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27 octobre 2014

La pendaison d'une jeune Iranienne horrifie la communauté internationale

Reyhaneh Jabbari, lors de son premier procès en 2008 
 © GOLARA SAJADIAN / AFP

Reyhaneh Jabbari, condamnée à mort pour le meurtre d'un homme qui l'avait, selon elle, agressée sexuellement, a été pendue samedi matin. 
 
Une jeune Iranienne, Reyhaneh Jabbari, condamnée à mort pour le meurtre d'un homme qui l'avait, selon elle, agressée sexuellement, a été pendue ce samedi matin. Une exécution qui a déclenché l'indignation de plusieurs pays. Elle a immédiatement suscité la condamnation d'Amnesty International, qui l'a qualifiée de "nouvelle tache dans le bilan des droits de l'homme de l'Iran" et d'"un affront à la justice". Les États-Unis et le Royaume-Uni ont également vivement condamné l'exécution de la jeune femme.
Reyhaneh Jabbari, une décoratrice d'intérieur âgée de 26 ans, a été condamnée à mort en 2009 pour le meurtre en juillet 2007 de Morteza Abdolali Sarbandi, un chirurgien et ancien employé du ministère des Renseignements, au terme d'un procès "partial", selon Amnesty. Un expert de l'ONU avait également affirmé en avril que la cour n'avait pas pris en compte toutes les preuves, et que les aveux de la décoratrice avaient été obtenus sous la contrainte. Selon des "sources fiables" citées par cet expert, Morteza Abdolali Sarbandi aurait agressé physiquement et sexuellement la jeune femme qui, cherchant à se défendre, l'aurait poignardé avant de s'enfuir et d'appeler une ambulance.
Pour Téhéran, "le meurtre était prémédité"
Mais la justice iranienne a balayé ces critiques : les éléments du dossier ont montré que "le meurtre était prémédité", a assuré le bureau du procureur de Téhéran dans un communiqué publié samedi. Reyhaneh Jabbari a avoué "avoir acheté un couteau de cuisine (...) deux jours avant le meurtre" et l'a utilisé pour commettre le meurtre, selon le communiqué, ajoutant qu'elle avait frappé Sarbandi dans le dos, "ce qui montre qu'elle n'était pas en légitime défense". Enfin, elle a "envoyé un SMS à un ami dans lequel elle dit je vais le tuer ce soir, ce qui montre que le meurtre était prémédité et que l'affirmation de défense contre un viol est sans fondement", poursuit le texte.
Au cours des dernières semaines, la justice iranienne avait accordé plusieurs délais pour obtenir de la famille de la victime qu'elle accorde son pardon, ce qui, selon la charia (loi islamique), en vigueur en Iran, permet à un condamné à mort pour meurtre d'échapper à l'exécution et de purger une peine de prison. La famille de Sarbandi a exigé, selon les médias iraniens, que Reyhaneh Jabbari dise "la vérité" sur l'identité d'un autre homme présent au moment du meurtre pour accorder son pardon.
"Dans ses aveux, elle a déclaré qu'un homme était dans l'appartement au moment où mon père a été poignardé, mais elle refuse de donner son identité", avait déclaré Jalal, le fils de Morteza Abdolali Sarbandi, à la presse en avril. "Si elle dit la vérité, elle sera pardonnée, sinon elle subira la loi du talion" et donc la pendaison, avait-il poursuivi.
Les appels à la clémence pas entendus
Des artistes et des personnalités de la société civile avaient appelé à la clémence, tout comme des organisations internationales des droits de l'homme. Sur la page Facebook créée en soutien à Reyhaneh Jabbari apparaissent désormais le message "Repose en paix" et des photos de la jeune fille lorsqu'elle était encore enfant. "Nous condamnons l'exécution ce matin en Iran de Reyhaneh Jabbari", a indiqué la porte-parole du département d'État américain, Jennifer Psaki, dans un communiqué. "Il y a de sérieux doutes sur l'équité du procès et les circonstances entourant ce dossier, dont des rapports faisant état de confessions recueillies sous de sérieuses contraintes."
"Nous joignons notre voix à celles qui demandent à l'Iran de respecter l'équité des procès garantie à son peuple par la loi iranienne elle-même ainsi que ses obligations internationales", a conclu Psaki. À Londres, le ministre chargé du Moyen-Orient Tobias Ellwood a "vivement regretté le recours à la peine de mort dans le cas de Reyhaneh Jabbari", réitérant la "ferme opposition" du Royaume-Uni à cette sentence. En 2013, au moins 500 personnes ont été exécutées en Iran, en majorité pour des affaires de drogue, selon l'ONU.

Le Point, 26 octobre 2014
Source : AFP