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08 mai 2011

Temps troublés en Tunisie, 1 : une économie en berne

Les pertes causées à l’économie de la Tunisie ne cessent de s’alourdir. La révolte populaire de janvier dernier a causé 6 milliards de dinars (3,2 milliards d'euros) de pertes à l'économie du pays. Ce montant représente environ 8% du Produit intérieur brut (PIB) de la Tunisie, qui s'est élevé en 2010 à 39,6 milliards d'euros.

La Révolution Tunisienne a nuit à tous les secteurs d’activités, elle a même été la cause du renforcement de la pauvreté et le chômage. Les investisseurs de leur côté se méfient de s’installer en Tunisie vu l’absence de sécurité. L'activité touristique, qui contribue à hauteur de 6,5% au PIB et emploie 350.000 personnes, est en berne.

Selon le conseil d’administration de la Banque centrale de Tunisie (BCT), réuni le mercredi 27 avril 2011, la conjoncture économique nationale continue d’être affectée par les effets des évènements survenus dans le pays depuis le début de l’année.

La baisse des recettes touristiques et, à un degré moindre, des revenus du travail, conjuguée à la poursuite de la régression des investissements directs étrangers (IDE), ont aggravé le déficit de la balance des paiements et réduit le niveau des avoirs nets en devises, qui sont passés de 13.003 millions de dinars (MDT) ou 147 jours d’importations à fin 2010 à 11.060 MDT ou 125 jours d'importations à la date du 26 avril.

Les réserves de changes baissent  d’une manière inquiétante, selon les experts financiers. Toutes les prévisions tablent sur une croissance située entre 0 et 1% en 2011 contre 4 et 5% prévues initialement. La Tunisie a pourtant besoin d'un taux de croissance de l'ordre de 7% à moyen terme pour assurer une réelle relance de  son économie.

S'adressant, vendredi 29 avril 2011, à des représentants de la presse tunisienne lors d'une rencontre informelle, le gouverneur de la Banque Centrale de Tunisie, Mustapha Kamel Nabli, a averti que si l'économie s'effondrait, cela grèverait le processus démocratique.

Il  a aussi précisé que l'économie nationale n'est pas encore capable d'assurer une croissance normale, ni même de satisfaire les besoins immédiats, suite à la destruction des capacités de production (entreprises saccagées, unités bloquées par des conflits sociaux...), mais aussi, à la baisse de l'activité touristique et au climat d'insécurité.

"La sonnette d'alarme doit être tirée par tous " a-t-il ajouté. 

A la lumière de ces évolutions, la BCT a décidé de maintenir inchangé son taux d’intérêt directeur, tout en mettant l’accent sur la nécessité de continuer à suivre de près l’environnement international et la situation économique nationale.

Dans cette conjoncture, les transferts des tunisiens à l'étranger ont aussi, marqué une baisse de 12 %, passant de près de 633 millions de dinars à 530 millions de dinars de 2010 à 2011 (de Janvier à Mars).

La situation d'incertitude et de manque de confiance persiste après trois mois de Révolution Tunisienne. Le gouverneur de la Banque Centrale de Tunisie a précisé que  "Le problème fondamental réside dans la situation d'incertitude et de manque de confiance, prévalant dans le pays, induisant un attentisme de la part des entreprises mais aussi des consommateurs qui gardent leurs réserves. Le même phénomène est, d'ailleurs observé chez les investisseurs étrangers".

D’ailleurs cette semaine, la compagnie australienne «Alpine Oil and Gas » a annoncé l'arrêt, pour une durée illimitée, de son nouveau projet de prospection pétrolière dans les zones de Haj Kacem, dans la préfecture de Sfax.  Dans un message adressé au préfet, la compagnie explique sa décision par « les difficultés rencontrées et les entraves auxquelles elle a du faire face ». Les habitants de la région, précise encore la société australienne, ont interdit le démarrage du projet pour réclamer des emplois et des dédommagements sociaux.

Pour ce qui est du secteur bancaire, les difficultés rencontrées par les entreprises, se sont répercutées sur les banques avec l'augmentation des impayés. La banque centrale a envoyé une circulaire donnant une marge plus large aux banques pour restructurer les dettes des entreprises, pour que ces unités puissent continuer leurs activités

En matière de tourisme, durant le 1er trimestre 2011 les recettes touristiques ont baissé de  plus  de 43%  par rapport à la même période de 2010.  Les nuitées touristiques ont chuté de 56,9%. Les arrivées de touristes ont baissé de 44,1%. La chute du tourisme a affecté également  l’artisanat, un secteur qui participe à  4% du PIB,  3% du volume des exportations et emploie près de 11% de la population active en créant environ 8 000 postes d’emploi par an.

Dans cette conjoncture, aggravée par les aspects d’insécurité et d’instabilité, le problème de chômage ne cesse de s’aggraver et les estimations officielles annoncent déjà que le nombre global des chômeurs aurait passé de 500 milles a plus de 700 milles.

Le quotidien La Presse, dans son édition du dimanche 6 février 2011, a révélé les vrais chiffres du chômage en Tunisie lesquels n’ont jamais été rendus publics. Ainsi, en 2009, le taux de chômage chez les diplômés de l’enseignement supérieur était estimé à 45% !

Un chiffre qui donne le tournis et qui dérangeait incroyablement les hauts responsables de l’État. A l’époque, le chiffre officiellement cité parlait de 22,5% de chômeurs parmi ces jeunes diplômés.

La situation économique s’est franchement dégradée au cours du premier trimestre 2011. Cela a engendré la baisse de la note de la Tunisie par différentes agences de notation. L'agence de notation Fitch Ratings a annoncé qu'elle abaissait d'un cran la note de la dette à long terme de la Tunisie à BBB- et maintenu sa perspective "négative", en raison des incertitudes entourant la situation économique et politique du pays ; l'agence de notation Moody's a  déjà dégradé la note de la Tunisie, La note est assortie d'une perspective négative.

Les défis économiques de la période de transition démocratiques en Tunisie sont importants. L’augmentation des prix des hydrocarbures est un lourd fardeau sur le budget de l’État en Tunisie, ce  qui aggrave le déficit budgétaire.

La conjoncture actuelle en Libye affecte la Tunisie sur un autre plan également : celui des échanges commerciaux. En effet, la Libye est le 1er partenaire de la Tunisie, au niveau maghrébin et arabe, et le 5ème à l’échelle mondiale avec des échanges s’élevant à un montant de 2 milliards de dollars. Il est à signaler également que 1 million et demi de touristes libyens se sont rendus en Tunisie en 2010 et plus de 200.000 Tunisiens travaillent en Libye. La prolongation de la guerre signifie une aggravation des problèmes sociopolitiques de la Tunisie  et de sa  révolution.

Ftouh Souhail 
Tunis