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21 février 2017

L'Iran, Dieudonné et l'extrême droite (1/2)



Ces dernières semaines, de nombreux articles ont été publiés sur Vladimir Poutine, l'ami de l'extrême droite européenne. Les journalistes se sont demandés comment l'extrême droite est devenue russophile. Ces liens avec la Russie sont favorisés par des proximités idéologiques. Le modèle d'Union eurasiatique, promu par le Kremlin depuis quelques années, séduit les partis d'extrême droite. Il apparaît comme un contre-modèle économique pour des partis défavorables à l'Union européenne. Mais il s'agit également d'un contre-modèle géopolitique et culturel, censé venir au secours d'une Europe décadente (RFI, 19 mai 2014). Certes. Cependant, les commentateurs semblent ignorer un autre pays, tout aussi intéressant, l'Iran et la constante relation qu'il entretient avec l'extrême droite française. Est-ce qu'en France, des diplomates iraniens auraient entretenu un dialogue quelconque avec des antisémites, des négationnistes et/ou des chefs de l'extrême droite? Cette question mérite d'être posée. Est-ce qu'en France, les Iraniens auraient aidé financièrement cette nébuleuse? Dans ce court article, nous nous penchons sur quelques exemples caractéristiques.

En 1986, la librairie négationniste Ogmios et l'attaché de l'ambassade d'Iran à Paris

La librairie Ogmios (dans le 1er arrondissement de Paris) était dans les années 80 un des lieux de rassemblement les plus prisés des négationnistes, fascistes et néonazis français. A cette époque, elle est dirigée par Tristan Mordrel, exclu du Groupement de recherche et d'études pour la civilisation européenne, également connu sous l'acronyme G.R.E.C.E, et par Jean-Dominique Larrieu, cofondateurs des éditions Avalon, qui publie la première traduction du « Mythe du XXe siècle » du théoricien du parti nazi, Alfred Rosenberg. Leur principal « conseiller littéraire » est Olivier Mathieu, qui après avoir été membre du G.R.E.C.E, n'a pas pu y rester en raison de ses tonitruantes déclarations hitlériennes et antisémites publiques. Justement, c'est en 1986, que les RG découvrent que Wahid Gordji, un attaché de l'ambassade d'Iran et le banquier suisse François Genoud connu pour son aide à la diaspora nazie, fréquentent la librairie néonazie Ogmios. Jean-Dominique Larrieu entretient des liens très étroits avec le célèbre diplomate iranien. Par son intermédiaire, l'Iran finance plusieurs publications éditées par la nébuleuse Ogmios. Larrieu est même invité en Iran, sur le front de guerre Iran-Irak notamment. Plus incroyable, l'iranien remet un chèque d'un montant de 120.000 francs (environ 18.000 euros) aux dirigeants des Editions Avalon et de la librairie. L'argent sert de caution bancaire pour l'édition du catalogue de vente par correspondance de la librairie (éditions des « Livres chez nous »). Un an plus tard et pour d'autres raisons (29 novembre 1987) Wahid Gordji sera expulsé de France après un blocus de cinq mois des ambassades respectives des deux pays. La police française voulait l'entendre comme témoin dans le cadre de l'enquête sur les attentats de 1986 à Paris, qui avaient fait treize morts et de très nombreux blessés.

Le négationnisme en Iran se porte bien

Il est une constante de la politique extérieure de la République islamique. Bien avant que Mahmoud Ahmadinejad prenne le pouvoir, l'Iran accueillait à bras ouverts les négateurs de la Shoah. Un négationniste suisse, Jürgen Graf, a ainsi trouvé l'asile politique à Téhéran. Il avait fui son pays après avoir été condamné à 15 mois de prison ferme pour avoir, avec son mouvement "Vérité et Justice", nié le génocide. Le français Roger Garaudy s'est lui aussi rendu en visite en Iran, il a même été reçu par l'Ayatollah Khamenei, guide suprême de la Révolution, le 20 avril 1998 (jour anniversaire de la naissance d'Adolf Hitler à Braunau sur Inn).
Après qu'il eut été condamné en France en 1998 pour avoir soutenu la thèse d'un complot sioniste qui aurait inventé la Shoah pour justifier l'expansionnisme israélien et après avoir nié le génocide commis par les nazis contre les Juifs, le philosophe Roger Garaudy avait été soutenu par une pétition de 160 membres du Parlement iranien, ainsi que par la prétendue Commission Islamique des Droits de l'Homme de ce pays, au nom "de la liberté d'expression". Dans le même temps, la radio d'Etat iranienne, IRIB, donnait la parole aux négationnistes du monde entier comme Mark Weber, le directeur américain de l'institut négationniste, Institute for Hisrorical Review ; le négationniste et néonazi germano-canadien Ernst Zündel et l'ancien officier de l'armée marocaine réfugié en Suède, du nom d'Ahmed Rami, animateur du site Internet négationniste Radio Islam.
Dès la fin de l'année 2005 et tout au long de l'année 2006, le président Mahmoud Ahmadinejad multiplie les déclarations provocatrices et assassines sur le génocide. En décembre 2006, une conférence sur "la réalité de l'Holocauste", que le président iranien avait qualifiée de "mythe", et sur l'utilisation de chambres à gaz dans les camps de concentration nazis, s'ouvre à Téhéran sous les auspices des autorités iraniennes. Cette réunion de deux jours est organisée à l'Institut d'études politiques et internationales du ministère des Affaires étrangères. Selon les autorités iraniennes, 67 étrangers y participent. Le Français Georges Thiel, alias Gilbert Dubreuil, membre du Front national, condamné à plusieurs reprises pour négationnisme, y réaffirme que la Shoah est un "énorme mensonge". "Les juifs ont été persécutés, c'est vrai, ils ont été déportés, c'est vrai, mais il n'y a pas eu de meurtre industriel, il n'y a pas eu de chambres à gaz", dit-il (Libération, 11 décembre 2006).
C'est encore à Téhéran que se tient la grande Foire Internationale du Livre: 5,5 millions de visiteurs assistent à l'évènement qui s'étale sur dix jours et auquel sont présents plus de 3000 éditeurs nationaux et internationaux venus de 80 pays différents, faisant de cette foire littéraire la plus grande du Moyen-Orient. Dans le même temps, la Foire acquiert une autre distinction: celle d'être la plus grande exposition de littérature antisémite au monde. Près de 160 livres au contenu antisémite y seront vendus. Ces ouvrages vont de nouvelles éditions des "Protocoles des Sages de Sion", à la littérature négationniste en passant par de pseudo travaux ayant trait à la prétendue domination que les juifs exerceraient sur la finance mondiale et la politique américaine. Certains sont même le produit direct du gouvernement, citons parmi eux "Les Juifs, le Sionisme et l'Holocauste", un manuel scolaire publié par le Ministère de l'Education à l'usage des écoles. Enfin, au stand du Bureau Présidentiel est présenté l'ouvrage "La Mort d'un Mythe: Le Point de Vue du Président Ahmadinedjad sur l'Holocauste". On peut aussi y trouver les "ouvrages" de Robert Faurisson, Roger Garaudy et Mark Weber.

Marc Knobel,

Le Huffington Post, 3 novembre 2014