Notre radio

Notre radio

31 janvier 2011

Un journal tunisien croit au "complot des requins du Mossad"


Heureusement que le ridicule ne tue pas.
On dirait que certains journalistes n'ont plus rien à écrire. Le quotidien arabophone Al Sabbah (Le matin) a repris le jeudi 9 décembre 2010, les derniers rebondissements des requins qui attaquent les nageurs sur la côte égyptienne de la Mer Rouge.
Les récentes attaques de requin contre des touristes ont déclenché une vague de spéculations dans les médias antisémites arabes quant à ce qui pourrait en être la cause, comme par exemple un complot israélien visant à nuire au tourisme égyptien (1).
Une septuagénaire allemande ainsi que deux touristes russes ont été tués par la "nouvelle arme du Mossad". Le gouverneur du Sud Sinaï, Mohamed Abdel Fadil Choucha est persuadé que le Mossad est derrière les attaques. Selon lui Mossad a mit au point des requins destinés à attaquer les nageurs sur certaines plages afin de porter des coups mortels au tourisme et à l’hôtellerie en Égypte !
Le quotidien tunisien reprend ce délire en estimant, lui aussi, que le Mossad aurait lâché des requins tueurs pour ruiner le tourisme en Égypte et affirme avec autant de sérieux qu’une enquête a été ouverte. Cette ridicule accusation a été reprise par des journalistes anti-juifs, qui sont apparemment hantés par le film « les dents de la mer ». Ce que je ne comprends pas par contre, c’est avec quels cerveaux ces journalistes pensent-ils ? Ils visent probablement le prochain prix Nobel de L’IMBÉCILLITÉ.
Y-a-t-il vraiment des gens assez idiots en Tunisie pour croire cela ? Pensez-vous vraiment que la population croit à ces délires dignes d’un moyen âge ? Les gens sont t-ils assez imbéciles pour gober de telles fumisteries ?
Selon eux "des experts israéliens se déguisent régulièrement en requin pour nager dans les eaux et faire fuir les touristes" .Il y en a qui n’ont vraiment honte de RIEN ! Comment répondre à de telles idioties, sinon par l’humour ?
Il faut dire qu’ils sont trop forts au Mossad, réussir à piloter des requins, il faut le faire ! C’est là qu’on voit que les Israéliens sont bien plus forts que les Arabes. Qu’attendent-ils ces derniers pour relever le défi ? Pourquoi ils ne prépareraient pas des chameaux pour voir lesquels sont les plus forts… ?

Avec ce genre de journalisme, on est dans la grande tradition du n’importe quoi !!! Tout y passe. Mensonges, propagande à deux sous, manipulation, haine et fanatisme. Israël est responsable de tous les maux. D’ailleurs ces journalistes n’ont aucune idée des faits, de cette histoire. Le seul problème est d’accuser Israël. Avec ces imbéciles, les nouvelles recrues juifs sont carrément déguisées en requins. On a aussi des agents déguisés en crocodiles dans les magasins de chaussures ...  et dire que la rue arabe a gobé ça !

Si ces journalistes haineux, stupides et incultes pensent réellement que le Mossad aurait recruté des requins histoire de nuire au tourisme, alors il faut avouer que ces requins savent faire la différence entre les touristes Israéliens et les autres, puisque sur ses mêmes plages il y a beaucoup de touristes Israéliens !
Dans le monde musulman on ne voit pas ou sont les intellectuels lucides, on ne voit que des complexés, des frustrés, des ratés, des laissés pour compte qui ont trouvé un refuge (l’islam) pour vilipender et déverser leur haine des juifs, des chrétiens et de tout ce qui n’est pas musulman. Même si les Arabes pensent que le Mossad est derrière l’attaque du requin, laissons-les croire !!! La prochaine attaque prévue par les agents sionistes risque de faire mal. Les agents du Mossad ont prouvé déjà qu’ils ont de bonnes dents !
Entre temps nos amis juifs peuvent se régaler : vous êtes des poissons !!!!!

Ftouh Souhail
Tunis


(1)  Mardi 7 décembre 2010 :
Egypte : le Mossad accusé d'avoir « lâché les requins » ! - par Ftouh Souhail

Nota de Jean Corcos :
Souhail Ftouh m'avait envoyé cet article avant la chute du régime de Ben Ali, à l'époque donc d'une censure implacable sur la presse tunisienne. Ceci dit, il ne faut pas non plus se bercer d'illusions quant à l'impartialité nouvelle des journaux locaux, dès lors qu'est évoqué Israël : plus de 60 ans de conflit et une farouche solidarité arabe et musulmane expliquent cette constante dans l'hostilité, démocratie ou pas. La liberté d'expression permettra-t-elle, à terme, d'exprimer un peu plus de nuances sur ces sujets ? Cela pourrait être un excellent thème d'émission !
 

L'offensive culturelle du Qatar

L'émirat, qui développe une ambitieuse politique de musées à Doha, fait de la France son partenaire préivilégié

Lundi soir, des dizaines d'invités se pressaient place de l'Étoile, à l'hôtel Landolfo Carcano, siège de l'ambassade du Qatar. Dans les salons en lambris dorés avec mosaïques au sol et fresques de nymphes alanguies, Son Excellence Mohamed al-Kuwari a décoré le dessinateur Jean Plantu et Amirouche Laïdi, président du club Averroes, du prix «Doha capitale culturelle arabe». Ce soir, l'ambassadeur décorera les poètes André Miquel, Bernard Noël et Adonis. De Jack Lang à Jean Daniel, en passant par Dominique Baudis, Edmonde Charles-Roux, Renaud Donnedieu de Vabres et Anne Roumanoff, un total de 66 personnalités françaises de la culture auront été décorées par le Qatar en 2010. Toutes sont reparties avec un chèque de 10.000 €.
Commande à Jean Nouvel pour un nouveau musée national à Doha, projet d'une chaîne satellitaire al-Jazira en français, rachat du catalogue Miramax (700 films dont Pulp Fiction et No Country for Old Men), ouverture d'une galerie d'art et d'une librairie au Royal Monceau… Jamais le Qatar n'a lancé un programme culturel aussi intense en dehors du monde arabe qu'en 2010. Doha veut «se distinguer des autres pays arabophones par une politique de la culture ouverte à la modernité», estimait Mohammed Arkoun, professeur émérite d'islamologie appliquée à la Sorbonne, récemment disparu.
Si la plupart des initiatives ont eu lieu en France à grand renfort de réceptions données à l'ambassade, au Pavillon Dauphine et chez Maxim's, c'est que «la France est le chef de file de la culture occidentale et, pour nous, Paris est la capitale de la culture européenne», explique le ministre de la Culture du Qatar, le docteur Hamad Bin Abdulaziz al-Kuwari. Ce week-end, l'émirat a lancé Oryx FM, une radio émettant en français 24 heures sur 24. Cet automne, la famille royale a aussi financé l'exposition Murakami.
Génération, 2010, de Khaled Takreti.(Khaled Takreti and the Ayyam Gallery/Mathaf)
Génération, 2010, de Khaled Takreti.(Khaled Takreti and the Ayyam Gallery/Mathaf)
«Il y a un an, un intermédiaire m'a fait savoir que la fille du cheikh, la princesse al-Mayassa bint Hamad bin Khalifa al-Thani, qui préside l'équivalent de la Réunion des musées nationaux (RMN), le Qatar Museum Authority, était intéressée par un mécénat, confie Jean-Jacques Aillagon, président du Domaine national de Versailles. La cheikha voulait financer un événement universel et avait été impressionnée par la visibilité de l'exposition Jeff Koons.» La collaboration s'est si bien passée que Jean-Jacques Aillagon se rendra à Doha en janvier 2011. «Mécénats, partenariats, accueil de jeunes Qatariens pour les former aux métiers d'art à Versailles… les Idées de collaborations ne manquent pas», explique-t-il. Nul doute que Dominique de Villepin, grand ami du couple royal et administrateur du Qatar Museum Authority, pourra apporter son aide.
Cette intense accélération de la diplomatie culturelle vient compléter les excellentes relations que le Qatar entretient avec la France, au niveau diplomatique, militaire, judiciaire, sportif et économique. Premier dirigeant arabe à être reçu par l'Élysée dès mai 2007, le cheikh est l'interlocuteur privilégié de la France au Moyen-Orient. Outre l'arrivée de HEC et d'une antenne de Saint-Cyr à Doha, les contrats en cours sont nombreux. Après l'ouverture du Royal Monceau cet automne, avec une luxueuse salle de cinéma de cent places, une galerie et une librairie d'art pointue, le Qatar, déjà propriétaire du Majestic et du Gray Albion à Cannes, inaugurera un quatrième palace, le Peninsula, à Paris en 2012.
D'ici là, on s'attend à trouver des capitaux qatariens pour financer la transformation de l'Hôtel de la Marine en hôtel, avec galeries d'art et salles de vente. Après le prix de l'Arc de Triomphe, le Qatar pourrait aussi racheter le club de foot de la capitale, le PSG, avant d'organiser la Coupe du monde de football en 2022. Cette politique s'explique aussi par la francophilie de l'élite qatarienne. Dans une région dominée par les Britanniques, c'est un point essentiel. «Plusieurs personnalités, dont Son Altesse le cheikh Jouan ben Hamad al-Thani, ont fait des études en France», souligne Monique Papon, présidente du groupe d'Amitié France-Qatar au Sénat. L'exemple vient de très haut. Le cheikh et la cheikha Mozah possèdent le splendide hôtel d'Évreux, place Vendôme, et une propriété au-dessus de Cannes.

