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13 mars 2015

1970, les Alaouites prennent le pouvoir ...

Hafez al-Assad
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Introduction :

Retour sur mon blog à une série abandonnée, il faut l'avouer, depuis quelques années : vous faire découvrir un extrait bien éclairant sur l'Orient compliqué, à partir d'une citation tirée d'un ouvrage. Celui-ci, co-écrit par Christian Lochon et Jean-Marc Aractingi, a fait l'objet de deux émissions. Dans ce passage, vous apprendrez comment le pouvoir syrien a été "alaouitisé" à partir de 1970, soit donc il y a 45 ans !

J.C

"En 1945, Damas ne compte que 4.022 alaouites. Ils réussiront pourtant à conquérir le pouvoir, réalisant la revanche de la montagne de minorité alaouite sur la ville des notables sunnites. Pour cela, il leur a fallu briser l'hégémonie sunnite (60 % de la population) et s'appuyer dans un premier temps, sur l'ensemble des minorités : chrétiens, druzes et ismaéliens.

En 1958, le gouvernement de la République Arabe Unie (union égypto-syrienne) comptait 92 % de ministres sunnites ; Le Caire, sinon Damas, se méfiait des "batiniyyin" (ésotéristes) et méprisait les chrétiens. Ainsi, les officiers alaouites, druzes et ismaéliens seront mutés en Egypte pour y être mieux surveillés, parmi eux Hafez El-Assad, qui y prépare "l'après R.A.U". A son retour à Damas en 1961, il réussit à renverser par un coup d'Etat le régime civil du président Nazem Al Koudsi. Si c'est encore un officier supérieur sunnite, le général Amin Al Hafez qui devient président, le Comité militaire du Baath comprend trois officiers alaouites : Hafez El-Assad, (nommé commandant en chef de l'aviation puis, en 1965, commandant en chef des forces armées), Salah Jedid et Mohamed Omrane ainsi que deux ismaéliens : Abdelkarim Jundi et Ahmed El-Mir. Mohamed Omrane déclare : "Il faut que les fatimides (dont les alaouites font partie) aient leur tour !". Le président Amin Al Hafez, qui lui est anti-alaouite, supporte mal la mise à l'écart de sept cents officiers sunnites tous remplacés par des "minoritaires". Le 23 février 1966, un putsch dépose Amine Al Hafez. De nouvelles purges anti-sunnites ont lieu, mais le chef de l'Etat Nouredine Atassi, et le Premier Ministre sont sunnites, tandis que le nouveau ministre des Affaires Etrangères Ibrahim Makhos est alaouite. Une tactique de mise à l'écart des Druzes puis des Ismaéliens (présents dans les syndicats et les forces de sécurité) est enclenchée. A partir de 1970, le pouvoir va être "alaouitisé" et les querelles politiques ne se passeront plus qu'entre alaouites. 

Elu en 1971 à la tête de l'Etat syrien, l'alaouite Hafez El Assad sera réélu jusqu'à sa mort en 2000. Son fils Bashar El-Assad lui succèdera."

Jean-Marc Aractingi et Christian Lochon
"Druzes, Ismaléliens, Alaouites, confréries soufies. Secrets initiatiques en Islam et rituels maçonniques", pages 122 et 123


18 novembre 2010

Un conflit d'Universels : relire d'urgence Eric Marty !

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Extrait de "Bref séjour à Jérusalem" par Eric Marty, repris le 9 mai 2003 sur le site "Debriefing.org"



