Notre radio

Notre radio

02 avril 2009

Egypte : trente ans de paix avec Israël

Introduction
Je publie, avec un petit retard sur l’évènement, un long article sous la signature de mon ami Souhail Ftouh de Tunis et évoquant le trentième anniversaire - le 26 mars - du traité de paix israélo-égyptien. Les lecteurs fidèles ne seront pas surpris, à la fois par les lignes très sympathiques évoquant l’État d’Israël, et par l’optimisme inébranlable de cet ami qui espère toujours en une réconciliation judéo arabe proche et sincère. Je partage cet optimisme ... pour le long terme, car sinon ce serait désespérer de la vocation même de l’État juif ! Mais il me faut quand même nuancer sa description des relations bilatérales : la société égyptienne, ses élites et sa presse sont viscéralement anti-israéliennes, avec même un inquiétant succès des thèses antisémites et négationnistes et qui ne date pas d’hier ; le gouvernement égyptien n’a pas été efficace - c’est le moins que l’on puisse dire - face au trafic d’armes alimentant le Hamas à Gaza ; et la succession de Moubarak inspire les plus vives inquiétudes aux analystes ! Ceci étant, l’Égypte a eu une attitude plus que modérée lors de la dernière guerre à Gaza, et le traité de paix est plus que nécessaire à la stabilité régionale ...
Bonne lecture !

J.C

C'est avec Menahem Begin, le père fondateur du Likoud, qu'Anouar el-Sadate premier dirigeant arabe signa un accord historique de paix le 26 mars 1979 sur la pelouse de la Maison blanche à Washington en présence de Jimmy Carter. Cette paix historique, qui fête aujourd’hui ses 30 ans, demeure l’un des événements les plus marquants dans l’histoire du Proche Orient.


Ce Traité de 1979 bouleversa la donne au Moyen. Pour la première fois, un grand pays arabe reconnaissait l’État hébreu, optant pour une non-belligérance à laquelle se sont ralliés de jure la Jordanie et de facto d'autres pays arabes. Cet accord de paix, qui coûta au Caire d'être mis au ban du monde arabe, a survécu à la saga de l'effusion de sang et d'une paix toujours introuvable entre Israël et les Palestiniens. L’accord historique de paix, signé en 1979 entre les grandes puissances du Proche Orient, a confirmé qu’Israël et l’Égypte sont les leaders de la région. La guerre est terminée. Les choses ont changé, nous avançons loin des vieilles et fatigantes idées de la « cause arabe palestinienne », et « l’éternelle lutte contre Israël». Les dirigeants égyptiens vous diront aujourd’hui que nous avons changé et nous avançons vers le futur. L’Égypte et même par la suite la Jordanie, qui ont signé des traités de paix, n’iront pas à la guerre pour les autres (1).

Le 26 mars 1979, la poignée de main entre le Premier ministre israélien Menahem Begin et le président égyptien Anouar el-Sadate entrait dans l'histoire comme le début d’une ère nouvelle. Dans ce geste fort et symbolique, les Israéliens voyaient non seulement la fin d'une guerre avec leur plus grand voisin mais aussi l'espoir de relations chaleureuses avec le peuple d'à côté. Reste que la Paix au niveau officiel, n'a pas creusé son sillon jusqu'à l'homme de la rue en Égypte. Un grand effort devait être accompli par le gouvernement et la société civile égyptienne pour atteindre le cœur des gens et c'est ce qui manque aujourd’hui. Au cours des prochaines années, les responsables au Caire devront travailler afin que le peuple et la société égyptienne puissent condamner avec vigueur le terrorisme et la barbarie inhumaine qui veut encore frapper Israël. Il doivent aussi savoir que la responsabilité de la non progression des négociations avec les Palestiniens revient à la faiblesse, au manque de courage, et au manque de volonté de la direction palestinienne d’aboutir à un accord.

