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17 juillet 2008

Sous le crâne de Samir Kuntar ...

Samir Kuntar dans sa cellule, la veille de sa libération
(photo A.P, le 15 juillet 2008)


Que se passait-il, précisément, sous le crâne de Samir Kuntar au moment où un reporter de l’Associated Press prenait ce cliché dans sa cellule, à la veille de l’échange de « prisonniers » avec le Hezbollah ? Difficile de faire parler davantage son regard bovin, ou d’imaginer des sentiments derrière son imposante moustache de « beauf », version moyen-orientale. Connaissant son crime et voyant sa tronche, on aimerait le qualifier de boucher - mais ce serait insulter la corporation des bouchers ... Dans le « Haaretz » du 15 juillet, Bradley Burston (lire l'article en anglais sur ce lien) souligne, justement, qu’il s’agit d’un tel monstre que le qualificatif de terroriste serait trop aimable. Pour celles et ceux qui ne l’auraient pas encore lu - rendons pour une fois hommage aux agences de presse qui auront rappelé le raid terroriste de 1979 où il avait fini par être capturé -, ce jeune (à l’époque) « militant » de 16 ans et demi appartenant au « Front de Libération de la Palestine » avait été condamné à plusieurs siècles d’emprisonnement pour le meurtre brutal de presque toute une famille que la destinée avait mis sur son chemin, les Haran qui vivaient dans la petite ville côtière de Nahariya, à quelques kilomètres de la frontière libanaise. Regardez bien la photo ci-dessous : tous sont mort victimes des « héroïques combattants palestiniens » : le père Danny, la fille aînée de 4 ans, Einat (le crâne fracassé contre un rocher par le sinistre Kuntar), après avoir assisté au meurtre de son père ; et la cadette, Yaël, 2 ans, ayant suffoqué sous la main de sa mère qui voulait l'empêcher de pleurer dans leur cachette, alors que les tueurs fouillaient leur appartement : « je me souvenais de ma mère, me racontant comment elle se cachait des nazis sous la Shoah », devait raconter Smadar Haran.


La famille Haran, quelques semaines avant le drame :
Einat à gauche, Danny le père et Yaël à droite


29 ans ont passé depuis, le plus clair de la vie de Kuntar ... D’après son frère, Bassem, « Il a étudié par correspondance et décroché un diplôme en sciences humaines d'une université israélienne », explique-t-il. L'un de ses sujets de recherche était « les contradictions entre sécurité et démocratie en Israël ». Les cours n'étant dispensés qu'en hébreu, le combattant libanais a, en outre, appris la langue de l'ennemi. « Il a eu 96 sur 100 au test de langue », précise son frère (source : article de « La Libre Belgique »). Là-dessus, il faut aussi noter que JAMAIS Samir Kuntar n’aura manifesté le moindre regret pour son crime de jeunesse. Et surtout, surtout, qu’il a écrit une lettre de remerciements à Hassan Nasrallah, proposant de rejoindre le mouvement dans son combat contre les « Sionistes » !

Il n’y a pas de mots suffisants pour exprimer l'amertume éprouvée après l'échange d'hier, échange pour obtenir, hélas et seulement, deux cercueils peints en noir, et lever enfin l’incertitude sur le sort d’Ehud Goldwasser et d’Eldad Reguev. Incertitude maintenue jusqu’au bout par le Hezbollah, avec un sadisme insupportable. Mais cela n’est peut-être pas le pire : en apprenant hier qu’Abou Mazen, le président de l’Autorité Palestinienne avait envoyé ses félicitations à la famille de Samir Kuntar ; en voyant les festivités déployées au Liban pour le « retour au pays » de ce monstre, avec en tête de gondole le nouveau chef de l’état, Michel Suleiman - si bien reçu à Paris il y a quelques jours ; en voyant le même sinistre Kuntar, non content d'avoir été libéré à l'issue d'un tel chantage, parader devant la foule de Beyrouth en promettant mille souffrances à Israël ; on ne peut qu’éprouver, malheureusement, les pires doutes sur les chances d’une paix avec les Arabes ...

Jean Corcos

P.S : je n’ai pas encore enlevé les photos défilant des deux malheureux kidnappés de Tsahal (voir en colonne de droite) : reste en effet toujours prisonnier Guilad Shalit, enlevé quelques semaines avant eux ; prions pour qu’il ne connaisse pas le même sort !