Introduction :
Mon ami Charles L., de Montréal, me fait l'honneur de suivre régulièrement ce blog. Il m'envoie, régulièrement, des liens et extraits tirés du Net que je ne peux, malheureusement, reprendre tous en ligne. J'ai cependant voulu rapidement partager avec mes lecteurs cet extrait d'un texte déjà ancien (2001) d'Eric Marty, professeur de littérature contemporaine à l'Université Paris VII. Comme on le verra, il met le doigt sur une des sources d'incompréhension les plus profondes entre la France et Israël : une sorte de compétition entre deux conceptions de l'Universel, qui déstabilise la vision du Monde de nos compatriotes ... et aboutit, hélas et chez beaucoup d'entre eux, à un refus  existentiel de l'état juif.
Bonne lecture !
J.C
Dans "la métaphysique des nations ", la France est sans doute le pays le moins à même de comprendre ce nom propre qu’est Israël. Cette incompréhension viscérale tient tout simplement à ce que la France est porteuse, détentrice et peut-être fondatrice d’un type d’universalité antagoniste avec celui qui fonde le nom d’Israël. Comment l’universalité française égalisatrice, nivellatrice, fusionnelle comprendrait-elle une universalité en écart ?
Et d’abord peut-il y avoir tant d’universalités sur terre ? N’est-ce pas une contradiction insupportable ? Que peut signifier une universalité qui s’inscrit dans un écart symbolique ? Comment comprendre ces juifs, en qui tout l’univers affleure, puisque toutes les races sont représentées par le nom d’Israël, dans le nom d’Israël et par son peuple composé de noirs, de blancs, d’orientaux, de slaves, de méditerranéens, etc., et qui, en même temps, circonscrit l’appartenance au nom à des conditions fort strictes ?
Comment comprendre le cosmopolitisme, ethnique, culturel, linguistique, comment comprendre ce cosmopolitisme essentiel du nom Israël et du peuple d’Israël, lui qui ne fut jamais, comme Rome, comme Londres ou comme Paris, le foyer d’un empire ?
Comment comprendre la diversité pure de cet universel, diversité non pas seulement historique, liée à la diaspora de l’ère chrétienne, mais presque originelle, associée à la dispersion des tribus d’Israël ?
Et que veut dire un universel dont un peuple élu serait le détenteur ? Il y a apparemment trop de théologie là-dedans aux yeux d’un Français pour qui l’universel est une notion simple : tous les gens sont pareils et tous les gens sont comme moi. Cet universalisme républicain qui ne conçoit pas l’universel comme épreuve mais comme nature.

Les tenants de l’Universel français ont compris que, quelle que soit l’aide émancipatrice et libératrice qu’ils apporteraient aux peuples martyrs, ils resteraient d’éternels colons : l’universel qu’ils offraient n’était pas tout à fait cette pure délivrance, le pur signifiant de la Liberté, il demeurerait encore et toujours un universel français.

C’est dans cet échec historique de l’universel français et le passage ambigu de témoin qui fut opéré avec le Tiers-monde, que gît le rapport énigmatique d’incompréhension, de falsification, de négation d’Israël par la France, de cette négation qui est une spécialité française. Cet échec de l’universel français, nous le vivons comme un long deuil dont l’Europe nous débarrassera peut-être pour notre plus grand bonheur, où être français se vivra et se pensera alors plus librement. Le nom propre Israël ne veut rien dire pour la nation française. Ce nom est un nom essentiellement raturé et donc illisible. Et la première rature est là. Israël n’est et ne peut être qu’un prolongement, qu’une marionnette ou qu’un surgeon des Etats-Unis. Il est impensable qu’Israël signifie autre chose que cela.

Chaque jour en lisant la presse française, je me suis demandé ce qui pouvait bien animer ce besoin de maquiller la réalité, de travestir les choses, de mentir. Ce qui anime le besoin de mentir, c’est tout simplement la volonté de voir disparaître l’Etat d’Israël comme Etat juif. Bien sûr, tous ces gens ne sont pas animés d’un désir d’extermination du peuple juif : rien de tel dans leur esprit. S’il y a un antisémitisme de gauche, il n’a pas encore la parole en France. Non, ce qu’ils désirent voir disparaître c’est la judéité de l’Etat d’Israël, et par voie de conséquence, l’Etat d’Israël lui-même.
Un article de Gilles Paris, paru dans Le Monde du 14 avril 2001, est, à ce titre, un pur révélateur : cet article s’intitule "A la recherche de l’Andalousie du XXIème siècle". Titre étrange puisqu’il prend comme modèle la colonisation du sud de l’Espagne par les Maures (pourquoi ne pas proposer alors le modèle colonial français en Algérie ?). Au fond l’idéal de Gilles Paris, celui de l’idéologie franco-palestinienne à propos d’Israël, c’est que le peuple juif, comme dans l’Espagne mauresque, redevienne ce qu’il a été si souvent, ici ou là, un peuple sans Etat, minorité protégée par la bienveillance arabo-musulmane dont on sait - l’histoire nous l’apprend - qu’elle est sans limite. Quel autre sens trouver à cette "Andalousie", dont Gilles Paris semble avoir une grande nostalgie pour les juifs ? Le nom et le statut existent, nul besoin de l’inventer : les Arabes ont tout prévu, ils appelaient cela les dhimmis.