Lena Lutaud
Le Figaro, 20 décembre 2010


30 janvier 2011

A propos de la tribune de Régis Debray et Stéphane Hessel, publiée dans le journal "Le Monde", par Gérard Akoun

Régis Debray et Stéphane Hessel ont publié, une tribune dans le "Monde",daté du 25 janvier, intitulée « une censure indigne », à propos du débat, auquel ils devaient participer, à l’École Normale Supérieure de la rue d’Ulm et dont la tenue a été interdite par sa directrice, Madame Canto Sperber. Cette interdiction a déjà fait couler beaucoup d’encre et des torrents d’indignation dans des milieux  pro palestiniens et  peu susceptibles de sympathie pour l’état d’Israël.

La lecture du "Monde" devrait permettre, aux lecteurs de ce journal, de connaître le témoignage que ces deux anciens normaliens auraient apporté sur la situation à Gaza, devant des étudiants qui ensuite en auraient débattu, pour ou contre, en toute liberté dans la grande tradition de l’École de Sartre et d’Aron. Inutile d’évoquer, dans le détail, l’apologie du Hamas à laquelle se livrent les deux auteurs à l’issue de leur voyage, ils en sont revenus remplis d’admiration,  mais on peut  s’étonner aussi de ce qu’ils n’ont pas voulu y voir - ce qui aurait sans doute obligé Stéphane Hessel à s’indigner -, comme la situation faite aux rares chrétiens qui y demeurent, l’application de la charia et le poids de tous les interdits qui pèsent sur les femmes, et sur des fillettes qu’on marie dés qu’elles ont douze ans. Mais là n’est pas  l’objet principal de ma critique. 

Il devait y avoir  débat, disent ils, mais y a t-il matière à débat quand à la tribune, tous ceux et celles qui vont s’exprimer, Leila Shahid, Elisabeth Guigou, Gisèle Halimi, Daniel Garrigue,  Michel Warschawsky et d’autres encore,  partagent les mêmes opinions ? Et pour seulement rendre compte d’un voyage à Gaza ? C’est  mentir que de l’affirmer,  les intervenants à la tribune étaient là pour soutenir les membres du collectif BDS qui font l’objet de poursuites judiciaires pour  avoir appeler au boycott d’Israël, non seulement  de ses produits alimentaires et industriels  mais aussi de ses artistes, de ses sportifs, de ses universitaires. BDS, ces trois  lettres signifient "Boycott, Désinvestissements, Sanctions". La loi en France interdit le boycott. Tous les orateurs l’ont justifié, place du Panthéon, où les organisateurs s’étaient repliés, après l’interdiction qui leur a été signifiée  de se réunir  rue d’Ulm. 
C’est pour eux,  pensent ils, la meilleure manière de soutenir le peuple palestinien, jusqu’à ce que, c’est dans le texte signé par Hessel et Debray, je cite « finissent par s’imposer les énoncés du droit international, à savoir les résolutions des Nations unies et les conventions de Genève ». C’est à dire, il faut appeler un chat, un chat  qu’Israël soit obligé, par exemple, d’accepter le retour sur son territoire, ramené aux frontières de 1967, de 5 millions de Palestiniens, ce que les Palestiniens qui réfléchissent avec plus de sérieux savent inacceptable pour les Israéliens sauf à se suicider .                                                            
N’a t-on pas entendu Edwy Pléynel, le directeur de Média part, qui fait campagne pour le boycott,  inscrire au passif  d’Israël tous les malheurs du monde,  en déclarant au cours de l’émission de Frédéric Taddei, mardi soir sur FR3, je cite : « il y a au cœur du  monde, un cancer qui mine le monde, qui est le refus des droits légitimes du peuple palestinien ».                                                                                                                    

Contrairement à la version que veulent en donner Stéphane Hessel et Régis Debray, la réunion organisée par le collectif BDS  n’avait pas l’intention de  susciter un échange d’idées positif, mais un appel au renforcement de la campagne de boycott de l’État d’Israël.
Il est légitime, en écoutant les partisans du boycott, de douter de leur désir de voir deux états l’un israélien, l’autre palestinien coexister en paix, cette paix qui ne pourra être que le fruit d’un compromis, qui ne satisfera complètement aucun des deux belligérants, mais que les peuples, au delà des discours extrémistes, attendent impatiemment.                          
                                                                                           
Gérard Akoun      
Judaïques FM, le 27 janvier 2011

29 janvier 2011

Révolution en Egypte : quelques réflexions, à chaud ...



Alors que les foules continuent de défier tous les couvre-feux ; alors que les dizaines de tués ont dressé, en quelques jours seulement, un mur de haine et de sang entre le pouvoir et - semble-t-il - une large majorité de la population ; et alors que, malgré la dissolution du gouvernement et la nomination d'un vice-président - le chef des services secrets Omar Souleiman, déjà de facto le numéro deux du régime -, il semble bien que nous vivions un nouveau bouleversement dans le monde arabe, après la chute de Ben Ali ; il me parait indispensable de dire à chaud ce que j'en pense, avant, bien sûr, de revenir sur tout cela dans une prochaine émission de ma série !

Dans le "Haaretz" - lire en lien -, Avi Issacharoff, un des observateurs les plus fins du journal pour la scène palestinienne et des pays voisins, note les similitudes entre les deux révolutions, tunisienne et égyptienne : "Une dictature, un même dirigeant pendant plus de trente ans, un système gouvernemental corrompu, une économie brisée, des millions de personnes vivant dans une pauvreté humiliante, et voici que toute une génération demande le changement : jeune, éduquée, non affiliée à l'idéologie des Frères Musulmans mais plutôt à la culture occidentale ...".
Comment ne pas sympathiser, dès alors, avec cette nouvelle révolution ? Comme ne pas espérer, pour l’Égypte aussi, l'avènement d'une démocratie ? Mais comment, aussi, ne pas éprouver aussi une inquiétude légitime, en songeant au contexte à la fois de politique interne et de géopolitique régionale ?

