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29 novembre 2011

Israël : un autre prix Nobel, par Lysiane Gagnon

L'éditorialiste canadienne Lysiane Gagnon
Introduction :
La spécificité de mon émission - et de ce blog associé - fait que je ne rebondis presque jamais sur  les attaques, idéologiques, médiatiques et ininterrompues que subit l'état d'Israël, sauf lorsqu'elles émanent directement du monde arabe ou musulman. Au delà des critiques ponctuelles contre telle ou telle décision de son gouvernement, que je ne confonds pas avec de l'antisionisme radical (comprendre : qui réclame ouvertement ou sournoisement la fin de l’État juif), je n'en suis cependant pas moins révolté que d'autres blogueurs juifs qui réagissent systématiquement à toutes les outrances ; et le fait de ne pas rebondir moi-aussi, ne signifie pas que je ne soutiens pas leurs propres réactions - sauf, mais est-il nécessaire de la préciser ici, lorsqu'elle servent aussi de défouloir à des propos haineux contre tous les Musulmans, de France ou d'ailleurs ! Ceci étant posé, vous ne serez pas étonné non plus que je préfère exprimer mon soutien au peuple d'Israël sur un mode positif, en vous signalant les sympathies qu'il conserve encore largement chez des non juifs ... peut-être pas dans notre pays, certes ; mais par exemple au Canada, d'où un ami qui y vit m'a envoyé ce bel article : bonne lecture !
J.C
Israël vient de remporter son quatrième prix Nobel en chimie, pour les travaux du professeur Daniel Shechtman sur les quasi-cristaux.
C'est dans la catégorie des sciences que le Nobel est un indicateur valable de l'activité intellectuelle d'un pays. Les prix Nobel de la paix sont pour la plupart des constructions politiques: Rabin et Arafat en ont partagé un et il n'y a toujours pas de paix au Proche-Orient. Barack Obama, l'avant-dernier lauréat, n'avait rien réalisé sauf de beaux discours.
Les prix Nobel de litérature ont souvent récompensé d'immenses talents (on pense au Turc Ohran Pamuk ou à l'Égyptien Naguib Mahfouz) mais ce prix ne révèle rien sur la société, l'écriture étant un acte individuel et solitaire qui peut se passer du soutien des structures politiques et se fait même souvent dans la contestation du pouvoir en place.
Dans les sciences, les maths ou même l'économie, au contraire, les critères de choix sont par définition plus objectifs, et la distinction se répercute sur l'ensemble de la société d'où viennent les chercheurs, parce que rien ne peut être fait dans ces domaines sans l'existence d'institutions de recherche de haut calibre.
En excluant les Nobel de la paix, Israël, avec quatre prix en chimie et deux en économie pour un minuscule pays de 7,7 millions d'habitants, remporte la palme de la productivité intellectuelle per capita.
Le bilan du monde arabo-musulman, par contre, est lamentable. La Turquie (75 millions d'habitants) n'affiche qu'un prix en littérature. L'Égypte (80 millions), deux prix (littérature et chimie). L'Arabie Saoudite, qui nage dans les pétro-dollars? Nil. Le Pakistan a un Nobel en physique, l'Algérie deux (physique et littérature), et voilà. Cela reflète les conclusions des rapports de l'ONU - rapports effectués par des chercheurs arabes - qui font état du sous-développement intellectuel du monde arabo-musulman, phénomène attribuable à la corruption politique et à l'oppression des femmes.
Les êtres humains naissent avec des potentiels comparables. Ce qui compte, c'est la culture. Or, la culture juive, dont Israël bénéficie, a ceci de particulier qu'elle est basée sur le culte du savoir et de l'éducation, des valeurs qui sont transmises de génération en génération, et qui expliquent le haut taux de scolarité des Juifs partout au monde. D'ailleurs, on n'a qu'à regarder les patronymes des lauréats du Nobel, en Allemagne, en France, aux États-Unis et en Grande-Bretagne, pour voir qu'ils incluent un nombre disproportionné de juifs.
Mais il va de soi que pour donner tous leurs fruits, la culture et le talent ont besoin d'un environnement démocratique - cela existe en Israël, mais malheureusement pas (pas encore?) dans les pays arabes.
Bien que vivant dans un environnement extraordinairement hostile, Israël compte, comme le rappelait notre collègue Philippe Mercure dans une série consacrée en octobre 2010 à ce miracle économique, le plus haut taux de brevets par habitant au monde, la plus grande concentration d'entreprises en démarrage, la plus grande proportion du produit intérieur brut investie en recherche et développement. Israël attire aussi plus de capital de risque par habitant que toutes les autres économies de la planète.
Avec la proportion la plus élevée au monde de scientifiques et de techniciens, comment s'étonner que tant d'innovations soient venues d'Israël? De la puce d'Intel au robot-pilule muni d'une caméra, Israël est devenu un pays-laboratoire.
Si les imbéciles qui s'obstinent à boycotter deux petits marchands qui vendent des chaussures « made in Israël » étaient logiques avec eux-mêmes, ils se débarrasseraient de leurs ordinateurs, de leurs cellulaires, de leurs boîtes vocales et de leurs clés USB, autant d'objets dont les composants ont été inventés par des ingénieurs israéliens. Et ils s'abstiendraient de bénéficier des thérapies et des techniques opératoires mises au point en Israël...
Lysiane Gagnon, 
Cyberpresse Canada, le 8 octobre 2011
Lysiane Gagnon est journaliste. Elle écrit pour les quotidiens La Presse et Globe and Mail. Son travail lui a valu, en 1975, le prix Olivar-Asselin, et à deux reprises le Prix de journalisme le plus prestigieux au Canada, le National Newspaper Award: en 1976 dans la catégorie des grands reportages et en 1982 dans la catégorie des chroniques. En 1984, elle remportait le prix des lecteurs du Salon du livre de Montréal pour Vivre avec les hommes; un nouveau partage (Éditions Québec-Amérique).