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12 janvier 2012

Syrie : le lourd passé du chef des enquêteurs

Le général soudanais Mohammedal-Dabi

Comment la Ligue arabe a-t-elle pu nommer un tel chef à la tête de ses observateurs en Syrie? Au bout de seulement trois jours, le général soudanais Mohammed al-Dabi concentre les critiques des ONG et des gouvernements occidentaux. Mercredi, au lendemain d'une visite éclair de quelques heures à Homs, au cœur de la répression du régime, le général était rentré satisfait: «La situation n'a rien d'effrayant», avait-il déclaré, précisant tout de même: «là où nous étions». Précaution de langage indispensable: les forces de sécurité avaient tiré non loin de là sur des manifestants.

Les félicitations de Pékin, principal allié du gouvernement syrien, ne vont pas faire remonter la crédibilité de la Ligue arabe. «La Chine se félicite des enquêtes objectives de la Ligue arabe en Syrie», a déclaré jeudi un porte-parole du ministère des Affaires étrangères.
Le général n'est pas un inconnu pour le gouvernement chinois, qui soutient aussi Khartoum. Nommé chef des services de renseignement le jour du coup d'État de 1989, il fut dès lors en première ligne de la lutte contre l'opposition interne, sous l'influence de l'idéologue islamiste Hassan al-Tourabi. C'est l'époque des prisons secrètes, des lieux de détention non répertoriés où les opposants sont torturés.

Mohammed al-Dabi occupera ensuite plusieurs fonctions, dont l'une au Darfour, la province rebelle, théâtre d'une guerre ethnique qui a valu au président soudanais Omar el-Béchir, toujours en fonction, des inculpations de la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes de guerre, crimes contre l'humanité et génocide.

Des villages pillés
Le général al-Dabi n'est pas inculpé par la CPI. En ce qui concerne le Darfour, il est surtout connu pour son rôle de négociateur avec les principaux groupes rebelles ces dernières années. Mais il avait déjà été en poste dans la région rebelle, et dans un tout autre rôle, écrivent les spécialistes du Soudan Julie Flint et Alex De Waal dans leur livre Darfur: a New History of a Long War. Selon eux, Mohammed al-Dabi a été l'un des créateurs des Janjawids, ces milices composées d'Arabes ou d'Africains formées par le gouvernement soudanais pour lutter contre les tribus révoltées. En février 1999, quatre ans avant que les troubles endémiques ne dégénèrent en guerre civile, Mohammed al-Dabi débarque à Al-Guenina, capitale de la province du Soudan-Ouest, «avec 120 hommes et deux hélicoptères de combat», écrivent les auteurs, citant le gouverneur local. Le général distribue de l'argent à des chefs locaux qui se mettent à ravager les villages de Masalit, la principale ethnie de la région, dans le sillage de l'armée: «Les militaires désarmaient les villages, et deux jours après les Janjawids pillaient.»

Le général a nié, tout en admettant auprès des auteurs qu'il avait employé la manière forte pour encourager les Masalit à rentrer dans le rang: «Quand ils traînaient les pieds, je les menaçais d'employer les armes.» La nomination à la tête de la mission d'observation en Syrie d'un Soudanais, et plus particulièrement de Mohammed al-Dabi, est d'autant plus dommageable pour la Ligue arabe qu'il s'agit pour elle d'une première, née des «printemps arabes». Jamais l'organisation n'avait été mandatée pour vérifier si l'un de ses membres réprimait son peuple.

La Ligue n'avait pas de marge de manœuvre, plaide un diplomate: «Il fallait un militaire expérimenté, qui ne vienne pas d'un pays proche, ni d'un État ayant un contentieux avec la Syrie.» Jeudi, onze civils ont été tués, dont six dans deux villes visitées par les enquêteurs arabes, Douma et Hama.

Pierre Prier,
Le Figaro, 29 décembre 2012

Nota de Jean Corcos :
Un article qui date de deux semaines ... mais bien d'actualité, alors que les "inspecteurs" de la Ligue Arabe viennent de rendre un premier rapport très prudent sur la situation dans le pays ! 

10 janvier 2012

Vent mauvais en Tunisie, 2/2 : tapis rouge pour Ismaël Haniyé et débordements antisémites

Le Premier Ministre Hamas Ismaël Haniye reçu par le Président Marzouki


Un constat, à la fois simple et brutal : pour ceux qui auraient eu quelques illusions sur la nouvelle orientation de la diplomatie tunisienne depuis la victoire d'Ennahda, la semaine écoulée aura effacé toutes les illusions ... 
On aura en effet assisté :

- à la réception officielle du Premier Ministre du Califat de Gaza, Ismaël Haniyé, reçu avec les honneurs d'un Chef d’État par le nouveau Président tunisien, Moncef Marzouki  (photo) ; un président à l'idéologie panarabe, post-nassérienne, et pour qui l'existence d'Israël reste quelque chose d'insupportable  ; un Président qui par ailleurs, au delà des effets de manche pour la Palestine garantis d'un grand succès, n'est guère populaire pour ses débuts ( lire sur le journal algérien El-Watan le récit de son peu glorieux accueil dans la ville de Kasserine ) ;

- au soutien donc de la Tunisie au challenger de Mahmoud Abbas, dont le mouvement Fatah vient de protester contre cette réception ; alors même que Abbas remet en question la réconciliation - impossible en pratique - entre les deux organisations rivales (lire ici sur le site israélien Ynews) ; et ceci, alors que le Hamas n'est toujours reconnu ni par les pays occidentaux, ni par l'ONU, contrairement à l'Autorité Palestinienne : le gouvernement tunisien adresse donc un très mauvais signal à la communauté internationale, tandis que le pays a cruellement besoin de l'aide étrangère ;

- au soutien somme toute logique pour Ennahda, qui démontre qu'il est - comme le Hamas - une succursale régionale des Frères Musulmans ; Frères Musulmans qui, hélas, sont appelés du doux vocable "d'islamistes modérés" par des gouvernements occidentaux désireux de préserver leurs intérêts - mais dont la "modération" ne semble guère évidente lorsque l'on lit ce reportage, pourtant rédigé par la peu israélophile A.F.P, qui a rendu compte du discours belliqueux de Haniyé prononcé à Tunis ( lire sur ce lien ) ; petit extrait : “Nous n’allons pas reconnaître Israël”, a-t-il scandé, repris en chœur par la foule, qui scandait “Mort à Israël”, “la révolution tunisienne soutient la Palestine”, ou encore “l’armée de Mahomet est de retour”. A l’entrée de la coupole de Menzah, où se tenait le meeting, les spectateurs s’essuyaient les pieds sur une étoile de David" ;

- enfin et hélas (dès l'arrivée d'Ismaël Haniyé à l'aéroport de Tunis Carthage), aux cris de haine ("mort aux Juifs" "virer les Juifs") scandés par environ 2000 manifestants ; on verra une vidéo de cet horrible spectacle ci-dessous ; à noter la protestation des responsables de la communauté juive de Tunisie, obligés par ailleurs "d'en remettre une couche" contre Israël pour pouvoir s'exprimer (lire cette autre dépêche A.F.P) ; à noter aussi - seul élément réconfortant - les pétitions circulant dans le pays pour protester contre ces débordements antisémites, et qui auraient déjà recueilli plusieurs centaines de signatures.

