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07 juillet 2008

Rachida Dati juive : elle court elle court, la rumeur chez les minus !

Réception à l'Elysée, 10 mars 2008 :
Nicolas Sarkozy, Rachida Dati, Shimon Peres et Carla Bruni
(photo Reuters)

Comme le savent les lecteurs réguliers du blog, la consultation régulière de mon compte sur le logiciel "sitemeter" (auquel vous pouvez accéder en cliquant sur l’icône située en bas de la colonne de droite), permet de connaître le libellé des recherches qui conduisent à cette adresse. Hélas, et comme je vous l’ai souvent rapporté, une analyse quotidiennement confirmée indique que, entre 15 et 20% des visiteurs ont des motivations antisémites indiscutables : parfois, on confine à l’absurdité la plus totale, et c’est le cas des centaines d’internautes qui sont venus voulant savoir si Rachida Dati était ... juive !

Faites vous-même l’expérience sur Google : en tapant "Rachida Dati juive", sur 55.600 réponses (relevé du 28 juin dernier), deux articles publiés sur mon blog et parlant d’elle sortent en numéros 4 et 5, d’où ces visites. On pourra d’ailleurs se reporter à son nom en libellés ci-dessous pour lire ces publications, qui étaient deux hommages, l’un à son parcours, et l’autre aux propos très chaleureux qu’elle avait eu pour notre communauté - propos rapportés dans l’hebdomadaire "Tribune Juive". Expliquons tout de suite la raison : sauf demande de recherche de l'expression exacte, le moteur de recherche va « piquer » les mots dans le désordre sur la Toile (il le fait même, et par défaut, lorsque la « recherche avancée » disponible en sous-menu ne permet pas de trouver l’expression exacte : faites l’essai toujours sur "Google", mes deux mêmes articles apparaissent toujours bien placés sur une liste cette fois réduite à 24 références !).
Mais ceci posé, revenons à cette drôle de rumeur qui manifestement a connu une forte audience, et posons-nous deux questions. Pourquoi a-t-elle eu un tel succès ? Et pourquoi donc tellement de minus veulent-ils voir conforter un ragot, qui correspond tellement à ce qu’ils voudraient voir reconnu comme une réalité ?

Dans la galaxie politique des dernières années, Rachida Dati est certainement un phénomène atypique : issue d’un milieu très modeste, défavorisée autant par son milieu social que par ses origines maghrébines, elle a gravi très rapidement les échelons du pouvoir en devenant porte-parole, puis ministre de Nicolas Sarkozy. Alors que cette ascension pourrait donner des commentaires positifs, les canaux d’information sur le Web jouent plutôt - hélas ! - le rôle de "tout à l’égout" des rancœurs, commentaires perfides et sornettes en tout genre donnant bonne conscience aux ratés, frustrés et jaloux : si elle a réussi si vite, c’est nous dira-t-on "parce ce qu’elle a couché", "qu’elle a été la maîtresse de Sarko", vieille rengaine macho tellement entendue à chaque promotion féminine !

Mais c’est l’antisémitisme qui fournit, malheureusement, un autre carburant aux rumeurs : à nouveau le mythe du "complot juif", du "lobby apatride qui tient tous les pouvoirs" refait surface, et on sait combien l’Internet est devenu un vecteur de haine aussi redoutable qu’impuni ! Richard Prasquier, le président du CRIF, vient de le rappeler dans une récente interview : "Cette haine anti-juive qui s’exprime aujourd’hui reprend tous les anciens poncifs selon lesquels les Juifs seraient les marionnettistes du monde. Le plus inquiétant est que ces préjugés sont repris aujourd’hui par des jeunes". Des jeunes qui, justement, ont la fâcheuse tendance à prendre Internet comme seule source d’information !

Pourquoi donc cette conjonction d’antisémitisme et de rancœur contre notre Garde des Sceaux ? Rachida Dati, traitée de "harki" sur les sites musulmans les plus virulents, a l’impardonnable tort d’avoir rallié un pouvoir ressenti contre "anti-arabe" : peu importe pour ces furieux que ce soit justement ce gouvernement qui ait promu, pour la première fois, autant de personnalités issues de l’immigration ; ou que sa politique proche-orientale soit finalement plutôt équilibrée ; pas de nuances pour ces cervelles de minus, le "Juif Sarko" obéit au lobby, les ralliés "reubeus" sont donc des traîtres ! C.Q.F.D. Et, bien sûr, le fait que la même Rachida Dati ait exprimé à la fois son amitié pour Israël et la communauté juive (il est facile d’en retrouver des traces sur la Toile) ou qu’on l’ait vue en compagnie de "Sionistes" (voir photo en illustration) suffit pour la "caraméliser" dans ces milieux. Le site de gauche "prochoix" avait d’ailleurs relevé très vite qu’elle était violemment attaquée sur certains sites (voir en lien).
Mais finissons par le cœur de la rumeur : Rachida Dati, juive, quel scoop ! Mère algérienne, père marocain, tous deux bons musulmans, où sont-ils allés chercher une telle ânerie ? Et bien une rapide recherche conduit à la source de la rumeur : le fameux site « toutsaufsarkozy.com », site ouvertement antisémite, publié par des sympathisants d’extrême droite, et dont je vous donne le lien pour découvrir l’article originel : lire ici. Voici un extrait choisi du torrent de boue raciste que l’on peut y trouver, pour ceux qui ne voudraient pas se salir en allant lire la « bio » imaginaire de notre ministre ... 
"Elle est envoyée ensuite (1993-1994) à Londres comme auditeur interne à la "Banque européenne de reconstruction et pour le développement" (B.R.E.D.) dirigée par le juif Jacques Attali qui était alors "conseiller" du président Mitterrand.Une année plus tard, elle sera présentée - par l'une de ses connaissances juives - à l'activiste sioniste juive Simone Veil (octogénaire, née Simone Jacob qui est très attirée par la gent féminine). Dati devient alors la petite amie de Simone Veil proche du juif Sarkozy quand ils étaient tous les deux au gouvernement Balladur. Tombée amoureuse d´elle, Simone offre même - à Rachida - sa propre robe de magistrat lorsqu'elle est nommée, en 1999, juge commissaire aux procédures collectives à Péronne."Et voici le bouquet final de ce delirium : 
"La mère de Dati est "algérienne". Mais il faut plutôt préciser... une juive d´Algérie! La mère de Rachida Dati "a vécu dans le quartier juif d’Oran où elle a laissé un souvenir si impérissable qu’un arbre à sa mémoire a été planté dans la forêt de Jérusalem » (!!) rapporte l’hebdomadaire français Rivarol, (dans son numéro 2838 du 21/12/2007 p.16)."
Quel scoop en effet, et quelle source de référence ! "Rivarol", journal de l’ultra droite, maintes fois condamné pour antisémitisme et négationnisme. On se reportera à l’excellent article publié sur le site belge "Resistances" pour en savoir un peu plus sur cet hebdomadaire, cité comme source sérieuse ... et qui, par la grâce d’Internet, aura ainsi pu convaincre des milliers de jeunes abrutis que Rachida Dati est juive.

Jean Corcos