Notre radio

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29 avril 2009

Conférence de Genève : 3/3, Quelques voix inoubliables


La conférence sur l'antisémitisme dans le palais des nations,mardi 21 avril. 
Au fond, Elie Wiesel (photo Jean Corcos, cliquer pour agrandir)

La semaine passée fut riche en émotions, et pas seulement au moment de la diatribe de Mahmoud Ahmadinejad, où nous avons eu l’impression cauchemardesque de revivre une diatribe hitlérienne à Nuremberg ... dénonciation des « Sionistes » qui contrôlent le pouvoir économique et les médias en Occident, évocation du « régime fasciste usurpateur qui a rendu un peuple sans logis en Palestine », dénonciation de la politique agressive des Etats-Unis « qui ont envahi des terres musulmanes en Irak et en Afghanistan », remise en question des structures de l’ONU, prophéties de la fin de l’ordre capitaliste et libéral : un vrai discours révolutionnaire, certes mâtiné d’islam mais d’abord révolutionnaire : comme le national-socialisme ! On en lira la retranscription complète en anglais sur ce lien ; et les journalistes qui ont platement titré « Ahmadinejad fustige Israël » sont soit des abrutis, soit des lobbyistes de la république islamique : ce furent des propos pré génocidaire, comme devait le rappeler Irwin Cotler, ancien ministre de la justice canadien et présent à toutes les manifestations de protestation : « l’Holocauste n’a pas commencé dans les chambres à gaz, mais avec des mots ».
La première réplique fut une commémoration imposante du « Yom HaShoah », qui - par un sinistre hasard du calendrier - tombait le même jour que le discours du gnome iranien, lundi 20 avril.Trois mille personnes occupaient les places réservées sur la place des nations, juste en face de l’entrée de l’ONU. Dans l’assistance, des ambassadeurs, des représentants de toutes les grandes organisations et communautés juives du monde occidental, des rabbins et des prêtres, et - alors que le président de la confédération helvétique avait soulevé une polémique la veille en recevant Ahmadinejad -, le président du conseil d’état suisse, Laurent Moutinot, qui devait juger « intolérables » les propos tenus quelques heures auparavant dans l’enceinte des Nations Unies. Sous le chapiteau se sont succédé une chorale de la communauté juive de Genève, des rescapés de la Shoah qui ont allumé la flamme de la mémoire, et surtout trois personnalités qui se sont mobilisées toute cette dure semaine : Irwin Cotler, déjà cité, Bernard-Henri Lévy qui devait dire : « ceux qui se sont rassemblés ici vont donner une leçon d’antiracisme à un psychopathe », et un rescapé d’Auschwitz, sans doutes le plus célèbre, le Prix Nobel Elie Wiesel, qui devait dire : « Si un jour quelqu’un m’avait dit qu’un jour je serais ici et qu’en face, un chef d’état iranien dirait des choses si laides et insolentes en public, en étant fier, je ne l’aurais pas cru. »
Le lendemain, je devais assister dans l’enceinte même de l’ONU à une conférence organisée par le « Institute on human rights and the Holocaust » (voir photo). Le sujet : l’antisémitisme et l’intolérance. Ici et maintenant ». Elie Wiesel a d’abord parlé, d’une voix sourde, angoissée, et qui rappelait l’essentiel : « ce n’est pas un hasard si Ahmadinejad veut à la fois nier la Shoah et détruire Israël, il veut être celui qui fera mieux que Hitler » ; il a rappelé que Rafsandjani, celui que l’on présente comme un modéré, avait dit qu’en cas de conflit nucléaire il resterait quelques dizaines de millions d’iraniens survivants, et que de tels propos faisaient très peur parce qu’avec un tel fanatisme la dissuasion ne marche pas ; et il a dit que l’antisémitisme était une maladie qui ne guérit jamais !
Comme en écho et un peu plus tard, le Père Patrick Desbois - qui a consacré sa vie à exhumer les fosses communes des charniers de l’ex-URSS (la fameuse « Shoah par balles » qui extermina un million et demi de Juifs) - devait dire que oui, l’antisémitisme ne finit jamais car « les Juifs sont le peuple de Dieu, et ils en portent le stigmate » ; il devait aussi rappeler les propos de Jean-Paul II, « l’antisémitisme est un péché contre Dieu », or le propre d’un péché c’est d’être éternel, comme Dieu ; autres paroles fortes : « tous les négationnistes sont des antisémites, et peu importe s’ils sont de droite, de gauche, athées ou croyants » ; et le discours des antisémites est toujours le même, « les Juifs doivent partir», et on dirait cela même si Israël n’existait pas, on s’en prendrait alors à ceux qui vivent à Paris ou à New York !
Un autre non juif, l’acteur américain John Voight, devait aussi avoir des propos d’amour pour le peuple d’Israël qui seraient vraiment politiquement incorrects dans notre vieille Europe.
Le professeur Shelby Steele, un afro-américain, devait rappeler une vérité évidente : l’antisémitisme est d’abord l’expression de la mauvaise foi ; il progresse chez les Noirs des États-Unis parce qu’ils trouvent une réponse simple aux problèmes qu’ils ne peuvent résoudre ; exactement comme les nations du Tiers Monde, qui font d’Israël le bouc émissaire idéal : à nous de les faire progresser vers la réflexion !
Nathan Sharansky, ancien « refuznik » et prisonnier du Goulag, devenu depuis israélien et nouveau directeur de l’Agence juive, devait dire que l’atmosphère ubuesque que l’on vivait à l’ONU - un Conseil des droits de l’homme dirigé par les représentants des dictatures - lui rappelait l’atmosphère digne d’Orwell de l’ex-URSS qu’il avait fuie : on ne se disait déjà pas antisémites, mais contre « le cosmopolitisme » ou le « sionisme », mais c’était pareil !
Mais les paroles les plus fortes ont été celles du professeur Alan Dershowitz : d’abord par son rappel historique sur la soit disant « innocence » des Palestiniens durant la Shoah, alors que leur leader - le grand mufti de Jérusalem - fut le seul responsable étranger à visiter Auschwitz et à empêcher la sortie, même d’un nombre infime, de Juifs ... Ensuite, en disant que « le nazisme n’était pas mort », mais qu’il se réincarnait dans les discours du Hamas, ou d’Ahmadinejad : la question posée maintenant, ce n’est plus d’être pour ou contre un état palestinien - lui-même, démocrate, est plutôt « colombe » sur ce sujet : mais « de quel côté êtes-vous face aux nazis d’aujourd’hui ? »
Toute la journée du mercredi 22 avril - et alors que, dans un vote surprise et ultra rapide, comme pour effacer l’impact désastreux du discours d’Ahmadinejad, la conférence avait voté le texte de compromis obtenu après d’âpres marchandages entre les occidentaux et les représentants des « non alignés » -, nous avons ensuite assisté à deux séries de conférences, organisées par un collectif d’organisations juives et antiracistes dans un théâtre de Genève - la véritable « maîtrise d’œuvre » revenant à l’ONG « UN Watch » qui a fait un travail remarquable de préparation. Nous étions 700 dans la salle, dont beaucoup venus de France par cars entiers (une manifestation finale eut lieu face à l’ONU dans la soirée).
Le « panel » des intervenants - le matin sur l’antisémitisme, et le soir sur le thème « Israël veut la paix » - était intelligemment conçu, dans la mesure où de très nombreux non juifs ont pris la parole : représentant du Darfour, rescapée du génocide du Rwanda, responsable d’une association de défense des homosexuels, iranienne exilée défendant les femmes de son pays, italo-marocaine militante associative, mais aussi un universitaire israélien d’origine bédouine, une ancienne immigrée d’Éthiopie, des humanitaires envoyés de par le monde à chaque catastrophe naturelle, et le chef de cabinet du Premier Ministre du Canada !
Par rapport aux leçons à tirer, déjà, de cette conférence contre le racisme, j’ai relevé deux discours assez différents :
- ceux qui ont trouvé que l’on avait « limité les dégâts ». D’abord Richard Prasquier, président du CRIF, qui devait dire que « les lignes rouges » définies par la France, n’avaient pas été franchies - nonobstant la référence aux résolutions de Durban I, avec la mention explicite d’un seul état (Israël), mais en des termes déjà « équilibrés » grâce à l’Union Européenne. Ensuite, Irwin Cotler, à nouveau, qui a souligné que l’on faisait face à un antisémitisme virulent, globalisé par les chaînes satellitaires et Internet ; que le fait d’assimiler Israël à l’apartheid ou au nazisme revenait à réclamer moralement sa mort ; que les pires violateurs des droits de l’homme étaient ceux qui jugeaient ... mais que l’on avait encore besoin des Nations Unies, à condition qu’il y ait un sursaut ; et que la « sortie » des Européens lors du discours d’Ahmadinejad était le signe d’une résistance - même s’il aurait fallu le faire avant, et faire pression pour qu’il ne vienne pas ! Enfin, Denis Mac Shane, ancien ministre de Tony Blair, qui devait dire aussi : « oui, l’antisémitisme relève la tête partout, mais aussi la xénophobie » ; « oui, les pays musulmans sont devenus le foyer le plus virulent, et ils contaminent des populations immigrées en Europe ; mais il faut aussi dialoguer, les convaincre que nous ne sommes pas leurs ennemis en les aidant à résoudre les conflits » ; et « les diplomaties européennes ont fait du bon travail avec le texte de compromis voté à Genève ! »
- ceux qui au contraire ont trouvé qu’il n’y avait pas à se réjouir de la situation : disons que c’était le sentiment dominant de la salle, qui a fait une « standing ovation » à Bernard Henri Lévy ; lequel nous a fait un discours percutant, dénonçant la résolution de la conférence, un « SMIC des droits de l’homme », alors que l’on n’a parlé ni du génocide au Rwanda, ni du sort des intouchables en Inde, ni de l’esclavage moderne en terre d’islam, ni du génocide au Darfour ... «les peuples victimes par millions n’ont pas d’existence historique, on ne connaît même pas à 100.000 près le nombre des victimes des guerres oubliées » ... et B.H.L d’appeler à un « Genève III » après « Durban II », et de plaider pour une alliance entre les « sans voix d’hier » (les Juifs rescapés de la Shoah ») et les « sans voix d’aujourd’hui » victimes du « gang de voyous qui ont pris l’ONU en otage ».

