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29 juin 2010

Cheval de Troie iranien au sein des élections irakiennes par le Dr. Nimrod Raphaeli


Introduction

Près de deux mois après la clôture des élections législatives en Irak, le nouveau gouvernement n'a toujours pas été formé, et la perspective d'une sortie de l'impasse qui a empêché jusqu'ici la formation du gouvernement n'apparaît pas. La situation semble au contraire de plus en plus complexe et les pistes de plus en plus brouillées. L'un des facteurs contribuant à complexifier la situation n'est autre que le cheval de Troie iranien en Irak.

La commission des comptes et de la justice (AJC), cheval de Troie iranien

Selon la mythologie grecque, les Grecs ont présenté aux citoyens de Troie un grand cheval de bois, dans lequel ils avaient secrètement caché leurs guerriers. Pendant la nuit, les guerriers sont sortis du cheval de bois et ont envahi la ville.
Le rôle joué par la Commission des comptes et de la justice (AJC), sous la présidence d'Ahmed Chalabi, l'un des politiciens les plus pro-iraniens de la scène politique irakienne, et de son directeur exécutif Ali Al-Lami, fait penser à un cheval de Troie iranien en Irak. Dans une déclaration datant de février 2010, le commandant des forces américaines en Irak, le général Ray Odierno, rapportait que les renseignements faisaient état de l'influence iranienne à laquelle étaient soumis aussi bien Chalabi qu'Al-Lami. Les États-Unis estiment en effet qu'Al-Lami est un agent des services de renseignements iraniens. [1]
L'AJC, anciennement connue sous le nom de "Commission de dé-baathification," a été inactive pendant des années, mais s'est subitement réveillée quelques jours avant les élections législatives du 7 mars 2010, empêchant plus de 500 candidats de se présenter, au nom de prétendues sympathies baasistes. La plupart d'entre eux faisaient partie de la liste d'Iyad Allaoui, à la tête d'Al-Iraqiya. Parmi ceux qui n'ont pu se présenter se trouvait le principal candidat sunnite: Saleh Al-Mutlak.
La plupart des Irakiens ont en horreur le parti Baath, qui a gouverné l'Irak pendant 35 ans, dont 30 ans sous Saddam Hussein. Les critiques contre la décision de l'AJC d'empêcher les candidats présumés pro-baathistes de se présenter se basent donc sur l'absence de toute possibilité pour les accusés de se défendre d'un passé ou de sympathies baasistes. Ces critiques relèvent en outre que cette décision a été prise trop peu de temps avant les élections. Elle est vue comme une offensive contre Iyad Allaoui, ce dernier étant considéré par l'Iran comme trop laïque et trop proche du régime saoudien.
L'AJC a refait surface une deuxième fois après l'annonce du résultat des élections, Iyad Allaoui ayant obtenu un avantage de deux sièges sur son plus proche rival, le Premier ministre Nouri Al-Maliki (91 sièges contre 89 sièges). L'AJC a déclaré que 52 des candidats, dont au moins deux ont été dûment élus au Parlement en tant que membres d'Al-Iraqiya, devaient être disqualifiés pour appartenance présumée au mouvement baasiste. L'AJC est allée plus loin encore en appelant la Commission électorale à ignorer les voix accordées à ces 52 candidats et à revoir l'attribution des sièges sur la base du nouveau décompte des voix. Al-Iraqiya pourrait ainsi perdre au moins deux sièges, perdant sa place de premier parti au parlement, ce qui priverait Iyad Allaoui de la possibilité de former un gouvernement dont il serait la tête.

Al-Lami accuse Washington de vouloir l'assassiner

Pour accroître l'incertitude injectée au processus politique, avec l'apparente bénédiction de l'Iran, le directeur exécutif de l'AJC Ali Al-Lami a accusé lundi les Etats-Unis de chercher à l'assassiner pour ensuite mettre le meurtre sur le dos d'Al-Qaïda. Il a déclaré que les États-Unis voulaient se "venger" de ses efforts pour contrecarrer le plan américain visant à rétablir le parti Baath au pouvoir. Ce serait les renseignements irakiens (Moukhabarat) qui lui auraient fait part de ce prétendu complot pour le liquider, sur la base d'informations divulguées par une source "de premier ordre", au sein de l'ambassade américaine à Bagdad. [2] Un chef de file d'Al-Iraqiya a qualifié les propos d'Al-Lami de fruit de son imagination, nourrie par "des fronts régionaux connus" liés à l'Iran. Auparavant, Al-Lami avait passé 18 mois dans une prison américaine, suspecté d'activités terroristes. [3]

Le porte-parole du gouvernement critique la Commission des comptes et de la justice (AJC)

Ali Al-Dabbagh, porte-parole du gouvernement irakien (élu au Parlement dans le cadre de la liste Al-Maliki "Etat de droit"), a émis "une critique sans précédent" de la décision de l'AJC d'exclure certains candidats du processus politique. Il a déclaré que cette décision créerait des tensions entre les groupes politiques ; or "la situation politique en Irak ne peut pas supporter les crises marginales qui ne servent pas l'intérêt du pays". [4] Dans une interview accordée au site libéral Elaph, Al-Dabbagh a confirmé que des efforts avaient été déployés pour restructurer l'AJC afin que le pays ne "cède pas sous les caprices d'un nombre limité de personnes qui créent des crises politiques consécutives..." [5]

La Premier ministre que l'Iran veut

L'Iran s'est efforcé durant des mois, avant les élections, d'unifier les deux principaux groupes chiites - l’État de droit d'Al-Maliki et le Conseil islamique suprême d'Al-Hakim, élément clé de l'Alliance irakienne nationale. Ayant échoué dans ses efforts, l'Iran s'est engagé dans des activités subversives - principalement, mais pas exclusivement, à travers l'AJC - pour empêcher que M. Allaoui, chef de file chiite libéral et laïque, ne devienne Premier ministre. Le directeur d'Al-Arabiya TV, Abd Al-Rahman Al-Rashed, a vu tout à fait juste lorsqu'il a qualifié l'action de l'AJC de "complot" pour empêcher Iyad Allaoui de devenir Premier ministre. [6]

Conclusion

L'arrêt de l'AJC visant à exclure, a posteriori, les voix accordées aux candidats accusés de sympathies baathistes, et la demande d'Al-Maliki, approuvée par le tribunal, d'un nouveau décompte manuel des voix de la province de Bagdad, ont suspendu tout débat véritable quant à la formation du nouveau gouvernement. En attendant, les pays de la région - l'Iran, les États arabes, la Turquie, et d'autres encore - continuent de s'ingérer dans les affaires politiques irakiennes, ce qui rend l'éventualité d'un compromis politique encore plus improbable.

Dr Nimrod Raphaeli, chercheur au MEMRI
Publié par le site MEMRI le 7 mai 2010


[1] Al-Rafidayn, le 2 mai 2010.
[2] Al-Rafidayn, le 2 mai 2010.
[3] Al-Rafidayn, le 2 mai 2010.
[4] Al-Zaman, Irak, le 29 avril 2010.
[5] www.ekaog,cin/Web/news/2010/557715html (3 mai 2010).
[6] Al-Sharq Al-Awsat, Londres, 29 avril 2010