Les 30 ans des accords de paix entre l’Égypte et l’État hébreu peuvent ici servir d’exemple. Les Égyptiens sont aujourd’hui les partenaires privilégiés d’Israël dans la région. Les liens économiques ne sont pas négligeables, avec un grand contrat gazier et des zones industrielles communes en Égypte. Les échanges ont été de 271 millions de dollars en 2008, avec une hausse de 450% sur quatre ans.Des commissions conjointes sont actives dans les domaines de l'économie et de l'agriculture, et des milliers d’Égyptiens se rendent en Israël pour une formation dans le secteur agricole et la santé publique selon le ministère israélien des Affaires étrangères. L'accord a également apporté à l’Égypte des milliards de dollars d'aide américaine annuelle. Les Égyptiens entretiennent aussi des liens professionnels avec Israël. Onze mille égyptiens travaillent et vivent en Israël. Certains sont même mariés avec des arabes ou des juives israéliennes. Ils profitent de la liberté et des conditions de vie confortables dans l’état hébreu.

Ces relations ont offert aux deux voisins exactement ce dont ils avaient besoin: la Paix et la stabilité avec leur plus grand ennemi. L'accord de Paix a fait ses preuves au fil des ans, observait l'ambassadeur d'Israël en Égypte, Shlomo Cohen.

Sur le plan de la sécurité, de la politique, de l'économie et à d'autres niveaux, cet accord est aussi très réussi. Les commandants militaires des deux pays se retrouvent régulièrement pour coordonner des questions de défense, de lutte contre le terrorisme, notamment liées à la longue frontière, largement dépourvue de clôture, qui court dans le désert et à la frontière sud de la Bande de Gaza avec l’Égypte. Hosni Moubarak est un homme courageux qui aime son pays, qui s’attache à la paix et la prospérité de l’Égypte en refusant l’aventurisme que prônent certains semeurs de troubles dans la région. Au début de la guerre de Gaza, le Raïs a vertement rappelé à la Syrie, à l'Iran et au Qatar, que l’Égypte n'avait pas recevoir des leçons d'eux, ayant mené quatre guerres contre Israël de 1948 à 1973.

Si l’Égypte critique quelquefois la politique israélienne à l'égard des palestiniens, le Caire fait office de médiateur important entre les parties. L’Égypte tente actuellement de favoriser un cessez-le-feu et un échange de prisonniers entre Israël et le Hamas au pouvoir dans la Bande de Gaza. Elle accueille aussi des pourparlers de réconciliation entre le Hamas, radical, et son rival modéré, le Fatah, soutenu par les Occidentaux. Monsieur Moubarak est aussi très soucieux du dossier de Guilad Shalit, otage israélien dans la bande Gaza (2).

Cet anniversaire est aussi l’occasion de confirmer l’amitié et les règles de bon voisinage qui relient l’État hébreu et la République arabe d’Égypte. Le président et prix Nobel de la paix Shimon Peres, a téléphoné à son homologue égyptien, Hosni Moubarak, pour le féliciter à l'occasion des 30 ans de l'accord historique de paix signé entre leurs deux pays. «Il n’y a aucun doute que même si les trente années écoulées n’ont pas été parfaites, elles sont néanmoins par mille fois préférables au conflit et à la guerre entre nous» a affirmé Peres à Moubarak, qui lui a répondu qu’il n’était pas dans son intention de changer quoique ce soit à la politique de paix avec Israël, assurant que «celui qui veut la guerre, n’a jamais ressenti ce qu’elle est vraiment». Le gouvernement israélien a marqué aussi l'anniversaire du traité par une réception. Au nombre des invités de la ministre des Affaires étrangères Tzipi Livni figurait l'ambassadeur égyptien Yasser Rida. Lors d'une conférence à Jérusalem, le 25 mars, M. Reda a estimé que le traité israélo-égyptien de 30 ans devait servir de base à une paix globale dans la région. Il a appelé Israël à embrasser un plan de paix régionale. L’Ambassadeur égyptien en poste en Israël s’est félicité aussi du bon niveau de coopération entre les deux pays amis. Au Caire, Hossam Zaki, porte-parole du ministère égyptien des Affaires étrangères, a souligné que son pays considérait l'anniversaire comme une occasion de réfléchir "sur ce qui a été accompli et ce qui pourrait être accompli". La diplomate israélienne Amira Aron (qui parle parfaitement l’arabe) a, elle, insisté sur les relations populaires entre Israéliens et Égyptiens qui pourraient, selon elle, s'améliorer si les deux parties en finissaient avec les stéréotypes négatifs. Une personne qui apprendre "à mieux connaître son voisin en a moins peur", note-t-elle. "Cela prendra beaucoup" de "temps, mais nous allons dans la bonne direction"(3).