Jean Corcos

27 avril 2009

Les Chiites au Moyen Orient 1, histoire d’une fracture : Laurence Louër sera mon invitée le dimanche 3 mai


La géopolitique du Moyen Orient a toujours été troublée au cours des dernières décennies, mais on a l’impression que pour des tas de raisons les cartes sont en train d’être redistribuées, avec des nouveaux acteurs - comme l’Iran, qui est monté en puissance récemment - ou des anciens qui reviennent en force - comme la Russie. Il était donc nécessaire d’évoquer ces bouleversements, et parmi ceux que l’on évoque le plus souvent dans la presse, il y a ce qu’on appelle « le réveil chiite », cette branche de l’islam présentée (d’une façon un peu simpliste) comme à la fois plus fanatique que le Sunnisme majoritaire, et télécommandée par l’Iran. Nous aurons la chance d’avoir comme invitée une spécialiste de ce sujet, Laurence Louër : elle est docteur en sciences politiques, chercheuse au C.E.R.I - Sciences Po, mais surtout consultante permanente au Centre d’analyses et de prévisions du Ministère des Affaires Etrangères. Nous allons parler de son livre « Chiisme et politique au Moyen Orient », publié aux éditions « Autrement » : il s’agit d’un ouvrage extrêmement dense d’environ 140 pages, qui évoque le grand retour contemporain de cette branche de l’islam en Iran, en Irak, au Liban et dans les monarchies du Golfe. 25 minutes d’une seule émission n’auraient pas suffi pour parler de tout en profondeur, et c’est pourquoi j’ai structuré mon interview en deux parties : dimanche 3 mai, nous allons planter le décor, rappeler les évènements historiques à la fois lointains et contemporains qui ont marqué le clivage entre Sunnites et Chiites. Et puis nous allons parler bien sûr de l’Iran, de la révolution islamique de 1979 et de sa politique étrangère, en particulier vis-à-vis de la mouvance chiite dans les pays arabes. Et puis, le 17 mai, nous allons passer en revue tous les pays arabes où les Chiites sont soit une minorité importante, soit carrément majoritaires.
Parmi les questions que je poserai à Laurence Louër :
- Qu’en est-il de la légende du douzième Imam ou « Imam caché » le fameux « Mahdi », et pourquoi, par opposition aux Sunnites, le clergé a-t-il joué un rôle si important chez les Chiites ? Est-ce que ces croyances messianiques imprègnent fortement les populations chiites aujourd’hui, et dans ce cas n’est-ce pas très inquiétant ?
- Au moment de la révolution islamique, l’Ayatollah Khomeiny va promouvoir la notion de « wilayat al faqih » ou « gouvernement des sages », qui donne au clergé tout pouvoir pour gouverner l’état. Est-ce que ce leadership accordé aux religieux est quelque chose d’ancré dans la tradition chiite, ou est-ce que c’est une mouvance idéologique nouvelle ?
- En lisant ce livre, on découvre que, au fil de l’histoire contemporaine et des conflits entre l’Iran et l’Irak, beaucoup de leaders spirituels ont voyagé d’un pays à l’autre, allant dans le Golfe et même jusqu’au Liban, et que finalement il y a eu des écoles concurrentes rattachées à des clans familiaux. Et est-ce que, avec nos grilles d’interprétation occidentales toujours rationalistes, on ne risque pas de se tromper lourdement - par exemple en opposant les Iraniens aux Arabes ; ou en pensant, comme les Américains, qu’il y aurait une école chiite quiétiste et une école révolutionnaire ?
- Est-ce que depuis les échecs de leurs tentatives de sédition, les organisations politiques chiites implantées dans les pays arabes regardent avec méfiance la République islamique - à l’exception du Hezbollah libanais qui est un allié idéologique et stratégique de Téhéran ?

Soyez nombreux à l’écoute dimanche prochain !

J.C

Conférence de Genève : 2/3, Une ambiance meilleure qu'on pouvait le craindre

Elie Wiesel manifestant contre Ahmadinejad, Genève le 20 avril 2009

Manifestation pour le Darfour sur la place des nationsface à l'ONU, Genève le 21 avril 2009 (photo Jean Corcos)
Deux femmes islamistes portant une pancarte "antisioniste", 
entrée du Palais des Nations

Faut-il le rappeler ? Tout le monde craignait de retrouver à Genève la même ambiance délétère que lors de la précédente conférence contre le racisme de Durban, en septembre 2001 : comme le rappelle Malka Marcovich dans son livre « Les nations désunies. Comment l’ONU enterre les droits de l’homme », la réunion des ONG en marge de la conférence des droits de l’homme avait donné lieu à un véritable « pogrom » ... ci-dessous, un extrait :
« Car en effet à Durban, l’antisémitisme des déchaîne sans complexe : exposition de dessins antisémites dignes des années trente, diffusion des « Protocoles des sages de Sion », de « Mein Kampf », agressions des personnes identifiées comme juives, appel au meurtre des juifs dans un stade de deux mille personnes enthousiastes à l’issue du discours fleuve de Fidel Castro ».
Et bien, force est de constater que Genève ne fut pas Durban ! Certes, les antisionistes radicaux, pseudo ONG iraniennes et militants pro palestiniens extrémistes étaient bien là, reconnaissables à leur tenue : femmes enveloppées dans des noirs tchadors flottants telles des Belphégor, porteurs de tee-shirts où une carte de la Palestine effaçait intégralement l’état juif, porteurs de pancartes assez explicites - voir photo du bas ; nous en avons croisés quelques spécimens dans les couloirs et à la cafeteria. Autres rencontres sinistres, trois « Netoureï Karta », cette secte juive orthodoxe ultra-antisioniste, qui escorte régulièrement Ahmadinejad dans ses déplacements onusiens, comme des rats accompagnent une poubelle ... J’ai reconnu parmi eux un grand vieillard à barbe blanche et à la peau diaphane, Aharon Cohen , qui s’était « illustré » en participant à la conférence négationniste de Téhéran en décembre 2006 : trois individus au total, que j’ai pratiquement toujours vus « cornaqués » par des Iraniens barbus, et jamais aperçus, par exemple, en train de prier, ce qui est étrange pour des Juifs orthodoxes ! Aperçue également, une figure connue de l’antisionisme radical, Michel Warchawski - costume de velours noir et barbiche blanche, autre genre de Juif que la liberté retrouvé de son peuple empêche de dormir !

