Notre radio

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26 octobre 2006

Tina Arena, "Je m'appelle Bagdad"

Et si on oubliait, un peu le Liban ? Et l’Iran de plus en plus menaçant ? Et si on parlait d’un pays voisin, un peu oublié ces dernières semaines, l’Irak ? Et si, pour en parler, on laissait tomber pour une fois les articles de presse ou les analyses sérieuses ... pour écouter une chanson et voir un clip ?

Tina Arena n’est pas une experte en géopolitique, et « Je m’appelle Bagdad » n’a ni prétention militante, ni vocation pédagogique. Et c’est heureux si on pense à la langue de bois qui, selon, noircit les pages des journaux, envahit les plateaux télévisés et parfois même se chante ; en résumé, l’histoire racontée est toujours la même : "il était une fois un Orient heureux et paisible, et tout a basculé dans la violence depuis qu’un fou furieux locataire de la Maison Blanche a décidé d’envahir le paisible Irak". Il était donc bien facile de faire un "tabac" en tapant à bras raccourci sur les méchants américains !

Or la chanteuse ne prend pas partie, elle ne montre pas des images tirées de l’actualité, et son clip vidéo est parfaitement intemporel avec effets hollywoodiens de palmiers ou de villes surgissant du désert pour y disparaître par magie, palais des mille et une nuits et tenues de Schéhérazade, envoûtant fantôme de la capitale ruinée. Certes, Bagdad, cité à âme humaine qui pleure dans la bouche de Tina Arena, raconte "qu’elle est tombée sous le feu des blindés". Mais sans autres précisions, cela aurait pu commencer avec la première guerre du Golfe, et les blindés qui l’ont fait tomber sont peut-être les milliers de chars détruits dans les guerres folles lancées par son défunt dictateur. "Ils ont tout détruit", mais ces "ils" ce sont ceux aussi bien ceux qui ont massacré hier (le génocide contre les Kurdes), ou ceux qui continuent aujourd'hui (les attentats d'Al-Qaïda). Mais on peut aussi penser que c'est pire avec la chute du dictateur sanguinaire - bref, rien n'est dit mais tout est subtilement évoqué. On tombe sous le charme, chacun peut imaginer le coupable de la chute de "la princesse défigurée", Georges W. Bush, Saddam Hussein ou les Mongols ... et tout le monde verra le clip avec plaisir.

J.C