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21 janvier 2008

Boualem Sansal : « la frontière entre islamisme et nazisme est mince »



Boualem Sansal, photo tirée du site "CanalObs.tv"

Introduction :
Un livre évènement vient de sortir aux éditions Gallimard : « Le village de l’Allemand ». A travers l’histoire véridique - et non exceptionnelle, d’après son témoignage -, d’un ancien SS devenu combattant du FLN, converti à l’islam et vivant ensuite de longues et belles années après l’Indépendance avant de finir tragiquement, cet écrivain algérien iconoclaste parle d’un sujet sur lequel plusieurs ouvrages historiques ont déjà été publiés, mais resté recouvert par la chape de plomb du « politiquement correct » : les liens troubles entre le nazisme et le nationalisme arabe « première manière » ; et l’héritage idéologique de ce passé, qui imprègne à son avis l’islamisme.
Ci-dessous, un extrait de l’entretien intégral publié sur le nouveau site « CanalObs.tv ». Et surtout, le lien vous permettant de visionner intégralement cet entretien exceptionnel. Ai-je besoin de vous dire que j’essaierai absolument de réaliser une interview de cet intellectuel tellement courageux, au besoin par téléphone avec l’Algérie (comme je l’avais déjà fait il y a quelques années avec une autre militante contre le « nazislamisme », la député Khalida Messaoudi) ?
J.C


«La frontière entre islamisme et nazisme est mince»
By Grégoire Leménager

Alors qu'il publie «le Village de l'Allemand», le grand romancier algérien s'explique ici sur les liens entre hitlérisme et islamisme, la politique de Bouteflika et les choix diplomatiques de Sarkozy. Ce qu'il dit est terrible
En exergue, un mot du narrateur annonce la couleur du livre. Noire, très noire: «il y a des parallèles dangereux qui pourraient me valoir des ennuis». Ce n'est pas une coquetterie. Il n'y en a jamais chez Boualem Sansal. Dans son cinquième roman, deux frères d'origine algérienne tiennent leur journal. Ils vivent en France, banlieue parisienne, et apprennent avec horreur la destinée de leur père: Hans Schiller, héros du FLN, était officier SS; il vient de finir ses jours au bled, égorgé par le GIA.
Pour son fils aîné, l'histoire des camps d'extermination se découvre dans son insupportable singularité, et s'inscrit dans sa chair, jusqu'à la folie. Pour le cadet, directement confronté à la «talibanisation» de sa cité, l'équation entre nazisme et islamisme s'impose avec cette certitude: «l'imam de la tour 17, il faut lui couper le sifflet». Entre leurs deux voix alternées, Sansal fraie la sienne, subtile mais ferme, qui dans une intrigue serrée noue sans faiblir les questions les plus brûlantes: banlieues, Algérie, nazisme, fanatisme... Servi par tant de talent, son courage force l'admiration. «Le Village de l'Allemand» est un coup de poing dans le gras de nos plus rassurantes illusions: la fin de l'histoire n'a pas eu lieu. (...)

Extrait de l’interview :

« En avançant dans mes recherches sur l'Allemagne nazie et la Shoah, j'avais de plus en plus le sentiment d'une similitude entre le nazisme et l'ordre qui prévaut en Algérie et dans beaucoup de pays musulmans et arabes. On retrouve les mêmes ingrédients et on sait combien ils sont puissants. En Allemagne ils ont réussi à faire d'un peuple cultivé une secte bornée au service de l'Extermination; en Algérie, ils ont conduit à une guerre civile qui a atteint les sommets de l'horreur, et encore nous ne savons pas tout. Les ingrédients sont les mêmes ici et là: parti unique, militarisation du pays, lavage de cerveau, falsification de l'histoire, exaltation de la race, vision manichéenne du monde, tendance à la victimisation, affirmation constante de l'existence d'un complot contre la nation (Israël, l'Amérique et la France sont tour à tour sollicités par le pouvoir algérien quand il est aux abois, et parfois, le voisin marocain), xénophobie, racisme et antisémitisme érigés en dogmes, culte du héros et du martyre, glorification du Guide suprême, omniprésence de la police et de ses indics, discours enflammés, organisations de masses disciplinées, grands rassemblements, matraquage religieux, propagande incessante, généralisation d'une langue de bois mortelle pour la pensée, projets pharaoniques qui exaltent le sentiment de puissance (ex: la 3ème plus grande mosquée du monde que Bouteflika va construire à Alger alors que le pays compte déjà plus de minarets que d'écoles), agression verbale contre les autres pays à propos de tout et de rien, vieux mythes remis à la mode du jour.... Fortes de cela, les dictatures des pays arabes et musulmans se tiennent bien et ne font que forcir. Plus que mille discours, cinq petits jours de Kadhafi à Paris ont suffi pour édifier les Français sur la nature de nos raïs. Ah, quelle morgue, ce Kadhafi! Maintenant, ils peuvent comprendre ce que nous subissons tous les jours qu'Allah nous donne à vivre sous leurs bottes. »

Pour voir la vidéo, cliquer sur ce lien.