J.C


Vent mauvais en Tunisie, 1/2 : avalanche de "hits" sur mon blog, et de visiteurs probablement hostiles !


Une mauvaise fièvre s'est décidément emparé de la Tunisie depuis ces derniers mois et depuis le triomphe du mouvement islamiste Ennahda ...

Vous vous souvenez peut-être du dossier que j'avais consacré à ces élections à la fin octobre : j'avais essayé de conserver du recul par rapport aux évènements qui se déroulaient là-bas, et surtout de ne jamais considérer comme définitivement vaincu le camp laïc et démocrate à qui, seul, revient le mérite de la révolution qui fêtera son premier anniversaire dans quelques jours ; mais  hélas, force est de constater que les Salafistes les plus fanatiques tiennent le haut du pavé, et que l'antisémitisme le plus abject s'affiche maintenant sans aucune gêne, ni condamnation de la part des intellectuels et des autorités.

En voici un symptôme, dont le compteur affiché par mon serveur, "blogger" est le témoin statistique. Le professeur Habib Kazdaghli, doyen de la faculté de Tunis Manouba, a été dans le collimateur des islamistes car il avait refusé l'accès de son campus à une jeune fille portant une burqa : séquestré, libéré au final après plusieurs heures, il est devenu célèbre dans son pays, et les Salafistes sont allé naturellement chercher sur le Web de quoi l'accabler. Alors bien sûr, son travail de chercheur sur la communauté juive tunisienne, ses publications - et en particulier cet article sur la Shoah, dont j'ai parlé sur mon blog, voir sur ce lien - ont attiré l'attention. Et c'est PAR MILLIERS que des Tunisiens sont venus se connecter sur cette adresse, pour lire précisément cette publication devenue un des "best-off" de "rencontrejudaiquesfm". Le graphique reproduit en illustration et qui donne le nombre de pages ouvertes, montre clairement que la fréquentation a plus que décuplé pendant quelques jours la semaine dernière, alors qu'elle plafonnait normalement autour de 300 par jour ...

Cette période a coïncidé, aussi avec la visite officielle d'Ismaël Haniye, "Premier Ministre" du Hamas de Gaza à Tunis à partir du 5 janvier : mais j'y reviendrai demain !

J.C

09 janvier 2012

Numéro 1.500 !

Et bien ... cette semaine est vraiment celle des "caps" franchis, en tout cas la coïncidence vaut la peine d'être relevée.

Tout d'abord, et comme je vous l'ai déjà signalé, ma prochaine émission sera la 300ème de ma série : pas de numéro spécial, donc, mais les 15 ans de "Rencontre", au mois de mai, donneront lieu à une célébration plus marquée, je l'espère !

Mais aussi et avec l'article précédant celui-ci, le blog vient de franchir un autre cap : c'est la 1.500ème publication depuis février 2005 ... de très riches archives, donc, que je vous invite à nouveau à consulter en navigant au moyen des libellés. Je reviendrai, lors de l'anniversaire du blog, sur les tendances actuelles de "l'audimat" ; et ce sera aussi l'occasion d'apporter un petit "lifting" sur ma page d'accueil.

J.C

07 janvier 2012

Les extrêmes-droites, les Juifs et les Musulmans : Jean-Yves Camus sera mon invité le 15 janvier

Jean-Yves Camus


Je serai ravi de retrouver mes auditeurs pour ce premier rendez-vous de la nouvelle année civile, le 15 janvier, et ce sera l'occasion de leur présenter mes meilleurs vœux, en mon nom et en celui de notre station. 2011 n'a pas été une année facile, ni dans notre pays secoué comme ailleurs en Europe par une grave crise financière et économique, ni au Moyen-Orient où les risques de conflit deviennent de plus en plus inquiétants. Mais nous resterons en France pour cette émission, dont le sujet est à la fois politique et d'actualité puisque je l'ai intitulée "Les extrêmes-droites, les Juifs et les Musulmans". Dans quatre mois maintenant aura lieu le grand rendez-vous des présidentielles, et jamais le Front National n'avait été crédité d'un score aussi important dans les sondages. Même si le rapport des forces fait présager, au second tour, d'une victoire nette de la Gauche, Marine Le Pen peut bousculer les résultats, surtout si la crise de l'Euro devient incontrôlable, et lui amène encore plus d'électeurs. Face à cette montée, les institutions juives officielles et en premier lieu le CRIF ont cherché à nouveau à mobiliser, mais il se passe pour la première fois quelque chose d'étonnant  : il y a des appels dans la communauté "de base" à voter pour le Front National, considéré par une minorité non négligeable comme le seule rempart face à une communauté musulmane de plus en plus visible et ressentie comme la seule menace réelle contre ses citoyens juifs. Pour en parler, j'aurai comme invité un des meilleurs spécialistes des extrême-droites, le politologue Jean-Yves Camus. Jean-Yves Camus est diplômé à la fois de Sciences Po et en Histoire contemporaine ; il est chercheur associé à l'I.R.I.S, Institut des relations internationales et stratégiques, et il collabore à plusieurs journaux dont le site "Rue 89" et l'hebdomadaire "Actualité Juive". Cela fait 20 ans que le sujet des droites radicale l'intéresse, il a publié plusieurs ouvrages de référence là-dessus, et il a aussi collaboré à plusieurs ouvrages collectifs sur le racisme et l'antisémitisme.

Parmi les questions que je poserai à Jean-Yves Camus :

-  Dans un article de l'hebdomadaire "Le Point" du 3 décembre dernier, intitulé "Marine Le Pen fait la cour aux juifs", vous estimiez que 5 % de ces électeurs voteront bien pour elle, maintenez-vous ce chiffre ? Vous dites dans le même article "qu'il serait faux d'affirmer que la fille Le Pen est antisémite ou négationniste" ; par ailleurs, au moment des élections internes au Front où elle s'est imposée, les partisans de Bruno Gollnish la traitaient de "sioniste" : quels sont ses vrais sentiments pour les Juifs compte-tenu de tout cela ?

