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27 octobre 2015

Bibi et le Mufti : un dossier pour comprendre

Adolf Hitler et le Grand Mufti, rencontre du 28 novembre 1941

 

Tout le monde a suivi le scandale provoqué par les déclarations "révisionnistes" de Netanyahou sur la Shoah, présentant le Grand Mufti de Jérusalem, Mohammed Amine al Husseini, comme le véritable inspirateur de la Shoah, réclamée à un Adolf Hitler ainsi dédouané - lui et son régime - du Génocide. Au delà de ma propre compilation d'articles dans la presse israélienne, j'ai lu beaucoup de choses intéressantes sur des pages "d'ami(e)s" de mon réseau FaceBook ; et certaines m'ont permis de rassembler des analyses et informations que j'ai donc plaisir à partager avec vous dans ce "dossier".

 

Mais disons d'emblée aussi  que la lecture de certains commentaires prenant la défense de "Bibi" m'ont à la fois surpris et désolé, car je me rends compte que les "groupies" ne se découragent jamais, quoique disent ou fassent leurs idoles : naïveté ? Esprits bornés ? On a l'impression que certaines et certains sont incapables de jugement indépendant. On a aussi l'impression que l'esprit de nuance a déserté certains esprits, qui sont incapables de formuler en même temps deux vérités complémentaires : oui, le Grand Mufti était un allié des nazis et un antisémite meurtrier ; oui, Hitler a voulu, conçu et réalisé la Shoah bien avant sa rencontre avec lui. Alors je publierai des liens en ce sens, même si certaines ou certains ne veulent connaitre qu'une des faces de la même vérité.


 

Commençons par les faits "basiques" pour les lecteurs qui ne seraient pas au courant : ils ont d'abord été rappelés jeudi matin sur notre antenne par mon ami Gérard Akoun,  lire ici . Allant plus en profondeur sur l'affaire, mon ami Ilan Scialom - qui a été un des invités de "Rencontre, voir son nom en libellé - a écrit un article percutant sur son blog du "Times of Israël" . Il dit à propos de la thèse de Netanyahou : "Elle minimise totalement l’antisémitisme violent de Hitler qui atteint son paroxysme avec l’extermination systématique des Juifs dès l’été 1941. Netanyahu se comporte ici en révisionniste historique et le fait pour des raisons politiques claires." Quelles sont ces raisons ? "Créer un lien entre nationalisme palestinien et nazisme", le passé permettant de justifier un refus présent de négocier.


 

Généralisant le propos, mon ami Jacques Benillouche a publié un bref billet d'humeur sur cette tendance, déplorable, à "nazifier" les ennemis d'aujourd'hui. Il n'y a aucune commune mesure entre le bilan du nazisme et les centaines ou les milliers de victimes de chaque "round" de confrontation, et les assimiler est une insulte aux victimes de la Shoah.


 

Bien entendu, en partageant ce point de vue, je me dois de dire aussi - et en particulier à mes ami(e)s musulman(e)s - que la "nazification" d'Israël dans la propagande arabe - bien antérieure à l'actuel gouvernement israélien -, est quelque chose de tout à fait insupportable. Voilà par exemple le genre d'illustrations que l'on trouve sur des pages FaceBook antisionistes radicales, mais il y en a des dizaines d'autres !



 

Et question révisionnisme historique, puisque effectivement Bibi en a fait, la veille des sites antisémites et antisionistes radicaux permet d'en trouver tous les jours : par exemple,  ce délire complotiste faisant d'Adolf Hitler, non seulement un complice des "Sionistes", mais en fait un Juif caché ... descendant d'un Rothschild : étonnant non ?

 

Mais revenons aux faits, et à la délirante "thèse" du Premier Ministre israélien : il faut savoir qu'il a subi une avalanche de critiques en Israël, aussi bien sur le caractère incendiaire et provocateur de ses propos que, surtout, sur le fond : les plus éminents historiens de la Shoah - aussi bien dans le pays que dans la Diaspora -, sont montés au créneau pour le dénoncer, lire ici .


 

L'excellent "Times of Israël"  a publié un enregistrement des échanges entre Adolf Hitler et le Grand Mufti de Jérusalem, tels qu'on peut les trouver dans les archives du Ministère allemand des Affaires Etrangère. C'est bien une déclaration d'allégeance, dans une guerre contre les trois ennemis partagés, les Juifs, les Anglais et les Communistes. Mais il n'est pas question de la Shoah !


