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04 janvier 2008

La nausée, par Gérard Cardonne


Introduction :
L'écrivain Gérard Cardonne a été mon invité le 4 novembre dernier à l'occasion d'une émission consacrée à l'Afghanistan, un pays plongé dans le malheur de guerres sans fin et particulièrement cher à son cœur ; il s'y est souvent rendu, et il avait publié un livre émouvant ("La nuit afghane") en 2001.
Mais c'est surtout la cause des femmes, humiliées trop souvent en terre d'islam quand elles ne sont pas carrément martyrisées, qui le révolte ; et au delà des femmes musulmanes, la violence subie même chez nous par la moitié "faible" de l'Humanité lui a fait pousser un "grand coup de gueule" dans le journal "les Dernières Nouvelles d'Alsace", quotidien de son Alsace natale !
Avec son aimable autorisation, voici la retranscription de sa tribune intitulée "la nausée", publiée il y a quelques semaines dans ce journal (photo).
J.C

La nausée

Une seule journée contre la violence faite aux femmes face aux multiples coups ! Les femmes ont fait entrer dans la sphère publique des sujets estimés à tort réservés à la sphère privée : les violences faites au femmes soi-disant inspirées par le puritanisme et la religion. Ce n'est pas légiférer sur la sexualité que de réprimer les violences conjugales ou la traite des femmes-esclaves sur les trottoirs de nos villes. Refuser de nommer ces problèmes, c'est participer de leur déni. En psychanalyse, ce qui n'est pas nommé n'existe pas.
La Palestinienne Yusra Azzami fut massacrée par des sbires du Hamas pour un crime d'honneur. Elle se tenait trop près de son fiancé dans leur voiture ! La parité au Parlement pourquoi pas ? Dans la vie certainement pas ! Quant à l'honneur, rien à faire quand il s'agit d'un meurtre religieux! Yusra n'avait que 20 ans et croyait avoir toute la vie devant elle. Des imbéciles religieux en ont décidé autrement à sa place. Il paraît que c'est de la religion : il est interdit d'en parler alors qu’il s’agit de la pire des délinquances.
La Chine est le seul pays au monde où les femmes se suicident plus que les hommes. C'est "une arme archaïque de protestation" contre le mépris ancestral réservé à l’oppression de leur sexe. Quant aux Tibétaines, elles sont avortées et stérilisées!
La Pendjabi Mukhtar Mai est devenue le symbole du combat de la femme pakistanaise. Victime d'un viol collectif sur les ordres d'un conseil clanique pour venger une supposée relation de son frère, son procès mit en lumière la réalité des "crimes d'honneur" commis par des hommes, qui, au nom du code tribal, entendent défendre la réputation de leur famille ... et violent un millier de femmes chaque année. Outreau pakistanais !

Violence institutionnalisée

L'analphabétisme féminin a toujours été de règle, orchestré par les pères et frères jaloux de leur autorité et irrités de voir qu'une femme pouvait leur être supérieure. Quant à l’étoile jaune des musulmanes, affirmons de façon claire que, lorsque la justice française accepte que le voile soit assimilé non à une oppression de la femme mais à un simple signe religieux, elle confirme par là les thèses des intégristes.
Chez nous, une femme meurt tous les trois jours de violences au sein du couple. Il est indispensable d'allier la sanction judiciaire à l'obligation de soins. Une minorité d'hommes violents, 1 sur 5, sont prêts à êtres suivis en thérapie. Leurs ressorts sont l'immaturité affective, l'égocentrisme, la mise de l'autre sous emprise, un "moi" faible et peu assuré. Que faire pour aider les victimes ? Il faut convaincre les femmes de parler plus tôt. Plus elles le font, plus elles ont de chances de sauver leur couple. Il y a des plaintes qui ont valeur de libération à la suite d'un quotidien invivable infligé par un tyran domestique.
Que dire de la violence des voyous : Aung Sun Suu Kyi, la Dame de Birmanie, et Ingrid Bettencourt, la marchandise des FARC, martyrisées au vu et au su de tous !

La parité dans la mort

Affublé d’honneur ou de passion le crime est aussi insultant pour la femme que dégradant pour l’homme. Balayons devant notre porte : l’insoutenable crime de Vilnius vaut bien celui de Téhéran quand c’est, en définitive, la femme qui est rejetée dans la mort avec la loi pour linceul. Incompréhension devant l’inversion de l’ordre des choses : l’assassin est sur le devant de la scène. La victime gît dans son cercueil.
Sous le poids déshonorant de leur voilure, les spectres bleutés frôlent toujours leur terre sans murmure : les Afghanes restent d'une discrétion fantomatique. Les talibans ne sont pas partis : ils sont dissous dans la population. Craintives, les femmes n'ont pas remisé leurs tchadris. La peur flotte dans l'air. Redoutant les bastonnades, les vitriolages dont la vogue indienne a filtré dans leur pays, les Afghanes voilent leur regard noir diamant. Leur seule revanche réside dans la fragilité des Bouddhas de Bâmiyân. Les talibans ont pu détruire ce symbole de la civilisation. Ils n'ont pu voler la beauté des Afghanes alors qu'elle provoquait leur esprit attardé.

Gérard Cardonne,
"Dernières Nouvelles d’Alsace", 13 novembre 2007