Qu’y a-t-il de si insupportable à l’humanité dans l’existence d’un Etat juif ? Qu’y a-t-il de si insupportable dans l’Etat d’Israël ? Rien en tout cas qui puisse heurter ceux qui souffrent de phobie à l’égard de la pureté ethnique, puisque la population juive d’Israël est, comme on l’a dit, en vertu de l’universalité originaire du peuple juif, la population la plus multiraciale qui soit. L’universel juif, on le voit, est bien particulier. Il n’est pas comme pour les autres nations un futur, un avenir, ou un idéal à conquérir, il est originaire. Voilà peut-être ce que tant de gens ne supportent pas dans l’existence même d’Israël, dont l’universalité les précède et les précédera, à tous les sens du mot, jusqu’à la fin du monde.

L’idéal sioniste est la seule utopie du XXème siècle qui ait réussi, la seule à avoir suscité un homme nouveau sans produire un monstre, tel l’homo sovieticus, ou l’homme aryen, tout simplement parce que, là encore, ce n’est pas avec un avenir démiurgique que les sionistes ont composé, mais avec l’homme originaire qui était en eux : l’hébreu. Comment est-il envisageable pour les juifs de se déposséder d’une reconquête sans précédent dans l’histoire ? Israël aujourd’hui n’a pour Être que son existence, Israël n’est qu’existence.

Cette détermination purement existentielle d’Israël, je la vois dans une double vulnérabilité. Une vulnérabilité historique : Israël a à peine plus de cinquante ans, l’âge d’un être humain - encore assez être humain pour pouvoir mourir, disparaître et retourner à la poussière. Une vulnérabilité géographique : Israël est grand comme à peine deux départements français : sans réserves territoriales, une seule défaite peut l’anéantir : Israël ne joue jamais avec la vie, car tout son être est dans cette existence finie. Cette détermination purement existentielle d’Israël, je le vois dans son nom propre et dans l’anthropologie qu’il dessine : ce nom qu’elle a hérité d’un homme, Jacob. Jacob a été appelé Israël parce qu’il a lutté avec Dieu toute une nuit et qu’il n’a pas cédé sur son identité.


Eric Marty,
"Bref séjour à Jérusalem", Editions Gallimard

06 mars 2009

Rabbin Josy Eisenberg : "Théologiquement, le peuple juif n'a aucune légitimité au regard de l'islam"

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"(...) Dans l'islam, les choses sont différentes. Il ne s'agit pas (ndlr : comme dans le christianisme) de substitution, mais tout simplement de dépossession. La Bible juive - surtout la Torah - est considérée comme un texte musulman que les Juifs auraient falsifié en donnant au patriarche Ibrahim le nom d'Abraham et au serviteur d'Allah - Daoud - le pseudonyme de David. Heureusement, bien que fréquemment stigmatisés dans le Coran - tout comme les Chrétiens - les Juifs furent considérés par l'islam comme le Peuple du Livre. Ils bénéficièrent par conséquent de la législation du dhimmi : la protection naturelle que l'hospitalité islamique accorde aux faibles et aux sans droits. Au passage, rendons-lui l'hommage qu'elle mérite. Mais pratiquement exclus de l'histoire, les Juifs ne présentaient aucun danger pour l'islam. D'ailleurs, même en Occident, ils étaient méprisés et diabolisés.
Mais voici que deux évènements de taille se sont produits dans la seconde moitié du XXe siècle, et quasi concomitamment. D'une part, après la Shoah, l’Église a mis un terme à la diabolisation des Juifs et a rejeté la caducité du judaïsme. D'autre part, les Juifs sont revenus en force dans l'histoire avec la création de l'état d'Israël, faite au demeurant au détriment de populations arabes. Des dominés devenus dominants : c'est la fameuse "humiliation" arabe s'ajoutant à celle de la colonisation. Mais il y a d'avantage. Une question se pose, même si elle ne semble guère avoir troublé les théologiens de l'islam. Le sionisme est-il simplement un simple retour - retournement - de l'histoire, ou un retour en grâce ? Volonté des hommes, ou dessein divin ? C'est que les faits sont têtus. Et si Ibrahim s'était vraiment appelé Abraham ?
Bien entendu, un esprit cartésien a du mal à croire qu'un texte hébraïque daté d'au moins dix-sept siècles avant Mahomet puisse être crypto-musulman. Mais le fait est là : des centaines de millions de croyants adhèrent à ce que l'on peut pour le moins qualifier d'étrange théorie. Et c'est le fond du problème : théologiquement, le peuple juif n'a aucune légitimité au regard de l'islam."