1. La Paix avec Israël risque d'être remise en question par les successeurs de Moubarak, ne serait-ce que pour satisfaire les "Frères Musulmans" qui, s'ils ne tirent pas directement les ficelles du soulèvement, seront sûrement tentés de prendre le train en marche si la révolution réussit - lire sur "Le Figaro" ce rappel des relations ambigües du régime avec les Islamistes, dont le "retrait" politique a été acheté, depuis au moins quinze ans, par une main mise de plus en plus lourde sur la société civile. On risque d'avoir, non pas une guerre franche et immédiate, mais par exemple un gel total des relations, avec des gestes dangereux vis à vis des "Frères" de Gaza, en permettant par exemple ouvertement l'afflux d'armes : et il n'est pas anodin que Rafah, à la frontière du "Califat" du Hamas, ait été le théâtre d'affrontements violents avec la police !

2. Alors que les manifestants ne semblent pas mettre en première ligne les relations avec Israël, il ne faut pas oublier que la Paix, vieille déjà de 31 ans, a été le fait de deux militaires, Anouar el-Sadate, puis Hosni Moubarak après l'assassinat du premier : elle s'est faite contre la gauche nassérienne et la mouvance "nationaliste arabe" au pouvoir pendant les années 50 et 60. Cette opposition, ceux qui soutiennent Mohamed El-Baradei évoqué hier, et bien entendu les Frères Musulmans, tous se retrouvent dans la haine d'Israël et des États-Unis.

3. Enfin, si on fait le panorama de l'ensemble du monde arabe, force est de constater que si la liberté y est presque partout absente - les États étant dominés soit par des monarques, soit par des présidents à vie ou des islamistes -, on observe étrangement que c'est dans deux pays pro-occidentaux que la révolution vient de se produire : la Tunisie et l'Egypte. Sans donner dans les théories du complot ou dans la paranoïa, on observe que pour le moment les populations sont tenues d'une main de fer par les régimes algérien, lybien, syrien ... Si on refuse d'y voir une main extérieure, force est alors de penser que les populations sont encore mieux encagées dans ces pays-là  - et cela, sans parler de la République Islamique d'Iran, qui se réjouit ouvertement de la chute probable de Moubarak !

J.C
 

28 janvier 2011

El-Baradeï, le retour ?


Le Cox du jour
- mai 2007

 Introduction
Je n'ai pas pour habitude de re-publier des articles anciens du blog ... mais, actualité oblige, il m'a semblé nécessaire d'évoquer rapidement le personnage de Mohamed El-Baradei : c'est qu'un vent révolutionnaire souffle maintenant sur l’Égypte, une grande partie de la population, dopée par l'exemple tunisien, voulant en finir avec trente ans de dictature de Moubarak. La succession n'ayant été, au Caire comme à Tunis, quasiment pas préparée, un "homme providentiel" peut essayer de tirer son épingle du jeu, et cet homme est justement l'ancien directeur du Figaro. Je vous invite à lire cet article du Figaro en lien pour mieux découvrir qui il est, et surtout comment il se prépare depuis un moment à une prise de pouvoir - malheureusement avec le soutien des "Frères Musulmans", ce qui est inquiétant. Mais inquiétante, aussi, a été son attitude face à la course nucléaire de l'Iran, et je voudrais justement le rappeler en reprenant cet article vieux de presque quatre ans déjà !
J.C

Pour ce quatrième hommage au caricaturiste américain, j'ai décidé de vous parler de Mohamed El-Baradeï, le Directeur Général de l'Agence Internationale de l'Agence Internationale de l’Énergie Atomique (A.I.E.A). Ce diplomate égyptien titulaire d'un poste plus que sensible en ces années de crise ouverte avec l'Iran pose en effet, par son comportement, des questions bien troublantes.

Dans son livre "L'Iran, la bombe et la démission des nations" (Éditions Autrement), Thérèse Delpech qui a été mon invitée il y a quelques semaines rappelle un certain nombre de faits peu glorieux pour l'institution internationale chargée, normalement, de veiller à la non-prolifération nucléaire : le fait que c'est l'opposition iranienne en exil qui ait révélé le programme secret des Mollahs en 2002, et non l'Agence ; le fait que son Directeur Général ait traîné les pieds pendant des mois pour ce rendre en Iran et commander des inspections, qui pourtant ont confirmé les alarmes ; les nombreuses réunions du Conseil des Gouverneurs de l' A.I.E.A où, sous l'influence du Directeur Général, la saisine du Conseil de Sécurité de l'ONU a été retardée pendant plusieurs années ...

Or voici que, il y a quelques jours, Mohamed El-Baradeï a fait des déclarations surprenantes : depuis 2003, il avait expliqué qu'il "était urgent d'attendre" ; aujourd'hui, il pense que l'Iran a accompli des pas décisifs vers la maîtrise de l'enrichissement de l'uranium, donc - sous-entendu - que les sanctions de la communauté internationale sont devenus inutiles ! Je vous invite à vous reporter aux derniers articles du site "iran-resist" en lien permanent sur le blog : je ne suis pas forcément d'accord avec toutes les analyses qui y sont développées, et peut-être aurais-je l'occasion d'en rediscuter avec son principal animateur, Kavéh Mohseni, qui a déjà été plusieurs fois mon invité ; mais je partage son appréciation à propos d'El-Baradeï, qui se comporte, pour des raisons à approfondir (rancœur d'un Égyptien contre Israël dont il ne pardonne la puissance régionale ? Souhait inavouée d'une "bombe islamique" pour damner le pion aux Occidentaux ?), vraiment en "complice des Mollahs".

J.C

27 janvier 2011

"Débenaliser le système : était-ce un rêve ou une réalité ?" 3/3 par Chaimae Bouazzaoui


Internet en colère

Le ridicule ne tue pas, Moez Souabni  président de l’ATIM (Association tunisienne de l’internet et multimédia) a affirmé sur les ondes de Radio Express, il n y a pas longtemps, que la question du "404 not found" est un faux débat. Personne n’est dupe aujourd’hui sur le problème de la censure d’Internet, ceci est connu de tout le monde en Tunisie, alors qu’il ne l'a évoqué à aucun moment, il a même dit que la compagne contre « ammar 404 » n’a pas à avoir lieu. Suite à sa performance au micro de "Express FM", une avalanche de commentaires a été déclenchée , exprimant "dégout", "mépris" et "indignation" à propos ce "respectable" Monsieur Moez Souabni qui a enchainé des déclarations telles que « le 404 est un vrai faux problème » ; il a même trouvé l’audace et le cynisme de déclarer que seuls les USA étaient capables de faire la censure, alors qu’on ferme le robinet même depuis la Tunisie !!!
Malgré la censure qu’a connue le monde virtuel, les internautes tunisiens et étrangers, audacieux et curieux, n’ont pas cessé de faire des recherches sur le net pour découvrir des vérités que certains médias ont plutôt cachées.
Les chiffres sautent aux yeux : 1000% est le chiffre qu’avance l’outil Google "Insight For Search" concernant l’ensemble des recherches relatives au mot clé "Sidi Bouzid". Le Web est alimenté quotidiennement par les portables munis des caméras des internautes de la Tunisie et d’ailleurs, qui s’improvisent journalistes reporters d’images. Ce chiffre dont 400 % pour le mot clé "Sidi Bouzid", 300% pour "Sidi Bouzid Tunisie » et 300% pour le terme سيدي بوزيد (Sidi Bouzid écrit en arabe) montre clairement que Tunisiens et Tunisiennes sont intéressés par leur patrie.
Or, quant à Facebook, dans ces moments-là de crise, on a constaté de nombreux cas de piratage et hameçonnage sur Facebook, faits non seulement par des hackers mais aussi par la censure. Cela n’a pas empêché Facebook d’accomplir sa mission comme il faut. Un compte est piraté, des dizaines de retrouvés.
Aussi son avènement a servi à mal le contrôle de l’information en Tunisie et ailleurs et offert même l’opportunité à Ben Ali d’être le premier Président chassé  par ce réseau social.

