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25 octobre 2007

La Turquie, l'Irak et les Kurdes : quelques rappels d'André Nahum, à l'heure d'une très grave crise régionale

Bonjour.

Comme si les États-Unis n'avaient pas assez de problèmes en Irak, voilà que se profile maintenant la possibilité d'une attaque d'envergure de l'armée turque sur le Nord du pays afin de chasser les combattants du PKK de leur sanctuaire.
Dimanche dernier, les rebelles kurdes avaient monté une embuscade qui s'est soldée par la mort de 15 soldats turcs et la capture de huit autres. C'est plus qu'il n'en fallait pour exacerber le ressentiment de l'armée et du peuple turcs qui réclament maintenant une intervention énergique.
On comprend l'embarras du gouvernement de Bagdad sur lequel Ankara exerce sa pression, ainsi que sur les États-Unis, pour qu'ils mettent un terme à l'activité du PKK dans le Turkestan irakien et que ses combattants soient expulsés. Situation difficile quand on sait que cette région jouit d'une très large autonomie, qu’elle est la seule qui reste relativement calme et que le Président de l’État irakien est lui-même kurde.
Le gouvernement irakien ne peut pas se payer le luxe d'une crise avec la Turquie, d'un nouveau conflit et d'un nouveau front.Les USA ne peuvent se permettre de se brouiller avec leurs alliés turcs qui sont membres de l'OTAN, et l'un des très rares pays à majorité musulmane à se proclamer laïc malgré la prépondérance croissante des fondamentalistes, et qui ont très mal vécu un vote du Congrès américain appelant à reconnaître le génocide arménien.
Mais qui est ce PKK et que représente-t-il ?
Souvenons nous que le peuple kurde qui vivait groupé jusqu'au17ème siècle à l'intérieur de l'Empire Ottoman est écartelé depuis les années 1920 entre la Turquie, l'Iran, l'Irak et la Syrie. Après la première guerre mondiale les Français et les Britanniques ont dépecé l'empire turc vaincu et remodelé la carte du Moyen-Orient ; MM Sykes et Picot qui ont dessiné les frontières des nouveaux États, aveuglés par les problèmes de pétrole, par leurs intérêts nationaux et la nécessité de récompenser les cheikhs arabes qui les avaient soutenu pendant la guerre et auxquels il fallait donner des trônes, ont complètement occulté les droits des Kurdes. Dans les années vingt, on a créé de toutes pièces un État irakien en réunissant artificiellement des populations et des provinces qui n'avaient rien de commun entre elles sinon leur appartenance à l'islam et la richesse de leur sous-sol en hydrocarbures, et le seul peuple qui aurait dû bénéficier d'un État cohérent n'a pas été entendu.
Après la chute de Saddam Hussein, qui les avait asservis et souvent massacrés, les Kurdes d'Irak ont gagné avec l'aide des Américains une quasi-indépendance à l'intérieur de l’État irakien, ce qui ne peut qu'attiser les rancœurs et les envies de leurs frères de Turquie, d'Iran et de Syrie. En Turquie, ils sont 20 millions environ le quart de la population. Bien qu'ils aient actuellement 20 députés au parlement groupés sous la bannière du DTP, leur organisation politique, ils ne bénéficient nullement des droits des minorités, de la reconnaissance de leur personnalité au sein de la nation et de leur langue, le kumaci. Le PKK fondé en 1978 par Abdullah Oçalan, aujourd'hui emprisonné à vie après avoir été condamné à la peine de mort, est passé à l'action violente multipliant les attentats et les embuscades.
Sous les pressions américaines et irakiennes, il vient de proclamer qu'il est prêt aujourd'hui à un arrêt des hostilités. Une offre que le gouvernement turc a rejeté. L'essentiel pour lui, s'il ne veut pas perdre la face est dans l'immédiat la récupération de ses huit captifs.
L'Administration américaine a tout intérêt de calmer la situation, obtenir par la négociation le retour des soldats turcs retenus par le PKK, et un retour au calme sur la frontière. Elle s'y emploie certainement. Mais même si elle y arrive, cela ne résoudra pas le problème de fond, remis à l'ordre du jour par l'émergence en Irak d'une entité kurde quasi-indépendante. Il ne peut être résolu que par une négociation nationale, en Turquie même et internationale.

André Nahum
Judaïques FM, le 24 octobre 2007