Mais ce quarteron de pauvres types pesait peu, en vérité, face à une présence juive absolument imposante : des étudiants (j’en ai déjà parlé), mais aussi des représentants de différentes ONG juives accréditées à l’ONU comme le B’nai Brith, et puis la présence de personnalités comme François Zimmeray, ou Patrick Gaubert le président de la LICRA. Quelques Juifs aussi, portant kippas sur la tête également, et nullement impressionnés par les « Belphégor ». Une présence numérique importante donc, et que j’ai pu vérifier au moment du discours incendiaire de Mahmoud Ahmadinejad ! Comme je vous l’ai déjà dit, nous n’avions pu y assister en direct, et nous étions dans une grande salle de conférence d’un autre bâtiment, à le suivre sur un écran géant - et sans traduction simultanée. Dès qu’il est apparu, les délégations juives « officielles » sont sorties en signe de protestation, avec à leur tête Elie Wiesel ... Je suis resté, prenant des notes grâce à l’aide de ma voisine, une réfugiée iranienne qui me traduisait le persan en anglais : lorsque le gnome nazi a commencé à « déraper » en lançant ses diatribes habituelles sur « l’exploitation de l’holocauste pour implanter le régime sioniste au Moyen Orient », nous avons assisté en direct au départ des 23 délégations européennes : et ce fut un tonnerre d’applaudissements ! Nous avons crié « vive l’Europe », et j’avoue avoir éprouvé un plaisir immense en voyant le regard dépité d’une brochette de femmes voilées, peinées de voir huer leur « idole » !

Je n’ai pas assisté, ensuite, à « l’accueil » d'Ahmadinejad sous les huées, alors qu’il allait donner une conférence de presse : beaucoup de personnalités étaient venues l’attendre pour l’interpeller, et on reconnaît sur la photo du haut Elie Wiesel ; à sa droite, portant une pancarte écrite en farsi, le professeur Alan Dershowitz, autre grande voix juive que j’allais entendre au cours de ces journées mémorables (voir prochain article) ; tout à fait à la gauche de la photo, portant le fameux « nez rouge » symbole de la mascarade, le jeune Sacha Schmitz qui a publié un direct des reportages sur son blog, d'où est également tirée la photo (voir article de dimanche dernier).

Mais d’autres étaient au rendez-vous, et pas des moindres pour dénoncer les « donneurs de leçons » islamistes : ainsi lors d’un colloque intitulé « Resisting Authoritarianism : Human Rights, Democracy and the Dissident Mouvement » (je n’ai pu non plus y assister, cette conférence ayant eu lieu la veille de l’ouverture de « Durban II »), ont témoigné deux invités prestigieux de « Rencontre », les journalistes Caroline Fourest et Mohamed Sifaoui (j'ai eu le bonheur de bavarder avec lui par la suite dans les couloirs de l'ONU) ; mais également des dissidents iraniens, vénézuéliens et deux anciens prisonniers qui furent torturés dans les geôles de Kadhafi, une des cinq malheureuses infirmières bulgares - dont ce blog a si souvent parlé -, et le médecin palestinien qui fut leur compagnon d’infortune : quand on sait que le comité de préparation à la conférence contre le racisme avait comme présidente une Libyenne et des vice-présidents iranien et cubain, ce colloque tenu à Genève était symboliquement une gifle à tous les totalitaires de la planète
(lire ici) !

Genève n’a pas, par ailleurs, vu les dérives de Durban rappelées ci-dessus, et l’on doit admettre une certaine vigilance du service d’ordre de l’ONU, même si - et c’était inévitable - il y a eu aussi la distribution par les ONG de brochures virulentes à la sortie de certaines « conférences privées » : mais les défenseurs d’Israël n’étaient pas en reste non plus pour dénoncer l’Iran, l’antisémitisme contemporain, ou la partialité du « Conseil des droits de l’homme de l’ONU » ... Et même s’ils se sont plaints - à juste titre - d’avoir été oubliés dans la résolution finale, dont le projet avait été bouclé vendredi 17 avril au soir au termes de laborieux compromis -, les témoins des grandes atrocités contemporaines ont pu, même de façon discrète, se rappeler un peu à la mémoire des hommes - et cela, contrairement à Durban 2001, où la planète était présentée comme un immense Disneyland où la seule part souffrante de l’humanité était palestinienne ! Ainsi, j’ai assisté à une manifestation pour le Darfour sur la place des Nations, juste en face de l’ONU (photo du milieu). Enfin, aussi, une exposition - dans une aile un peu discrète, mais tout le monde pouvait y accéder - rappelait ce que furent le génocide du Rwanda en 1994, et l’incurie lamentable des Nations Unies ...


Jean Corcos

26 avril 2009

Conférence de Genève : 1/3, Bravo les étudiants juifs !

Un des étudiants de l'UEJF expulsé de la salle des assemblées du Palais des Nations, Genève le 20 avril 2009 (Photo Reuters)

Voici donc la série de reportages promis après cette mémorable semaine passée en Suisse, dans le cadre de mon reportage pour Judaïques FM ...

Le souvenir qui restera marquant, non seulement pour les fortes délégations de communautés juives venues du monde entier - j’y reviendrai plus tard -, mais aussi pour le grand public car l’évènement a été fortement médiatisée, aura été l’interruption pendant quelques secondes du discours du président iranien, venu cracher son venin en ouverture de la « Conférence contre le racisme » dite de « suivi de Durban » : des étudiants de l’Union des Étudiants Juifs de France (UEJF) portant perruques multicolores et nez rouges - le président, Raphaël Haddad en a même lancé un vers la tribune où Ahmadinejad venait de débuter son discours par des formules rituelles de bénédiction à Allah, avant d’être expulsé sans ménagement par des policiers de l’ONU !

Un grand bravo à l’UEJF, car je peux en témoigner, cette « opération commando » n’était guère aisée : munis d’un badge pour pénétrer dans le Palais des Nations, tous les délégués des ONG accrédités - dont ceux du CRIF, dont je faisais partie - ne disposaient pas du « deuxième sésame » nécessaire pour rentrer dans la salle des assemblées, réservée aux délégations officielles des 140 états officiellement présents à la conférence, ou aux quelques « happy few », journalistes accrédités et « pistonnés » divers ... qui, de toutes façons, avaient du faire la queue très tôt ce lundi matin 20 février. Quelques étudiants juifs français ont su bien s’organiser, pénétrer dans la salle et hurler « mascarade » à la face d’un négationniste, fanatique et antisémite venu donner des leçons d’antiracisme au Monde entier ! Je vous invite à visionner ci-dessous le petit clip vidéo immortalisant leur exploit. Et à lire en lien l’interview donné par Raphaël Haddad dans le journal "Libération".

Mais ce ne fut pas la seule manifestation de protestation, loin de là ! Tout d’abord, l’UEJF n’était pas seule, et une délégation de cent étudiants appartenant à l’ EUJS (« European Union of Jewish Students ») avait fait le voyage, participant à diverses tables rondes, manifestant à l’extérieur des Nations Unis avec des représentants du Darfour, et ramenant un maximum d’images et enregistrements ... J’ai eu ainsi le plaisir de faire la connaissance de Sacha Schmitz, jeune et dynamique étudiant belge qui a édité un blog spécialement dédié à cette conférence : et je vous invite fortement à lire les reportages très complets sur ce lien ! Ensuite, j’ai été personnellement témoin d’une autre manifestation de l’UEJF mardi 21 après midi, tout près de la fameuse « Serpentine » - immense cafeteria ainsi nommée en raison de son bar en forme de serpent : perruques, nez rouges, et à nouveau les cris de « mascarade » ... finalement, l’UEJF ainsi que son association affiliée « Coexist » furent expulsées de la conférence le jeudi 23, ainsi (souci d’équilibre ?) qu’une ONG iranienne qui distribuait des posters assimilant Israël au nazisme !