Israël est peut-être le pays où il y a le plus grand nombre de pacifistes au m². Et quand on voit par exemple, combien d’Israéliens descendent à chaque occasion dans la rue pour réclamer la fin des conflits, on doit remercier Israël pour ses efforts constants pour la stabilité et la paix au Proche-Orient. Les gens qui nient les efforts d’Israël pour la paix sont des gens qui nieraient l'évidence même de la terre, de l'eau, et du feu. C’est oublier aussi qu’Israël, au nom de la paix avec l’Égypte, détruisit la ville de Yamit dans le Sinaï, mais aussi toutes les implantations de la bande de Gaza, dans l’espoir de voir ce territoire devenir prospère entre les mains des Palestiniens. C’est oublier encore qu’Israël se retirera seulement des territoires lorsque la Paix, exigée par tout processus, sera assurée définitivement par ses voisins immédiats.

Nous gardons, dans tous les cas, un espoir de voir des dirigeants arabes courageux à la hauteur d’ Anouar el-Sadate qui sont prêts à mette fin aux hostilités, des dirigeants qui privilégieront la prospérité, la modernisation et le bien être de leur peuple. Je tiens ici à remercier Menahem Begin le combattant inébranlable. Il fut un premier ministre brillant, intègre et réellement animé par l'amour immodéré pour la paix. Ce fut également un homme juste, visionnaire et très affûté sans compter son célèbre humour. J'y associerai son épouse, une femme d'exception qui fut de tout temps sa conseillère émérite. Merci aussi à Anouar El Sadate le seul chef d’état arabe à s’être rendu à Jérusalem, à s’être exprimé à la Knesset et à avoir signé la paix avec l’État Hébreu. Merci, enfin, à tous les pays qui reconnaissent Israël et qui entretiennent avec lui des relations d’amitié et de confiance, sans lesquelles la résolution 181 du 29.11.47 aurait sans doute été sans effet.

Ftouh Souhail,
Tunis


(1) Dans un article paru en Egypte, Muhammad Ali Ibrahim, directeur du quotidien égyptien « Al-Gumhouriyya » écrit le 1er janvier 2009 : « L´axe irano syrien n´entraînera pas l´Égypte dans la guerre. L´Égypte ne se laissera jamais entraîner dans un affrontement avec Israël pendant que l´Iran reste assis bras croisés, émettant des ordres exécutés par ses laquais. Nos forces armées ne se battront jamais pour défendre la Syrie dont l´armée, pour autant que je sache, n´a pas envoyé une seule balle depuis 1973 (...) »

(2) Le président égyptien Hosni Moubarak a tenu à rassurer fin octobre 2008 la population israélienne quant au sort du soldat Guilad Shalit. Lors d’une interview accordée au quotidien israélien Yédiot Aharonot le 30 octobre 2008, il a déclaré que Guilad Shalit allait bien, qu’il avait reçu la lettre écrite par son père Noam et transmise par le président français Nicolas Sarkozy. « Je ne crois pas que Guilad soit mal traité. Je ne crois pas qu’on lui porte atteinte ou qu’on lui fasse du mal, car il n’y a aucune raison de le faire. Les Palestiniens ne sont pas idiots, ils sont obligés de penser aux conséquences s’ils tuaient Shalit » a-t-il déclaré « Comment pourraient-ils faire libérer cent prisonniers palestiniens s’ils éliminaient Guilad ? » a ajouté Moubarak. S’il lui arrivait quelque chose, Israël ne libérerait même pas un de ses prisonniers ».conclut t-il. Auparavant, le 15 septembre 2006, une lettre écrite par Gilad Shalit a été envoyée à sa famille via un médiateur égyptien à Gaza. En décembre 2006, le ministre égyptien a confirmé encore que Gilad Shalit était en vie.

(3) Nous rappelons ici que le tourisme contribue, depuis 30 ans, au développement de l’Égypte et aux rapprochements entre Israéliens et Égyptiens