Rabbin Josy Eisenberg,
"Information juive", janvier 2009

04 décembre 2008

"Les Musulmans face à l'Histoire", par Malek Chebel

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"Face à la réalité, le musulman oppose le jour du jugement dernier comme un bornage temporel selon lequel il se persuade que la vérité suprahumaine serait préférable à celle de son existence ici-bas. Conséquence directe : le musulman se refuse à toute dialectique de l'histoire, et n'accepte que l'hagiographie, c'est à dire l'histoire romantique d'un temps béni, celui de la prophétie, qui coule indéfiniment et qui n'a pour seul héros que Mohammed.
N'aimant pas l'histoire, dont il est déconnecté jusqu'à présent, et se refusant à la philosophie spéculative, l'érudit musulman est continuellement rivé à la seule métaphysique. A quoi bon ! Il a la certitude que toutes ces cogitations ne sont qu'un prélude à la mort, et aucune ne peut en différer l'échéance.
En outre, sans culpabilité originelle, le musulman peut à bon droit se projeter sans complexe vers un au-delà plus oblatif et plus sécurisant (...)"


Malek Chebel
Extrait d'un "rebond" publié dans le journal "Libération" le 10 novembre 2008

02 mai 2008

« Le Caire, métropole du monde », par Ibn Khâldun


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« Le Caire : métropole du monde, jardin de l’univers, lieu de rassemblement des nations, fourmilière humaine, haut lieu de l’islam, siège du pouvoir. Des palais sans nombre s’y élèvent ; partout y fleurissent médersas et kanaqât ; comme les astres éclatants, y brillent les savants. La ville d’étend sur les bords du Nil - rivière du paradis, réceptacle des eaux du ciel, dont les flots étanchent la soif des hommes, leur procurent abondance et richesse. J’ai traversé ses rues : les foules s’y pressent, les marchés y regorgent de toutes sortes de biens. Que de fois m’a-t-on fait l’éloge de cette capitale, qui a atteint un degré extrême de civilisation et de prospérité. J’ai recueilli à son propos des impressions diverses, les unes émanant de mes maîtres, les autres de certains de mes amis, pèlerins ou commerçants. Voici d’abord celui de mon ami al-Maqarri, grand cadi de Fès, premier savant du Maghreb, dont il me fit part à son retour de pèlerinage, en l’an 740 (1339) : celui qui n’a pas vu Le Caire ne pourra jamais mesurer le degré de puissance et de gloire de l’islam ».

Ibn Khâldun, « Le voyage d’Occident et d’Orient », Editions Sindbad
Cité par Abdelwahab Meddeb dans « La maladie de l’islam », Editions du Seuil (page 101).
Ibn Khâldun est sans doutes le plus illustre historien et chroniqueur du Maghreb médiéval, je vous invite à mieux le connaître en consultant l'article qui lui est consacré sur Wikipedia.
Les monuments architecturaux du Caire datent du 14 ème siècle, et correspondent à l'apogée de la dynastie des Mamelouks. D'après Meddeb, "le dernier éclat de la civilisation islamique en terres arabisées eut lieu sous la dynastie mamelouk (...) ce fut l'époque où Le Caire était devenue la dernière capitale-monde qu'ait connue l'islam".

