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30 janvier 2011

A propos de la tribune de Régis Debray et Stéphane Hessel, publiée dans le journal "Le Monde", par Gérard Akoun

Régis Debray et Stéphane Hessel ont publié, une tribune dans le "Monde",daté du 25 janvier, intitulée « une censure indigne », à propos du débat, auquel ils devaient participer, à l’École Normale Supérieure de la rue d’Ulm et dont la tenue a été interdite par sa directrice, Madame Canto Sperber. Cette interdiction a déjà fait couler beaucoup d’encre et des torrents d’indignation dans des milieux  pro palestiniens et  peu susceptibles de sympathie pour l’état d’Israël.

La lecture du "Monde" devrait permettre, aux lecteurs de ce journal, de connaître le témoignage que ces deux anciens normaliens auraient apporté sur la situation à Gaza, devant des étudiants qui ensuite en auraient débattu, pour ou contre, en toute liberté dans la grande tradition de l’École de Sartre et d’Aron. Inutile d’évoquer, dans le détail, l’apologie du Hamas à laquelle se livrent les deux auteurs à l’issue de leur voyage, ils en sont revenus remplis d’admiration,  mais on peut  s’étonner aussi de ce qu’ils n’ont pas voulu y voir - ce qui aurait sans doute obligé Stéphane Hessel à s’indigner -, comme la situation faite aux rares chrétiens qui y demeurent, l’application de la charia et le poids de tous les interdits qui pèsent sur les femmes, et sur des fillettes qu’on marie dés qu’elles ont douze ans. Mais là n’est pas  l’objet principal de ma critique. 

Il devait y avoir  débat, disent ils, mais y a t-il matière à débat quand à la tribune, tous ceux et celles qui vont s’exprimer, Leila Shahid, Elisabeth Guigou, Gisèle Halimi, Daniel Garrigue,  Michel Warschawsky et d’autres encore,  partagent les mêmes opinions ? Et pour seulement rendre compte d’un voyage à Gaza ? C’est  mentir que de l’affirmer,  les intervenants à la tribune étaient là pour soutenir les membres du collectif BDS qui font l’objet de poursuites judiciaires pour  avoir appeler au boycott d’Israël, non seulement  de ses produits alimentaires et industriels  mais aussi de ses artistes, de ses sportifs, de ses universitaires. BDS, ces trois  lettres signifient "Boycott, Désinvestissements, Sanctions". La loi en France interdit le boycott. Tous les orateurs l’ont justifié, place du Panthéon, où les organisateurs s’étaient repliés, après l’interdiction qui leur a été signifiée  de se réunir  rue d’Ulm. 
C’est pour eux,  pensent ils, la meilleure manière de soutenir le peuple palestinien, jusqu’à ce que, c’est dans le texte signé par Hessel et Debray, je cite « finissent par s’imposer les énoncés du droit international, à savoir les résolutions des Nations unies et les conventions de Genève ». C’est à dire, il faut appeler un chat, un chat  qu’Israël soit obligé, par exemple, d’accepter le retour sur son territoire, ramené aux frontières de 1967, de 5 millions de Palestiniens, ce que les Palestiniens qui réfléchissent avec plus de sérieux savent inacceptable pour les Israéliens sauf à se suicider .                                                            
N’a t-on pas entendu Edwy Pléynel, le directeur de Média part, qui fait campagne pour le boycott,  inscrire au passif  d’Israël tous les malheurs du monde,  en déclarant au cours de l’émission de Frédéric Taddei, mardi soir sur FR3, je cite : « il y a au cœur du  monde, un cancer qui mine le monde, qui est le refus des droits légitimes du peuple palestinien ».                                                                                                                    

Contrairement à la version que veulent en donner Stéphane Hessel et Régis Debray, la réunion organisée par le collectif BDS  n’avait pas l’intention de  susciter un échange d’idées positif, mais un appel au renforcement de la campagne de boycott de l’État d’Israël.
Il est légitime, en écoutant les partisans du boycott, de douter de leur désir de voir deux états l’un israélien, l’autre palestinien coexister en paix, cette paix qui ne pourra être que le fruit d’un compromis, qui ne satisfera complètement aucun des deux belligérants, mais que les peuples, au delà des discours extrémistes, attendent impatiemment.                          
                                                                                           
Gérard Akoun      
Judaïques FM, le 27 janvier 2011