J.C


19 avril 2009

Je vais à Durban II !

Dessin de Riss dans "Charlie Hebdo"
(cliquer sur le dessin pour agrandir)

Une grande nouvelle pour les amis lecteurs du blog et auditeurs de Judaïques FM : j’ai eu la chance d’avoir été accepté dans la délégation du CRIF - où je fais partie de certaines commissions - qui se rendra à Genève pour la Conférence de l’ONU de suivi de Durban I (la "conférence contre le racisme" de triste mémoire). Le CRIF a, en effet, été accrédité comme ONG, ce qui lui permettra de suivre les travaux à l’intérieur du Palais des Nations. Pour rappel, cette conférence débute ce lundi 20 avril et doit s’achever le 24. Pour rappel également, ce grave sujet d’actualité a fait l’objet dernièrement de deux émissions avec Malka Marcovich, l’auteur de "Les Nations désunies. L’ONU contre les droits de l’homme", et de plusieurs publications ici (cliquer en libellé sur "Durban").

Bien entendu, je rendrai compte de ce que j’entendrai ou verrai lors des journaux de notre station, pour les éditions du soir (22 heures), et à d’autres moments si des développements graves se produisaient : tout le monde attend, notamment et avec inquiétude, le discours que doit prononcer le négationniste Ahmadinejad qui s’est invité pour lundi après-midi ... je vous renvoie à ce sujet aux informations et liens publiés par le CRIF vendredi dernier (voir ici).

Il y aura, en parallèle à cette conférence, des manifestations de protestation auxquelles doivent participer des représentants des communautés juives venus des quatre coins du Monde, et en particulier le 20 avril au soir, jour du "Yom HaShoah", et le 22 où deux colloques sont organisés sur l’initiative de l’ONG "UN Watch" : une conférence contre le racisme, la discrimination et la persécution et un programme sur le thème : "Israël veut la paix".

Je vous reparlerai de tout cela à mon retour ... en attendant, et vous le comprendrez, le blog sera en sommeil la semaine prochaine : rendez-vous dimanche 26 avril !

J.C

17 avril 2009

Un grand quotidien saoudien : L´Iran était autrefois un pays sunnite

Introduction :
Un nouvel et excellent article publié sur l’édition en français de « Memri », qui illustre la rivalité croissante entre les deux grandes puissances du Golfe (Iran et Arabie Saoudite), et surtout qui montre l’importance du passé et de la religion dans les relations régionales ... bonne lecture !
J.C

De récentes déclarations de hauts responsables iraniens revendiquant certaines régions du Golfe (1) ont exacerbé le conflit entre axe iranien et axe égypto-saoudien. (2) Le quotidien saoudien Al-Watan a ainsi publié un article virulent du directeur de la branche de Riyadh, Suleiman Al-Uqeili, au sujet du passé sunnite de l´Iran. L´article, intitulé "Droits des sunnites en Iran", affirme que l´Iran était autrefois un pays sunnite, mais que sa population sunnite a été contrainte de se convertir au chiisme au XVIème siècle.

Ci-dessous des extraits de l´article :

L´Iran était sunnite jusqu´au XVIème siècle"Jusqu´au Xème siècle de l´Hégire [XVIème siècle de l´ère chrétienne], l´Iran était un pays sunnite. Quand le Shah safavide Ismaïl (1) est arrivé au pouvoir en l´an 907 du calendrier musulman [1502 de l´ère chrétienne], il a forcé les sunnites à se convertir au chiisme en les sommant de choisir entre la conversion ou la mort. Il était très zélé et n´hésitait pas à prononcer le meurtre de quiconque désobéissait à ses instructions ou ne s´y conformait pas. On raconte que plus d´un million de sunnites ont été tués [pendant son règne]. La politique de persécution des sunnites s´est poursuivie pendant les périodes [qui ont suivi] en Perse [jusqu´à aujourd´hui], après la Révolution islamique.
Bien qu´un million et demi d´habitants originaires de Téhéran soient sunnites, ils n´ont pas une seule mosquée où prier et se rassembler. Parallèlement, [Téhéran a] des églises chrétiennes, des synagogues juives et des temples zoroastriens. Un citoyen musulman sunnite ne peut avoir de poste haut placé dans l´Etat [iranien], même en étant très instruit et en bénéficiant d´un soutien populaire important (...)"
"D´importants efforts sont déployés pour "persaniser" la région arabe du Khuzestân"
"D´importants efforts sont déployés pour "persaniser" la région arabe du Khuzestan (Arabistan), et la ville Al-Ahwaz, riche en pétrole, bien qu´elle soit située au sud ouest de l´Iran, où la majorité de la population est arabe sunnite. Les habitants arabes sont chassés de leurs foyers, notamment les sunnites, et remplacés par des familles d´origine perse. Les régions sunnites, aussi bien à l´ouest qu´à l´est de l´Iran (au Baloutchistan) sont soumises à une politique de marginalisation délibérée au niveau du développement, menée par l´exclusion des habitants des positions [gouvernementales].
Cette attitude raciste vise non seulement les sunnites, mais tous les Arabes [en Iran]. Des plaisanteries tournent les Arabes en dérision, et les gardiens (arabes pour la plupart) ont pour obligation de porter une ghutra [couvre-chef arabe local], afin d´être humiliés et différenciés des Iraniens. Quand je me suis rendu en Iran en 2002, j´avais un chauffeur irakien et un interprète. Il se plaignait de ce que les Iraniens traitent mal les Arabes et les méprisent, affirmant qu´il aurait aimé ne pas vivre à Téhéran ...
En Iran, les oulémas et les dirigeants arabes et sunnites se font tuer, les militants civils sont arrêtés et l´on tente de réprimer la culture arabe. Malgré cela, les organisations des droits de l´Homme gardent le silence - comme si elles s´étaient liguées avec le régime des mollahs. Rien n´a été dit, mises à part quelques faibles protestations contre ce qui est arrivé à l´avocate iranienne Shirin Ebadi. Le traitement réservé aux Arabes sunnites a été dénoncé pour la dernière fois il y a quatre ans, quand l´organisation Human Rights Watch, dans son rapport international de 2005 (...) a décrété que les minorités ethniques et religieuses d´Iran subissaient encore la discrimination et même l´oppression."
"(...) le régime iranien ne cessera pas de s´ingérer dans les affaires des [pays] environnants"
"Bien que l´[establishment] iranien soit aussi fragile que s´il était en verre, le régime iranien ne cessera pas de s´ingérer dans les affaires des [pays] environnants. Il s´infiltre dans les institutions culturelles et médiatiques, enflamme les minorités, propage le sectarisme, forme des partis religieux, plante ses griffes dans la politique intérieure [des pays arabes] et persiste à soutenir l´extrémisme sunnite afin de déstabiliser ces pays au niveau de leur politique intérieure et sociale."

Notes :
(1) Dans un discours du 10 février 2009 prononcé à Mashhad à l´occasion du 30ème anniversaire de la Révolution islamique, Ali Akbar Nateq-Nouri, conseiller du Guide suprême iranien Ali Khamenei, a déclaré : "A l´époque de l´incompétent [Shah] Reza Pahlavi, l´une de nos provinces nous a été confisquée : celle que l´on appelle aujourd´hui "Bahreïn" (...) Bahreïn était alors la 14ème province [de l´Iran] et avait même son propre représentant au Majlis (...)" (Khorasan, Iran, 11 février 2009)
L´Iran et les Etats du Golfe se disputent en outre la souveraineté sur les trois îles de la Grande Tunb, la Petite Tunb et Abu Moussa.

(2) Voir MEMRI Inquiry and Analysis No. 492, "An Escalating Regional Cold War - Part I:
The 2009 Gaza War,
http://memri.org/bin/articles.cgi?Page=archives&Area=ia&ID=IA49209.
(3)Al-Watan (Arabie saoudite), 23 février 2009.