J.C

15 novembre 2007

Le choix appartient aux Musulmans


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Bernard Lewis

Que s’est-il passé ? L’islam, l’occident et la modernité
(Editions Gallimard)

L’attention médiatique internationale donnée dans le monde entier aux idées et aux actes d’Oussama Ben Laden et des Talibans a permis de percevoir avec encore plus d’acuité l’éclipse de la civilisation qui, en son temps, fut la plus admirable, la plus avancée et la plus ouverte de l’histoire de l’humanité.

Pour un observateur occidental baignant dans la théorie et la pratique de la liberté, c’est précisément le manque de liberté - liberté de l’esprit affranchi des dogmes et de la censure ; liberté de l’économie affranchie de la corruption et de l’incurie ; libertés des femmes affranchies de l’oppression masculine ; liberté des citoyens affranchis de la tyrannie - qui est à la base des maux dont souffrent le monde musulman. Toutefois, comme l’histoire de l’Occident le montre d’abondance, le chemin vers la démocratie est long et ardu, semé d’embûches et d’obstacles.

Si les peuples du Moyen-Orient continuent dans la même voie qu’aujourd’hui, le kamikaze qui se fait exploser risque de devenir une métaphore de toute la région ; il sera alors impossible d’échapper au funeste engrenage de la haine et du ressentiment, de la fureur et de l’auto commisération, de la pauvreté et de l’oppression - engrenage qui conduira tôt ou tard à une autre domination étrangère, peut-être celle d’une nouvelle Europe revenant à ses anciennes pratiques, d’une Russie ressuscitée ou bien d’une superpuissance encore en gestation en Extrême Orient. Ce n’est qu’en renonçant à leurs griefs, et à leur victimisme, en surmontant leurs querelles, en unissant leurs talents, leur énergie et leurs ressources dans un même élan créatif, que ces peuples pourront de nouveau faire du Moyen-Orient ce qu’il était dans l’Antiquité et au Moyen-Age, un haut lieu de la civilisation.

Le choix leur appartient.

J.C

23 septembre 2007

Sarkozy, Israël ... et Bouteflika

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Introduction :
Deux extraits tirés du dernier livre de Yasmina Reza, "L'Aube, le soir ou la nuit" (Éditions Flammarion), où l'auteur donne son témoignage très personnel sur les coulisses de la campagne électorale qui a conduit Nicolas Sarkozy à la victoire ...
J.C

"Vantard. Quel autre adjectif choisir pour le décrire au consulat de France face aux représentants des principales organisations juives ? Peut-être a-t-il raison, les juifs n'ont pas d'affinité avec la modestie. "Je suis numéro un des sondages bien que je sois l'ami de l'Amérique et d'Israël. Je ne dis pas cela par prétention. J'ai cinquante et un ans, je suis calme. Ne vous laissez pas enfermer par les articles de journalistes stupides qui ne n'y comprennent rien. Une partie des élites françaises me détestent beaucoup plus qu'Israël et les Américains".

Extrait de son entretien avec le Président Algérien :
Bouteflika :
" Moi, j'appartiens à une génération qui voulait la destruction d'Israël. Nous avons échoué. Échoué. C'est fini. J'apprécie cher ami votre position sur Israël. Mais n'oubliez pas qu'il y a un peuple palestinien qui a droit à un État. Et ça manque un peu dans vos intonations".
Sarkozy :
" J'entends, monsieur le Président".

J.C

18 mai 2007

Adieu à « Chirac d’Arabie » : 5/5, une nouvelle page diplomatique à écrire

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Extrait de « Chirac d’Arabie » de Christophe Boltanski et Eric Aeschimann, Editions Grasset

Page 405

Une nouvelle page de la diplomatie française est à écrire, moins tonitruante, plus efficace. Une politique délivrée du mythe du « bon arabe » sunnite, bédouin, masculin, autoritaire et qui s’ouvre enfin aux femmes, aux chiites, aux Kurdes, aux Berbères, aux opposants. Une diplomatie plus soucieuse des libertés individuelles ou collectives et moins inféodée aux dirigeants. Désireuse, enfin, de partager son expertise avec ses partenaires européens. Capable, enfin, de regarder en face son histoire coloniale - ce passé qui ne passe pas et dont le fantôme entrave son influence précisément là où elle pourrait être la plus naturelle et la plus bénéfique : le Maghreb.