- On est aussi obligé de se poser la question du rôle assez ambigu de certains Israéliens dans ce rapprochement entre les Juifs et le Front National. Comment expliquez-vous cela ? Est-ce de l'ignorance vis à vis de la situation politique en France ? Est-ce parce que ces mêmes Israéliens francophones soutiennent  chez eux, en majorité, des partis de droite et d'extrême-droite ? Ou est-ce que - et on le voit aussi aux USA, avec le même soutien apporté à la droite du parti républicain - il y a une sorte de désespoir, et le calcul stupide que le seul espoir serait, au bout du compte, une guerre mondiale des "judéo-chrétiens" contre un milliard et demi de musulmans ?

- Il ne faut pas oublier la grande complaisance du F.N vis à vis des islamistes radicaux, comme le F.I.S en Algérie pendant les années 90. Jean-Marie Le Pen a soutenu Saddam Hussein pendant la première guerre du Golfe ; il a été régulièrement reçu à l'ambassade de la République Islamique d'Iran, dont il défend le droit à avoir une arme nucléaire ; et le F.N s'oppose à toutes les interventions militaires à l'étranger dans le cadre de l'OTAN, en Libye ou en Afghanistan : est-ce que peut changer ce positionnement, qui provient d'abord de la vieille hostilité idéologique de l'extrême-droite française vis à vis des USA - hostilité partagée d'ailleurs par la majorité des Français ? Et sinon, comment espérer des relations normales avec Israël s'ils ont le pouvoir ?

- Un parti "populiste" n'a-t-il pas du succès précisément parce qu'il dit des choses que refusent de dire les élites, même si ce sont des vérités d'évidence, par exemple à propos de l'immigration ? Notre pays est dans une situation financière désastreuse, on diminue partout les aides publiques et le chômage explose ; or on sait que l'immigration fait entrer essentiellement une population pauvre, de culture différente, peu éduquée et souvent sans qualification : si on pense que, dans ces conditions et il faut fermer nos frontières pendant un moment - et c'est ce que soutiennent la majorité des Français -, peut-on appeler cela du racisme ? 

- On a assisté, en Europe du Nord, en Suisse, aux Pays Bas, à la montée de partis dits "populistes" dont le discours était en gros construit sur deux rejets : rejet de l'Europe - et la crise de l'Euro ainsi que la mauvaise gouvernance européenne leur apporte de sérieux arguments ; et rejet de l'islam, qui il faut le dire est arrivé en contre coup d'une immigration massive et récente de populations musulmanes, qui ont modifié la démographie de plusieurs grandes villes. Or, mis à part les pays d'Europe centrale, comme la Hongrie où il y a à la fois une vieille tradition antisémite et anti-Roms, ces partis ne véhiculent aucun discours anti-juif, et ils se disent plutôt philosémites comme Geert Wilders aux Pays Bas, qui soutient le gouvernement au pouvoir : que faut-il en penser ? 

Des sujets brûlants, une actualité dont on n'a pas fini de parler ... je vous espère donc très nombreux à l'écoute dimanche prochain !

J.C

06 janvier 2012

Jacob Walles, futur ambassadeur des Etats-Unis en Tunisie ?


C’est une question de quelques semaines. Le départ de Gordon Gray l’ambassadeur des États-Unis en Tunisie, devenu le symbole de la stagnation  dans la normalisation avec l’État hébreu, est presque acté.

La maison Blanche a annoncé dans un communiqué à la date du 14 décembre 2011, que Barack Obama, le président américain propose au Congrès de nommer M. Jacob Walles comme ambassadeur en Tunisie. Jacob Walles est actuellement secrétaire d’État adjoint aux Affaires du Proche-Orient, responsable des relations américaines avec l’État d’ Israël,  l’Égypte,  la Jordanie, la Syrie, le Liban et les Palestiniens.
D’après le communiqué de la Maison Blanche, Jacob Walles a servi comme consul général et chef de mission à Jérusalem de 2005 à 2009. Avant cette affectation, il a été chef de mission adjoint à l’ambassade américaine en Grèce de 2003 à 2005. Auparavant, il a servi comme Directeur de l’Office d’Israël et des affaires palestiniennes et comme directeur principal adjoint au Consulat général américain à la capitale israélienne. Il était aussi premier secrétaire à l’ambassade américaine  à Tel Aviv (1).

Ce  haut diplomate de carrière a le rang de ministre conseiller. Jacob Walles est un diplomate chevronné qui a passé une grande partie de sa carrière face au conflit du Proche Orient. En 2009, il devient le président du  "Council on Foreign Relations". En Juin 2010, il devient Secrétaire d'État adjoint aux Affaires du Proche-Orient.

Dans les cercles des pacifistes tunisiens et les militants de la normalisation avec Israël  on se félicite déjà de l’arrivée de ce potentiel remplaçant. Le nom M.Walles circulait déjà en  octobre dernier pour la succession de Gray. Le Sénat américain devra  entériner la nomination de Mr. Jacob Walles au poste de prochain ambassadeur américain en  Tunisie.

Walles est diplômé de la Wesleyan University et l'École des hautes études internationales de l'Université Johns Hopkins. Walles est impliqué dans la vie communautaire juive à Delaware (État de la côte Est des Etats-Unis). Il est membre la congrégation juive de la Basse-Delaware et fréquente la synagogue Beth Shalom.
Né à Wilmington, Jacob Walles est le fils d’un commerçant de fourrures juifs  dans le territoire qui est devenu le Delaware dès 1655.  Seule une poignée de Juifs, dont Jacob Fiana, Abraham Juda et  Isaac Benioff, étaient installés dans la région avant le milieu du 19ème siècle. Tout au long du 20ème siècle, la plupart des Juifs du Delaware ont continué à vivre dans la région de Wilmington, le point focal de la vie juive dans le Delaware. Les Juifs de Delaware ont  richement contribué aux arts, sciences, affaires, médecine, journalisme, droit, et le service public aux États-Unis.

Ftouh Souhail
Tunis, le 18 décembre 2011

05 janvier 2012

Madame Le Pen, Israël et les Juifs de France


 Marine Le Pen et son père
(photo Miguel Medina, AFP)
Introduction :
Un éditorial de Gérard Akoun qui date de quelques semaines, mais qui reste bien sûr d'actualité ... d'autant plus que ce sujet sera au menu de ma prochaine émission !
J.C

Louis Aliot, numéro deux du Front National et compagnon de Madame Le Pen se trouvait, à titre privé, en Israël ces derniers jours. Il  répondait, a-t-il dit, à l’invitation de personnalités israéliennes francophones ou non qui partagent un certain nombre des idées du Front concernant l’immigration et la menace islamique, à l’égard des Juifs, en Israël comme en France. Il était accompagné par Michel Thooris dont il devait annoncer la candidature aux prochaines  élections législatives, dans la huitième circonscription des français à l’étranger, qui comprend Israël et dans laquelle  le vote des juifs français sera déterminant. Ce candidat, conseiller de Mme Le Pen pour les problèmes de sécurité, a la particularité d’être  lui-même juif - ce qui je l’espère n’est pas très fréquent au Front National - et affirme partager les idées du parti d’Avigdor  Lieberman, "Israël Beitenou". Ni l’un ni l’autre n’ont, semble t-il, rencontré d’officiels israéliens, mais  Louis Aliot s’est  rendu en Israël pour nouer des contacts, pour enfin réaliser le souhait de Mme Le Pen : y être reçue officiellement. La Présidente du FN sait pertinemment que si son parti veut progresser dans l’opinion française, il doit, impérativement, se débarrasser de l’étiquette infamante de parti antisémite, qui lui colle à la peau. Elle est déjà créditée de 19 ou 20% d’opinions favorables, mais il lui faut dépasser ces taux si elle veut satisfaire ses ambitions. 

