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19 septembre 2011

Salim Halali, de la réalité à la fiction


Couverture d'un disque de Salim Halali

N'étant pas un amateur forcené de musique arabo-andalouse, je dois avouer mes lacunes sur le sujet : je ne connaissais pas Salim Halali (1920-2005), grande figure de ce genre musical, célèbre bien sûr pour les amateurs ... Or c'est un des héros du film émouvant "Les hommes libres" du metteur en scène marocain Ismaël Ferroukhi, que j'ai eu le plaisir de découvrir en avant-première mardi 13 septembre, lors d'une belle soirée organisée par le "Projet Aladin".
 Synopsis du film :
"1942, Paris est occupée par les Allemands. Younes, un jeune émigré algérien, vit du marché noir. Arrêté par la police française, Younes accepte d’espionner pour leur compte à la Mosquée de Paris. La police soupçonne en effet les responsables de la Mosquée, dont le Recteur, Si Kaddour Ben Ghabrit, de délivrer de faux-papiers à des Juifs et à des résistants. A la mosquée, Younes rencontre le chanteur d’origine algérienne Salim Halali. Touché par sa voix et sa personnalité, Younes se lie d’amitié avec lui. Il découvre rapidement que Salim est juif. Malgré les risques encourus, Younes met alors un terme à sa collaboration avec la police. Face à la barbarie qui l’entoure, Younes, l’ouvrier immigré et sans éducation politique, se métamorphose progressivement en militant de la liberté."

Pour en savoir plus, je vous invite à visiter cette page sur le site du "Projet Aladin", et surtout à lire le compte-rendu de la soirée  publié sur le site du CRIF : accompagné par des membres de sa "Commission pour les Relations avec les Musulmans" que j'ai l'honneur de présider, j'ai eu le bonheur de retrouver dans la salle de nombreuses personnalités anciens invités de l'émission et qui, comme les réalisateurs du film et les organisateurs de la soirée, partagent tous mon souci de rapprochement judéo-musulman - malgré un contexte bien défavorable, hélas : Ghaleb Bencheikh, Kamal Hachkar, Fatiha Benatsou, Djelloul Seddiki, Hassen Chalghoumi, Benjamin Stora (qui a été le conseiller historique du film), Serge Klarsfeld et Ivan Levaï - remarquable animateur des débats, dont le mélange inimitable de gentillesse et de lucidité reste toujours pour moi un modèle de vrai journalisme !

A propos du film, quelques commentaires rapides :

- on pourra bien sûr reprocher au film d'avoir mis le "zoom" sur les Musulmans qui aidèrent les Juifs ou participèrent à la Résistance : il y en a vraiment eu, comme il y en a eu qui jouèrent la carte de la collaboration - Benjamin Stora a d'ailleurs eu l'honnêteté historique de le rappeler ; il n'empêche que le discours assimilant l'islam au nazisme - et qui a tant de succès dans la blogosphère juive francophone - est insupportable : on attend la réaction de certains sites et blogs, leur silence sur ce film  pouvant d'ailleurs être lourd de sens ;

- le personnage central de Si Kaddour Ben Ghabrit, Recteur de la Grande Mosquée à l'époque, est joué de manière impressionnante par Michaël Lonsdale, également présent lors de la soirée : après avoir interprété un des Moines de Thibérine assassinés en Algérie dans les années 1990 (présentation du film "Des hommes et des dieux" ici), et  comme le releva avec humour Ivan Levaï, il ne manque plus à ce Catholique pratiquant et engagé ayant passé son enfance au Maroc, qu'à jouer un rôle de Rabbin pour symboliser le rapprochement entre les religions  ...

- enfin, et pour en revenir au chanteur Salim Halali dont un épisode de la vie est évoqué dans ce film, je vous invite à lire sa biographie sur ce lien : né en Algérie dans une famille originaire de Tunisie, ayant débuté sa carrière en France avant de la poursuivre au Maroc, puis de quitter le Maghreb pour finir ses jours sur la Côte d'Azur, ce Juif fut une chanteur de musique arabe connu et admiré de son vivant. L'épisode relaté dans le film est tout à fait exact, ci-après l'extrait de Wikipedia sur le sujet : "Pendant l'occupation allemande, le fondateur et premier Recteur de la Grande Mosquée de Paris Si Kaddour ben Ghabrit parvint à dissimuler ses origines juives en lui fournissant une fausse attestation de musulman et en gravant le nom de son défunt père sur une tombe anonyme du cimetière musulman à Bobigny" !

J.C 

Nota ajouté suite à cet article :
Merci de se rapporter à l'article rédigé en juin 2013 sur ce même sujet, et qui le complète ou corrige après une étude approfondie des sources historiques disponibles