L’avenir du Proche-Orient ne doit plus être un prétexte à envolées lyriques sur le génie français. L’Orient ne doit plus être une ligne de fuite pour une France qui a cessé de s’aimer. L’autre Arabe doit sortir de sa gangue de fantasmes contradictoires - le jeune beur à qui on impose un couvre-feu, le gentil bédouin avec qui l’on boit le thé. Tel sera le défi qui sortira des urnes en mai 2007. Car c’est à ce prix que la France pourra reconstruire sa crédibilité et, à terme, aider à la paix. Peut-être même parviendra-t-elle, au passage, à se réconcilier un peu avec elle-même.

J.C

17 mai 2007

Adieu à « Chirac d’Arabie » : 4/5, le discours du Caire

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Extrait de « Chirac d’Arabie » de Christophe Boltanski et Eric Aeschimann, Editions Grasset

Pages 195 à 196

Le cadre théorique de cet activisme est défini dans son intervention du 8 avril 1996 à l’université du Caire. Un grand discours « fondateur » comme il les affectionne (...)

Le résultat est un discours à la tonalité étrangement désuète, faisant fi des changements survenus sur la planète. Avec la construction européenne et l’avènement de l’hyper-puissance américaine, la France est devenue une puissance moyenne et l’invasion du Koweït a démontré la division profonde des pays arabes. Mais le Président n’en a cure et il martèle l’idée d’un lien spécifique entre une France vue comme une puissance entièrement autonome et un monde arabe pris comme un bloc : « la politique arabe de la France », « la relation que Français et Arabes ont nouée de longue date », « les peuples arabes », « entre Français et Arabes », « la grande politique arabe », « le monde arabe », « nous devons dialoguer entre partenaires égaux », y affirme le chef de l’ État. (...)

Ce catalogue de vœux pieux mâtinés de postulats relativistes fonde-t-il une « politique arabe » ? Dix ans plus tard, les impasses du discours du Caire sautent aux yeux. L’Europe y est reléguée au second plan. Le développement de la société civile des pays arabes n’est jamais évoqué. Les principes qui doivent guider la France dans ses relations avec chaque pays arabe ne sont pas définis. Et la question d’Israël est traitée exclusivement à travers le prisme du conflit avec la Palestine. (...) Pour maintenir son cap gaullien, il va bientôt être contraint d’en accentuer les traits à l’excès, de transformer l’amitié envers les dirigeants arabes en complaisance, de pousser la critique d’Israël jusqu’à la quasi-rupture et de se distinguer des Américains jusqu’au défi. Pour lui rester fidèle, le mythe oblige à une surenchère permanente.

J.C

14 mai 2007

Adieu à « Chirac d’Arabie » : 3/5, la fascination des pouvoirs despotiques

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Extrait de « Chirac d’Arabie » de Christophe Boltanski et Eric Aeschimann, Editions Grasset

Pages 115 à 117

« Ce qu’il aime dans le monde arabe, c’est le côté tribal, clanique, le rapport au temps », note un ancien conseiller de l’Élysée. Au début des années 90, dans un avion qui le ramène d’un séjour à Oman, il raconte avec feu comment le sultan Qabous vient de sceller la réconciliation entre plusieurs chefs de tribus. « Ça le passionnait », se souvient un témoin. La puissance politique des dirigeants arabes - rois, présidents plus ou moins à vie, raïs en tout genre - l’intrigue. Jacques Chirac, ce formidable bateleur de campagne, trouve à Riyad, à Damas ou à Rabat des doubles inversés qui exercent le pouvoir comme un attribut et non comme une responsabilité - presque un art, où seule compte l’aptitude à s’en emparer et à le conserver. En 1986, il confie à Franz-Olivier Giesbert son admiration pour Hafez el-Assad : « Je n’ai pas pour lui une sympathie naturelle et spontanée, mais je suis soufflé que ce type réussisse à imposer sa volonté sur une nation où son ethnie ne représente que 8 % de la population ».