Contrairement à son père, elle veut exercer le pouvoir et ne pas seulement jouer le rôle de trublion de la République. Lui se serait contenté d’un score aussi élevé, mais pas elle ! Elle est  bien plus dangereuse : elle a peaufiné son image, elle s’est construite un programme économique qui en ces temps de crise financière, crise de l’euro, crise de l’Europe peut attirer les voix de ceux que la droite et la gauche ont déçus. Elle a revêtu d’habits neufs  ce qui fait le fond de commerce de l’extrême droite, le racisme, la xénophobie, la préférence nationale ; elle ne tient pas de propos antisémites  mais elle  rejette, du bout des lèvres, les propos scandaleux de son père, quand elle est interrogée sur la Shoah ou sur le "détail". 

Son compagnon interviewé, par Guysen, reconnait "qu’il y a pu avoir des ambigüités dans les déclarations de J.M Le Pen mais qu’importe", et il ajoute : "la communauté juive en France c’est 600.000 personnes, la communauté musulmane c’est plusieurs millions….   Il y a donc un combat commun à mener aujourd’hui, pour défendre le judéo-christianisme contre l’islam". Mais ce discours, heureusement, ne passe pas dans la majorité des organisations  juives en France, il est même combattu, et ces organisations dont le CRIF, sont à la pointe du combat pour détourner les Juifs d’un vote suicidaire. Le Front National use de deux méthodes pour gagner un vote juif qui lui permettrait de se débarrasser de son image de parti d’extrême droite : la première, en  minimisant  le rôle du CRIF, sa représentativité au sein de la communauté juive, en jouant la base, "le petit peuple", je cite Louis Aliot, "les Juifs de banlieues qui souffrent de l’islamisme radical et de l’insécurité"  contre les élites qui vivent dans les beaux quartiers ; la seconde, sachant que  le CRIF et d’autres organisations ont,  pour habitude, de s’aligner systématiquement sur les positions prises par les Israéliens, Mme Le Pen essaie d’obtenir un billet d’entrée au sein de la communauté juive en se faisant recevoir officiellement en Israël. Quel meilleur brevet de démocratie pour effacer aux yeux des juifs de France mais aussi des non juifs, les accusations d’antisémitisme : si Israël me reçoit je suis "cachère", et vous pouvez donc voter pour moi.

Il ne faudrait pas que les responsables israéliens se laissent séduire par les bonnes paroles de Mme Le Pen, son parti est toujours  antisémite et négationniste ; qu’ils n’oublient pas que  Jean Marie Le Pen, qui reste Président honoraire du Front National, a soutenu Saddam Hussein, le droit pour l’Iran de se doter de l’arme atomique et plus récemment  Kadhafi et  Bachar el Assad. La maison Le Pen a rajeuni, les peintures ont été refaites, la vitrine est plus attrayante mais, le socle idéologique, racisme et  xénophobie, est resté identique, la cible première en est, aujourd’hui, les arabes mais il ne faut pas trop gratter le nouveau vernis, pour retrouver celle des juifs.

Gérard Akoun    
Judaïques FM, le 15 décembre 2011

04 janvier 2012

Les 10 "mythes" du printemps arabe selon Juan Cole

Juan Cole


Spécialiste du Moyen-Orient et des politiques américaines, Cole démonte, sur son blog, les 10 "mythes" des révolutions dans le monde arabe. Résumé.
1- "Le renversement de Saddam Hussein par l’administration américaine est le déclencheur du printemps arabe". Aucun des jeunes révolutionnaires n’a évoqué l’Irak comme "source d’inspiration". Au contraire, l’Irak est perçu comme un exemple négatif, théâtre de violences communautaires et confessionnelles et politiquement dysfonctionnel. Plutôt que l’Irak, ce sont la Turquie ou la Tunisie qui inspirent les jeunes révolutionnaires. 

2- "Le président Obama a eu tort d’appeler à la démission de Moubarak". Au contraire, Obama a tardé à lancer cet appel. Et si le président américain ne l’avait pas lancé, l’Égypte aurait pu développer un anti-américanisme violent.

3- "Le radicalisme musulman est le grand bénéficiaire des révolutions dans le monde arabe". Faux, car jusqu'à présent, les grands gagnants des bouleversements sont les laïcs (Moncef Marzouki, président tunisien), les dissidents de gauche et les partis religieux musulmans (Frères musulmans en Égypte, Ennahda en Tunisie). Aucun d’entre eux n’est violent.

4. "Les groupes religieux musulmans ont été le fer de lance des révolutions". Cette affirmation, faite par l'Iran et les conservateurs occidentaux, est, dans une large mesure incorrecte. Les gauchistes, laïcs, travailleurs et étudiants sont à l'origine des révolutions. Si les partis religieux sont très efficaces pour remporter les élections, et donc sont peut-être les principaux bénéficiaires des révolutions, ils n’en ont pas été les fers de lance. 

5. "Le soulèvement à Bahreïn était simplement une manifestation des tensions sectaires entre sunnites et chiites". Les protestataires comprenaient des réformistes musulmans sunnites. Et les partis conservateurs qui appelaient à la répression des manifestations comprenaient les grandes familles commerçantes qui sont à la fois sunnites et chiites.
Au Bahreïn, comme dans tous les autres pays du monde arabe, les contestataires s’attaquent aux aspects autoritaires du gouvernement. Le débat porte donc sur la monarchie constitutionnelle et non sur l’établissement d’un pouvoir chiite.

6- "L'Iran est derrière le soulèvement à Bahreïn". Il n'y a pas de preuves de cette affirmation, qui est à l’origine de l’intervention militaire de l’Arabie saoudite et des Émirats Arabes Unis.
Les chiites de Bahreïn sont arabes et probablement la majorité d'entre eux appartient à l'école conservatrice Akhbari qui rejette les Ayatollahs. Les Chiites de Bahreïn appartenant à l'école Usuli, répandue en Iran et en Irak, sont plus susceptibles de suivre le leadership du grand ayatollah Ali Sistani (Irak), que celui du guide suprême iranien, Ali Khamenei. Les chiites de Bahreïn ne sont pas des "agents de l’Iran", mais protestent contre une Constitution et un système électoral qui les marginalisent.

