Notre radio

Notre radio

29 mai 2011

Le Maroc, déstabilisation ou démocratisation ? Lhoussain Azergui sera mon invité le 5 juin

Manifestation devant le Parlement marocain à Rabat,
20 février 2011


Nous allons poursuivre dimanche prochain notre tour des révoltes dans le monde arabe en parlant du Maroc, qui semble vraiment à la croisée des chemins après ce qu'il a vécu ces dernières semaines. D'un côté il y a eu, dans le sillage des révolutions tunisienne et égyptienne, des grandes manifestations qui ont débuté le 20 février, donnant naissance au mouvement du même nom ; suite à cela on a eu l'impression que le pouvoir prenait peur, le Roi a prononcé un discours important le 9 mars, qui annonçait des réformes profondes ; et depuis, on a l'impression que ce mouvement s'essouffle. Mais il y a eu ensuite le terrible attentat de Marrakech le 28 avril qui a fait 17 morts dont 8 Français, et le spectre du terrorisme est revenu dans le pays, alors même qu'il n'y avait pas eu ce genre d'évènements depuis 2007. Alors, où va le Maroc ? Que va devenir ce grand pays, ami de la France et qui conserve par ailleurs une des dernières communautés juives au Sud de la Méditerranée ? Qu'est-ce qui va l'emporter, la déstabilisation par les Islamistes ou la démocratisation grâce à la société civile ? Pour en parler j'aurai le plaisir de recevoir un jeune journaliste marocain, Lhoussain Azergui. Lhoussain Azergui est un journaliste indépendant, chef du projet "Afrique du Nord, Proche Orient" à l'ESISC, centre européen de recherche en matière stratégique basé à Bruxelles. Il est né en 1975 à Tinejdad, dans le Sud Est marocain, et il est très attaché à son identité berbère puisque qu'il a publié un roman en langue amazighe, il écrit dans des sites berbères et il a été le lauréat du prix de la "Fondation Matoub Lounes" en juin 2008. Il s'intéresse beaucoup à cette menace islamiste, il vient de publier "le Maroc face à l'islamisme" (Editions Edilivre Aparis), un ouvrage que je n'ai pas encore lu ; mais je l'ai découvert, en fait, par l'interview qu'il a donnée au journal "Le Monde" au lendemain de l'attentat de Marrakech. Il avait dit dans ce journal : "pour les djihadistes salafistes, Marrakech est le symbole de la débauche. La littérature islamiste en parle comme de la nouvelle Sodome et Gomorrhe".

Parmi les questions que je poserai à Lhoussain Azergui :

- A propos de cet attentat : est-ce que des signes avant-coureurs avaient été relevés ces derniers mois ? On a beaucoup parlé de la filiale d'Al-Qaïda au Maghreb, l'AQMI, après des attentats en Mauritanie, des enlèvements de Français au Niger, mais le Maroc semblait à l'abri : la frontière saharienne est-elle déjà poreuse pour des infiltrations, ou alors, les terroristes se recrutent plutôt dans le pays même ? On a arrêté assez rapidement les auteurs de l'attentat du café Argana sur la place Jemaa el-Fna, en particulier celui qui a posé la bombe déclenchée à distance : on a l'impression d'une action isolée, qu'en pensez-vous ?
- Est-ce qu'on ne risque pas de faire une confusion entre des organisations clandestines effectivement dangereuses et qui ont été durement réprimées ces dernières années, et des organisations légales comme le grand parti PJD - parti pour la justice et le développement ? Le PJD participe aux élections, condamne le terrorisme, et pourtant vous dites dans une interview qu'il partage la même idéologie que les islamistes "illégaux"
- A l'origine de la première série de manifestations, on a eu comme en Tunisie et au Maroc des jeunes lançant des appels sur FaceBook. Nombre de partis politiques ou des ONG ont apporté leur soutien, sans vraiment canaliser le mouvement au début mais petit à petit on a l'impression que cela a changé. A votre avis, une récupération par les Islamistes ou l'extrême-gauche est-elle possible, et y a-t-il au Maroc une partie de la population prête à aller jusqu'au bout, c'est à dire jusqu'au renversement de la Monarchie ?
- Le Roi Mohamed VI a semblé très vite comprendre que le terrain politique devenait dangereux, puisqu'il a surpris son peuple en annonçant, dans un discours télévisé dès le 9 mars, une réforme profonde des institutions : le Premier Ministre issu des élections doit devenir le vrai chef de l'exécutif, la séparation des pouvoirs et l'indépendance de la justice seront inscrites dans la constitution, la composante berbère amazigh du Maroc sera effectivement reconnue : pensez-vous que le pays se transformera rapidement en une vraie monarchie constitutionnelle, comme beaucoup de pays européens ?

Je sais que parmi mes auditeurs nombreux sont les amoureux de ce pays, si proche de la France : j'espère donc que vous serez nombreux au rendez-vous dimanche prochain !

J.C