(...) Jacques Chirac est un démocrate, mais il est à l’aise avec les « hommes forts ». Les dictateurs ne l’effraient pas, ne le hérissent pas : ils l’intéressent. Dès qu’il pose le pied dans un pays arabe, il a tendance à se comporter lui-même comme une sorte de président à vie de la France, « comme un raïs », selon l’expression d’un journaliste qui a suivi ses voyages. Au reste, n’est-il pas, comme les dirigeants arabes, installé dans les palais de la République depuis quatre décennies, secrétaire d’état à 35 ans, deux fois premier ministre, maire de Paris pendant vingt ans, et enfin président ? Il les connaît depuis si longtemps qu’il a fini par leur ressembler.

J.C

13 mai 2007

Adieu à « Chirac d’Arabie » : 2/5, l’homme qui n’aimait pas l’Occident

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Extrait de « Chirac d’Arabie » de Christophe Boltanski et Eric Aeschimann, Éditions Grasset

Pages 33 et 35

Un soir du printemps 1980, à Rome, au sortir d’un dîner dans une trattoria surplombant les forums impériaux, il confia à celui qui était alors son directeur de cabinet à la mairie de Paris, Bernard Billaud : « Il n’y a pas de lieu au monde où l’on ressente plus le poids de l’histoire, au point d’en être écrasé. C’est comme si les pierres de ce ces colonnes en ruine me tombaient sur la tête. Je ne supporte pas d’être ainsi lapidé par des réminiscences d’un passé qui étouffe la vie et bloque l’avenir (...). De tous ces palais romains, de ces pierres, de ces rues, suinte la mort (...). En Mésopotamie, par exemple, on marche sur l’histoire. Ici, à Rome, elle vous fracasse le crâne ». L’Irak, déjà ... Chirac s’y est rendu à deux reprises, en tant que Premier ministre. A l’évidence, ce fut aussi des expériences intimes. Et Bernard Billaud de percevoir dans ce cri du cœur moins « un dégoût en général de l’histoire qu’une répugnance à l’égard des sources de notre civilisation : le rejet de la Rome antique et - je le crains - de la Rome chrétienne. »

Chirac a le goût des rites immuables, des longues salutations, du thé qu’on partage sous la tente bédouine, des chefs de tribu en habits d’apparat. « Tout cela conduit parfois à un relativisme qui n’est pas dans l’air du temps, dit Hubert Védrine. Il estime que les Occidentaux n’ont pas toujours raison sur tout ». L’Orient comme point de repère, comme gardien des valeurs humaines face à la modernité ... En 1992, il refusa que la ville de Paris participe à la célébration de la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb en s’exclamant : « Pourquoi voudriez-vous que je célèbre le début d’un génocide ? ».

J.C

23 octobre 2006

Quand les intellectuels parisiens louaient Khomeyni


Jean Corcos et Houchang Nahavandi, photo prise dans le studio de Judaïques FM,13 octobre 2006

Introduction :
Cette photo a été prise juste après l'enregistrement de notre émission, diffusée le 22/10/2006. C'était la première fois que j'avais le plaisir d'accueillir à la radio l'auteur, qui est un témoin exceptionnel du règne du dernier Shah d'Iran et des circonstances de sa chute. Je reproduis ci-dessous un extrait de son livre "Iran, le choc des ambitions" (éditions Aquilion), où il décrit l'aveuglement des intellectuels parisiens qui adulèrent l'ayatollah Khomeyni lors de son séjour à Neauphle-le-Chateau.
J.C

Citation on line

Houchang Nahavandi
« Iran, le choc des ambitions » (Editions Aquilion)