Avocats en perspective

Si Louis XII savait que la roue tourne et que l’avocat serait humilié un jour, il n’aurait pas dit "si je n’étais pas le Roi de la France, j’aurai aimé être avocat", mais s’il avait assisté à la mobilisation de solidarité des avocats tunisiens au palais de justice, il aurait redit sa phrase et dit "chapeau" depuis sa tombe.
En Tunisie, il y a environ 8 000 avocats, dont plusieurs ont été violentés et emprisonnés. Dans ce cadre, le professeur Chokri Belaid, a affirmé, lors de sa rencontre avec le journal international "Al Hodhod" que les avocats tunisiens rencontrent des problèmes qu’aucun avocat dans les quatre points cardinaux du monde n’a rencontrés, sauf en Pakistan. Il a ajouté que les membres du RCD se sont réunis et ont invité tous les avocats membres à déjouer la grève. Or, grand nombre d’avocats ont fait grève, à l’appel du conseil de l’ordre, le 6 janvier, pour protester contre les traitements exécrables dont ils étaient l’objet de la part de la police, au moment où d’autres sont restés chez eux et faisant partie, bien évidemment, du parti. Ce professeur a été arrêté le 28 du mois dernier suite à sa participation aux premières manifestations pour soutenir les habitants de Sidi Bouzid.
Dans ce contexte, le Docteur Haytham Manaa, porte parole de la commission arabe des droits de l’Homme, a souligné, avant le départ de Ben Ali, que la Tunisie ne serait plus celle d’hier. Il a affirmé que le Président déchu a voulu être le Bourguiba de 1984 (soit l’Intifada du pain). Or, il a totalement échoué.

Flash back sur les faits : le début de la fin

Le jeune homme Mohammed Bouzizi s’était fait confisquer sa marchandise de fruits et de légumes à Sidi Bouzid (265 km au sud de Tunis), une région rurale enclavée, et s’est immolé alors par le feu. Ce fut une manière de protester contre la violence dont il a été objet de la part de la policière qui l’a giflé agressivement. 5 000 personnes ont assisté aux funérailles de ce jeune homme qui a connu sa fin tragique mardi 3 janvier.
C’est là que l’histoire a commencé, les jeunes dénonçaient la pénurie d’emplois, les familles dénonçaient la pauvreté, et tout le peuple s’est tenu prêt à lutter contre la dictature, un défi auquel Tunisiens et Tunisiennes devaient faire face à tout prix. Le réveil tunisien a frappé à la porte du destin, les étudiants de l’Institut de presse et des sciences de l’information, à l’instar des étudiants des autres institutions d’enseignement, ont interagi avec l’évènement, et ce, lors de la reprise des études, le 3ème jour de ce mois. Passer les examens finals, juste après les vacances d’hiver, est un rituel dans la plupart des universités, instituts et écoles supérieures. Cependant cette coïncidence avec  l’actualité brulante en ces jours-ci n’a pas empêché les étudiants de l’Institut de presse et des sciences de l’information d’exprimer leur soutien à Mohammed Bouazizi et de condamner l’insensibilité de certains médias vis-à-vis ce jeune homme qui s’est immolé par le feu. Ils se sont organisés, par ailleurs, et formé par un groupe d’étudiants de différents niveaux, l’expression : « information libre » (en arabe).
Les émeutes ont éclaté un peu partout dans la République tunisienne. D’abord dans les villes déshéritées du centre du pays, au sud pour englober les villes côtières et la capitale. Le Président a promis qu’il ne se présenterait pas en 2014 aux élections. No way : "Game over".
La leçon cardinale se cristallise autour d’une logique inévitable : quand un régime s’enferme sur lui-même et devient outrancièrement méprisant à l’égard des critiques qui lui sont adressées, quand il se coupe, surtout, des réalités nationales profondes et se jette dans des utopies, la rue finit toujours par prendre le dessus et le pouvoir est fragilisé…  
Excédée par 23 ans de dictature, la rue s’est soulevée pour faire face et finir par chasser le « respectable » Monsieur Ben Ali le 14 janvier 2011, une date que personne dans le monde arabe, au moins, ne doit oublier. Chapeau Monsieur le Peuple tunisien ! Bien joué !
Mais il reste encore, pour une panoplie multifactorielle, à faire...
Affaire à suivre

Chaimae Bouazzaoui
Tunis

25 janvier 2011

"Débenaliser le système : était-ce un rêve ou une réalité ?" 2/3 par Chaimae Bouazzaoui


Blocage médiatique

Certains périodiques, notamment les journaux, dits « indépendants », en ont parlé mais légèrement, QUATRE jours après la parution d’un communiqué du gouvernement, sans décortiquer davantage les détails. Même si les violences ont augmenté d’une façon inédite - entre les manifestants de Sidi Bouzid et des villes voisines et la police -, d’autres médias, eux, ont continué d’omettre les faits.

Il faut avouer tout de même que les médias regorgent indéniablement de compétences et de journalistes talentueux. Or, les instructions, que petits et grands entendent partout ont tué l’esprit journalistique, proprement dit critique, et ont déformé par conséquent le paysage médiatique, et ce, après avoir opéré un blocage médiatique total.

Dans un climat d’une obscurité claire, où la liberté de presse a été noircie, "le Renouveau" (je respecte toutefois MM. Bouziane et BenAchour et Mme Souissi), et "Al-Horiya", journaux du parti du "Rassemblement Constitutionnel Démocratique" (RCD), "la Presse" et "Assahafa", journaux gouvernementaux, n’ont évoqué aucune information à propos de ce qui se passait à Sidi Bouzid, bien que des témoins et des syndicalistes aient affirmé sur Al-Jazeera.net  que les violences continuaient. Ces périodiques ont consacré leurs « Une » à la «valorisation » des décisions du président déchu, à des éloges exagérés, et à la création de nouveaux projets au Kef (nord-ouest du pays) qui regorge de chômeurs.
Dans ce contexte, les journaux de l’opposition ont été retirés des différents kiosques parce qu’ils ont déclaré des vérités sur les événements de Sidi Bouzid, ce qui a exaspéré l’opinion.
Aussi, Naji Baghouri, ex- Président du syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT) a critiqué le "camouflage" que connait le paysage médiatique dans le pays et déclaré sur Al-Jazeera.net que "le lecteur tunisien n’a confiance ni en certains médias ni en leur langue de bois".
"Assabah" a, par contre, publié, suite à l’évènement, une enquête sur Sidi Bouzid, intitulée "représentants de la société civile et partis analysent la crise". Toutefois, le périodique n’a pas fait état des manifestations et des violences qui ont eu lieu à Sidi Bouzid et dans les villes voisines. Son enquête a compris également des critiques de Raouf Naciri, "RCDiste" bien entendu, président de la filiale de la Ligue des droits de l’Homme à Sidi Bouzid, sur les partis radicaux, les accusant d’exploiter les faits de Sidi Bouzid, pour des fins politiques. Dans le même article,  Touhami Hani, secrétaire général de l’Union régionale de travail, a annoncé la libération de toutes les personnes arrêtées dans toutes les régions. Or, les membres de la Commission du soutien des habitants de Sidi Bouzid ont affirmé, sur Al-Jazeera.net, que c’était tout à fait le contraire.
Le quotidien  Assarih a publié, quant à lui, un article intitulé : "Sidi Bouzid ... des témoins se confient à  Assarih" et où il a incité responsables et administratifs à écouter le citoyen tout en suivant les instructions de l’ex-président.
Ach-chourouk a publié, de sa part, un dossier sur Sidi Bouzid, et c’est le seul quotidien qui a mis l’accent sur les faits de Menzel Bouziane, El Meknessi et Rek’ab mais avec concision. Nombre de syndicalistes et d’hommes politiques, ont souligné, dans ce quotidien, que les problèmes de développement tels que la marginalisation et le chômage étaient la raison majeure de ce qui s’est passé à Sidi Bouzid, ajoutant que les décisions présidentielles, notamment la création de nouveaux projets dans la région, constituaient "le meilleur remède" pour ladite crise.

