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01 février 2017

Le décret anti-immigration de Trump suscite confusion et rage parmi les Iraniens



Pour les Iraniens partout dans le monde, la journée de samedi 28 janvier a commencé avec confusion et incompréhension et s’est terminée avec un grand sentiment de colère. 

Vendredi soir, l’heure de Paris, le nouveau président américain Donald Trump a signé un décret interdisant, pendant au moins 90 jours, l’entrée aux Etats-Unis de ressortissants de sept pays musulmans : Irak, Iran, Libye, Somalie, Soudan, Syrie et Yémen.

Ce texte a d’abord été interprété comme ne concernant que ceux détenant un visa de touriste ou de travail ou un visa d’étudiant. Mais tout au long de la journée de samedi, un document en ligne a été créé dans lequel les Iraniens ayant cherché à voler vers les États-Unis ont mis les informations concernant leurs expériences respectives. La confusion a grandi après que certains attestaient avoir été refoulés, soit avant de prendre leur vol, soit à leur arrivée aux différents aéroports américains, même s’ils étaient munis d’une carte de résident permanent (la Green Card).
Finalement, dans l’après-midi de samedi, le Département de la sécurité intérieure des États-Unis a annoncé que, selon le décret, le cas des citoyens de ces sept pays en possession d’une carte de résident permanent sera jugé un à un par les officiers de l’immigration, ajoutant ainsi à la confusion. Vers la fin de la journée, différents médias ont rapporté que les citoyens de ces sept pays, même en ayant une autre nationalité, ne pourraient pas demander un visa, ni entrer aux États-Unis s’ils en ont déjà un.

Déjà depuis janvier 2016, les Iraniens ayant par exemple une nationalité européenne ne pouvaient plus bénéficier du programme d’exemption de visa, en vigueur entre les Etats-Unis et l’Europe. Ainsi, ces binationaux ont également besoin de demander un visa au préalable aux ambassades américaines avant de voyager aux États-Unis, tout comme leurs compatriotes iraniens.

L’Iranienne Nazanin Zinouri, scientifique des données et vivant depuis sept ans aux Etats-Unis, a ainsi raconté son calvaire sur sa page Facebook. Ayant quitté la Californie, le 20 janvier, elle rendait visite à sa famille en Iran. Angoissée par les rumeurs sur le nouveau décret, la jeune iranienne a écourté son voyage et est retournée à Dubaï où elle devait embarquer dans un vol vers Washington. « J’ai été dans l’avion lorsque deux officiers sont montés et m’ont demandé de quitter l’avion, explique-t-elle sur sa page Facebook. Oui, après sept ans de vie aux Etats-Unis, j’ai été expulsée. Personne ne m’a mise en garde lorsque je m’apprêtais à partir en Iran. Personne ne s’est demandé ce qui allait arriver à mon travail et à ma vie ici. Ils ne le disent pas avec les mots mais par les actes : ma vie n’a pas d’importance. Ce que j’ai fait toutes ces années n’a pas d’importance. » Son post a été partagé 105 000 fois.

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Depuis la prise d’otages à l’ambassade américaine à Téhéran, en novembre 1979, quelques mois après la révolution islamique, Téhéran et Washington n’ont plus de relation diplomatique. Pourtant, les Iraniens constituent une grande diaspora aux Etats-Unis. Selon les estimations, presqu’un million d’Iraniens vivent aux Etats-Unis, notamment en Californie. Afin d’obtenir un visa américain, les Iraniens sont obligés de se rendre dans un pays tiers, notamment aux Émirats arabes unis, à Dubai, ou en Turquie, à Istanbul. Le consulat américain de cette ville turque a d’ores et déjà annoncé qu’il ne procédait plus au traitement de demandes de visa de la part des Iraniens.
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Blog Nouvelles d'Iran

Le Monde, 29 janvier 2017