Dépêche spéciale MEMRI n°2256

14 avril 2009

Rediffusion de mon interview du grand romancier algérien Boualem Sansal, le dimanche 19 avril


Le 22 février dernier j'ai eu le très grand honneur de réaliser, par téléphone depuis l'Algérie, une interview avec le romancier Boualem Sansal : nous avions parlé de son roman "Le village de l'Allemand ou le journal des frères Shiller" (Éditions Gallimard), et le thème de l'émission était : "Du nazisme à l'islamisme".
Ceux qui auront manqué cet entretien très fort, réalisé avec une personnalité exceptionnellement courageuse - l'auteur vit dans un pays où la Shoah reste un tabou -, pourront l'écouter dimanche prochain : en effet, le 19 avril sera commémoré à Paris l'anniversaire de la révolte du Ghetto de Varsovie (deux jours avant le "Yom HaShoah") ; et Judaïques FM diffusera une série d'émissions spéciales, dont la mienne reprise pour l'occasion.

Pour ceux qui auraient raté les articles sur le blog, cliquer sur le nom de l'invité en libellé pour en savoir plus.

J.C

13 avril 2009

Un poisson d’avril symptomatique

J’ai le privilège - comme sans doutes quelques milliers de membres de ma communauté - de recevoir des « informations » dans le cadre des innombrables « mailing lists » que j’ai rejointes, la plupart du temps sans jamais rien demander à personne.
Le fait que je reçoive à la fois des « newsletters » issus par des mouvances très à gauche ou très à droite n’a en soi, rien de choquant : le très large spectre politique de mes invités passés explique, peut-être, que l’on me « catalogue » ici ou là, ou alors c’est ma qualité de journaliste sur une radio de la bande FM qui explique ces canaux documentaires.

Beaucoup plus problématiques, en revanche, sont les « infos » reçues de l’intérieur de la communauté juive, et qui ont (presque) toutes la particularité :
1) d’être systématiquement pessimistes ;
2) de se positionner toujours en faveur de la droite, en Israël bien sûr mais pas uniquement dans ce pays ;
3) de considérer - pour parler vite - l’ensemble des Musulmans comme une horde hostile, n’aspirant qu’à conquérir la Planète - et donc en particulier la France.
Le pire, c’est que pour relayer des nouvelles de cet acabit les mêmes n’hésitent pas, parfois, à prendre pour source des sites Internet qui - mais qui se donnent la peine de les lire en entier ? - font preuve du même racisme envers les Juifs qu’envers les Arabes !

En voici un exemple récent, qui est plus triste que drôle à la réflexion ...

En début de semaine dernière, je reçois de deux sources différentes le texte suivant :
"Obligés de décrocher les enseignes cruciformes des Pharmacies ?
Susceptibilité antichrétienne : les pharmacies parisiennes bientôt obligées de décrocher leur enseigne cruciforme ?
01/04/2009 - 08h00 Paris (NOVOpress) - Une association maghrébine parisienne, Paris-Beurs-Cités, a adressé il y a une dizaine de jours une lettre à la mairie de Paris afin de demander que soient «progressivement supprimées des devantures des pharmacies les enseignes en forme de croix ». La conseillère technique du Cabinet de Bertrand Delanoë en charge des cultes, Ilda Vrospinos, lui a officiellement répondu que sa demande allait être « examinée avec la plus extrême attention ». L’association, qui se présente pourtant comme « non confessionnelle » et entend « regrouper les jeunes Français issus de l’immigration maghrébine afin de les aider à trouver leur place dans une société encore largement discriminatoire » explique sa démarche par le fait que « ce symbole religieux ostentatoire, vestige d’une époque révolue où la religion catholique était omniprésente dans notre pays » est susceptible de « heurter la susceptibilité des croyants non chrétiens mais aussi des personnes non ou antireligieuses » et « contrevient gravement au principe républicain de laïcité ». « Alors que la crise économique accroît les risques d’affrontements intercommunautaires, ces enseignes à forte connotation religieuse pourraient être ressenties par certains comme une forme de discrimination, voire comme une provocation », poursuit Paris-Beurs-Cités.La demande pourrait bien aboutir si l’on en croit la réponse officielle de Mme Vrospinos, qui affirme dans la lettre qu’elle a adressée à l’association « comprendre pleinement [ses] préoccupations ». La conseillère technique indique qu’elle va « soumettre[sa] demande à Bertrand Delanoë qui, n’en doutez pas, va l’examiner avec la plus extrême attention ». Elle précise également que le maire de Paris « qui a fait du "vivre ensemble" l’un des fondements de son engagement », « est très attentif à la bonne entente entre communautés » et qu’il est « pleinement conscient du caractère néfaste de certains anachronismes ». Une dernière phrase lourde de menaces ..."

Ceux qui ont relayé une telle « information » connaissent-ils la littérature publiée par « NOVOpress » ? Non ? Qu’ils visitent donc leur site à cette adresse :
http://fr.novopress.info/index.php
Site des « identitaires », mouvance d’extrême droite à la fois hostile aux États-Unis et à Israël et partisan d’une alliance utopique entre une Europe « blanche » et la Russie de Poutine, voici qui aurait du rebuter un peu nos intrépides « informateurs » !

Mais, en plus, ils se seront couverts de ridicule ... car il s’agissait d’un poisson d’avril, reconnu par le site au lendemain de sa publication, « Ilda Vrospinos » étant justement l’anagramme de « poisson d’avril ».

Moralité : si dans la communauté juive aujourd’hui, on est capable de se laisser intoxiquer comme cela, c’est le symptôme d’une peur et d’une angoisse pour l’avenir très profonde ; et qui ne fait pas du tout sourire ...


J.C

08 avril 2009

Pessah Sameah !



Joyeuses fêtes de Pessah, "Pessah casher vesameah" selon la formule rituelle !

Vœux qui s'adressent bien sûr aux lecteurs du blog - et auditeurs de l'émission - de notre communauté.

Pour les nombreux autres qui me font l'honneur de me suivre, un petit rappel : cette fête, qui commémore la miraculeuse sortie d’Égypte par le peuple hébreu, dure huit jours. Partagés eux-mêmes en "fêtes" et "demi-fêtes". Pendant les fêtes (appelés "yom tov"), pas de diffusion de notre radio - comme pendant le Shabbat. Pas de publication non plus, dans le même respect, pour le blog ... qui ne sera pas réactualisé donc avant dimanche 12 avril, puis au repos les 15 et 16 avril.

Ceci ne me fait pas oublier, bien sûr, nos amis chrétiens dont beaucoup sont des lecteurs fidèles ou occasionnels : les fêtes de Pâques tombent cette année dimanche et lundi prochains, bonne fêtes à eux également !

J.C

07 avril 2009

Rediffusion le 12 avril de mon interview du professeur Mohammed Ennaji


Dimanche particulier sur Judaïques FM le 12 avril ...

Ma série n’étant pas hebdomadaire, un numéro de « Rencontre » viendra exceptionnellement occuper le créneau habituel (9h30-10h) de l’émission du Centre Communautaire, en vacances pour cette fois-ci. Cherchant quelle rediffusion pouvait intéresser les auditeurs, et en ne voulant pas faire réentendre des analyses anciennes de l’actualité, j’ai pensé à une belle interview diffusée il y a un peu moins d’un an : celle de Mohammed Ennaji, professeur à l’Université Mohammed V de Rabat, réalisée par téléphone depuis le Maroc : nous avions discuté de son livre, « Le sujet et le mamelouk, esclavage, pouvoir et religion dans le monde arabe ». Un sujet de fond qui lui, n’a pas pris une ride depuis un an !

Cliquer sur ce lien pour lire la présentation déjà publiée dans le blog. 

J.C

06 avril 2009

Israël, le code a changé : un éditorial lucide de Claude Imbert

Introduction :
Je ne partage pas toujours les analyses de Claude Imbert, et je dois avouer ne pas être un lecteur régulier du journal « Le Point ». Mais j’ai été fortement ébranlé par cet édito, vieux d’un petit mois et signalé par une amie. Pour reprendre le titre d’un film récent à succès, oui « le code a changé » au Moyen-Orient, et pas dans un sens favorable à Israël ... à son nouveau gouvernement de partager la lucidité de cette analyse !
J.C

Pour baptiser, en 1947, à l'Onu, l’État juif naissant, Staline fut décisif. Avec, dit-on, ces mots : « Il faut donner Israël aux juifs mais les ennuis là-bas vont déferler. » Soixante-deux ans plus tard, ils déferlent toujours et le Proche-Orient va de mal en pis. A la grande crise financière qui plante son drapeau noir sur la planète le Proche-Orient ajoute son pandémonium.

