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17 janvier 2010

L’alliance israélo-égyptienne va bien, par Souhail Ftouh


Le Premier Ministre israélien Benyamin Nétanyahou s’est rendu le mardi 29 décembre en Egypte pour y rencontrer le président Hosni Moubarak. L’objectif déclaré du voyage était de relancer le processus de paix au Proche-Orient. Accompagné par son ministre de l'industrie et du commerce, Benjamin Ben Eliezer, le chef de l’exécutif israélien a discuté de la façon à relancer le processus de paix avec les Palestiniens, et des efforts pour libérer Guilad Shalit, un appelé israélien capturé en juin 2006 par des terroristes à la lisière de la bande de Gaza. Le processus de paix est au point mort depuis l'opération défensive israélienne de l'hiver dernier dans la bande de Gaza, mais l'Egypte mène des concertations diplomatiques en vue de relancer les discussions.

La visite de M. Netanyahu au Caire, la première depuis septembre, semble être très positive pour les deux pays. Dans un communiqué, le bureau de M. Netanyahu a qualifié les entretiens « d’amicaux ».

Même satisfaction coté égyptien : « les entretiens ont été extrêmement positifs », a déclaré à la presse le chef de la diplomatie égyptienne, Ahmed Aboul Gheit , qui a indiqué qu'il se rendrait à Washington la première semaine de janvier. L'Egypte a salué la volonté du Premier Ministre israélien Benjamin Netanyahu, en visite au Caire, de relancer les négociations de paix avec les Palestiniens : « Nous avons remarqué que le Premier Ministre israélien veut bouger vers une reprise des négociations, et nous insistons sur la nécessité de parvenir à une entente sur les bases des négociations », a-t-il ajouté. L'Egypte a également indiqué qu'elle voulait un calendrier de discussions. Des diplomates au Caire ont affirmé que l'Administration américaine préparait deux lettres de garanties destinées aux Palestiniens et à Israël, qui devraient servir de base à une relance des négociations. Selon une déclaration de diplomates égyptiens à l'AFP au Caire, l'envoyé spécial de l'administration Obama, George Mitchell, prépare un document de garanties qui vont être fournies par les Etats-Unis à l'Autorité Palestinienne et à Israël, pour leur permettre de reprendre les négociations de paix.

Israël a fait le nécessaire pour relancer le processus de paix, en proposant une suspension partielle des implantations en Judée Samarie. La responsabilité du blocage actuel revient aux Palestiniens. Ce moratoire de 10 mois, courageux et sans précédent, est censé convaincre les Palestiniens de reprendre le dialogue interrompu depuis la fin 2008. Le 25 novembre dernier, après l’annonce du gel des constructions dans les implantations juives de Judée et Samarie à Washington, la secrétaire d'Etat Hillary Clinton s'est en effet félicitée de cette annonce du gouvernement israélien, en soulignant que la mesure va aider à avancer vers la résolution du conflit. Les Européens ont aussi salué l'offre de M. Netanyahu, la France a même parlé d'un « pas dans la bonne direction ».

En revanche, la proposition israélienne s'est vue opposer, comme attendu, une fin de non recevoir des Palestiniens. Les responsables égyptiens ne peuvent pas nier aussi que 80 % des Israéliens sont en faveur de la solution de deux Etats, même s’il y a de nombreuses questions à régler, comme les frontières, Jérusalem, la sécurité, les réfugiés. La question de l’occupation est solvable, mais le problème est que Palestiniens ne veulent pas reconnaître Israël comme l’état du peuple juif.

Le Président égyptien sait que tant que les Palestiniens sont divisés, un accord avec Israël est impossible puisqu’il y a à présent deux entités politiques palestiniennes qui se querellent, et dont les vues envers la paix sont complètement différentes. Hosni Moubarak sait aussi que l’occupation illégale et par la force de la bande de Gaza par le Hamas constitue une sérieuse menace pour l’Egypte. Le Hamas est la branche palestinienne des Frères Musulmans, un mouvement islamique extrémiste officiellement interdit en Egypte, et pourtant toujours puissant politiquement. L’Iran le soutient et lui fournit des armes, qui passent en fraude par des tunnels souterrains du Sinaï à Gaza.

