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01 novembre 2007

« L’intégrisme, l’islam et nous » (2/3), une conférence de Dounia Bouzar

Introduction :
Suite de la conférence présentée par Dounia Bouzar à l'Assemblée Nationale, le 25 octobre dernier. Quelles sont les techniques d'endoctrinement des adeptes mises en oeuvre par les intégristes musulmans ? Comment font-ils pour isoler leurs jeunes proies de leurs entourages ? Comment les soustraire au territoire où ils vivent ? Dans quel espace-temps artificiel vont-ils les projeter ?
Un véritable lavage de cerveau passé au scanner ...
J.C

Alors concrètement, comment font-ils pour endoctriner les adeptes ? Comment ce discours fait il autorité ?

La mission d’extension et de purification exige des changements fondamentaux. Il s’agit de créer l’unité totale entre les adeptes.
L’intégriste restructure les relations du jeune avec lui-même, avec son entourage, avec l’espace et avec le temps.

- Relations avec lui-même et son entourage :
Premier objectif : subordonner le jeune au groupe. Comment ? En arrachant les jeunes à leurs mères, et à tous ceux qui assurent traditionnellement leur socialisation : enseignants, éducateurs, animateurs, parents et même ... imams ! Il s’agit d’exacerber les différences avec « les autres », c'est-à-dire tous ceux qui n’adhèrent pas à la secte. Et il s’agit aussi d’exagérer les ressemblances entre « adeptes », jusqu’à provoquer l’amalgame.
Parce qu’à l’intérieur du groupe, les uns ne doivent pas se distinguer des autres.
Parce qu’à l’intérieur du groupe, le « je » doit devenir un « nous », sans différenciation.
Parce qu’à l’intérieur du groupe, le jeune doit perdre ses contours identitaires, avoir le sentiment de percevoir exactement les mêmes émotions que « ses frères », d’être absolument le « même ».
Parce qu’à l’intérieur du groupe, toute différence doit être anéantie !
Différences familiales : la transmission familiale est remise en cause puisque seul le groupe possède « la vérité ». « L’islam, ce n’est pas ce que fait ton père, ce n’est pas ce que fait ta mère ... », n’a pas peur de préciser l’intégriste.
Différences sexuelles : les groupes ne sont pas mixtes, la femme est cachée. Si l’homme voit la femme, c’est très dangereux, car il pourrait prendre conscience qu’il existe une différence ... Quand on est obligé de parler d’elle, on lui enlève son sexe. Elle devient «ma soeur » ...

Toutes les idéologies de ruptures reposent sur des exaltations de groupe. La fusion naît de l’illusion des adeptes d’avoir les mêmes émotions ... Il faut une seule représentation du monde. Il faut une seule grille de lecture du monde.
On prouve aux jeunes que leur colère est justifiée. On leur explique que tout le système prévoit de les exclure parce qu’ils sont « d’origine musulmane ». Rachid n’a pas réussi son bac ? C’est parce qu’il est musulman ... Samir a perdu son père à cause d’un accident de travail ? C’est parce qu’il est musulman ...
Il faut uniformiser la vision du monde. Ainsi, la fusion des membres met en veilleuse leurs facultés intellectuelles. Tout individu incorporé à un tel groupe subit des modifications psychiques, il est en état d’hypnose. On attend de lui qu’il ne réfléchisse pas.
Il ne doit pas penser son islam, c’est son islam qui doit penser pour lui ...
Il doit reproduire automatiquement ce que le groupe lui demande de faire. Il doit comprendre ce que le groupe lui dit que l’islam dit. La religion n’est pas un moyen de s’orienter dans l’univers, c’est un schéma de conduite qu’il doit appliquer.

Relations avec le territoireLe discours intégriste fait autorité sur des jeunes qui se sentent « de nulle part ». C’est leur seul point commun.
Car les théories qui prétendaient que tout s’explique par la perte d’espoir social ne marchent plus : des ingénieurs, des médecins, deviennent terroristes ...
Un jeune vivant en France qui se sent Arabe, Marseillais, Français, Kabyle, Roubaisien, Algérien, Bambara, etc., ne tombe pas dans l’intégrisme. Le lien territorial, quel qu’il soit, les protège. Cela peut être le pays des ancêtres : je me sens Algérien ... Cela peut être le pays où l’on vit : je me sens Français, de confession musulmane, juive chrétienne, sans confession ... Cela peut être l’appartenance « ethnique » : je me sens Kabyle, Bambara ...
Cela peut être une appartenance locale aussi : je me sens « Marseillais », « Roubaisiens »,
L’appartenance territoriale fait lien avec les autres, elle relie le jeune à la réalité, elle relie le jeune à la terre. L’appartenance au quartier marche aussi : prenez la « Goutte d’Or » ... Vous trouvez du trafic de drogue, du banditisme, de la prostitution, mais pas d’intégrisme. Parce que les jeunes issus de 62 nationalités différentes se sentent « de la Goutte d’Or ». C’est leur territoire. Il n’y a qu’à observer les « tags » le long des voies du RER pour s’en persuader. Les jeunes se sont inscrits dans ce territoire.

Le discours intégriste est subtil. Il donne de la valeur à ce qu’ils sont déjà : les signes négatifs deviennent soudain des signes positifs.
Au lieu de leur dire qu’ils doivent s’enraciner, l’intégrisme leur promet de devenir des héros de la révolution mondiale : « Vous n’êtes pas Anglais, ni Américains, Français, Marocains, Algériens, vous êtes au-dessus de tous ces gens-là ! Sachez que si vous vous sentez étrangers, c’est que Dieu vous a élu parce qu’Il sait que vous êtes supérieurs aux Arabes, aux Asiatiques, aux Européens, et surtout, surtout aux Américains ... »
Le discours intégriste fait autorité parce qu’il fait sens, sur des jeunes qui ne se sentent de nulle part. Il leur offre un espace de substitution virtuel supérieur au reste du monde qui leur garantit la toute-puissance. Ce n’est pas pour rien que 99% de l’endoctrinement se fait par un moyen de communication virtuel : Internet. Les internautes ne se rencontrent qu’une fois endoctrinés. (...)

Enfin, les relations avec le temps ...
L’intégrisme instaure un rapport au temps qui consiste à répéter la création du monde.
La destinée des Prophètes ne les enrichit pas sur la signification de l’histoire mais constitue le paradis à retrouver. Ils ne s’intéressent pas à l’origine de l’univers par la pensée pour mieux construire l’avenir, mais ils y retournent par régression. (...)
Plus que de mémoire, il s’agit de réactualiser le passé.
La vie du Prophète Mohamed ne leur fournit pas seulement une explication du monde, c’est la perspective de la répéter qui alimente leur existence ... Pour réactualiser l’époque de la Création du monde - donc de l’avènement de l’islam -, les intégristes effacent toutes les histoires de toutes les sociétés en se ressourçant directement au temps de la révélation, comme si, depuis, rien n’avait existé.
C’est pour cette raison que la fusion des individus au sein des groupuscules extrémistes se construit autour de la notion de foi extérieure : en récitant de manière obsessionnelle les rituels, on recrée l’atmosphère sacrée des évènements miraculeux de la création du monde musulman.
C’est comme si on sortait du temps réel pour entrer dans un temps virtuel, un temps sacré partagé avec Dieu.
Le temps qui s’est écoulé entre la création du monde et aujourd’hui n’a aucune valeur. Il ne s’agit pas de vivre mais de revivre le moment où Dieu a parlé.

Pas besoin de comprendre, pas besoin de réfléchir, la répétition donne l’illusion de rester soi.

Dounia Bouzar