Cependant, les journaux des partis d’opposition radicale, ont considéré les décisions du gouvernement comme des fausses solutions ayant pour fin de passer sous silence les faits de Sidi Bouzid.
Rachid Khachana, chef de rédaction de l’hebdomadaire "Al-Maouk’if" , journal du parti démocrate progressiste, a souligné, sur Al-Jazeera.net, que le numéro 572, paru le 24 décembre dernier, a été retiré des kiosques, ce fut le cas pour "Attariq Al Jadid", ce qui a poussé TV 7, aujourd’hui rebaptisée la télévision tunisienne nationale, à déclencher une guerre médiatique, attaquant des chaines satellitaires, notamment Al-Jazeera.
Quant à l’Agence Tunis Afrique Presse (TAP), source officielle d’informations dans le pays à l’instar des agences de presse des autres pays du monde, dite privée pour seulement 3% d’actions, elle s’est contentée de publier sur son site le 28 décembre 2010 - après le déclenchement des faits -, le premier discours du Président, suite aux évènements de Sidi Bouzid, dans lequel, il a critiqué les chaines satellitaires "ennemies" qui diffusent "des mensonges" et des  "fausses évidences", alors qu’il n’a fait en réalité que pousser, inconsciemment, les gens à suivre les émissions sur ces chaines, notamment Al-Jazeera. Il a ajouté, lors de son discours aux effets soporifiques construit autour de ces "ennemis de l’intérieur et de l’extérieur", qui "jalousent les acquis et la stabilité de la Tunisie", qu’il comprend la situation des chômeurs, affirmant qu’il n’y a pas une crise de chômage en Tunisie et que tous les pays du monde connaissent le problème du chômage. Pourquoi dire qu’il n’y a pas de crise de chômage, alors que plus de 250 000 de diplômés en chômage ne peuvent pas exprimer leur droits? Pourquoi prendre le peuple pour un jeu ? Mais heureusement, tel est pris qui croyait prendre.

A noter que le Président déchu, qui fut également Président du parti dominant, soit le Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD), a souvent opéré des changements que ce soit au niveau des P.D.G OU au niveau ministériel. Pire encore, il distribue les rôles à tort et à travers. Pour lui les "ersatz", avec le respect de certains responsables, ne manquent pas… on entendait parler de Samir Laabidi, ex-ministre de la jeunesse et des sports, qui devint inexorablement voire inexplicablement ministre de la communication, on entendait aussi parler de la nomination de Chaouki Aloui, ex PDG de la radio tunisienne, PDG de l’Établissement de la télévision tunisienne, et les exemples sont multiples…

Aujourd’hui les évènements de Sidi Bouzid et la fronde populaire qu’ils ont provoqué, leur médiatisation par les relais inégalés comme Facebook et des chaines satellitaires comme Al Jazeera, sont autant d’indicateurs patents qui montrent que même si des changements sont opérés, le discours officiel, qualifié de "classique" et ressassé par les médias et les hommes du pouvoir, n’est plus audible…

Chaimae Bouazzaoui
Tunis 

24 janvier 2011

"Débenaliser le système : était-ce un rêve ou une réalité ?" 1/3 par Chaimae Bouazzaoui

Leila Ben Ali-Trabelsi,
épouse du Président tunisien déchu

Introduction :
C'est un document exceptionnel que je publie sur ce blog. Un long texte, qui sera découpé en trois articles et que m'a envoyé une jeune Marocaine, que les hasards de sa formation ont conduit à vivre la chute de Ben Ali. Chaimae Bouazzaoui est une apprentie journaliste, originaire de Meknès. Elle a passé des stages dans différentes institutions médiatiques en Tunisie et au Maroc, et a étudié ces derniers mois à Tunis au sein de "l'Institut de presse et des sciences de l'information". Elle apporte sur les évènements extraordinaires que nous venons de vivre, à la fois le regard neuf et objectif d'une étrangère au pays, la fraicheur de l'indignation et, déjà, un professionnalisme certain, puisqu'elle a suivi comment cette révolution s'est faite, malgré le "blocage médiatique" des officiels : bonne lecture ! 
J.C
          

Débenaliser « ensemble relevons les défis », fut-ce temps ? Et oui, la Tunisie a connu enfin le vrai changement inéluctable après 23 ans de règne.
La République vit des moments historiques : 1800 prisonniers, nombre de personnes ayant commis - seulement - des petits délits, ont été graciés. Un gouvernement durant moins de 24 heures … un record de trois présidents en une journée… est-ce un rêve ou une réalité ?
On est passé d’une effervescence virtuelle, "Facebookienne" du genre, à une agitation sur terrain, conduisant à une évanescence surprenante de la dictature. L’avenue Bourguiba a rendu la monnaie de la pièce à Ben Ali en 1987, Ben Ali a fait un coup d’État à Bourguiba. En 2011, alors que la roue a tourné, l’avenue Bourguiba a rendu un coup d’État fétiche à ce président déchu.

Zi-nabab-bedaine et les quarante Trabelsi

La révolution de « Jasmin », euphémisme que certains ont choisi d’utiliser sans s’en rendre compte, a indubitablement dévoilé la face exécrable du fameux "fabricant du changement", soit le Président déchu Zine El-Abidine Ben Ali, connu pour son slogan "ensemble relevons les défis !".
En effet, Ben Ali, Leila Trabelsi et leur clan ont volé 12 milliards d’euro au peuple tunisien, a-t-on appris d’une chaine télévisée française, et investi en France, à Dubaï, en Argentine, au Canada et dans d’autres pays, ce qui dépasse le budget de l’état tunisien, soit environ 14 milliards de dinars tunisiens. Un esprit sensible ne convient pas à qui porte épée… il a bien compris ! Il a tout compris !
Aujourd’hui en Tunisie, rares sont les humoristes capables de nous faire rire jusqu’aux larmes autant que Leila Trabelsi lors de ses performances aux différentes réunions qu’elle a présidées, c’est pourquoi nous l’encourageons vivement à monter un spectacle de qualité, si elle revient un jour, dans lequel, accompagnée de sa troupe si elle le souhaite, elle pourrait traiter des sujets légers et amusants tels que : "escroquerie et fraude : quel horizon ?" ;  "Cleptodame professionnelle : est-ce inné ou acquis ?" ; "Quand l’amour de la famille se transforme en talent de condensation de fortunes" ; "La stratégie de la prochaine fraude électorale"… et encore d’autre. C’est vrai, il faut avouer, que Ben Ali, réélu il y a un an à l’issue d’un pseudo-scrutin présidentiel sans prendre le moindre risque, a promis de céder la place, enfin à sa femme bien entendu, en 2014, mais le peuple tunisien en avait marre et l’a chassé le 14 janvier sans prendre le moindre risque de passer encore 20 autres années ou plus avec des éléments "benalisés" !
Pourquoi faire rêver le peuple avec cette logomachie constituée des "réalisations accomplies", des "acquis réalisés" ? Des "miracles", inspirés du chiffre 7 (novembre), et qui font de ce pays "un modèle de réussite", pourtant agrémenté d’une avalanche de chiffres souvent invérifiables ? Cela ne semble plus émouvoir personne dans une république qualifiée de royale ...
Pourquoi est-ce que le Président ne pouvait pas prononcer un discours en dialecte tunisien, dans lequel il pouvait absorber le mécontentement du peuple tunisien ? Pourquoi n’a-t-il pas pu exprimer son point de vue personnel à propos des événements de Sidi Bouzid et ensuite proposer des solutions à mettre en œuvre immédiatement comme le faisait M. Bourguiba ? - se demandaient nombre de journalistes au début des émeutes.
Nombre d’entre nous se demandait aussi si le pouvoir disposait encore d’assez de ressources, d’intelligences et de capacité d’écoute et de discernement pour pouvoir se ressaisir. Après des réflexions, le résultat était : rien ...
On a effectivement écouté Ben Ali prononcer ses derniers discours "inaudibles" à travers le petit écran, en dialecte tunisien, parler de l’affaire de Sidi Bouzid, mais c’était trop tard, le fameux dicton "jamais trop tard pour bien faire", n’est plus valable dans un pareil contexte, lui et son clan ont volé des millions et des millions de dinars au peuple tunisien, ont assombri les médias, les libertés de presse et d’opinion,  ont écrasé les droits de l’homme, qu’attendons-nous de plus ? Les "cartouches"… Juste après avoir fait une avalanche de promesses, il s’est enfui à destination de plusieurs pays.
Mais non, il ne faut surtout pas exagérer ! 300 000 emplois, l’une des promesses qu’il a faites, ont été créés, justement après son départ ; comprendre : 300 000 habitants et même plus ont pris leurs postes, pas loin de chez eux,  de gardiens et de gardiennes pour faire face aux milices qui veulent bruler le pays, voler et violer à tout prix.
Pourquoi, à chaque crise, charge-t-on le ministère de l’intérieur de résoudre le problème avec  violence ? Pourquoi les Tunisiens n’avaient-ils pas le droit d’organiser des manifestations? Pourquoi les médias n’en parlaient pas ?

