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16 septembre 2011

J-5 pour un état de Palestine ? par Gérard Akoun


Dans moins d’une semaine maintenant, l’Autorité Palestinienne va demander à l’Assemblée Générale de l’Organisation des Nations Unies d’accueillir en son sein un nouvel Etat, l’Etat de Palestine. Pour que cet État puisse accéder au statut d’État membre il lui faut, au préalable, l’aval du Conseil de Sécurité dans lequel siègent, entre autres, les États-Unis. Ceux-ci  ont d’ores et déjà annoncé qu’ils opposeraient leur véto à cette reconnaissance. La Palestine  ne pourrait donc devenir membre à part   entière de l’ONU,  mais pourrait bénéficier du statut de «  non membre observateur » à la suite d’un vote à la majorité simple de l’Assemblée Générale, dans laquelle le droit de véto ne peut s’exercer. Le décompte des votes est favorable à l’Autorité Palestinienne, et, cela ne fait aucun doute, au mois d’Octobre la Palestine se verra accorder un statut identique à celui dont seul disposait, jusqu’à présent, l’État du Vatican. Il ne faut pas s’y tromper, les Palestiniens ne vont pas se voir concéder un hochet à l’ONU, ils vont pouvoir faire partie, de plein droit, des nombreuses institutions spécialisées qui lui sont rattachées comme, par exemple l’AEIA, l’agence internationale de l’énergie atomique. Mais toute médaille a son revers, les Palestiniens obtiendront, certes, des droits mais qui dit droits dit aussi devoirs. Que peuvent-ils faire de cette reconnaissance territoriale, les frontières de  1967, puisqu’elle restera limitée à la Cisjordanie, le Hamas et le Djihad islamique s’opposant à cette démarche et contrôlant toujours Gaza ? Des roquettes continueront à tomber sur le sud d’Israël, l’armée israélienne exercera des représailles, les Palestiniens frustrés de ne pas constater de changements notables dans leur vie risquent d’être entrainés, par les plus extrémistes,  dans des actions violentes dommageables et pour eux et pour les Israéliens.

Les Israéliens avaient évacué Gaza sans concertation préalable avec l’Autorité palestinienne, on sait ce qu’il en est advenu, le Hamas y a pris le pouvoir. Mahmoud Abbas obtiendra un nouveau statut pour la Palestine, mais dans la mesure où il n’y aura pas eu de négociations au préalable avec les Israéliens, il risque  de livrer la Cisjordanie aux extrémistes. Les américains et l’Union Européenne usent de toute leur influence sur les Palestiniens pour qu’ils  ne demandent pas la reconnaissance de leur État lors de prochaine session de l’ONU. Ils font pression  sur les Israéliens pour que s’ouvrent, sans plus tarder des négociations directes. Barak Obama ne voudrait pas être obligé d’utiliser son droit de véto, ce  qui porterait un coup fatal au  rapprochement de l’Amérique avec le monde arabo musulman, et l’Union Européenne voudrait parler d’une seule voix et ne pas avoir à afficher ses divisions. Mais au-delà de leurs intérêts individuels, ils éprouvent une réelle inquiétude sur l’évolution de la situation dans une région devenue avec le « Printemps arabe » encore plus instable.
Le problème palestinien a été et reste un abcès de fixation utilisé tour à tour par des gouvernants,  soit pour détourner l’attention  des populations de leurs propres problèmes, soit  pour essayer, en apparaissant comme son champion, de prendre  la tête du monde arabe. Pour autant, cela n’a jamais bénéficié au peuple palestinien. C’est ce que fait à son tour, le Premier ministre turc, M. Erdogan, en se présentant  comme l’adversaire résolu des Israéliens, celui qui saura les remettre à leur place, politiquement  mais aussi militairement si cela s’avérait nécessaire. Ses  déclarations belliqueuses ne devraient laisser aucun doute à ses auditeurs, qui l’applaudissent à tout rompre, comme il se doit. N’a t-il pas déclaré, je cite, « Israël est un enfant gâté et si les puissances internationales continuent de  fermer les yeux sur les actions de Israéliens, il faudra prendre les mesures nécessaires pour qu’ils répondent des crimes qu’ils ont commis » : il faisait sans doute allusion à l’attaque du Mavi Marmara, mais il y a loin des paroles aux actes. N’est pas Saladin qui veut.
Il n’empêche que les Israéliens se trouvent dans une situation difficile, ils perdent, il faut l’espérer momentanément, des alliés avec la Turquie et l’Égypte, et ce ne sont pas les murs ou les clôtures qui constituent les meilleures frontières. La demande des Palestiniens sera agréée à  l’ONU et quoiqu’en disent, en Israël, le gouvernement et l’armée, elle ne sera pas sans  conséquences, dans les rapports avec les Palestiniens même si ces derniers s’abstiennent d’actions violentes. Il serait souhaitable - on dit qu’il y a des discussions secrètes  entre Israéliens et Palestiniens sous l’égide des Américains -, que de part et d’autre on  décide d’un retour à des négociations directes avec la volonté d’aboutir à la création d’un État palestinien en paix aux côtés d’Israël.

Henry Kissinger affirmait, fort de son expérience, que c’était à chaud, que les négociations pouvaient avoir le plus de chances d’aboutir ; alors, peut être verrons nous Benyamin Netanyahou ou Shimon Peres prendre la parole à la tribune des Nations Unies pour annoncer que, quinze ans après la signature des accords d’Oslo, un accord définitif était possible. 

Gérard Akoun   
Judaïques FM 94.8, le 15 septembre 2011