Après la tragédie de Gaza, l'élection israélienne propulse à l'avant-scène les élus incommodes du « bunker juif ». Les Palestiniens sur leurs ruines enflamment comme jamais le monde arabe, voire musulman. L'Iran conforte sa tutelle sur le Hezbollah libanais, sur le Hamas palestinien et continue de tripoter son Meccano nucléaire. Le Pakistan et l'Afghanistan grondent à l'horizon. Et Obama, messie de la nouvelle Amérique, se voit pressé de prévenir un embrasement qui menace de tourner au conflit de civilisation.
Le Club de Monaco, colloque de politiques et experts de bon niveau, qui chaque année ausculte cet Orient compliqué, constate que les seuils d'explosion se rapprochent. Les voies de la délivrance sont toujours cadenassées. Mais le code, il est vrai, a changé.

Et d'abord chez le grand manitou américain. Obama détient le code principal du changement. Mais de quelle envergure ? Il peut se contenter de clore la parenthèse bushiste et revenir, pour le Proche-Orient, aux avancées consistantes de Bill Clinton. Voudra-t-il aller plus loin ? Pour l'heure, il dégage ses troupes d'Irak dans un délai prudent que Bush n'eût pas désavoué. Il expédie un homme-lige, George Mitchell, à Jérusalem pour parer au plus pressé. Il lance quelques appâts à la Syrie, afin qu'elle ne contrarie pas l'entremise égyptienne pour une réconciliation acrobatique entre les frères ennemis du Hamas et de l'Autorité palestinienne. Il s'agit, pardi, de redonner une seule voix à la Palestine.
En fait, la réelle portée du changement de l'Amérique sera jugée sur son comportement à l'égard de l'Iran, avec lequel Obama a dit vouloir négocier. Et, plus encore, à l'égard d'Israël, tant la conviction s'établit que Palestiniens et Israéliens n'ouvriront jamais, à eux seuls, la porte de la paix.

Attention ! Le climat international se dégrade dangereusement pour Israël. L'équipée de Gaza et le raidissement électoral israélien avivent contre l’État juif les passions arabes et le fanatisme islamiste. Mais ils accroissent aussi les lassitudes de ses alliés naturels. Israël, lopin d'Occident fiché en terre arabe, devient pour un Occident fatigué un partenaire indisposé et qu'il faudra tôt ou tard sauver malgré lui. On s'agace de l'extension impudente des colonies juives et de la surdité d'un système politique émietté par le mode de scrutin.
Quant au bilan de l'expédition de Gaza, il devient médiatiquement désastreux : le Hamas islamiste en sort non point affaibli mais fortifié dans les opinions arabes. Là-contre, Israël se cloître dans le réduit de sa puissance militaire. Pour ne pas s'y enfermer avec lui, l'Occident ne songe qu'à imposer un plan de paix plus ou moins connu : contre l'avènement d'un État palestinien, il garantirait à Israël le non-retour des réfugiés palestiniens et une sécurité militarisée (otanisée ?) sur le Jourdain, mais il imposerait le partage réel de Jérusalem et une ligne frontière qui chasserait de Cisjordanie les colonies qu'Israël n'a cessé d'y développer. Projet inacceptable pour le pouvoir juif fraîchement élu. Ambiance !

Parce que l'Iran maintient, via le Hezbollah libanais, via le Hamas et son allié syrien, un pouvoir de nuisance déterminant, les stratèges en chambre affirment qu'un accord global avec l'Iran dégèlerait le glacis israélien. Mais comment ? L'Iran théocratique garde assez d'atouts pour ne pas renoncer à la bombe nucléaire, - ou du moins modèle japonais, à la capacité de s'en doter. Israël et l'Amérique, après des sanctions renforcées, n'excluent toujours pas l'hypothèse d'une frappe militaire sur l'Iran. Mais, autre évolution notable, cette éventualité jugée partout « catastrophique » est de plus en plus rejetée en Occident. On y palabre sur la vulnérabilité du régime iranien. On y calcule que l'aversion atavique des pouvoirs arabes et sunnites contre la poussée perse et chiite assouplira les prétentions arabes contre Israël... Inch Allah !

Sur ces sables mouvants, l'Occident profile donc de nouvelles pistes. La pression américaine sur Israël va s'accentuer. Le Hamas palestinien est, en façade, ostracisé comme « terroriste », mais déjà ménagé comme interlocuteur obligé. L'arsenal nucléaire iranien déclaré « inacceptable » est accepté dans quelques hypothèses de négociation.
Ainsi l'Occident diminué échafaude-t-il de nouveaux compromis, ou de nouveaux reculs. Le code a bel et bien changé. Mais nul ne sait quelle paix entravée gémit, depuis soixante-deux ans, derrière la porte.

Claude Imbert,
"Le Point", 5 mars 2009

05 avril 2009

Tel Aviv : une photo drôle pour un jeune centenaire !

Photo tirée du site du journal "Haaretz"

Ainsi va la vie en Israël : les larmes n’étaient même pas séchées au lendemain d’un horrible attentat (article précédent), et la grande métropole israélienne lançait les festivités de son centenaire !

Cette photo a été prise lors d’un défilé haut en couleurs dans les rues de Tel Aviv, et je l’ai choisie parce qu’elle est à la fois drôle et totalement décomplexée : à l’image de la jeunesse de cette cité, la plus dynamique du pays !

J.C

"Le cercle des endeuillés", un poème bouleversant en hommage à Shlomo Nativ (z"l)

Je reproduis ci-dessous le poème bouleversant écrit par Rachel Franco, le soir même de l’assassinat ignoble du jeune Shlomo Nativ (z"l), massacré à coups de hache par un terroriste palestinien le jeudi 2 avril.

Un jeune garçon est mort
Que je ne connais pas ;
Assassiné à coups de hache
Par un fou d´Allah
Adorant son dieu dans le sang et la haine.

Dans sa treizième année,
Le jeune garçon est mort.
L´âge des promesses à venir
Qu´au cœur de son jardin de vie,
Il lui suffisait de cueillir.

Ce soir, une nouvelle famille brisée
Est venue élargir
Le Cercle des endeuillés.
Ce soir, Israël est en larmes,
La vie s´est arrêtée.

C´est à petits pas qu´il quittait l´enfance,
C´est confiant qu´il se rêvait adolescent,
Shlomo dont le prénom si doux
Évoque la Sagesse et la Paix,
Que les fous d´Allah ont assassinés.

Un jeune garçon est mort,
Emportant avec lui la vie de tous les siens ;
C´est aussi une part de mon enfance
Qu´il emporte avec lui,
L´enfant qui jamais plus ne grandira.

Et le monde continue de tourner
Et les Présidents de discourir
Faut-il ou non négocier avec les fous de dieu
Pour qui la mort et la haine
Sont plus beaux que la Vie ?

Parce qu´il est enfant d´Israël,
A coups de hache, la terreur a frappé,
Sans voir dans les yeux du garçon
L´image de Dieu que ces hommes avilissent.

Puisse le Consolateur sécher les larmes
Et que repose en paix cette petite âme.

Rachel Franco
2 Avril 2009

03 avril 2009

Le « projet Aladin » : enfin une arme contre le négationnisme en terre d’islam !


On se reportera à la page publiée sur le site de "Fondation pour la Mémoire de la Shoah" pour avoir une présentation, à la fois du projet et de ses parrains. Ci-dessous un extrait :

« Le Projet Aladin est né d’un constat accablant concernant la prolifération du négationnisme dans le contexte du conflit israélo-palestinien. Face à cette déferlante, il est très difficile de trouver des informations historiquement fiables sur la Shoah que ce soit en arabe, en persan ou en turc. Le Projet Aladin veut pallier ce manque et favoriser un dialogue fondé sur la connaissance et le respect mutuels. Commun à de nombreuses langues, le mot Aladin est un trait d’union entre les cultures. Il symbolise également les lumières de la connaissance. »

Point très important, ce projet est d’ores et déjà soutenu par deux cent personnalités musulmanes (voir sur le lien ci-dessus). Il a été inauguré de façon solennelle à l’UNESCO, ce vendredi 27 mars.

