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22 novembre 2011

Après les élections tunisiennes : commentaires désabusés d'un candidat malheureux

Introduction :
L'actualité tunisienne, c'est malheureusement le triomphe d'Ennahda, prenant en main la destinée du pays après son net succès électoral : le Premier Ministre sera donc le bras droit de Rached Ghannouchi, Hamadi Jebali ; et les fonctions - plutôt symboliques dans la Tunisie post-Ben Ali - de Président de l'Assemblée Constituante et de Président de la République reviennent à ses alliés  laïcs, le rassemblement Ettakatol et le Congrès Pour la République ; des laïcs semble-t-il peu effarouchés par les derniers propos du même Jebali, disant à Sousse le 13 novembre : "Nous nous trouvons dans le sixième califat, si Dieu le veut !".
Mais tous les politiques tunisiens ne partagent pas cet enthousiasme ... Chaimae Bouazzaoui, jeune marocaine étudiante en journalisme, a eu la chance de vivre la révolution dans le pays, où elle est en stage. Dans l'interview qu'elle m'a communiquée, elle donne la parole à un candidat malheureux aux élections ... et ce qu'il dit est intéressant !
J.C

« Ces charlatans peuvent tout dire »

La tête de liste de Doustourouna-Kairouan, M. Messaoud Ben Romdhane, décrypte les risques qu'encourt la nouvelle Tunisie à l'occasion de l'élection de l'Assemblée constituante et donne son avis sur l’avalanche des promesses donnée par certains partis politiques et indépendants.

Quelle est votre réaction après la victoire d’Ennahda ?

Ma réaction c’est que je suis un peu déçu des résultats non pas parce que je n’accepte pas d’avoir échoué, mais parce que beaucoup d'ambiguïtés ont été notés lors des élections de l’Assemblée Constituante.
La Constituante doit normalement être une assemblée représentative : élue dans des circonstances ne laissant aucune place à la contestation de la crédibilité du scrutin, gage de toute légitimité.

Avez-vous des preuves ?

Oui, certainement. On a déposé, suite au fait, une plainte contre certains partis. Mais en revoyant le code électoral, il m’est apparu si difficile d’avoir l’écho souhaité, car, par exemple, l’argent dilapidé n’a pas été taxé. Cela ne m’empêche pas toutefois de résoudre le problème avec les avocats.

Quel poids politique au sein de la Constituante ?

Malheureusement, on n’a eu aucun siège dans l’A.C. Donc : aucun poids.

Votre échec est du au financement ou à la structuration ?

En effet, durant la campagne électorale, les partis politiques ont eu beaucoup plus de poids que les indépendants. Ceci dit, financement par excellence qui influence inéluctablement le structurel. Les médias, aussi, ont joué un  rôle très important, et ce, depuis le Ramadan.

Quelle est votre attitude vis-à-vis d’Ennahda ?

A l’instar des autres partis politiques, ce parti ne semble offrir que des chartes d’intentions. Le gouvernement que la constituante formera ne sera que provisoire. De facto, il n’aura pas le droit de prendre des décisions qui engagent le pays à long terme.
Je suis plutôt démocrate, laïc qui refuse toute ingérence de la religion dans la politique. Mais je ne refuse pas l'islam tel qu'il est pratiqué par les musulmans. D'ailleurs ma femme est pratiquante et on vit ensemble très bien. 

Les promesses de ces partis politiques : utopie ou réalité ?

Je n’arrive pas à concevoir pourquoi dans une A.C qui ne demeurera pas longtemps, les partis font une panoplie de promesses irréalisables dans le logiquement possible. Je pense qu’il est plus rationnel de proposer un projet de constitution et non pas un programme. L’enjeu primordial demeure la constitution.
A mon avis, ces promesses ne sont qu’une illusion. Promettre aux gens de créer des milliers de postes d’emploi dans une courte durée, par exemple, est logiquement ingérable.
Dans tous les cas, nous verrons dans l’avenir leur évolution.

Que pensez vous des indépendants ?

A vrai dire, les listes indépendantes ne sont pas toutes innocentes. Il y a des listes indépendantes qui se cachent derrière le fameux RCD.

Que pensez vous de l’exemple Al Arida ?

Arida est un phénomène plus qu’un exemple. Elle détient une partie, bien qu’elle ne soit pas très importante, du quatrième pouvoir à travers laquelle elle a fait une grande propagande. Ce n’est enfin de compte que des promesses mensongères qu’elle a pu rendre crédibles car promettre ne tue pas. Ces « charlatans » peuvent tout dire.

Étant donné que Doustourouna n’a pas pu « arracher » aucun siège, quelle solution ?

Même si nous n’avons pas réussi à être élus, nous continuerons à militer pour une société démocratique, ouverte et moderne.
Nous continuons à militer jusqu’au bout et c’est notre droit, comme c’est le droit de toute la société civile qui brisera le silence au moment approprié.

Chaimae BOUAZZAOUI