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06 février 2010

Un ami d'Israël venu d'Egypte : Magdi Allam sera mon invité le 14 février

Magdi Allam

Ma prochaine émission aura un invité prestigieux, puisqu’il s’agit du journaliste italien d’origine égyptienne Magdi Allam, que j’aurai par téléphone depuis Italie. J’ai déjà ici parlé de cet intellectuel atypique (cliquer sur son nom en libellé), quelques mots de rappel pour ceux qui ne le connaîtraient pas. Il est né en 1952 au Caire, dans une famille modeste, et son enfance a été marquée par la société égyptienne de l’époque, un univers disparu, encore cosmopolite même si le régime nassérien avait déjà éliminé la plus grosse partie des étrangers. Il a été à l’école chez des religieux catholiques italiens, un héritage qui a peut-être déterminé, au fond, la suite de sa vie puisque, musulman non pratiquant il a fini par se convertir au catholicisme en mars 2008 : mais, bien avant il avait choisi à l’âge de 20 ans de faire ses études supérieures en Italie ; il est devenu italien et brillant journaliste, en travaillant à la « Republica » puis comme rédacteur en chef adjoint au « Corierre de la Sera ». Mais, même à distance, il est resté passionné par son Moyen-Orient natal. Il a d’abord manifesté pendant longtemps avec les supporters de la cause palestinienne, jeune étudiant convaincu qu’Israël était une créature colonialiste ; cela, la propagande de l’Égypte de Nasser le lui avait rentré dans la tête quand il était adolescent, mais en Europe il a trouvé, dans les milieux d’extrême gauche et même au-delà, beaucoup de gens qui pensaient comme lui ... Il a fait des reportages, en suivant Arafat, d’abord en exil, puis de retour après les accords d’Oslo ; et puis éclate la seconde Intifada en 2000, il se rend à Jérusalem où les attentats répandent la terreur, et là il change complètement, devenant un fervent supporter d’Israël : cela, les terroristes du Hamas ne lui le pardonnent pas, ils lancent une fatwa pour le condamner à mort, et depuis il est gardé nuit et jour par des gardes du corps. Magdi Allam a écrit un livre pour raconter ce cheminement intellectuel, cet ouvrage a eu beaucoup de succès en Italie et la traduction française est éditée par les Editions du Rocher sous le titre « Pour que vive Israël » : il me servira de fil directeur pour l’interroger.

Parmi les questions que je poserai à Magdi Allam :

- Il évoque dans ses souvenirs les appels à la destruction d’Israël qui ont retenti pendant des années à la radio « Sawt el Arab », « la voix des Arabes » ; l’idéologie panarabiste ; les foules immenses, dans lesquels il se trouvait, jeune adolescent, le 9 juin 1967 quand Nasser a annoncé sa démission après la « Naksa » - « le revers » - pour le supplier de revenir au pouvoir ; mais aussi cette journée de juillet 1970, quand des millions de personnes ont défilé après sa mort brutale suite à un infarctus. Et pourtant, lui, jeune adolescent éduqué, avait de l’admiration pour lui : comment l’expliquer ?

- Il écrit dans son introduction : « Israël devient le paramètre moral qui distingue ceux qui cultivent la vie et ceux qui prônent l’idéologie de la mort ». Alors on pense bien sûr aux attentats suicide, à cette glorification de la mort pour Allah, en « Shahid » « martyr », qui va directement au paradis en détruisant les vies d’infidèles ou de musulmans mécréants : c’est le terrorisme des islamistes. Seulement, il rappelle aussi que cette incitation au « martyre » (« istish’had ») existait avant eux, dans les discours de Nasser et d’Arafat : est-ce que, comme un virus endormi avant de se répandre, cette « idéologie de la mort » n’existait pas déjà culturellement dans la région, même sans référence religieuse ?

- Il a l’honnêteté de publier, dans son livre, le texte d’une texte d’une conférence très anti-israélienne, on peut même dire antisioniste, prononcée devant des lycéens à Rome en 1988 : au fond, pourquoi avoir changé, et pourquoi avoir attendu le début des années 2000 pour cela ?

- Il a publiquement défendu, pendant très longtemps, l’idée que la grande majorité des Musulmans pratiquaient paisiblement leur religion, et qu’ils pouvaient s’intégrer sans problèmes. Mais à partir de 2003, il a dénoncé les risques d’islamisation des sociétés européennes. Croit-il vraiment qu’un antisionisme radical est partagé dans tous les lieux de culte musulmans, en Italie et en Europe ? Sa conversion au catholicisme par le Pape, était-ce pour des raisons strictement personnelles ou était-ce aussi un geste politique ? Il a écrit une lettre ouverte dans le « Corriere della Sera » sur cette conversion, en disant qu’il était difficile de séparer l’extrémisme islamiste de l’islam lui-même : n’est-ce pas très décourageant pour ceux qui croient encore au dialogue ?

Un invité passionnant que j’espère vous serez nombreux à écouter dimanche prochain !

J.C