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13 février 2006

Affaire des caricatures de Mahomet, 3 : les preuves de la manipulation

Incendie du consulat du Danemark à Beyrouth,
photo Reuters, 5 février 2006

Grâce soit rendue aux grands médias nationaux, la spontanéité de la « rue arabe » est cette fois sérieusement remise en question. On aurait aimé qu’il en soit ainsi, par exemple à propos des manifestations hier sous le régime despotique de Saddam et aujourd’hui en Iran ; ou à propos de celles qui ont suivi la mort du petit Mohamed Al Doura, dont les images (tendancieusement présentées comme un assassinat volontaire et sadique commis par Tsahal, et diffusées gratuitement par France 2 sur l’ensemble de la planète) ont fortement contribué à répandre l’incendie de la deuxième Intifada en octobre 2000.

Premier élément du dossier, un petit rappel géopolitique fait par les orientalistes Gilles Kepel et Olivier Roy, à propos de l’Iran, de la Syrie et du Liban (notre illustration) : non ce n’est pas un hasard si les ambassades danoises et norvégiennes ont été incendiées à Damas avec la complicité de la police locale, ou qu’Ahamadinejad exploite la situation !

Gilles Kepel dans « Le Monde » en date du 10 février :
"Une telle situation représente une opportunité exceptionnelle pour Téhéran, où la violation de l'ambassade danoise est une réminiscence de la prise d'une autre ambassade, celle des États-Unis, à l'automne 1979. En se lançant dans la surenchère à la défense de l'islam offensé, et au leadership du monde musulman, les dirigeants iraniens mettent aussi leurs pas dans ceux de Khomeiny, qui, par la fatwa condamnant à mort Salman Rushdie le 14 février 1989, avait tenté de sauver la face de son régime, fragilisé par l'armistice qu'il avait été contraint de signer au terme de la guerre Irak-Iran. A Damas et à Beyrouth, le saccage et l'incendie des locaux diplomatiques danois s'inscrivent dans une logique similaire : montrés du doigt après l'assassinat de Rafic Hariri, la Syrie et ses alliés locaux ne peuvent qu'encourager la populace à s'en prendre, à travers le Danemark, à l'Europe et à l'Occident, incriminés au nom des valeurs universelles de la morale et de la religion. Ils tentent de se refaire une vertu au regard de la "communauté des croyants" en vengeant l'outrage par le feu purificateur".
Pour information, j'espère recevoir Gilles Kepel à mon émission, au printemps prochain, à propos de son dernier ouvrage, "Al-Qaïda dans le texte" (Editions Presses Universitaires de France).


Olivier Roy dans le même journal le 8 février, sous le titre « Caricatures : géopolitique de l’indignation » cliquer ici pour lire l'article :
"D'où vient alors la violence dans le cas des caricatures ? Ici, il ne faut pas se voiler la face. La carte des émeutes montre que les pays touchés par la violence sont ceux où le régime et certaines forces politiques ont des comptes à régler avec les Européens. La violence a été instrumentalisée par des États et des mouvements politiques qui rejettent la présence des Européens dans un certain nombre de crises au Moyen-Orient. Nous payons un activisme diplomatique croissant, mais qui ne fait pas l'objet d'un débat public. Que le régime syrien se présente en défenseur de l'islam ferait sourire si les conséquences n'avaient pas été tragiques. Un régime qui a exterminé des dizaines de milliers de Frères musulmans se trouverait à la pointe de la défense du Prophète ! Ici, il s'agit d'une manœuvre purement politique pour reprendre la main au Liban en s'alliant avec tous ceux qui se sentent menacés ou ignorés par la politique européenne."
La provocation est d’autant plus flagrante que la chronologie de l’affaire est troublante : publication des dessins dans le journal danois « Jyllands Posten » en septembre, explosion environ cinq mois après, suite à la reprise des mêmes dessins dans un petit journal norvégien ; rôle plus que trouble des imams danois, qui ont diffusé au Moyen Orient de faux dessins, comme l’a rapporté le journal « le Figaro » le 9 février. Ci-dessous un extrait de l’article :

"Affirmant représenter une grande part des 200.000 musulmans du Danemark (3,5% de la population), les imams boutefeux avaient emporté un dossier comprenant les 12 caricatures de Jyllands-Posten et trois autres images, dont l'une était censée représenter Mahomet en porc, une autre en pédophile, alors qu'une troisième montrait un chien sautant derrière un musulman en train de prier. Or ces trois images n'ont rien de danois. "C'est de la manipulation et de la désinformation, car ils ont voulu faire croire que ces dessins étaient ceux de Jyllands-Posten et qu'ils étaient parus dans la presse, ce qui est faux", s'insurge Flemming Rose, le responsable des pages culturelles du journal incriminé."
Mais il y a surtout ce qui constitue, à mon avis, une preuve décisive de la manipulation des foules : un journal égyptien (« Al Fagr ») avait reproduit le 17 octobre dernier ces caricatures, sans que cela ne provoque la moindre vague, et alors que dans la même Égypte les Islamistes ont le vent en poupe comme l’ont montré les élections ! Le collectif "Algérie Ensemble", déjà cité dans un précédent article, a fait circuler cette information avec le lien suivant pour lire les détails dans un site égyptien : blog "freedomforegyptians".
Voir aussi cet article de proche-orient.info daté d'aujourd'hui 13 février, qui renvoie à un autre blog égyptien, "egyptiansandmonkey.blogspot.com". 

J.C