Notre radio

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31 août 2006

André Nahum hier sur Judaïques FM, à propos de la résolution 1701 : "on se pose de sérieuses questions..."

Les Ministres des Affaires Etrangères
Tzipi Livni et Philippe Douste Blazy
(conférence de presse commune, Paris, 23 août 2006)

Introduction :
Voici le texte du dernier billet hebdomadaire de mon ami et collègue de la radio. Comme d'habitude, André Nahum va droit à l'essentiel en mettant sur table les enjeux d'un succès - ou d'un échec - de la résolution du Conseil de Sécurité de l'ONU.
J.C

Bonjour.

La force internationale de l'ONU au Liban tend à prendre forme, sans que l'on sache encore ce que seront exactement ses attributions et sa mission. La France qui a été à l'origine avec les USA de la décision 1701 du Conseil de sécurité, a finalement décidé après quelques atermoiements, de porter sa contribution à 2.000 hommes environ après que l'Italie ait annoncé qu'elle en enverrait près de trois mille et qu'elle désirait en assurer le commandement.
Après que Sayed Hassan Nassrallah, chef suprême du Hezbollah ait proclamé à hauts cris sa victoire "divine", il vient de revenir à plus d'humilité en reconnaissant que s'il avait pu prévoir la vigueur de la riposte israélienne, il n'aurait jamais ordonné l'enlèvement des deux soldats. Il ne serait donc pas tellement sûr que cette victoire qui a enivré les ennemis avoués ou cachés d'Israël et pas seulement dans le monde arabo-musulman, soit aussi évidente que cela. Par ailleurs, son comportement laisse penser qu'il n'est pas trop pressé de se frotter à nouveau à Tsahal. S'agit-il de regrets sincères ou d'une nouvelle manœuvre politique pour rassurer la France et les autres pays européens ? Il est fort possible d'ailleurs que son patron le président Ahmadinejad lui ait tiré les oreilles pour avoir provoqué ce conflit beaucoup plus tôt que ne l'aurait souhaité Téhéran. Parce que aujourd'hui, quoiqu'on en dise et quelque soit la frustration des Israéliens de n'avoir pas remporté une victoire décisive, Israël a déjoué les plans de l'Iran en dévoilant et en détruisant en grande partie la puissante base que le pays des Ayatollahs avait édifiée au Liban en vue sans doute d'ouvrir un second front en cas de conflit avec les USA.
Le gouvernement israélien a accepté le cessez-le-feu alors que le Hezbollah est encore debout malgré ses pertes matérielles et humaines et s'en remet ainsi aux instances internationales, estimant que, comme ne l'a pas dit Clausewitz, la politique c'est la guerre par d'autres moyens. Mais peut on faire confiance à l'ONU ? La décision 1701 exige la libération des deux soldats et l'on n'en est encore qu'à de vagues promesses de négociations. Elle prévoit le désarmement du Hezbollah et M. Kofi Annan nous prévient que ce n'est pas l'affaire de la force multinationale. Il était dit également qu'il fallait surveiller la frontière syro-libanaise pour empêcher la reconstitution de l'arsenal de la milice chiite. Or nous apprenons que les forces de l'ONU ne patrouilleront pas le long de cette frontière, la Syrie et le Liban s'y opposant.
Alors, on est pris d'un sérieux doute : si la force internationale n'a pour mission ni de libérer les captifs, ni de désarmer le Hezbollah ni de l'empêcher de reconstituer son stock de missiles et de reconstruire ses blockhaus, à quoi va-t-elle servir exactement ? On est bien loin de la force "coercitive" que Jacques Chirac appelait naguère de ses vœux. Si les soldats de l'ONU ne feront que cohabiter dans la joie et la bonne humeur avec le Hezbollah, ne seront-ils pas, par contre, un obstacle sérieux pour Israël, s'il se voyait obligé d'intervenir à nouveau ? Alors, lorsqu'on apprend que Monsieur Kofi Annan vient admonester Israël pour de prétendues violations du cessez-le-feu et le somme de lever le blocus aérien et maritime du Liban, alors qu'aucune des conditions de la résolution 1701 n'est encore remplie, on se pose des questions, de sérieuses questions.

André Nahum,
30 août 2006