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13 janvier 2011

L'islam inspire la crainte : retour sur un sondage

Introduction :

Impossible de ne pas revenir, dans mon blog, sur ce sondage qui a fait beaucoup de bruit la semaine dernière.
Tout d'abord, une remarque : l'écrasante majorité des gens n'en ont lu que la version, particulièrement tronquée, publiée sur le site du journal "Le Monde". Même la version "papier" apportait à mon avis plus de commentaires que de données chiffrées complémentaires : il fallait se rapporter à un article plus détaillé publié le lendemain sur "Le Figaro" pour en savoir plus ... c'est pourquoi, c'est lui qui j'ai repris ci-dessus.
Sur le sondage par lui-même, maintenant : il faut se rapporter à la source pour avoir TOUS les chiffres, les pourcentages de réponses pour toutes les questions, les répartitions ventilées par âge, sexe, opinions politiques etc. C'est pourquoi, je vous invite fortement à vous y rapporter sur ce lien.
De mon côté, j'ajouterais quelques commentaires complémentaires à ceux du texte qui suit, et qui - sauf erreur - n'ont pas été lus par ailleurs. Ils ne concernent que le volet "français" du sondage.
1. Le regard plutôt positif des jeunes des 18 à 24 ans sur la présence musulmane - vécue plus comme un "facteur d'enrichissement culturel" que comme une "menace pour l'identité du pays" - est tout à fait en phase avec ce que l'on peut savoir sur cette tranche d'âge : encore scolarisée pour la majorité, idéaliste et votant très largement pour la gauche, cette jeunesse côtoie beaucoup de jeunes musulmans ...  à l'école ou à la fac : une mixité moins nette pour les tranches d'âge supérieures, pour des raisons à la fois historiques - cf. l'impact des vagues récentes d'immigration, dont j'ai discuté récemment sur nos ondes avec Michèle Tribalat - et sociétales - les jeunes "beurs" ou d'origine africaine restant ensuite en majorité dans les couches populaires. S'agit-il d'un phénomène que l'on retrouvera pour des sondages analogues dans quelques années, ou vraiment spécifique aux moments que nous vivons ?
2. Le discours sur "l'enrichissement culturel" est, par contre, celui véhiculé par à la fois tous les grands médias, partis politiques, syndicats, associations, etc. Le contester, c'est ne pas être "politiquement correct". Plus encore : il est devenu impossible d'avoir un discours un peu plus nuancé, et disant, à la fois, que les millions de Musulmans vivant dans notre pays peuvent être parfaitement intégrés, et que l'immigration incontrôlée de millions d'autres à l'avenir posera des problèmes ingérables. Mais que dire alors de cette majorité de Français qui prennent la communauté musulmane comme déjà une menace ? Clairement, il semble y avoir un clivage total entre le discours officiel des politiques et les pensées profondes de la population. Pire encore, le seul grand parti qui semble en phase là-dessus avec l'opinion risque d'être ... le Front National !
3. Le positionnement par rapport à la communauté musulmane risque bien d'être un "facteur clivant" entre la gauche et la droite pour les prochaines élections : une majorité de cette dernière refuse l'équation "islam = danger pour l'identité nationale" ; sauf que ... 25 % de ses électeurs, en gros, y adhèrent ; et ils n'ont pas leur "symétrique" à l'UMP, où seuls 9% des sondés partagent une vision apaisée des Musulmans. Sur ce sujet, aussi - mais cela confirme bien les prises de position de ses dirigeants - le Modem apparait plus proche de la Gauche que de la Droite.
4. Le rejet des Musulmans apparait, si on se fit à ce sondage, comme beaucoup plus radical que ce l'on imaginait, à en juger par : le rejet par une majorité (59 %) du port du foulard islamique - alors même que, pour le "voile intégral", il a été impossible d'obtenir l'unanimité des partis politiques ; l'opinion, à 55 %, que l'influence et la visibilité de l'islam" sont "trop  importantes ; l'association à l'islam, par une majorité écrasante, des expressions "rejet des valeurs occidentales", "fanatisme", "soumission" . Seule note - un peu - modérée, le rejet de cette religion ne s'accompagne pas du refus de l'édification de mosquées. On retrouve bien la prégnance "laïque" de la culture française, tolérante aux cultes religieux tant qu'ils n'empiètent pas dans l'espace publique - comme les fameuses "prières des rues" du vendredi matin, dénoncés à grand fracas par Marine Le Pen !
5. Enfin, un mystère que je soumets à votre sagacité : comment les mêmes Français, si hostiles finalement aux Musulmans, et qui ont si peur de l'islam  - alors même que le terrorisme reste une réalité abstraite pour eux -, peuvent-ils rester si peu sympathisants envers le petit Israël, lui-même menacé d'extermination par l'islam radical ? Comment expliquer en parallèle l'accueil phénoménal réservé au sale petit opuscule de Stéphane Hessel, qui nous présente en gros le Hamas comme des braves gens et les Israéliens comme des brutes nazies ? Indignons-nous !
J.C