Chaimae Bouazzaoui
Tunis

22 janvier 2011

Juifs et Musulmans : des pistes pour le dialogue. Stéphane Amar sera mon invité le 30 janvier

Le journaliste Stéphane Amar

Nous allons poursuivre dimanche prochain l'entretien que nous avions commencé avec Stéphane Amar lors de la précédente émission. Nous parlerons donc à nouveau de son ouvrage intitulé "Les meilleurs ennemis du monde" (Editions Denoël), et comme je l'ai déjà dit ce livre est vraiment une bouffée d'oxygène pour ceux qui désespèrent d'une paix entre Israéliens et Palestiniens. La dernière fois, nous avons surtout parlé des relations entre Juifs et Arabes en Israël, entre Israéliens et Palestiniens, hier à Gaza, aujourd'hui à Jérusalem ou en Cisjordanie ;  et nous allons élargir la réflexion en parlant aussi des relations entre Juifs et Musulmans en dehors de la Terre Sainte, et en voyant des exemples de dialogues absolument surprenants, qu'ils soient menés sur un plan religieux ou autre.
Parmi les questions que je poserai à Stéphane Amar :
- Israël vient de vivre des moments tragiques avec le terrible incendie sur le mont Carmel qui a révélé aussi, hélas, la terrible impréparation du pays face à de tels évènements. Or en examinant les réactions d'amis israéliens, j'ai été frappé d'entendre deux types de discours très différents : d'une part, certains ont souligné que plusieurs pays musulmans voisins avaient envoyé de l'aide pour combattre l'incendie ; par contre, beaucoup d'autres ont tout de suite montré du doigt les Arabes du pays en disant que c'était un méga-attentat, et le fait est qu'il y a eu des départs de feu criminels aux environs de Jérusalem, même s'ils ont été rapidement traités : quelle est l'opinion dominante suite à ce drame ?
- Un des chapitres les plus surprenants du livre est celui consacré au Rabbin Frouman : ce Rabbin est assez incroyable, ce n'est pas un libéral gauchisant venu d'un pays Occidental, il est même tout à fait orthodoxe et en plus, il vit à Tekoa dans une implantation de Judée : et pourtant, il a eu plusieurs rencontres avec des dirigeants du Hamas, il a même rencontré le Cheikh Yassine à Gaza en 1997, alors qu'il venait d'être libéré par Israël : dans quelles circonstances ont eu lieu ces contacts ? Et que signifient ces échanges, alors que les dirigeants islamistes de Gaza rappellent sans arrêt leur souhait de détruire Israël, tandis que Frouman lui-même présente les implantations non pas comme un obstacle à la Paix, mais plutôt comme un atout, et n'est pas du tout en faveur d'un état palestinien ?
- Qui, au niveau du Rabbinat, soutient le dialogue interreligieux en Israël et dans le Monde ? En France ou aux Etats-Unis, on a l'impression que ce sont plutôt les Libéraux qui sont en pointe dans cette démarche, et les Orthodoxes plutôt contre. Comment se prononcent à ce sujet les partis politiques religieux, on a l'impression que les Sionistes partisans "du Grand Israël" ou les Séfarades du Shass ou les Ashkénazes sont tout à fait hostiles ?
- Le livre consacre un long chapitre au Cheikh Abd Ul Hadi Palazzi, qui dirige l'Institut Islamique de Rome. Alors c'est un personnage tout à fait étonnant, car il s'est fait le porte-parole d'un "sionisme musulman", ce qui semble tout à fait loufoque alors même que le Coran est quotidiennement invoqué dans le "Jihad" contre Israël, et cela dans les propagandes du Hezbollah libanais, du Hamas palestinien, d'Al-Qaïda et même de tous les partis politiques arabes de tendance salafiste. Qui est-il d'abord ? Quelle est son audience réelle, j'avais l'impression qu' il n'était pas du tout représentatif ? Mais surtout sur quoi repose son argumentation ?
- Votre ouvrage livre évoque aussi des personnages historiques, comme Haïm Weizmann grande figure du mouvement sioniste au moment de la déclaration  Balfour, et Fayçal Ibn Hussein le chef du Mouvement national arabe, qui devait chasser les Ottomans de la région et devenir le premier Roi de Transjordanie : ils ont signé un accord incroyable en 1919, prévoyant le partage de la Palestine de l'époque en deux états, juif et arabe ... et pourtant, presque un siècle après, rien n'est encore réglé. Alors pourquoi ? Pourquoi si vite, dans les années 20 et 30, le nationalisme arabe va-t-il s'opposer si violemment au Sionisme - même s' il y a eu des intellectuels palestiniens, syriens, libanais favorables à un accord ?

J'espère que vous serez nombreux à suivre la deuxième partie de cet entretien passionnant !

J.C

21 janvier 2011

La bataille du temps : La Mecque contre Greenwich


Le projet d'horloge géante de La Mecque
(source : site http://www.minutebuzz.com/)

Depuis plus d'un siècle, il dicte l'heure qui nous mène inexorablement au bout de la journée. Le Greenwich Mean Time, ou GMT, l'heure universelle, est l'une des dernières fiertés des Britanniques et l'envie d'autres. Grâce au méridien de Greenwich de longitude zéro, matérialisé par un rail de cuivre traversant la cour de l'Old Royal Observatory de Londres, les sujets de Sa Majesté se considèrent comme le peuple de l'heure. C'est l'un des derniers lambeaux de la grandeur impériale passée.
Depuis le 12 août, le GMT doit faire face à un concurrent de poids, l'Arabian Standard Time, symbolisé par la géante horloge construite à La Mecque. Pour donner l'heure "musulmane" à 1,5 milliard de fidèles de par le monde, les autorités saoudiennes n'ont pas lésiné sur la dépense. L'horloge à quatre cadrans de 46 mètres de diamètre lacérés d'or couronne une tour de 609 mètres, la deuxième plus haute au monde après le Burj Khaila de Dubaï (828 mètres). En comparaison avec ses 96 mètres et ses cadrans d'un diamètre six fois plus petit, le célèbre Big Ben fait bien piètre figure.
L'édifice est doté de tous les atours, comme l'attestent les deux millions d'ampoules électriques éclairant l'inscription "au nom d'Allah", présente sur chaque cadran de l'horloge. Pour appeler les fidèles à prier, 21 000 luminaires verts et blancs décorant le sommet de la tour et visibles à 30 km à la ronde s'illumineront cinq fois par jour.
Emprise britannique
Pour ses promoteurs, La Mecque, et non Greenwich, est le vrai centre de l'univers. Aux yeux de l'Arabie saoudite, le développement du temps moyen islamique doit casser l'un des derniers vestiges de l'emprise coloniale et chrétienne de l'ancienne puissance tutélaire. D'après les experts de la charia, le premier lieu saint de l'islam a l'avantage sur Londres d'offrir le parfait alignement avec le pôle Nord, ce que contestent les scientifiques occidentaux.
L'enjeu est d'importance. La Mecque a trois heures d'avance sur le GMT. Et le méridien de Greenwich est aujourd'hui l'une des grandes attractions touristiques de la capitale britannique. Malgré ce défi, la direction de l'Observatoire londonien reste confiante. Après tout, le GMT a résisté avec succès à de multiples tentatives de putsch, en particulier de la part de la France. La création, en 1667, du méridien de Paris devait concurrencer l'emprise britannique. Lors de la conférence de Washington de 1884, qui avait adopté l'heure de référence de Greenwich, la France s'était d'ailleurs abstenue. Vexé que le méridien de Paris n'ait pas été retenu comme base zéro, l'Hexagone boudera le GMT jusqu'en 1911 au profit de l'heure d'Angers, situé à l'exacte longitude de Greenwich. Le dispositif a survécu à l'avènement, en 1972, du temps universel coordonné (UTC).
Surtout, le GMT garde sa certitude de détenir sur sa concurrente saoudienne un atout implacable. Outre-Manche, l'heure, c'est l'heure. La ponctualité est une religion.

