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19 octobre 2007

Benazir Bhutto, ou l'espérance fragile

Retour triomphal de Benazir Bhutto à Karachi
(photo Associated Press, 18 octobre 2007)


Il y a des jours où on a le moral dans les chaussettes en raison de l’actualité. Rarement joyeuse, celle du monde musulman (qui constitue le plat de résistance de mon émission et du blog), était particulièrement sinistre cette semaine. Jugez-en plutôt :
- entre Israéliens et Palestiniens, et malgré les navettes et le séjour prolongé de la Secrétaire d’État Condoleeza Rice, impossible de se mettre d’accord sur au moins le cadre global de futures accords - avec le risque de faire capoter la conférence internationale programmée à Annapolis à la fin de l’année ;
- à propos de l’Iran, on a la très désagréable impression qu’une véritable alliance s’est nouée et se renforce avec la Russie néo-impériale de Poutine - qui vient d’honorer le nabot antisémite et négationniste de Téhéran de la première visite officielle d’un dirigeant du Kremlin depuis plus de soixante ans. Le déplacement impromptu jeudi 18 octobre du Premier Ministre israélien Olmert à Moscou, avant un déplacement à Paris et Londres - tandis que sa Ministre des Affaires Etrangères s’apprête à partir à Pékin - semblent autant d’efforts désespérés pour déplacer une muraille ; la communauté internationale n’est pas unie pour imposer des sanctions à la République Islamique : et ce sera bientôt « le choix des armes », pour reprendre le titre d’un livre de François Heisbourg que je viens de terminer et qui sera le thème d’une prochaine émission !

Au milieu donc de ce tumulte et sous les noirs nuages qui s’amoncellent (Georges W. Bush à même évoqué « une troisième Guerre Mondiale » si l’Iran devenait une puissance nucléaire), un sourire était venu apporter un peu de fraîcheur à une actualité qui en a bien besoin : celui de Benazir Bhutto, ex-Premier Ministre du Pakistan, qui vient de rentrer au pays après huit ans d’exil : accueillie comme une diva par des dizaines de milliers de partisans venus l’attendre à l’aéroport de Karachi, elle arrive dans un pays presque au bord de la guerre civile depuis l’assaut donné il y a quelques mois contre la fameuse « Mosquée rouge » d’Islamabad, le quartier général islamiste qui défiait le pouvoir des militaires et du Président Musharraf ; islamistes qui - avec Al-Qaïda - ont menacé de mort Benazir Bhutto, rentrée quand même de son exil de Dubaï, bravant le danger ...
Un danger hélas plus que réel, car son cortège a été visé immédiatement par deux attentats-suicide particulièrement meurtriers : 126 morts, des centaines de blessés - hélas, les "nazislamistes" tiennent toujours leurs promesses, et on peut craindre que cette terreur ne soit qu'un début.

Mais revenons à Benazir Bhutto, et au contexte politique. Hier bannie par les militaires qui avaient renversé le gouvernement civil, elle devrait s’allier (pour combien de temps ?) avec son ex-ennemi pour faire face, ensemble, à la vague intégriste qui gangrène le pays. Je vous renvoie à cette page de l'encyclopédie Wikipedia (hélas disponible seulement en anglais) pour en savoir plus sur cette jeune (54 ans) et jolie femme d’État. Aura-t-elle une destinée plus heureuse que son père, Ali Bhutto, qui finit à la potence ? Bien sûr, et comme sa biographie vous l’apprendra, elle n’a pas eu une carrière sans tache : sous son gouvernement (en 1996), les Talibans puissamment soutenus par le Pakistan prirent le pouvoir à Kaboul ; et elle et son mari sont compromis dans de lourdes affaires de corruption !

Mais, et malgré cela, son retour aux affaires me semble un évènement heureux pour plusieurs raisons :
- c’est une claque à la figure des islamistes de tous poils qui veulent enfermer les femmes derrières une burka ou un nikab ; c'est aussi (et hélas on vient de le voir), un défi courageux au terrorisme d'Al-Qaïda qui n'hésite pas à massacrer des milliers d'innocents pour imposer son "agenda" politique ;
- c’est une revanche pour la minorité chiite opprimée dont elle est issue, et donc un gage pour la démocratie pakistanaise ;
- enfin, son retour met fin au face à face sans issue entre militaires et intégristes - une plaie hélas récurrente dans tout le monde musulman !

J.C