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29 octobre 2005

La Tribune de Genève : halte au nazislamisme !

Introduction :
Jean-Noël Cuenod vient d'écrire (28 octobre) un éditorial remarquable dans le journal suisse "la Tribune de Genève" : en reproduire seulement un extrait serait le mutiler, c'est pourquoi je préfère vous le donner à lire in extenso. Quelques mots de commentaires, après ceux un peu désabusés publiés juste après le discours d'Ahmadinejad : mêmes tonalités des éditoriaux de la presse francaise et européenne ; condamnations de l'Iran par le Conseil de Sécurité de l'ONU, l'Union Européenne et pratiquement toutes les grandes puissances ... Israël n'a jamais reçu un soutien aussi net de la part de la Communauté internationale. Reste à voir si cette solidarité n'est qu'un "été indien" à l'image de cet automne qui n'en finit pas de ne pas commencer !
J.C

"Les ignobles propos du président iranien Mahmoud Ahmadinejad n'ont rien d'un feu de bouche mais tout d'une déclaration de guerre: «Israël doit être rayé de la carte». Tout d'abord, le thème du congrès au cours duquel ils ont été prononcés est en soi tout un programme: «Le monde sans le sionisme» qui fait référence explicite au «monde sans les Juifs» proclamé par les nazis des années trente.
Ensuite, il ne s'agit pas d'une de ces «petites phrases» qu'affectionne la classe politique française. C'est tout le discours du président iranien qui suinte la haine anti juive. Un discours d'ailleurs scrupuleusement brodé sur le canevas de la rhétorique nazie. Tout comme Hitler, Ahmadinejad use de termes médicaux pour effacer «ce stigmate» qu'est Israël, «de la face du monde islamique».
Le mot «antisionisme» - faux nez de l'antisémitisme - n'abuse plus personne. C'est bien l'éradication d'un état juif - et qui doit être éradiqué parce qu'il est juif et démocratique - qu'Ahmadinejad a réclamée devant 4000 étudiants fanatisés. Désormais aux chemises brunes d'hier répondent les turbans bruns d'aujourd'hui. Le nazislamisme vient de connaître son congrès de Nuremberg.
Le danger serait de relativiser la portée de ces propos. Par le passé, de nombreux dirigeants islamistes ont promis de livrer Israël aux flammes de l'enfer coranique. Mais c'est tout de même la première fois depuis l'ère nassérienne que le chef d'un pays de 76 millions d'habitants en appelle à la destruction physique de l'état hébreu.
Sans doute Ahmadinejad se sent-il assez fort pour se lancer dans une telle diatribe. Fort à l'intérieur de ses frontières, en premier lieu. Cet ancien officier du groupe paramilitaire des «Pasdaran» n'est que la figure la plus apparente de ce parti nazislamiste qui, désormais, détient les principaux leviers de commande. Et il n'est guère douteux que l'actuelle position du président a reçu l'onction du véritable patron de l'Iran, le Guide suprême Khameneï. De plus, le pouvoir nazislamiste est en train de mettre au pas les médias iraniens, surtout dans la sphère de l'Internet où soufflait encore une brise de liberté. Des milliers de sites ont été censurés parce que jugés «non islamiques» et plusieurs cyberjournalistes ont été jetés en prison, dénonce Reporter sans frontières.
A l'extérieur aussi, l'horizon paraît dégagé pour le parti d'Ahmadinejad. Les Etats-Unis s'enlisent en Irak qui est dominé par les coreligionnaires chi'ites des Iraniens. Et au Liban, le Hezbollah pro-iranien est solidement implanté dans les régions de confession chi'ite.Sans doute, les démocraties vont-elles payer pendant longtemps la funeste aventure américaine à Bagdad. Les moyens de pression militaires de l'Occident sur Téhéran paraissent singulièrement grevés par l'hypothèque irakienne. Ahmadinejad a vraisemblablement jugé que le moment était venu de tomber les masques sans trop de risques et de mobiliser ses troupes politiques en vue de prendre la tête de la lutte antijuive au Proche-Orient.
Voilà les démocraties placées désormais en face de leurs responsabilités. Pour elles, la tentation est grande de protester sur le moment et d'oublier plus tard les malsonnants propos iraniens afin de conclure de juteux contrats avec cet excellent client qu'est Téhéran. Il est probable qu'Ahmadinejad table sur cette tendance occidentale à sombrer dans la cécité cupide en se disant, comme Lénine jadis, «les capitalistes nous vendront la corde avec laquelle nous les pendrons».
Aux pays démocratiques de prendre le contre-pied en se montrant d'une inébranlable solidarité avec Israël qui est l'unique état du Proche-Orient à défendre nos valeurs. Au moment où l'Iran cherche à se doter de l'arme nucléaire, les bonnes affaires, pour une fois, devraient être reléguées au second plan. Désormais, il ne faut plus rien céder à Téhéran et renvoyer le dossier du nucléaire devant le Conseil de Sécurité sans tergiverser. En défendant Israël bec et ongles, c'est aussi notre propre sauvegarde que nous assurons."

Jean-Noël Cuenod