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11 novembre 2011

Après le vote des Tunisiens en France : "Chez eux, chez nous", par François d'Orcival


Les Tunisiens résidant en France ont donné quatre députés au parti islamiste sur dix élus. Quatre sur dix, dans notre pays de démocratie, de laïcité, d’école gratuite, de protection sociale et de couverture maladie universelle. Qu’est-ce que cela traduit ?

Que près de quatre Tunisiens sur dix établis chez nous avec femme et enfants, jouissant de toutes les libertés d’un État de droit, accordent la priorité au référent religieux et qu’ils ont voté pour ceux qui, dans leur pays, ne distinguent pas entre religion, État et prédication, pour qui Dieu et César ne font qu’un et qui souhaitent manifester cette identité en se repliant sur l’enseignement de l’arabe au détriment, par exemple, du français.
Cette attitude vient confirmer les études réalisées sur le développement de l’intégrisme au sein des communautés musulmanes en Europe. Valeurs actuelles en a rendu compte avec l’analyse de Christopher Caldwell (notre numéro du 6 octobre), laquelle s’ajoute à l’enquête de Gilles Kepel pour l’Institut Montaigne, à Clichy-sous-Bois et Montfermeil, enquête dans laquelle il constate la « piété exacerbée » des musulmans, le mariage dans la même religion, la généralisation de l’alimentation halal. La semaine dernière, notre journal citait un rapport des policiers de la sous-direction de l’information générale des Bouches-du-Rhône (les RG) que s’était procuré le quotidien communiste la Marseillaise : « Si rares sont les individus radicalisés au point de soutenir les djihadistes, pouvait-on lire, le fondamentalisme paraît avoir progressé au point de gagner la majorité de la population musulmane. » Ainsi ces informations se recoupent et se complètent, de la région parisienne aux quartiers de Marseille.

Dans le même temps, les pays qui se sont soulevés dans la vague du “printemps arabe”, de la Tunisie à l’Égypte, voient partout s’étendre les prétentions à gouverner des Frères musulmans islamistes qui puisent leur inspiration dans l’exercice du pouvoir par le parti AKP en Turquie. En Libye, le nouveau gouvernement, constitué sur la ruine du régime Kadhafi et au lendemain de la mort de son chef, annonce que désormais la loi libyenne sera fondée sur la charia. Un gouvernement, l’ancien Conseil national de transition, qui ne doit son existence qu’à la campagne aérienne soutenue engagée par les alliés de l’Otan, à l’initiative de la France et de la Grande-Bretagne. Alors, le diable s’est-il fait l’instrument de la charia ? Les Américains et les Européens se font-ils les complices de l’islamisme en aidant ces peuples à accéder à la démocratie ?
Cette question résulte d’une confusion. Laquelle a été entretenue par les Américains et reprise par leurs alliés. La source de cette confusion est toujours la même : plutôt que d’annoncer clairement que nous intervenons ici ou là pour nous défendre et défendre nos intérêts, nous préférons habiller ces interventions d’une caution morale, droit d’ingérence et droits universels de l’homme. Or nous ne nous battons pas en Afgha­nistan pour imposer une forme d’islam au lieu d’une autre, mais pour y empêcher qu’un gouvernement taliban n’en refasse une base d’exportation de la terreur, pour que ce pays soit une terre pacifiée plutôt qu’un foyer d’infection de plus dans une région déjà inflammable. De même, nous sommes allés au secours des insurgés libyens en raison d’une claire vision de nos intérêts au sud de la Méditerranée. La charia chez eux est leur problème, pas le nôtre, même si nous devons y garantir le droit des minorités à vivre en paix, et en particulier les communautés chrétiennes. C’est le philosophe musulman Malek Chebel qui le dit : « Il faut tout de même rappeler que sur dix morts par le fait de l’islam, neuf sont des musulmans. »

En revanche et là, nous devons être solides, pas de charia chez nous. Le fondamentalisme n’est pas soluble dans la République. Sommes-nous à cet égard suffisamment résistants ? Quand Jean-François Copé lance à l’UMP son débat sur la laïcité, que fait la gauche ? Elle dénonce un « débat-procès de l’islam », Martine Aubry et Laurent Fabius apportant aussitôt leur signature au même manifeste (avant de la retirer) que Tariq Ramadan, le fondamentaliste qui excuse la lapidation. La même gauche plaide pour l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne – on devine ce qu’en seraient les conséquences – et pour le droit de vote des étrangers (par définition non européens) aux élections locales – voudrait-elle créer des “collectivités islamistes” ? Il ne faudra pas oublier que, devant la question de la propagation de l’islamisme, posée lors du deuxième débat télévisé de leurs primaires, les candidats socialistes sont restés muets. 

François d'Orcival, de l'Institut
"Valeurs Actuelles", 3 novembre 2011