7- "Le printemps arabe est un complot fomenté par l’Occident". Cette accusation a été faite d'abord par Mouammar Kadhafi puis a été reprise par Bachar el-Assad. Cette accusation est loin de la réalité car les soulèvements dans le monde arabe ont surpris les nations du G8 et ont été, dans un premier temps du moins, plutôt mal accueillies par l’Occident. Conclusion : ces soulèvements étaient spontanés, locaux, et fondés sur l’insatisfaction de la jeunesse.

8- "L’Otan est intervenue en Libye pour le pétrole". Les compagnies pétrolières occidentales avaient investi des milliards de dollars dans ce secteur en 2011, il est donc fort improbable que l’Occident ait recherché l’instabilité et risqué la mise en place d’un nouveau gouvernement qui pourrait ne pas respecter les engagements précédents. Dire que les pays occidentaux avaient des intérêts politiques en Libye relève du bon sens, mais évoquer uniquement l’intérêt pétrolier tient du "marxisme vulgaire".

9- "Les régimes dictatoriaux déchus ou fragilisés étaient/sont plus favorables aux femmes que les régimes islamistes qui leur ont succédés (peuvent leur succéder)". Au contraire, l’amélioration de la condition de la femme a été entravée par les régimes dictatoriaux. Le "féminisme d’Etat", parce qu’il était lié à des régimes dictatoriaux, a été contreproductif. Si la Tunisie et l'Egypte deviennent des régimes démocratiques, les femmes bénéficieront de nouvelles libertés, pourront s’organiser politiquement et adresser des demandes à l’Etat.

10- "Les bouleversements arabes sont un véritable désastre pour Israël". Il est vrai que les partis religieux musulmans arrivés au pouvoir en Tunisie et en Egypte soutiennent plus les Palestiniens que les régimes de Ben Ali et Moubarak, mais la question est plus complexe. En Syrie par exemple, le Conseil national syrien qui regroupe les forces d’opposition a déclaré qu’il cesserait de soutenir le Hezbollah et le Hamas s'il arrive au pouvoir. En Libye, le Conseil national de transition n’est pas anti-israélien.
Les changements dans le monde arabe, s’ils mènent à plus de démocratie, pourraient engendrer une normalisation de la question israélo-palestinienne dans la région. Ceci ne mettrait pas fin au conflit mais pourrait mettre fin à une politique dictatoriale pathologique.

"L'Orient Le Jour",
Beyrouth, 3 janvier 2012

Nota de Jean Corcos :
On peut bien sûr ne pas être d'accord avec toutes les affirmations de Juan Cole, mais je voulais vous soumettre ses idées, parfaitement "à contre courant" de ce que l'on peut lire dans la "blogosphère juive  francophone". S'il s'agissait d'un anti-israélien vicieux et obtus, je ne l'aurais pas repris, mais justement ce n'est pas le cas : au contraire, il pense que les révolutions arabes peuvent "apaiser" le conflit israélo-palestinien, et c'est sympathique ; de même, il refuse les théories fumeuses liant l'intervention occidentale en Libye uniquement au pétrole, et c'est heureux ; mais, et cela ne plaira pas à tout le monde, il refuse d'autres théories du complot, comme celles voyant la main des islamistes dans tout le processus révolutionnaire.

03 janvier 2012

Grand format !


Ce n'est qu'une question de présentation, mais elle a son importance ... si, au moins, elle vous encourage à venir visiter et revisiter mon blog !

Avez-vous remarqué, d'abord, combien beaucoup de mes "homologues" ont une présentation triste ? Certains ne publient jamais aucune illustration. D'autres, que des photographies d'actualité. J'ai fait le pari, de mon côté, de vous proposer des articles plus que sérieux en les égayant par le maximum d'images ... et ces images ne sont pas que des photos d'hommes politiques, de leaders terroristes ou de scènes de guerre ! Paysages, affiches, toiles de peinture, scènes de rue : le monde musulman vous est présenté dans ses mille facettes, avec un regard non pas complaisant mais a minima curieux, et en tout cas c'est ma façon d'aborder et les sujets et de mener mes interviews.

Mais revenons aux illustrations : je me suis rendu compte, dernièrement, qu'une nouvelle fonctionnalité sur Blogger permettait de choisir leur taille. Et j'ai décidé de passer le plus souvent possible au "grand format", de préférence pour les reproductions d'œuvres d'art ou les panoramiques de villes ou de paysages. J'ai décidé aussi de "reprendre" peu à peu les centaines d'articles passés, en modifiant de temps en temps les illustrations. Pour rappel, vous pouvez toujours feuilleter des articles anciens en navigant au moyen des libellés associés, ou par les liens permanents accessibles en colonne droite du blog.

J'ai commencé ainsi par reprendre toutes les reproductions de tableaux : courrez pour naviguer à partir de la rubrique "Orientalistes et autres peintres" - les liens permanents sont à votre droite ... et vous vous offrirez ainsi une splendide exposition, sans faire la queue !

J.C

02 janvier 2012

Bye bye 2011 ... et un petit coup d'œil dans le rétroviseur


Je n'oublie jamais ce grand classique au moment d’entamer l’année nouvelle : vous inviter à jeter un petit coup d'œil dans le rétroviseur en dressant le bilan 2011 de ma série radiophonique. Vous en avez une édition complète en cliquant sur le lien situé à droite de la page, sous le répertoire "Invités et émissions", pour avoir le descriptif de chaque numéro ; mais en voici une petite synthèse.

1. 18 nouvelles émissions au total, un "score" quasi équivalent à celui de l'année précédente (19). Toujours le même rythme bimensuel auquel vous êtes habitué, modulo la période des congés.

2. Toujours et hélas, l’impression de manquer de temps cette année, car en dehors de cette série radiophonique - et toujours bénévole - il y a également ma présidence de la "Commission pour les relations avec les Musulmans" du CRIF, ce depuis la rentrée 2009 ; et FaceBook, où j'ai le bonheur de retrouver lecteurs et auditeurs, et de débattre de l'actualité sur un autre espace. Ce manque de temps explique, aussi, que par rapport aux années précédentes j'ai abordé moins de livres de référence : mais l'actualité était suffisamment riche pour trouver, à chaque fois de nouveaux sujets.