 

Certes, me direz-vous, mais les deux leaders n'allaient pas faire état en public d'un projet secret d'extermination qui d'ailleurs avait déjà commencé sur le terrain, depuis l'été 1941, par les fusillades massives en Ukraine ... alors d'où Netanyahou a-t-il tiré sa théorie sur le rôle du Mufti ? Lui et d'autres révisionnistes s'appuient sur les déclarations d'un bras droit d'Adolf Eichmann, Dieter Wisliceny, lors du procès de Nuremberg. Or d'autres historiens n'accordent aucun crédit à ces déclarations, lire cet autre article très fouillé . A noter que le titre de cette dernière publication n'a rien à voir, puisqu'est cité le père de Bibi, lui-même historien réputé. Mais il est question, à la fin du texte, d'un autre révisionnisme, celui-là concernant l'histoire des Marranes, "revue et corrigée" par Benzion Netanyahou.


 

Ceci étant dit - mais hélas, non suffisamment souligné par les grands médias - les propos inadmissibles de Netanyahou ne doivent pas, non plus, faire oublier qui fut Mohammed Amine al Husseini, père historique du nationalisme arabe en Palestine : lire tout d'abord cette synthèse assez complète sur Wikipedia, où est notamment cité un historien d'origine palestinienne, Philipp Mattar disant : "il ne fait néanmoins aucun doute qu'Husseini « a coopéré avec le régime le plus barbare des temps modernes ».


 

Deuxième élément à verser au dossier, cette critique très documentée de l'article signé par Henry Laurens dans "L'encyclopédie des relations entre Juifs et Musulmans des origines à nos jours" (voir lien en libellé), article où cet historien - très hostile au Sionisme, et qui a marqué des générations d'arabisants en France - a minimisé son rôle. Merci à Rudi Roth pour cette longue analyse historique, démontrant en particulier que le Mufti avait, autour de lui et parmi ses héritiers politiques, d'authentiques nazis.


 

Troisième élément, un long texte mis en ligne sur sa page FaceBook par Antoine Vitkine, lui aussi historien et que j'ai eu le plaisir de recevoir dans mon émission (voir son nom en libellé). Il s'agit d'un long extrait tiré de son propre livre "Mein Kampf, histoire d'un livre". Je ne reproduis ci-dessous que le début de sa publication :


"Le grand mufti de Jérusalem, Amin al-Husseini, partisan du panarabisme, adversaire acharné de la présence juive en Palestine, est l’un des hommes clefs du rapprochement arabo-allemand et participe tôt à la diffusion du livre dans l’ensemble du Moyen-Orient. Il est ainsi à l’origine de la publication des extraits de Mein Kampf, en 1934, dans le journal Le Monde arabe de Bagdad. Ayant fui en Irak en 1937, le mufti aide à la mise en place du régime proallemand de Rachid Ali. La rébellion se maintient au pouvoir quelques mois, le temps d’un pogrom contre les Juifs, auquel participe Husseini. La collaboration du grand mufti avec les nazis ne sera pas sans conséquences. Celui-ci se réfugie en 1941 en Allemagne et rencontre Hitler. Dans ses mémoires, Husseini relate : « La condition fondamentale que nous avons posée aux Allemands pour notre coopération était d’avoir les mains libres dans l’éradication de tous les Juifs, jusqu’au dernier, en Palestine et dans le monde arabe. J’ai demandé à Hitler qu’il me donne son engagement explicite pour nous permettre de résoudre le problème juif d’une façon conforme à nos aspirations nationales, correspondant aux méthodes scientifiques inventées par l’Allemagne pour son traitement des Juifs. J’obtins la réponse suivante : “Les Juifs sont à vous.” "


 

Enfin, quatrième et dernier élément, ce texte du célèbre journaliste Albert Londres, relatant les pogroms de 1929, à Safed et à Hébron où vivaient des communautés juives séculaires : il a été repris sur le "blog de Danilette" que vous trouverez en lien. Vous verrez que la responsabilité du Mufti dans les fausses rumeurs - déjà ! - d'attaques des lieux saints musulmans était évidente à l'époque :


 

J.C