Notre radio

Notre radio

08 octobre 2007

Les Shadoks et l'immigration

 
Nous n’en avons pas fini de pleurer la deuxième mort des Shadoks avec la disparition il y a déjà plus d'un an de l’irremplaçable Claude Piéplu. Trop jeune à l’époque pour apprécier la profondeur de leurs maximes - si finement équilibrée par la voix haut perchée de celui qui les énonçait - je me dis qu’il me faudra trouver le temps de les relire, et de m’en imprégner !


Ainsi de celle-là, qui me semble parfaitement adaptée au problème de l’immigration. Problème posé à l’origine par l’extrême-droite qui en a fait son cheval de bataille depuis plus de vingt ans, elle a longtemps plombé le débat politique sur le fond. Dans un livre (logiquement) ignoré par la plupart des médias faiseurs d’opinion ("Etre de droite, un tabou français", Éditions Albin Michel), son auteur Eric Brunet décrivait un pays bloqué et sectaire ; et il démontait le mécanisme qui avait interdit de parler sereinement de ces sujets. Extrait, page 36 :
"Le syllogisme bancal a plané sur la France pendant près de vingt ans :
1. L’extrême-droite parle de l’immigration et de l’insécurité.
2. L’extrême-droite est dangereuse.
3. Ceux qui parlent d’immigration et d’insécurité sont donc de dangereux extrémistes."


Or qu’avons-nous entendu à longueur de journées sur les plateaux télé ou sur nos radios au cours de la campagne des présidentielles ? "Nicolas Sarkozy braconne sur les terres du Front National" ; "Ségolène Royal fait du Sarkozy" ; "c’est la Le Penisation des esprits". Même si au final le candidat de la droite a triomphé, les élites intellectuelles du pays n'ont pas accepté la simple remise en cause d'une immigration sans limites, aboutissant de facto à un déchirement du tissu social. A noter d'ailleurs que, sans surprise, c'est dans les zones du territoire où l'immigration a été la moins importante (la façade Atlantique, les Pyrénées, la Bretagne) que la gauche a réalisé ses meilleurs scores, tandis qu'elle se maintenait bien dans les centre villes de plus en plus habités par des "bobos". Par contraste, c'est dans l'Est ou dans les banlieues pavillonnaires des grandes cités que Nicolas Sarkozy a réalisé ses meilleurs scores.


Mais revenons à la question de fond : au prétexte d'une association de termes maladroite (le fameux "ministère de l'immigration et de l'identité nationale" programmé pendant la campagne présidentielle, mais non exactement dénommé ainsi dans le nouveau gouvernement), il a été fait un procès en pétainisme au futur Chef de l’État, sans opposition argumentée sur le fond. Car il ne s’agit jamais de débattre sur des sujets engageant l’avenir de la France, et sur des thèmes clairs : l’immigration doit-elle continuer à ce rythme ? Doit-elle venir toujours en majorité des anciennes colonies ? Est-il judicieux d’importer chaque année des "bacs moins cinq" quand des "bacs plus cinq" doivent s’exiler pour trouver du travail ? Comment loger les nouveaux arrivants, alors qu’il y a déjà un déficit de deux millions de logements neufs ? Les journalistes "libéraux-libertaires" - dont le référentiel imprimé reste « le grand quotidien du soir qui fait la morale » - ignorent superbement l’inquiétude des Français qui n’en peuvent plus de leur langue de bois. Aux oubliettes, donc, l’abaissement dramatique du niveau scolaire dans des centaines d’établissements fréquentés par une jeunesse mal intégrée, la fuite des enfants "français de souche" vers des écoles privées qui grève encore plus les fins de mois difficiles de leurs parents, la ghettoïsation des "cités poubelles" emmurées par l’abandon économique et travaillées par l’islam politique ; oubliée l'impossibilité de trouver du travail pour les nouveaux arrivants, alors même que "l'ascenseur social" est en panne pour les enfants d'immigrés nés dans notre pays.


Là-dessus, il est bien sûr impossible de faire l'impasse sur beaucoup d'aspects peu reluisants de la Loi dite "Hortefeux" qui est finalement passée après seconde lecture au Sénat dans la nuit du 4 au 5 octobre : ainsi des fameux tests ADN pour prouver la filiation, jugés détestables par la LICRA dont pourtant le président, loin du simplisme d'autres associations antiracistes, a dit avec justesse combien l'emploi de certaines expressions ("rafles", "déportation") étaient indignes car elles banalisaient la Shoah ; ainsi également des "centres de rétention" où les conditions de vie des "sans-papiers" seraient indignes d'après plusieurs ONG dont la CIMADE. Mais là n'est pas le fond du dossier, oublié à chaque polémique nouvelle ; et ceux qui refusent tout frein à l'immigration ne sont pas questionnés, eux, sur leur propre positionnement : au nom de quoi devrait-on accepter l'arrivée de millions de nouveaux arrivants en France, et donc - du fait de leur jeunesse, et de leur démographie - la substitution de la population d'origine par une population majoritairement issue des anciennes colonies ?


Qu’on se le dise donc superbement, comme les Shadoks : "il n’y a pas de problème d’immigration !" Et surtout, que l’on ne rappelle pas le corollaire shadokien que tout le monde finit par comprendre : il n’y a pas de problème parce qu’il n’y a pas de bonnes solutions à se problème, mais que des mauvaises entre lesquels il faudra choisir : soit on refuse l’invasion démographique - et nous rendrons malheureux les candidats refoulés par une société de plus en plus fermée ; soit on cherche à les maintenir dans leurs pays, en faisant pression pour changer des régimes qui engendrent la misère - et c’en est fini de "la voix de la France", traditionnellement chère au Quai d’Orsay et basée sur le statu-quo outre-Méditerranée ; soit on laisse tout le monde entrer avec la régularisation des sans-papiers - et la France, déjà criblée de dettes et en panne d'investissements, continuera de couler plus ou moins rapidement selon les scénarios.


Jean Corcos