3. "Riche" est un qualificatif bien faible pour qualifier l'actualité en 2011 : exceptionnelle faudrait-il dire ! Il est arrivé ce que personne n'imaginait, d'authentiques révolutions populaires renversant des dictatures arabes que l'on croyait quasi éternelles,  en Tunisie, en Égypte, au Yémen ; parfois après une terrible guerre civile et une intervention internationale, comme en Libye ; parfois aussi, non encore aboutie comme en Syrie - mais tout le monde pense maintenant que "l'après Assad" a commencé. Face à ses évènements, j'ai essayé de ne pas vous proposer le "prêt à penser" qui hélas caractérise maintenant la majorité des médias juifs francophones, à savoir un mépris quasiment raciste de tout ce que font les Arabes. Au delà d'une inquiétude bien légitime face à la poussée islamiste et qu'il serait absurde de nier, je vous ai fait entendre des témoins ou des acteurs originaires de ces pays, intellectuels, experts ou journalistes qui avaient chacun leur sensibilité ; et, en vous faisant entendre leurs points de vue, souvent divergents, je vous ai amené, je l'espère, à vous questionner, à douter puis à vous faire votre propre opinion !

4. 2011 a été particulièrement riche en nouveaux invités, et je suis fier de vous avoir fait entendre des voix nouvelles dont voici la liste par ordre chronologique : Stéphane Amar, Agnès De Féo, Lhoussain Azergui, Chérif Amir, Jean-François Daguzan, Jonathan Hayoun, Arielle Schwab, Richard Sitbon, Charles Meyer, Alexis Govciyan, Shiraz Sayah ... comme toujours, une grande diversité d'origines et de compétences A tous un grand merci, en espérant avoir le plaisir de les recevoir à nouveau !

5. "Rencontre" a ses "invités réguliers", et en général tous ceux qui sont venus sur mon plateau souhaitent y revenir : remercions donc ici l'historien Pierre Vermeren, invité depuis 2004 et que le "Printemps arabe" a fait connaitre par le grand public ; mon ami le journaliste Jean-Pierre Allali, toujours aussi dynamique ;  l'orientaliste Christian Lochon avec qui nous avons parlé des Chrétiens d'Orient qui attirent enfin l'attention des médias ; l'universitaire tunisien Habib Kazdaghli, si engagé dans les bouleversements que connait son pays ; l'écrivain et journaliste Michel Gurfinkiel avec qui nous avons parlé de son dernier livre ; le professeur Jean-Pierre Filiu avec qui nous avons évoqué la fin de Ben Laden ; et le courageux imam de Drancy, Hassen Chalghoumi !

6. Est-il nécessaire de le redire ici ? Peut-être, tant les commentaires aussi superficiels qu'injustes viennent, parfois, se glisser dans les fils d'actualité que je lance sur ma page FaceBook : cet intérêt pour le monde musulman, cette nécessaire empathie que j'éprouve pour les populations du monde arabe pour mieux comprendre ce qui s'y passe, vient d'abord de mon inquiétude aussi ancienne que prégnante quand à l'avenir d'Israël : trois ouvrages passionnants - ceux de Stéphane Amar sur les relations israélo-palestiniennes, de Michel Gurfinkiel  sur le combat pour la survie d'Israël et de Charles Meyer sur les réfugiés palestiniens - ont été présentés à nos auditeurs ; tous parlent des raisons à la fois de craindre et d'espérer ; tous, je l'espère, ont rejoint vos bibliothèques et vous ont donné envie de comprendre ...

7. Enfin, regret, encore et toujours faute de temps, j'ai laissé en "stand by" ma page de podcasts en lien depuis le printemps 2010 : ceci sera réparé un prochain jour, car je conserve bien sûr les enregistrements mp3 de toutes mes émissions.

Merci aux auditeurs qui me liront pour votre fidélité ... et en espérant ne pas vous décevoir en 2012, qui commencera avec le 300ème numéro de "Rencontre" : un bel anniversaire, non ?

Jean Corcos

01 janvier 2012

Bonne année 2012 ... "comme d'habitude" !


Et si on commençait la nouvelle année par un petit clin d'œil ?

Certes, je vous avais habitué à des réflexions (trop) sérieuses sur le bilan de celle que nous venions de quitter et sur des hypothèses pour celle qui allait commencer. Mais pour le coup, impossible en ce premier janvier de hiérarchiser les évènements ou de sortir sa boule de cristal, car l'actualité donne le vertige : l'Euro va-t-il imploser et faire repartir notre continent des décennies en arrière ? Jusqu'où ira la récession, inévitable quelque soit le vainqueur des élections en 2012 ? Le Front National va-t-il à nouveau tout bousculer ? Et de l'autre côté de la Méditerranée, aurons nous le retour d'un vrai "Printemps arabe" ou un "hiver islamiste" prolongé ? Et en Iran, la bombe d'ici moins d'un an ? ... Ceci dit, bien entendu, en ne parlant que des manchettes prévisibles des journaux : mais qui, le 1er janvier 2011, aurait pu seulement imaginer l'affaire DSK, ou la catastrophe nucléaire de Fukushima par exemple ?

Impossible, aussi, de vous présenter chaque année une refonte complète du blog : la version embellie et plus fonctionnelle que vous visitez aujourd'hui vient seulement de souffler sa première bougie, nous aurons bien le temps de l'utiliser, quitte à apporter quelques petites retouches prochainement ...

Alors ? J'ai pensé que rien ne valait une chanson pour fêter ce 1er janvier : un clip en fait, d'une chanteuse juive d'origine tunisienne, Maya Shane. Encore peu connue - mais j'espère aider un tout petit peu à la faire connaitre ! -, elle chante à la fois ses racines, le soleil et l'espoir d'une réconciliation entre les peuples de l'Orient : que des choses positives, et bien en harmonie avec ce que vous pouvez lire ici. Son second album "Révélation" est composé de 18 chansons franco-orientales. On y trouve, entre autres, un duo avec Enrico Macias et un autre avec Hocine Lasnami, chanteur algérien (*).

Ahmed Youssef, journaliste à Al-Ahram et que j'ai eu le plaisir de recevoir à mon émission, a dit que "Maya Shane  apparait comme un fil conducteur dans toutes ses chansons, marier, dans une heureuse mélo manie, l’Orient à l’Occident."

Clin d’œil, donc. Au mariage Orient-Occident qui me touche personnellement ; et à ce moment charnière de l'année, où on repasse dans sa tête d'autres jour de l'an ... "Comme d'habitude" : déjà vous entendez la mélodie inusable, immortalisée par Claude François. Mais cette chanson en arabe, non, vous ne devez même pas imaginer que cela pouvait exister : et bien si ... merci Maya Shane ... et bonne année à toutes et tous !

J.C

(*) Grand merci à mon ami de Tunis Souhail Ftouh qui m'a envoyé quelques informations sur cette chanteuse.



23 décembre 2011

Joyeuses fêtes ... et rendez-vous le 1er janvier !



