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07 mai 2017

L’ancien ministre jordanien des Affaires Etrangères au sommet de la Ligue arabe : voici la déclaration finale que je rêve de lire



Participants au 28e sommet de la Ligue arabe (image : alarabiya.net)


Le 29 mars 2017, jour du 28e sommet annuel de la Ligue arabe, qui s’est tenu à Amman, l’ancien ministre des Affaires étrangères jordanien Marwan Al-Muasher a publié un article dans le quotidien jordanien Al-Ghad, intitulé “La déclaration finale du sommet que je rêve de lire”. Dans cet article, il a présenté la déclaration finale qu’il aurait aimé découvrir, au lieu des slogans habituels des précédents sommets concernant l’unité arabe, la solution à deux Etats au conflit israélo-palestinien et la lutte contre l’Etat islamique. Sa déclaration imaginée reconnaît que les crises actuelles dans le monde arabe résultent des failles inhérentes au système politique, économique et social de ses pays, et avance des propositions pour y remédier, incluant le développement des droits du citoyen et de la liberté d’expression, le développement de ressources économiques autres que le pétrole, et l’investissement dans une meilleure éducation. Extraits :[1]

« Nous, monarques et présidents des pays arabes qui nous sommes réunis aujourd’hui à la Mer morte, ne nous contenterons pas de réitérer les principes de l’Oumma arabe, l’importance d’une action arabe conjointe, d’insister sur l’intégrité du territoire syrien, sur une solution à deux Etats, sur la nécessité d’augmenter l’effort pour vaincre militairement l’EI. Notre sommet aujourd’hui a abordé un sujet différent, qui n’a jamais figuré dans l’ordre du jour d’aucun sommet précédent. Notre sommet se déroule dans le contexte de puissantes vagues populaires dont les conséquences, apparentes pour tous, incluent des guerres intestines, des conflits communautaires, un ralentissement économique et des menaces pour la sécurité de nos citoyens. Nous avons estimé qu’il était approprié d’aborder le sujet de cette frustration populaire et de procéder à une analyse rigoureuse des facteurs qui l’ont engendrée, afin d’approuver une politique adaptée qui empêchera de nouvelles crises et placera nos pays sur la voie de la stabilité et de la prospérité.

Il convient d’admettre l’existence d’une faille dans la gestion politique, économique et sociale de nos pays, faille aggravée par la crise de confiance qui oppose nos citoyens et nos gouvernements. Nous comprenons aussi que si la réponse à ces protestations populaires se traduisait par de nouvelles restrictions politiques et par la persistance de méthodes économiques de rentiers, par le mépris de la loi et du principe de l’égalité pour tous, cela ne ferait qu’amplifier et aggraver la frustration de nos citoyens, hommes et femmes. Nous comprenons qu’il est impossible de revenir à la situation d’avant 2011, car si nous nous abstenons de traiter les facteurs qui ont engendré les révolutions arabes, ces révolutions se reproduiront. Nous comprenons aussi que l’absence de solutions magiques immédiates ne signifie pas que nous ne devons pas prendre de mesures sérieuses pour rétablir la confiance des citoyens dans les institutions de l’Etat et réévaluer sérieusement toutes les politiques passées, qui n’ont pour la plupart conduit à aucun progrès global et permanent.

Le sommet réalise que les défis sécuritaires auxquels la région est confrontée ne pourront être résolus sans un plan progressiste qui ouvrira une autre voie à toutes les idéologies extrémistes tafkiri prédominantes dans la région. Ce plan est fondé sur de nouveaux contrats sociaux entre l’Etat et ses citoyens, et entre concitoyens, qui garantiront la participation de tous au processus décisionnaire ainsi que les droits de tous les secteurs de la société. Ce sommet s’engage à initier un dialogue social dans les pays arabes afin de formuler ces contrats sociaux…

Comprenant… que l’économie fondée sur le pétrole touche à sa fin, le sommet a décidé de prendre de nouvelles mesures économiques, non fondées sur le pétrole, pour augmenter la productivité, d’ouvrir la porte aux échanges commerciaux entre tous les pays arabes, de supprimer les obstacles bureaucratiques et politiques qui y font barrage, et de promouvoir la création d’un libre marché arabe similaire à celui de l’UE.
Le sommet sait que le problème du chômage dans le monde arabe ne peut être résolu sans encourager l’innovation et la créativité. Le développement de sociétés permettant la liberté de pensée, d’expression et d’innovation conduira à des progrès non seulement en termes de qualité de vie, mais aussi de croissance, en luttant contre le chômage, et en améliorant le niveau de vie des citoyens. Le sommet a par conséquent décidé de créer un fonds d’éducation de 50 milliards de dollars pour aider les pays arabes à développer leurs programmes scolaires, encourager la pensée critique et former une jeune génération qui pourra relever les défis du XXIe siècle avec les moyens du XXIe siècle…

Un voyage de 1000 kilomètres commence par un rêve”.

Source : Memri, 4 avril 2017

[1] Al-Ghad (Jordanie), 29 mars 2107.