"Le Monde", 
12 août 2010

20 janvier 2011

Une couverture historique !

La "une" de Libération du lundi 17 janvier

Une illustration que je tenais à voir figurer sur ce blog, afin de marquer l'évènement historique que nous venons de vivre avec la révolution tunisienne ...
Mais aussi des idées pour plusieurs émissions à venir : nous parlerons des possibilités de "contagion" au Maghreb très bientôt, nous évoquerons ensuite - avec un peu de recul - la situation politique en Tunisie ; et j'espère que l'on pourra parler après des risques pour les autres pays arabes ! 

J.C

19 janvier 2011

Il faut soutenir les musulmans qui combattent l'intégrisme


Si je n'habitais pas dans ce pays depuis plus de quarante ans. Si je ne connaissais pas M. Le Pen, si le racisme, la xénophobie, l'exclusion et le national-populisme ne m'horripilaient pas au même titre que l'intégrisme islamiste - car aussi dangereux pour les libertés, la démocratie et la bonne entente entre les peuples -, si je ne considérais pas la Shoah comme une des pires tragédies de l'histoire moderne, si la lutte sans concession que je mène depuis trente ans ne combattait pas toutes les dérives d'où qu'elles viennent, je vous aurais dit que l'incroyable performance de Marine Le Pen lors de l'émission "A vous de juger" m'a littéralement époustouflée. Son aplomb et sa dextérité m'ont attristée avant de m'inquiéter.
Fallait-il attendre la performance de Marine Le Pen pour que les politiques se réveillent ? "La laï.cité revient au centre du débat politique", titre Le Monde du 15 décembre et, depuis, les émissions qui s'annoncent à la queue leu leu à la radio...
L'islamisme triomphant ne doit-il pas une part de sa "superbe" aux erreurs d'appréciation des politiques occidentaux, dont les responsables français, de droite comme de gauche, sans même parler de l'alliance contre nature de l'extrême gauche avec l'islamisme ?
Ce que Mme Le Pen dit sur le recul de la laïcité, les compromis des politiques bradant la laïcité, etc., notre association, MoHa (Mohsen Hachtroudi), le dénonce, avec tant d'autres, depuis des lustres. Des voix, qui, pendant toutes ces années, n'ont pas trouvé tribune, ou si peu, quand de nombreux médias laissaient le champ libre aux Tariq Ramadan et consorts.
Les Lettres d'informations de MoHa (février 2000) l'attestent et nous en sommes fiers... Exemple, cet extrait d'un livre scolaire iranien Vision islamique : "La femme ayant contracté un mariage permanent ne doit pas sortir du domicile conjugal sans la permission de son mari. Elle est tenue au devoir de soumission pour tout ce qui relève des questions conjugales. Si elle obtempère aux ordres de son époux, il incombe à celui-ci de lui fournir nourriture, vêtement, logement. (...) La différence entre le mariage permanent et le mariage temporaire : le premier pour fonder une famille. Le second pour empêcher la débauche. (...) La femme doit cacher son corps et ses cheveux au regard des hommes étrangers à sa famille. (...) Mais afin de miner la famille, le colonialisme occidental a pris pour cible, dans tous les pays islamiques, les femmes. Les gouvernements à sa solde font des promesses mensongères aux femmes. (...) Ces gouvernements donnent les femmes en pâture aux hasards de la rue, les privent de l'abri protecteur du hedjab pour les pousser au dévergondage et à la nudité ! (...)"
Le résultat de ces délires ubuesques pour mes compatriotes en Iran ? Flagellations, lapidations, embastillements, suicides en nombre (autre sujet sur lequel il y aurait beaucoup à dire), mais aussi maltraitance dont coups, blessures et viols à l'encontre de mes compatriotes françaises. Des petites musulmanes d'origine étrangère, comme moi, mais sans défense, et livrées en effet en pâture aux petits caïds de zones interdites de banlieues parisiennes !
Dire que des musulmans laïques - comme moi - n'ont pas cessé d'insister sur les vertus de la laïcité et le danger de ce que l'on appelle communément "l'islamophobie", terme que je récuse tant il est connoté et galvaudé. Durant les vingt dernières années, je n'ai eu de cesse de répéter que l'islamisme infesterait l'Occident qui ne défend plus ses valeurs fondatrices, à savoir l'humanisme, la laïcité et donc l'universalité des droits de l'homme.
Or, en vertu de ces principes, la France laïque et démocratique n'avait pas à déployer le tapis rouge sous les pieds des dirigeants de la théocratie des mollahs iraniens. Encore moins à se plier aux désirs de ses invités qui eurent le culot d'exiger qu'il n'y ait "pas de vin à table !". Devons-nous rappeler que toute femme - y compris les politiques, toutes confessions confondues - se doit de porter foulard ou voile avant de mettre un pied sur le sol iranien ?
Je vous écris, Mesdames et Messieurs les représentants socialistes, car l'inquiétude de l'exilée-naturalisée que je suis (et qui jusqu'à aujourd'hui a voté pour vous), partagée par d'autres, sans doute nombreux, porte non seulement sur mon pays d'origine, l'Iran, mais aussi sur mon pays d'adoption, la France. "Ma douce France" qui n'a plus rien de très douce. La preuve : les attaques verbales d'une violence inouïe à l'encontre de l'écrivain Mohamed Sifaoui lors d'un Salon du livre dans le sud de la France. Un, barbu, lui reprochait de salir l'islam et les musulmans ; un autre lui en voulait d'être maghrébin, "car sa fille a été attaquée dans le métro par des Maghrébins, une calamité" !
Ceci explique-t-il cela ? A savoir l'enthousiasme de nombreux jeunes compatriotes franco-iraniens et amis français d'origine étrangère qui sont littéralement "charmés" par Mme Le Pen, "cette femme courageuse qui ose dire les choses telles qu'elles sont, qui n'a rien à voir avec son père... !, qui n'utilise pas la langue de bois comme les socialistes, qui ne donne pas de gages aux salafistes comme le président Sarkozy. Bref, une femme brillante et tout à fait respectable...", me fait sourire jaune !
Ces "Français d'origine étrangère, anti-islamistes et non pas antimusulmans", au verbe naïf voire impulsif, ne sont qu'une minorité. Mais que dire de l'autosatisfaction d'amis français qui, quant à eux, pensent de plus en plus tout haut ce que Marine Le Pen articule avec une parfaite maîtrise de la rhétorique face à une ex-garde des sceaux qui perd ses moyens en bafouillant pour répéter que l'adversaire n'a "que de la haine" ! Mes amis, que je ne peux soupçonner de sympathie pro-Front national, me disent, hélas, la même chose que Mme Le Pen à Mme Dati : "Mais chère Fariba, si toutes les musulmanes étaient comme toi" !
En résumant le souhait de ces Français, terrorisés par l'islam et non par les islamistes, on pourrait conclure que "si tous les musulmans étaient agnostiques voire athées, le monde serait merveilleux" !
Etrange conception de la laïcité ! En effet, la particularité de la laïcité française, qui n'a rien d'antireligieux, stipule le respect de toutes croyances au même titre que la non-croyance ou l'athéisme. Or, depuis des années, je ne vois en France qu'une tendance fâcheuse voire dangereuse à privilégier la polémique pour la polémique, au détriment de la réflexion et de l'analyse, les seuls moyens qui permettraient d'informer de façon responsable, d'éduquer dans le souci du respect de l'autre et dans l'espoir d'éviter le pire.
Pour expliquer l'islamisme, qui considère la charia comme seule source de légitimité pour les musulmans, il faut que les authentiques musulmans laïques - croyants et non-croyants - aient accès aux tribunes, eux qui, pour avoir combattu l'islamisme dans leur pays d'origine, ont d'autant plus de légitimité pour défendre l'islam contre l'islamisme. Un islam qui sera réformé ou ne sera pas.
Aux musulmans de France, dans leur diversité, de mener ce combat. Ces musulmans existent. Ils sont nombreux. Ils sont actifs. Mais absolument pas soutenus. Je peux, comme tant d'autres, en témoigner, si l'on nous en donnait l'occasion. Pourquoi sommes-nous les oubliées de la République et des médias ? Frilosité des uns ? Calculs électoralistes des autres ? Intérêts économiques en jeux ? Audimat favorable aux "musulmanes emburqanées", bien plus "sexy" que leurs "soeurs" laïques maquillées pour le plateau ? Allez savoir.
En ce qui me concerne, je rêve du jour où la France exportera sa laïcité au lieu de laisser les fondamentalistes importer leur salafisme, leur khomeynisme, leur évangélisme outre-Atlantique.
Je rêve ? Certes. Mais je préfère les rêves aux cauchemars. Car il m'arrive souvent de me demander : "Où me réfugierai-je si la France bascule à son tour dans le national-populisme ?"
Je retournerai probablement en Iran où, au prix de la vie, on lutte contre la théocratie pour accéder à la laïcité. Lors de mes derniers voyages, au risque de ne plus pouvoir sortir, j'ai pu mesurer avec bonheur le réveil salutaire des Iraniens. Je m'afflige aujourd'hui du long sommeil d'une partie des Français, et notamment de ses représentants progressistes.