Comment souhaiter beaucoup de bonne choses à des amis lecteurs, qui sont probablement de toutes origines et religions - comme l'auditoire de Judaïques FM, qui est non juif à plus de 50 % d'après les enquêtes ?

La fin de cette année 2011 verra se rencontrer deux fêtes bien joyeuses : Noël pour les Chrétiens, bien-sûr, mais aussi Hanouka pour les Juifs, à partir du mardi 20 décembre et pendant huit jours. Et ensuite, sauf pour les plus orthodoxes - je n'ose écrire "intégristes" -, tous, Catholiques, Juifs, Musulmans, Athées, se retrouveront pour le réveillon du jour de l'an !

Alors, sapin de Noël ou chandelier de Hanouka ? Faisons plaisir à tout le monde, espérons qu'il neigera - pas trop -, et que vous pourrez vous amuser avec des bonshommes de neige comme ceux de cette illustration : en attendant, on pourra oublier un peu et la fréquence juive, et le monde musulman, sujet inépuisable. Mais surtout je pourrai me reposer un peu, avant de vous retrouver à la rentrée.

Bonnes fêtes à toutes et tous, et rendez-vous le 1er janvier 2012 !

J.C

21 décembre 2011

Un chercheur israélien invite les dirigeants juifs français à faire le choix d’un « judaïsme moins exclusif »

Dov Maïmon


« La culture juive semble avoir une place importante dans le monde intellectuel français, que ce soit au niveau littéraire, philosophique, cinématographique ou musical, et Paris s’est imposé comme un lieu de créativité juive. De plus, le monde religieux juif est en pleine effervescence. Nous trouvons tous les soirs plus de cent cours de Torah et de Talmud. Le 17e arrondissement à lui seul est le plus grand rassemblement de juifs d’Europe. Enfin francité oblige, Paris est devenu en vingt ans la capitale mondiale de la gastronomie cachère. »

C’est par ces mots que Dov Maimon, directeur de recherche au Jewish People Policy Institute (JPPI) a débuté son intervention le 20 novembre lors de la convention nationale du Conseil représentatif des juifs de France, et intitulée « Les juifs de France en 2030 ». Après cet état des lieux – « les juifs de France sont la troisième plus importante communauté juive au monde, après Israël et les États-Unis » –, le chercheur a bousculé son auditoire par deux constats.

Absence de projet

Contrairement aux « dirigeants américains, australiens ou anglais » qui « construisent des scénarios et proposent des plans d’intervention intégrés », « les juifs français sont inquiets pour le futur, se plaignent et critiquent les dirigeants, mais ne prennent que peu d’initiatives personnelles pour lancer des projets novateurs », a observé le directeur de ce centre de recherche basé à Jérusalem.
À la lumière des enquêtes statistiques dans différents pays d’Europe, d’Amérique et d’Océanie, il apparaît que « les Français en général, et les juifs français en particulier, ne se pensent pas dans 20 ans et un grand nombre n’est pas convaincu que leurs enfants continueront à vivre ici. Dans un tel contexte, il n’y a bien entendu pas de réflexion sur le long terme, pas de plans de carrière pour les cadres communautaires, pour les rabbins – et cela n’encourage pas les vocations des plus brillants de nos jeunes – et les organisations – toutes bien intentionnées – n’ont pas de projet commun. Les symptômes dont la rue juive se plaint (absence d’activités pour les 18-30 ans, manque de représentativité des institutions, guerres internes, absence de plans de carrière pour les professionnels, blocage des initiatives de terrain, désaffection de 70 % des jeunes) témoignent d’une absence de projet. »

Le problème des mariages mixtes

Surtout, le directeur du Jewish People Policy Institute regrette une « polarisation » de la communauté juive française. Les « juifs qui étudient le Talmud et qui fréquentent les synagogues sont de plus en plus nombreux – et on ne peut que se réjouir de ce revivalisme » mais  « ne totalisent qu’une petite minorité des 700 000 ou 500 000 juifs de France ». Les « juifs qui ont un lien même ténu avec la synagogue, à savoir ceux qui viennent à la prière de la Ne’ila du jour de Kippour » ne seraient que 150 000. À l’inverse, « les 80 % d’autres ne trouvent pas leur place dans les institutions ».
« Nos études, a affirmé Dov Maimon devant les responsables juifs de France, montrent qu’ils s’intéressent à leur identité mais veulent du judaïsme en environnement non-juif, ne veulent pas être séparés des non-juifs, et l’identité juive centrée sur le culte, la Shoah, l’antisémitisme et la défense d’Israël ne les motive que moyennement. Un grand nombre de jeunes juifs ont du mal avec ce modèle et à défaut d’une tente où on les accepterait tels qu’ils sont, ils choisissent par défaut ou par choix, l’assimilation. »

Le choix d’un judaïsme moins exclusif et plus diversifié

Pour le chercheur israélien, le choix de « privilégier le noyau communautaire au détriment des autres modes d’engagement juif », qui constitue le principe organisationnel qui régit les institutions juives de France, notamment depuis la création du Consistoire central israélite par Napoléon, « n’est pas forcément approprié à la postmodernité ».
« Ce modèle où les enfants de mariage mixte sont les laissés pour compte des structures éducatives juives était probablement adapté quand le taux de mariage mixte était infinitésimal mais cette politique est-elle adaptée aujourd’hui ? », s’interroge-t-il avant d’interpeller vigoureusement les dirigeants communautaires juifs : « Si aujourd’hui presque rien n’est fait pour les jeunes juifs de 18 à 35 ans, si l’on n’encourage pas ni ne finance les initiatives les plus audacieuses d’engagement juif nous avons toutes les chances de perdre les forces d’influence du judaïsme français ».
« Je noterais simplement que les communautés qui ont fait le choix d’un judaïsme moins exclusif et plus diversifié ces quinze dernières années, celles qui ont fait le choix de diversifier l’offre d’engagement juif et de faire de la place aux jeunes, ont vu leur taux de mariage mixte baisser », a conclu le chercheur.
Le Jewish People Policy Institute est un centre d’étude stratégique, basé à Jérusalem, qui se consacre aux problématiques liées à l’avenir du peuple juif. À la demande du premier ministre israélien, il a rédigé, « après de nombreuses interviews d’acteurs majeurs juifs issus du monde entier, un rapport pour essayer de voir ce que pourraient être en 2030 le peuple juif en général et le judaïsme européen aujourd’hui ». Le JPPI accompagne dans plusieurs grandes capitales des exercices de prospectives. Un groupe de ce type « se réunit depuis plusieurs mois » à Paris, a indiqué son directeur.