L'islam radical demeure donc la menace omniprésente qui pèse sur l’Egypte et sur Israël, et en fait sur le Moyen Orient dans son ensemble. A quelques jours de sa rencontre avec son homologue israélien, le Président égyptien a critiqué l’Iran, l’accusant d’intervenir dans les affaires intérieures de son pays. La découverte d’un réseau du Hezbollah opérant en Egypte a démontré que la subversion iranienne ne relève pas uniquement de la théorie. La dernière interception du cargo « Francop », montre de par la quantité d’armes et de par leur nature, que le groupe auquel était destiné la cargaison ne peut plus être défini comme une milice « armée de vieilles pétoires ». Depuis quelques mois, aussi, le torchon brûle entre le Président égyptien, Hosni Moubarak, et le Hezbollah libanais. Le Hezbollah dispose effectivement de relais dans la péninsule du Sinaï, chose que son Secrétaire général a lui-même reconnu lors d’un discours en date du 10 avril 2009 . Le souci du président Hosni Moubarak de ne pas se laisser déborder, ni même parasiter par l’action de formations extra étatiques et/ou étrangères, est en effet tout ce qu’il y a de plus légitime. Moubarak continue à lancer des avertissements à l’Iran, et de sommer ce pays d’arrêter ses opérations subversives dans la région.

M. Moubarak a pris une décision nécessaire pour son pays en lançant la construction d’un nouveau mur protégeant, côté égyptien, les frontaliers avec Gaza. Cette séparation- barrière d’acier et de béton de quelques 20 à 30 mètres de profondeur sur au moins 10 kilomètres de long -, confirme que le terrorisme est devenue l’ennemi principal de l’Egypte. Le but de cette barrière est d'interdire l'accès aux centaines de galeries souterraines creusées par le Hamas, d'empêcher ainsi les contrebandes qui se sont organisées entre la bande de Gaza et le territoire égyptien, car les trafics qui se sont largement développés, seraient ressentis par le gouvernement égyptien comme une attaque directe contre sa souveraineté. Avec l'aide de techniciens américains et français, les autorités égyptiennes ont entrepris depuis quelques semaines la construction de cette barrière d'acier souterraine, censée asphyxier les « mafieux des tunnels ». L'Egypte a affirmé qu'elle se doit de faire face aux « menaces pour sa sécurité nationale », une façon d'indiquer que les liens de plus en plus étroits entre le Hamas et les Frères musulmans égyptiens (dont le Hamas est, historiquement, un avatar) représentent une menace de contagion islamique dangereuse pour le régime du président Hosni Moubarak : le Caire est désormais l'allié naturel d'Israël contre le Hamas.

Il faudrait enfin s’attendre dans les prochains temps à une rude escalade des tensions dans les relations entre l’Egypte et le Hamas, voire entre Le Caire et Téhéran. Hosni Moubarak a besoin d’une attitude conciliante vis-à-vis de l’état hébreu. Et l’Egypte, quant à elle, a trop besoin de coopérer avec Jérusalem jusqu’à aller jusqu’à s’opposer frontalement avec les alliés régionaux de l’Iran. Face à ces menaces communes, Israël et l’Egypte se trouvent dans le même camp. Ils ont le même intérêt à contenir l’Iran et à lutter contre les extrémistes régionaux. Les deux pays savent aussi qu’ils partagent des intérêts communs très importantes et que la question d’un Etat palestinien n’est pas une question urgente en ce moment. Les deux pays sont conscients du danger iranien et ils ont en commun des intérêts vitaux concernant leur sécurité : ces intérêts exigent dialogue et coopération.
Ftouh Souhail,
Tunis