Fariba Hachtroudi, 
écrivaine franco-iranienne
"Le Monde", 

18 janvier 2011

Appel aux forces vives tunisiennes et aux amis de la Tunisie



Introduction :
Shiraz Sayah, chef d'entreprise, est la fille d'une personnalité connue en Tunisie, qui fut ministre sous Bourguiba. J'ai fait sa connaissance, comme celle de beaucoup d'ami(e)s dans ce pays, grâce à FaceBook - qui fut aussi, on l'a assez dit, le "moteur" de cette révolution. Elle m'a envoyé cet appel à soutenir ses compatriotes à ce cap décisif, alors même que l'unité est nécessaire et que, malheureusement, toutes les divisions ne sont pas surmontées : ainsi, aujourd'hui, a-t-on vu les premières démissions dans le nouveau gouvernement d'union nationale ... bonne lecture !
J.C

La Tunisie vit des moments historiques mais également très dangereux si nous ne nous organisons pas. Nous-nous devons de le faire de façon structurée et réfléchie pour ne pas tomber dans le piège constitutionnel programmé que nous a laissé le régime Ben Ali. Nous devons également canaliser toute cette énergie positive qui a mené au renversement d’une des dictatures policières des plus virulentes.

Différentes voix se sont exprimées ces derniers jours sur les médias français notamment mais aussi arabes tels que Al Jazira. Il s'agit essentiellement de mouvances intégristes se montrant très avenantes et pro démocratiques, mais également des communistes (qui ont tout mon respect) mais qui ne feront pas le poids devant les Ghannouchi, Mathlouthi et autres extrémistes soutenus par des pays arabes qui les financent. Nous avons également vu des jeunes jusque là inconnus, brillants certes, mais sans réelle culture politique, sans expérience et sans mémoire d'un ÉTAT au sens où l'entendaient Montesquieu et John Locke (pour cause d'arabisation et de destruction du système éducatif national) et aucune connaissance des principes fondamentaux d'un état moderne, du fait de la chape de plomb qui s'était abattue sur le pays depuis 23 ans.

Entre cette extrême gauche et cette extrême droite, il y a cette majorité (silencieuse jusque là) démocrate, laïque, libérale, moderne qui est à l'origine de cette révolution. Cette révolution ne doit pas lui être usurpée. Or le risque est très grand et j’en appelle aux médias pour nous aider à faire passer messages et appels. Cette majorité doit trouver le temps de se structurer et de dépoussiérer les bases que nous avons fondées en près d'un siècle (La Tunisie moderne a commencé à se bâtir au début du 20ème Siècle). Les choix qui ont été fait à l'aube de l'indépendance expliquent en très grande partie la maturité de ce peuple qui n'a pas fait cette révolution pour le prix des denrées alimentaires comme le prétendent certains (ça c'était en 1984). Nous avons dépassé tout cela.

Il est urgent de se structurer tout en restant dans un cadre légal et faire un appel aux forces vives de ce pays (Avocats, Juristes, Universitaires, Patronat, Diplomates de carrières, fonctionnaires et cadres, etc...) pour repenser une constitution et des textes juridiques basés sur les principes de démocratie, pour mettre les gardes fous nécessaires et sécuriser les acquis de cette révolution mais aussi tous ceux que nous avons risqué de perdre avec le régime Ben Ali.

Entre temps, le chaos ne doit pas s'installer sous les rumeurs qui se multiplient. Nous devons faire cesser ces rumeurs qui terrorisent la population, et nous rappeler que c’est une méthode policière que nous n’avons que trop subi dans le passé. Nous devons cesser de les relayer et les médias aussi. Nous devons nous remettre au travail et laisser l'armée sécuriser le pays. Nous devons combler le vide politique et institutionnel qui a été orchestré par les conseillers de Ben Ali. Ils ont verrouillé le système et décimé le pays. Nous devons impérativement aujourd'hui reconstruire un Etat Moderne avec Pouvoirs et Contre Pouvoirs.

Nous ne devons pas tomber dans les clichés si nombreux. Le plus courant étant que « nous ne pouvons pas faire du neuf avec du vieux » et autres adages que les gens répètent sans réfléchir. N’insultons pas notre élite et tous ces fonctionnaires, hommes et femmes honnêtes qui ont travaillé pour le pays sans discontinuer depuis 55 ans, chacun à sa manière et qui ont une expérience précieuse. Nous avons besoin d’eux dans ce vide politique justement pour passer le relais !

Ne tombons pas dans tous ces pièges et tant d’autres !

Nous devons faire tout cela en 6 mois tout en « respectant » l’esprit des lois en vigueur ! Comment ?
Pour cela j’en appelle à toutes les personnes adhérant à ces idées : défenseurs des droits de l’homme, économistes, juristes, universitaires, hommes et femmes de tous âges, associations reconnues ou non, patrons de PME et de grands groupes, cadres, anonymes, tunisiens de toute confession et toute mouvance politique pour lancer une réflexion et trouver rapidement des solutions.

Nous avons besoin pour cela de tous les amis de la Tunisie et de tous les défenseurs de la liberté. Des relais sur les médias des pays démocratiques doivent nous servir de porte voix et nous soutenir.
L'enjeu n'est pas uniquement pour la Tunisie mais pour tout le pourtour méditerranéen.
Tant de choses à faire ! Et tout cela en 6 mois ! Délai constitutionnel oblige.

Shiraz Sayah