La Croix, 12 décembre 2011

Nota de Jean Corcos :
Cet article du quotidien catholique national peut sembler "décalé", sur le blog d'un journaliste juif dédié au monde musulman : et pourtant ...tout se tient. La même frilosité que dénonce ce chercheur israélien - par ailleurs religieux, et travaillant à l'Université Hébraïque de Jérusalem - se retrouve dans l'attitude vis à vis de l'islam français, ressenti en majorité et sans nuances comme d'abord une menace. Le fait de ne même plus se projeter dans l'avenir, qui est parfaitement diagnostiqué, s'explique par un défaitisme et une paranoïa difficile à combattre ; car le discours à la mode chez les Juifs français, c'est celui de "l'islamisation" programmée et inévitable de notre pays. Un discours dominant contre lequel je m'inscris bien entendu, et qui explique le libellé "à contre courant" associé à cet article !

19 décembre 2011

Rediffusion de mon interview de Richard Sitbon le 1er janvier

Serez-vous levés "aux aurores" le 1er janvier à 9 heures 30 ?

Oui, pour ceux qui n'auront pas réveillonné ... Dommage pour les autres, qui rateront la rediffusion de mon interview de Richard Sitbon diffusée le 18 septembre dernier.
Je vous en rappelle le sujet : "L'économie d'Israël et le Moyen-Orient", un entretien où mon invité a fait plein de révélations à mes auditeurs ! Cliquer sur son nom en libellé pour retrouver la présentation.

Hélas, nous avions un peu joué de malchance pour cet entretien, diffusé exceptionnellement à 10 heures 30 en raison des contraintes de l'actualité, puis "coupé" pour les dernières minutes : raison de plus pour entendre, cette fois, l'intégrale ! 

J.C

18 décembre 2011

Lettre aux salafistes égyptiens: «Que n’enterrez-vous vives les femmes pour avoir la paix ?»

En Égypte, la déferlante électorale islamiste a remis au centre du débat politique et social la question du statut des femmes et de leurs libertés. Nous reproduisons ici, traduit de l’arabe, cet article du quotidien égyptien Al Masri El Youm (12 décembre 2011) dans lequel l’écrivaine Fatma Naout s’élève contre l’« obsession du corps féminin » chez les salafistes. « Dans le cerveau d’un salafiste, y a-t-il autre chose que les femmes ? » s’interroge-t-elle.

« Si les femmes cessaient d’exister, les salafistes, de même, cesseraient d’exister », s’est exclamé un jour une médecin égyptienne (…). Habituellement, les êtres humains sont heureux d’être au cœur des discussions d’autrui. Ce n’est pas le cas des femmes avec les salafistes : elles se sont lassées d’être l’unique sujet de leurs thèses, leur obsessionnelle préoccupation. Toutes les fetwas salafistes consacrent une idée et une seule, que les femmes - et le simple bon sens – rejettent, à savoir qu’une femme n’est qu’un corps, une enveloppe charnelle non douée de raison, un instrument de plaisir, un foyer de tentation ambulant (…).

Allumez la télévision, sélectionnez n’importe quelle chaîne, à n’importe quel moment de la journée et vous verrez un salafiste épiloguer sur les bikinis, les shorts, les cheveux, et promettre d’apprendre aux touristes étrangères les bonnes mœurs, les vertus du voile sur cette terre vertueuse, notre terre. La vérité est qu’une touriste en short ne pense nullement à ce à quoi pensent les hommes atteints du syndrome de la « conscience hypertrophique du corps (féminin) ». (…) Tout ce qu’elle désire c’est communier avec la nature, que sa peau absorbe les rayons du soleil, source de vie. On retrouve ici toute une philosophie du retour à la nature, comparable à celle de la nutrition diététique à base de légumes et de fruits frais et non de conserves, de fritures et autres aliments cancérigènes, qui tiennent une bonne place sur la table des honorables Arabes. (…) Ce qui traverse l’esprit des hommes lorsqu’ils voient le corps  d’une touriste en short est le signe de maladies dont les femmes ne soupçonnent pas l’existence et, surtout, dont elles ne portent aucune responsabilité.

Une voiture nous sert de moyen de locomotion mais elle peut aussi écraser des enfants sur les routes. On ne peut, pour autant, interdire les voitures au prétexte qu’elles fauchent les jeunes existences. On peut, par contre, apprendre à bien conduire. C’est pourquoi l’islam nous recommande la pudeur, non pas d’ensevelir vives les femmes. Y a-t-il vertu sans lutte contre soi-même, contre la tentation du péché ? Soignez vos maladies, la concupiscence de vos hommes au lieu d’apprendre aux autres (…) à haïr la nature comme nous l’avons haïe (…) pour nous voir sombrer dans les fléaux du cancer, de l’insuffisance rénale, de l’hépatite, de l’ostéoporose, de l’obésité, des pathologies cardiologiques, des embolies cérébrales et autres maladies de ce tiers-monde qui fait ripaille de junk food et, apathique, se vautre des heures durant devant la télévision, qui hait la marche, la natation, bref toute pratique sportive et n’a pas plus de respect pour l’Autre qu’il n’en a pour la nature.

Il est vraiment triste que la vue des cheveux dévoilés d’une femme tourmente les salafistes alors que ne les tourmente point le spectacle d’un enfant fouillant, pieds nus, les poubelles, avec les chiens et les chats, à la recherche d’un quignon de pain. Nous ne les avons pas entendus émettre de fetwas en faveur des enfants errants qui bondent les rues d’Egypte et qui se reproduisent pour donner naissance à d’autres, comme eux prédestinés à la mendicité et à la délinquance. En revanche, on nous rebat les oreilles, jour et nuit, avec ces vociférations à propos des cheveux des femmes, de l’interdiction pour elles de porter des hauts talons, de l’impudeur de leur voix (sauf quand elles l’accordent à Hizb el Nour !), de leur incompétence, de la nécessite de les battre et de les rabrouer pour les garder sur le droit chemin.

Plus on est obsédé par une chose, plus on l’interdit, enseignait Michel Foucault. Les salafistes sont-ils si hantés par les femmes que leurs fetwas n’ont plus qu’elles pour objet ? N’y a-t-il rien, dans le cerveau d’un salafiste, sinon elles ? Messieurs les salafistes savent-ils combien de femmes, en Égypte, pourvoient aux besoins de leurs enfants, époux et parents ? Pourquoi vous échinez-vous à défigurer l’islam (…), à en donner une image aussi réductrice, comme si son message ne portait que sur les femmes, leurs cheveux et leurs corps ? Taisez-vous donc un peu, vos paroles vous condamnent et font offense à la vie. Ou alors enterrez vives les femmes pour que le monde n’appartienne  plus qu’à vous. Ainsi, trouveriez-vous la paix, enfin, et nous aussi.

Traduit de l'arabe par : Yassin Temlali
Source : site "Maghreb émergent", 14 décembre 2011