"Jugement sévère sur l'islam des deux côtés du Rhin. Un sondage de l'Ifop, publié mardi par Le Monde, révèle que la communauté musulmane représente «plutôt une menace sur l'identité de leur pays» pour 40% des Français et 42% des Allemands. Seuls 22% des Français et 24% de leurs voisins voient dans l'islam «un facteur d'enrichissement culturel». Ces réserves sont quasiment homogènes quelques soient les classes d'âge en France. Entre 41% et 44% des sondés de 25 à 65 ans partagent ce constat. Seule exception les jeunes de 18 à 24 ans. Seuls 28% d'entre eux se déclarent inquiets. En Allemagne, la tendance est au contraire inversée. Les plus méfiants sont les jeunes, à 47%. La génération née avant 1945 ne fait part de craintes que dans 36% des cas.
Des deux côtés de la frontière, plus de deux-tiers des sondés dénoncent avant tout le manque d'intégration des communautés musulmanes. Un échec imputable aux principaux intéressés, selon 61% des Français et 67% des Allemands. Viennent ensuite les différences culturelles pour 40% des interrogés hexagonaux et 34% du panel germanique, puis le fait que les personnes d'origine musulmane soient regroupées dans certains quartiers et certaines écoles. Le racisme et le manque d'ouverture de certains Français et Allemands arrivent en quatrième position pour 18% des tricolores et 15% de leurs voisins.

Le poids des débats politiques nationaux
Sans surprise, l'image de l'islam est sombre. Un tiers du panel lui associe en priorité le label «rejet des valeurs occidentales». Ce score a bondi en France. En 2001, ils n'étaient que 17% à le penser. Par le passé, les expressions les plus citées étaient «fanatisme» et «soumission», rappelle Le Monde.
La similarité des résultats interpelle. «Malgré une histoire coloniale, une immigration et des modes d'intégration différents, le constat, dur et massif, est le même dans les deux pays», note Jérôme Fourquet,qui a réalisé l'étude. Il voit dans ce phénomène l'influence des discours politiques. Pour l'anthropologue Dounia Bouzar, interrogée par Le Monde, ce durcissement peut être lié aux responsables politiques. De droite comme de gauche, ils fustigent des aspects de l'islam, qui ne sont véhiculés que par les musulmans radicaux.
Or,en Allemagne, où vivent 4 millions de musulmans dont 2,5 millions d'origine turque, comme en France, le débat sur la place de l'islam dans la société est au centre des préoccupations politiques. Outre-Rhin, la chancelière Angela Merkel a levé un tabou en affirmant que le modèle multiculturel dans lequel cohabiteraient harmonieusement différentes cultures avait «complètement échoué». Sans oublier le pamphlet anti-islam écrit par un ancien dirigeant de la Banque centrale allemande, Thilo Sarrazin, vendu en quatre mois à 1,25 million d'exemplaires. Dans l'Hexagone, l'été a été dominé par les questions d'identité nationale et d'interdiction du voile intégral avant que le Front national ne mette en avant les prières de rue. Le poids des débats nationaux est notamment visible sur le thème du voile dans la rue. 59% des Français y sont opposés désormais. En 2003, ils n'étaient que 32%."

Le Figaro,
4 janvier 2011