Pour parler ici sans langue de bois, il convient de rappeler que le Yad Vashem de Jérusalem a lancé il y a déjà quelques années des sites Internet en langues arabe et persane. Mais qu’il était difficile, vu le contexte, d’associer autour d’une telle institution des personnalités de pays n’ayant pas de relations diplomatiques avec Israël. C’est donc la Fondation pour la Mémoire de la Shoah - institution française disposant de fonds importants et d’un solide réseau de relations internationales - qui a lancé le projet.

On trouvera dans cet article du "Figaro" un compte-rendu du discours à l’UNESCO de Jacques Chirac, un des « parrains », où il s’émeut des ravages du négationnisme en terre d’islam. Extrait :
« Jacques Chirac a insisté sur le fait qu'il ne s'agissait pas de vouloir « faire porter aux pays musulmans une culpabilité qui n'est pas la leur ». Il a cependant souligné l'importance de «faire connaître la Shoah, pour la faire sortir du silence que l'on a fabriqué autour d'elle, dans beaucoup de pays». Pour lui, les raisons de ce silence sont simples : «Évoquer la Shoah risquait de susciter dans ces pays un sentiment de sympathie pour les Juifs et l'existence d'Israël. Alors, a-t-il dit, on l'a cachée.»
L'ancien président s'est inquiété du fait que «les conflits incessants du Proche-Orient servent aujourd'hui de prétexte à une nouvelle haine d'Israël. Elle est en train de devenir une nouvelle haine des Juifs ; cette haine se répand», a-t-il observé. Elle peut être le début d'un nouveau cauchemar. Chirac insiste : «Il n'y aura pas de paix au Proche-Orient tant qu'il n'y aura pas de reconnaissance et acceptation de l'État d'Israël.» Et ajoute : «Mais il n'y aura pas reconnaissance mutuelle réelle sans assentiment des peuples (...) sans une compréhension plus intime.»

En attendant, et en espérant bien sûr des retombées positives et à long terme d’un tel projet, un récent évènement vient rappeler, hélas, le gouffre de sensibilité séparant Juifs et Arabes sur le sujet : un orchestre de musique classique composé de jeunes du camp de réfugiés de Jenin, en Cisjordanie, a joué la semaine dernière en Israël, devant des survivants de la Shoah : dès leur retour, l’orchestre a été dissous, un officiel palestinien déclarant « que l’Holocauste était un sujet politique » (lire l'article sur le site du "Haaretz").

J.C

02 avril 2009

Egypte : trente ans de paix avec Israël

Introduction
Je publie, avec un petit retard sur l’évènement, un long article sous la signature de mon ami Souhail Ftouh de Tunis et évoquant le trentième anniversaire - le 26 mars - du traité de paix israélo-égyptien. Les lecteurs fidèles ne seront pas surpris, à la fois par les lignes très sympathiques évoquant l’État d’Israël, et par l’optimisme inébranlable de cet ami qui espère toujours en une réconciliation judéo arabe proche et sincère. Je partage cet optimisme ... pour le long terme, car sinon ce serait désespérer de la vocation même de l’État juif ! Mais il me faut quand même nuancer sa description des relations bilatérales : la société égyptienne, ses élites et sa presse sont viscéralement anti-israéliennes, avec même un inquiétant succès des thèses antisémites et négationnistes et qui ne date pas d’hier ; le gouvernement égyptien n’a pas été efficace - c’est le moins que l’on puisse dire - face au trafic d’armes alimentant le Hamas à Gaza ; et la succession de Moubarak inspire les plus vives inquiétudes aux analystes ! Ceci étant, l’Égypte a eu une attitude plus que modérée lors de la dernière guerre à Gaza, et le traité de paix est plus que nécessaire à la stabilité régionale ...
Bonne lecture !

J.C

C'est avec Menahem Begin, le père fondateur du Likoud, qu'Anouar el-Sadate premier dirigeant arabe signa un accord historique de paix le 26 mars 1979 sur la pelouse de la Maison blanche à Washington en présence de Jimmy Carter. Cette paix historique, qui fête aujourd’hui ses 30 ans, demeure l’un des événements les plus marquants dans l’histoire du Proche Orient.


Ce Traité de 1979 bouleversa la donne au Moyen. Pour la première fois, un grand pays arabe reconnaissait l’État hébreu, optant pour une non-belligérance à laquelle se sont ralliés de jure la Jordanie et de facto d'autres pays arabes. Cet accord de paix, qui coûta au Caire d'être mis au ban du monde arabe, a survécu à la saga de l'effusion de sang et d'une paix toujours introuvable entre Israël et les Palestiniens. L’accord historique de paix, signé en 1979 entre les grandes puissances du Proche Orient, a confirmé qu’Israël et l’Égypte sont les leaders de la région. La guerre est terminée. Les choses ont changé, nous avançons loin des vieilles et fatigantes idées de la « cause arabe palestinienne », et « l’éternelle lutte contre Israël». Les dirigeants égyptiens vous diront aujourd’hui que nous avons changé et nous avançons vers le futur. L’Égypte et même par la suite la Jordanie, qui ont signé des traités de paix, n’iront pas à la guerre pour les autres (1).

Le 26 mars 1979, la poignée de main entre le Premier ministre israélien Menahem Begin et le président égyptien Anouar el-Sadate entrait dans l'histoire comme le début d’une ère nouvelle. Dans ce geste fort et symbolique, les Israéliens voyaient non seulement la fin d'une guerre avec leur plus grand voisin mais aussi l'espoir de relations chaleureuses avec le peuple d'à côté. Reste que la Paix au niveau officiel, n'a pas creusé son sillon jusqu'à l'homme de la rue en Égypte. Un grand effort devait être accompli par le gouvernement et la société civile égyptienne pour atteindre le cœur des gens et c'est ce qui manque aujourd’hui. Au cours des prochaines années, les responsables au Caire devront travailler afin que le peuple et la société égyptienne puissent condamner avec vigueur le terrorisme et la barbarie inhumaine qui veut encore frapper Israël. Il doivent aussi savoir que la responsabilité de la non progression des négociations avec les Palestiniens revient à la faiblesse, au manque de courage, et au manque de volonté de la direction palestinienne d’aboutir à un accord.

Les 30 ans des accords de paix entre l’Égypte et l’État hébreu peuvent ici servir d’exemple. Les Égyptiens sont aujourd’hui les partenaires privilégiés d’Israël dans la région. Les liens économiques ne sont pas négligeables, avec un grand contrat gazier et des zones industrielles communes en Égypte. Les échanges ont été de 271 millions de dollars en 2008, avec une hausse de 450% sur quatre ans.Des commissions conjointes sont actives dans les domaines de l'économie et de l'agriculture, et des milliers d’Égyptiens se rendent en Israël pour une formation dans le secteur agricole et la santé publique selon le ministère israélien des Affaires étrangères. L'accord a également apporté à l’Égypte des milliards de dollars d'aide américaine annuelle. Les Égyptiens entretiennent aussi des liens professionnels avec Israël. Onze mille égyptiens travaillent et vivent en Israël. Certains sont même mariés avec des arabes ou des juives israéliennes. Ils profitent de la liberté et des conditions de vie confortables dans l’état hébreu.

Ces relations ont offert aux deux voisins exactement ce dont ils avaient besoin: la Paix et la stabilité avec leur plus grand ennemi. L'accord de Paix a fait ses preuves au fil des ans, observait l'ambassadeur d'Israël en Égypte, Shlomo Cohen.

