaires sur chaque évènement, important ou non et concernant le monde musulman ! Mais parfois l'absence de commentaires peut donner lieu, à son tour, à commentaires : on aura lu ici un éloge du "virage" de la diplomatie française par rapport à la question vitale pour la survie d'Israël (celle du fameux "droit au retour" des "réfugiés" palestiniens) ; je ne peux pas faire pas comme si je n'avais rien lu à propos du fameux "discours de Riyad" de Nicolas Sarkozy, qui risque peut-être de devenir le pendant du fameux "discours du Caire" de Jacques Chirac (lire sur le blog) ...
Comment donc a réagi la Communauté juive ? De façon prudente pour les institutions officielles, comme le CRIF, dont la "newsletter" a donné en lien le texte complet du discours, fourni par la Présidence de la République. De façon virulente parfois, ainsi on pourra lire en lien également un article amer publié sur le site de l'UPJF par Menahem Macina, article ensuite complété par des commentaires le nuançant, et largement repris sur des blogs communautaires !
Mais une fois de plus, on retrouve à propos du voyage d'un dirigeant français en terre arabe la même tendance à tout lire au travers du prisme d'Israël : je préfère donc reproduire ici trois extraits d'articles plus généraux publiés dans la presse nationale ... bonne lecture !
J.C

"En ballade en terre arabe, Nicolas Sarkozy se transforme en zélote forcené de l'Islam. On l'avait remarqué lors de son déplacement en Algérie (lire la chronique du 13 décembre 2007 , « l'atome et le Coran »). Il récidive cette fois-ci en Arabie saoudite, où il a célébré, devant le Conseil consultatif du royaume « le Dieu unique des religions du Livre. Dieu transcendant qui est dans la pensée et dans le coeur de chaque homme. Dieu qui n'asservit pas l'homme mais qui le libère. Dieu qui est le rempart contre l'orgueil démesuré et la folie des hommes. Dieu qui par-delà toutes les différences ne cesse de délivrer à tous les hommes un message d'humilité et d'amour, un message de paix et de fraternité, un message de tolérance et de respect.» (...)
Comme chez notre chanoine honoraire rien n'est tout à fait gratuit, même l'amour de Dieu, cette déclaration a une fonction : nous faire croire que la France et l'Arabie Saoudite partagent bien davantage que des intérêts bien compris et réciproque. Après tout, le but réel du voyage présidentiel n'est-il pas de vendre des canons et des centrales nucléaires, de négocier l'entrée de fonds souverain saoudien dans les plus grandes entreprises françaises, et de s'entendre sur le sort du Liban et de la Syrie ? Non, nous hurle Sarkozy depuis Riyad : « La France et l'Arabie saoudite partagent les mêmes objectifs d'une politique de civilisation » ... Oui, vous avez bien lu : Nicolas Sarkozy englobe, dans ce concept « rapté » à Edgar Morin, le royaume saoudite, tenu par une famille de féodaux qui se refilent la couronne à la manière des Francs sous Mérovée, adeptes et soutiens du wahhabisme, une doctrine obscurantiste, appliquent la chariah et ses peines barbares, et exclut toute autre religion que l'Islam du pays au motif qu'ils contiennent les lieux saints, etc. Comme la situation du royaume est bien connue, notre voyageur fait l'éloge de l'ouverture du roi Abdallah, qui a permis, rendez-vous compte, à six femmes de siéger au Conseil consultatif, qui comme son nom l'indique n'a aucun pouvoir !"

Hervé Nathan, site du journal « Marianne », 15 janvier 2008

" «Le sentiment religieux n'est pas plus condamnable à cause du fanatisme que le sentiment national ne l'est à cause du nationalisme», a déclaré Nicolas Sarkozy, lundi, à Riyad (Arabie saoudite). Il pourrait bien avoir touché là au coeur des nombreux Français qui, mêmes laïcs, restent attachés à leur culture chrétienne.
L'Arabie saoudite portera-t-elle «l'islam ouvert» espéré par Sarkozy à Riyad ? Le berceau de l'islamisme oppressant en est loin. Si le président a dit vouloir faciliter la construction de mosquées en France, il s'est gardé d'évoquer l'impossibilité de construire là-bas ne serait-ce qu'une chapelle. Ce souci d'épargner des susceptibilités est la première entorse à la réciprocité posée comme principe par le chef de l'État. Effet d'une intimidation ? "

Ivan Rioufol, «Le Figaro », 18 janvier 2008

"Par nature comme par nécessité, M. Sarkozy n'envisage pas de se tenir à la lisière d'une zone dont les fractures multiples - Irak, Iran, Liban, sort des Palestiniens - sont susceptibles de déstabiliser l'Occident ou à tout le moins de ravager son économie parce qu'elle concentre une bonne partie des réserves mondiales d'énergie. Son approche est prudente. Pas question d'asséner des leçons de démocratie à des pays régis, pour l'écrasante majorité d'entre eux, par des régimes autoritaires.
Cette approche centrée sur les droits de l'homme récupérée par les néo conservateurs américains est jugée contre-productive car elle s'attire la réaction suivante, selon M. Sarkozy, comme il l'a estimé lors de sa conférence de presse du 8 janvier : "Postcolonial ! Vous voulez nous imposer le système qui est le vôtre." En prônant "la diversité" pour balayer les soupçons selon lesquels l'Occident veut "imposer un modèle unique de civilisation", il veut éviter, comme il l'a indiqué à Riyad le 14 janvier, "la guerre et le terrorisme, car rien n'est plus dangereux qu'une identité blessée, qu'une identité humiliée qui est une identité radicalisée".
Pas question non plus de s'en tenir à un réalisme pragmatique qui fut la marque de fabrique de la diplomatie des républicains américains ni à un relativisme culturel poussé jusqu'à la caricature par le prédécesseur de M. Sarkozy, Jacques Chirac, lors d'une visite à Tunis, le 3 novembre 2003. "Le premier des droits de l'homme, c'est d'avoir à manger", avait-il déclaré, suscitant la colère des militants tunisiens pourchassés par le régime de Zine Al-Abidine Ben Ali. Au nom de la diversité, le président de la République a ainsi plaidé à Riyad, le 14 janvier, pour "ceux qui oeuvrent pour un islam ouvert, qui se souvient des siècles où il était le symbole de l'ouverture d'esprit et de la tolérance", dans une formule qui, en creux, indique que M. Sarkozy juge que cet islam-là est tombé en désuétude."
Gille Paris, « Le Monde » daté du 19 janvier 2008