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14 mai 2007

Adieu à « Chirac d’Arabie » : 3/5, la fascination des pouvoirs despotiques

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Extrait de « Chirac d’Arabie » de Christophe Boltanski et Eric Aeschimann, Editions Grasset

Pages 115 à 117

« Ce qu’il aime dans le monde arabe, c’est le côté tribal, clanique, le rapport au temps », note un ancien conseiller de l’Élysée. Au début des années 90, dans un avion qui le ramène d’un séjour à Oman, il raconte avec feu comment le sultan Qabous vient de sceller la réconciliation entre plusieurs chefs de tribus. « Ça le passionnait », se souvient un témoin. La puissance politique des dirigeants arabes - rois, présidents plus ou moins à vie, raïs en tout genre - l’intrigue. Jacques Chirac, ce formidable bateleur de campagne, trouve à Riyad, à Damas ou à Rabat des doubles inversés qui exercent le pouvoir comme un attribut et non comme une responsabilité - presque un art, où seule compte l’aptitude à s’en emparer et à le conserver. En 1986, il confie à Franz-Olivier Giesbert son admiration pour Hafez el-Assad : « Je n’ai pas pour lui une sympathie naturelle et spontanée, mais je suis soufflé que ce type réussisse à imposer sa volonté sur une nation où son ethnie ne représente que 8 % de la population ».

(...) Jacques Chirac est un démocrate, mais il est à l’aise avec les « hommes forts ». Les dictateurs ne l’effraient pas, ne le hérissent pas : ils l’intéressent. Dès qu’il pose le pied dans un pays arabe, il a tendance à se comporter lui-même comme une sorte de président à vie de la France, « comme un raïs », selon l’expression d’un journaliste qui a suivi ses voyages. Au reste, n’est-il pas, comme les dirigeants arabes, installé dans les palais de la République depuis quatre décennies, secrétaire d’état à 35 ans, deux fois premier ministre, maire de Paris pendant vingt ans, et enfin président ? Il les connaît depuis si longtemps qu’il a fini par leur ressembler.

J.C