Sur le plan de la sécurité, de la politique, de l'économie et à d'autres niveaux, cet accord est aussi très réussi. Les commandants militaires des deux pays se retrouvent régulièrement pour coordonner des questions de défense, de lutte contre le terrorisme, notamment liées à la longue frontière, largement dépourvue de clôture, qui court dans le désert et à la frontière sud de la Bande de Gaza avec l’Égypte. Hosni Moubarak est un homme courageux qui aime son pays, qui s’attache à la paix et la prospérité de l’Égypte en refusant l’aventurisme que prônent certains semeurs de troubles dans la région. Au début de la guerre de Gaza, le Raïs a vertement rappelé à la Syrie, à l'Iran et au Qatar, que l’Égypte n'avait pas recevoir des leçons d'eux, ayant mené quatre guerres contre Israël de 1948 à 1973.

Si l’Égypte critique quelquefois la politique israélienne à l'égard des palestiniens, le Caire fait office de médiateur important entre les parties. L’Égypte tente actuellement de favoriser un cessez-le-feu et un échange de prisonniers entre Israël et le Hamas au pouvoir dans la Bande de Gaza. Elle accueille aussi des pourparlers de réconciliation entre le Hamas, radical, et son rival modéré, le Fatah, soutenu par les Occidentaux. Monsieur Moubarak est aussi très soucieux du dossier de Guilad Shalit, otage israélien dans la bande Gaza (2).

Cet anniversaire est aussi l’occasion de confirmer l’amitié et les règles de bon voisinage qui relient l’État hébreu et la République arabe d’Égypte. Le président et prix Nobel de la paix Shimon Peres, a téléphoné à son homologue égyptien, Hosni Moubarak, pour le féliciter à l'occasion des 30 ans de l'accord historique de paix signé entre leurs deux pays. «Il n’y a aucun doute que même si les trente années écoulées n’ont pas été parfaites, elles sont néanmoins par mille fois préférables au conflit et à la guerre entre nous» a affirmé Peres à Moubarak, qui lui a répondu qu’il n’était pas dans son intention de changer quoique ce soit à la politique de paix avec Israël, assurant que «celui qui veut la guerre, n’a jamais ressenti ce qu’elle est vraiment». Le gouvernement israélien a marqué aussi l'anniversaire du traité par une réception. Au nombre des invités de la ministre des Affaires étrangères Tzipi Livni figurait l'ambassadeur égyptien Yasser Rida. Lors d'une conférence à Jérusalem, le 25 mars, M. Reda a estimé que le traité israélo-égyptien de 30 ans devait servir de base à une paix globale dans la région. Il a appelé Israël à embrasser un plan de paix régionale. L’Ambassadeur égyptien en poste en Israël s’est félicité aussi du bon niveau de coopération entre les deux pays amis. Au Caire, Hossam Zaki, porte-parole du ministère égyptien des Affaires étrangères, a souligné que son pays considérait l'anniversaire comme une occasion de réfléchir "sur ce qui a été accompli et ce qui pourrait être accompli". La diplomate israélienne Amira Aron (qui parle parfaitement l’arabe) a, elle, insisté sur les relations populaires entre Israéliens et Égyptiens qui pourraient, selon elle, s'améliorer si les deux parties en finissaient avec les stéréotypes négatifs. Une personne qui apprendre "à mieux connaître son voisin en a moins peur", note-t-elle. "Cela prendra beaucoup" de "temps, mais nous allons dans la bonne direction"(3).

Israël est peut-être le pays où il y a le plus grand nombre de pacifistes au m². Et quand on voit par exemple, combien d’Israéliens descendent à chaque occasion dans la rue pour réclamer la fin des conflits, on doit remercier Israël pour ses efforts constants pour la stabilité et la paix au Proche-Orient. Les gens qui nient les efforts d’Israël pour la paix sont des gens qui nieraient l'évidence même de la terre, de l'eau, et du feu. C’est oublier aussi qu’Israël, au nom de la paix avec l’Égypte, détruisit la ville de Yamit dans le Sinaï, mais aussi toutes les implantations de la bande de Gaza, dans l’espoir de voir ce territoire devenir prospère entre les mains des Palestiniens. C’est oublier encore qu’Israël se retirera seulement des territoires lorsque la Paix, exigée par tout processus, sera assurée définitivement par ses voisins immédiats.

Nous gardons, dans tous les cas, un espoir de voir des dirigeants arabes courageux à la hauteur d’ Anouar el-Sadate qui sont prêts à mette fin aux hostilités, des dirigeants qui privilégieront la prospérité, la modernisation et le bien être de leur peuple. Je tiens ici à remercier Menahem Begin le combattant inébranlable. Il fut un premier ministre brillant, intègre et réellement animé par l'amour immodéré pour la paix. Ce fut également un homme juste, visionnaire et très affûté sans compter son célèbre humour. J'y associerai son épouse, une femme d'exception qui fut de tout temps sa conseillère émérite. Merci aussi à Anouar El Sadate le seul chef d’état arabe à s’être rendu à Jérusalem, à s’être exprimé à la Knesset et à avoir signé la paix avec l’État Hébreu. Merci, enfin, à tous les pays qui reconnaissent Israël et qui entretiennent avec lui des relations d’amitié et de confiance, sans lesquelles la résolution 181 du 29.11.47 aurait sans doute été sans effet.

Ftouh Souhail,
Tunis


(1) Dans un article paru en Egypte, Muhammad Ali Ibrahim, directeur du quotidien égyptien « Al-Gumhouriyya » écrit le 1er janvier 2009 : « L´axe irano syrien n´entraînera pas l´Égypte dans la guerre. L´Égypte ne se laissera jamais entraîner dans un affrontement avec Israël pendant que l´Iran reste assis bras croisés, émettant des ordres exécutés par ses laquais. Nos forces armées ne se battront jamais pour défendre la Syrie dont l´armée, pour autant que je sache, n´a pas envoyé une seule balle depuis 1973 (...) »

(2) Le président égyptien Hosni Moubarak a tenu à rassurer fin octobre 2008 la population israélienne quant au sort du soldat Guilad Shalit. Lors d’une interview accordée au quotidien israélien Yédiot Aharonot le 30 octobre 2008, il a déclaré que Guilad Shalit allait bien, qu’il avait reçu la lettre écrite par son père Noam et transmise par le président français Nicolas Sarkozy. « Je ne crois pas que Guilad soit mal traité. Je ne crois pas qu’on lui porte atteinte ou qu’on lui fasse du mal, car il n’y a aucune raison de le faire. Les Palestiniens ne sont pas idiots, ils sont obligés de penser aux conséquences s’ils tuaient Shalit » a-t-il déclaré « Comment pourraient-ils faire libérer cent prisonniers palestiniens s’ils éliminaient Guilad ? » a ajouté Moubarak. S’il lui arrivait quelque chose, Israël ne libérerait même pas un de ses prisonniers ».conclut t-il. Auparavant, le 15 septembre 2006, une lettre écrite par Gilad Shalit a été envoyée à sa famille via un médiateur égyptien à Gaza. En décembre 2006, le ministre égyptien a confirmé encore que Gilad Shalit était en vie.

(3) Nous rappelons ici que le tourisme contribue, depuis 30 ans, au développement de l’Égypte et aux rapprochements entre Israéliens et Égyptiens

01 avril 2009

« Un divorce libérateur » : écoutez Avraham B. Yehoshua !


Ainsi donc, les dés sont jetés ... Un nouveau gouvernement a pris le pouvoir à Jérusalem, dirigé par Benjamin Netayahou et comprenant des travaillistes - une pseudo « union nationale » ne répondant pas, à mon humble avis, aux lourds défis que doit affronter le pays. Je ne demande, bien sûr, qu’à me tromper par rapport au pronostic fait le soir même des élections (lire sur le blog).

Reste que, sur la question de l’indispensable séparation d’avec les Palestiniens, l’écrasante majorité des Israéliens sont d’accord - avec bien sûr, des divergences sur les modalités et sur l’urgence. Une nécessité dont j’avais discuté avec le très grand écrivain Avraham B. Yehoshua, lors d’une mémorable interview par téléphone réalisée en décembre 2003 : plus de cinq ans après, les choses ne se sont pas améliorées mais le « divorce » se fait encore attendre ! A noter que mon émission était construite autour de son livre « La mariée libérée » (éditions Calmann-Lévy), une parabole mettant en scène des Arabes israéliens aidant le héros - un professeur orientaliste - à comprendre le divorce douloureux de son propre fils ...

Bonne écoute !