« Toute une partie de l’intelligentsia occidentale, française surtout, crie à la divine surprise. Des comités de soutien sont créés. Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir et surtout Michel Foucault en prennent la tête. Saint Germain-des-Prés trouve une nouvelle cause à défendre et promouvoir, et se mobilise pour Rouhallah Khomeyni.
Michel Foucault se rend à deux reprises en Iran - septembre et novembre 1978 -, écrit une série d’articles dithyrambiques sur Rouhallah Khomeyni dans la grande presse occidentale, "Le Monde" notamment. Il le rencontre au moins une fois à Neauphle-le-Château, analyse ses positions philosophiques.
Simone de Beauvoir se rend également en Iran pour soutenir la révolution islamiste. Jean-Paul Sartre se contente de prises de positions parisiennes. Par la suite, voyant la tournure prise par les évènements, Madame de Beauvoir rectifiera quelque peu sa position. Michel Foucault, quant à lui, se contentera, à peine, de vagues regrets.
Au cours de cette période, le terrorisme intellectuel interdisait tout doute, toute question en la matière.
André Fontaine commente l’évènement dans "Le Monde" en titrant son grand article « Le retour du divin ». En comparant Rouhallah Khomeyni à Jean-Paul II, il évoque « le besoin d’identité, élément essentiel de dignité consubstantiel à l’homme » que lui inspire le triomphe du personnage, et rêve que « les représentants des religions révélées [puissent] se rencontrer pour voir ce qu’ils pourraient faire, les esprits forts ayant échoué, pour la Paix du monde ». L’article, traduit, a un grand retentissement en Iran. (...)
Le parti socialiste que dirige François Mitterand proclame « son soutien résolu » au mouvement. Le PS organise une manifestation publique de soutien et son bureau exécutif salue le 14 février 1979 la victoire de la révolution islamique « mouvement populaire d’une ampleur exceptionnelle dans l’histoire contemporaine ».

15 février 2006

Préjugés ...


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Albert Einstein

"Il est plus difficile de détruire un préjugé que de détruire un atome"

Que cette phrase est d'actualité après le "tsunami" de l'affaire des caricatures de Mahomet !
 La fureur des réactions en Orient a exacerbé, en Europe, l'image d'un islam belliqueux et totalitaire. Pour les agitateurs de Gaza ou de Damas, quelques rumeurs ont suffi à vendre à des foules hystériques la conviction que tout Européen est un raciste anti-musulman, avec le paisible Danemark en chef de file des "Croisés". Pour les lecteurs de certains journaux (et hélas de trop de sites Internet), tous les Arabes se sont réjouis de voir des ambassades européennes incendiées, et demain l'invasion mauresque de l'Occident risque de recommencer. Quand aux Juifs, qui n'y sont pour rien dans cette crise de nerfs collective, les voici comme d'habitude dans l'oeil du cyclone, jalousés, dénoncés ou apostrophés, avec (cerise sur le gateau) le concours de dessins sur l'Holocauste lancé par le négationniste Ahmadinejad et sa clique de néo-nazis ...

J.C

11 octobre 2005

L'immémorial européen

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Jean-Claude Milner,
"Les penchants criminels de l'Europe démocratique"
(Editions Verdier, prix : 12 E)


« Jusqu’à la dernière guerre d’Irak, le Proche Orient et le Moyen-Orient étaient de part en part une œuvre européenne. L’orientalisme, que l’on suive Edward Saïd ou Bernard Lewis, en était la manufacture, au croisement du savoir et du rêve, de la conquête et du tourisme. Les fantasmes personnels de quelques anglais et de quelques français, de Lawrence à Genêt en passant par Massignon, y eurent une part non négligeable. Ils n’étaient que la forme accentuée d’une quête née du dix-neuvième siècle et du voyage romantique : la quête d’un immémorial.

Demande bien compréhensible de la part d’Européens, lassés d’un monde où l’on sait toujours que tout a eu un commencement, même le christianisme, même la philosophie, même la politique. L’inversion imaginaire a voulu que les voyageurs, les diplomates, les conseillers des décideurs aient cru trouver l’immémorial dans la conjonction des tard-venus de l’Orient : le nom arabe et le nom musulman. En sortit au vingtième siècle, après la fin de l’Empire ottoman, une politique de pacotille, où passèrent pour intrus, tous ceux à qui il manquait l’un des deux noms - Kurdes, Arabes chrétiens, Coptes -, moyennant tout au plus une exception pour les Turcs, en vertu du droit du plus fort. Mais ceux à qui les deux noms manquaient n’avaient rien à espérer. Quiconque est habité par la vision orientaliste du monde, tient tout Juif au Proche-Orient pour éternellement intrus ».

Nota : à propos de Lawrence d’Arabie, lire aussi l’article en cliquant ici.

J.C